‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 51 sur 74 · Der Sozialdemokrat^ 4 mars · texte numérisé non relu

Der Sozialdemokrat^ 4 mars

^ules taudis où s'entasse Tinnombrable drmée de tra- ^-ailleurs , le vaste camp de la misère où grouille une Dopulation sans nom. Or, le sentiment de ces classes aborieuses et souffrantes est depuis quelques années lotablement modifié. Si l'on y compte toujours un lombre plus ou moins considérable d'ouvriers restés Qdèles à la loi de leurs pères, à la maison d'Orange, le nombre de ceux qui subissent l'action des idées socialistes ou même anarchistes va toujours croissant. » Les derniers mois de l'année 1885 virent en Hollande des réunions ouvrières très agitées et une grande manifestation en faveur du suffrage universel. L'agitation prit un caractère plus grave en 1881; le Recht voor Allen ne recula devant aucune audace.

A l'occasion d'une visite faite par le roi et la famille royale à Amsterdam, il écrivit ces lignes : « Quand viendra-t-il , le temps où un homme semblable aux autres se trouvera à la tête de la république des Pays- Bas?... Levez-vous, hommes du mouvement ouvrier; éclairez le peuple et rendez-le meilleur! Le grand jour delà Révolution est proche; la lumière de la liberté apparaît en flammes rouges à l'horizon; la dernière chaîne du peuple néerlandais va être brisée. »

Après un semblable langage, l'émeute sanglante qui consterna Amsterdam le 26 juillet 1886, à l'occasion de l'interdiction du jeu aux anguilles, ne peut étonner personne. L'agitation socialiste n'était pas étrangère h l'émeute. Dans la foule on vit en grand nombre des hommes et des femmes qui portaient des brassards rouges.

Le 21 mars 1888, Domela Nieuwenhuis fut élu député aux états généraux à Schoterland par 1.167 voix sur 2.203. Son rôle devint plus que jamais dominant dans les rangs des socialistes hollandais. Il fit bientôt partie de l'état-major du socialisme international. Il assista avec le compagnon Groll à la conférence de La JBaye, qui prépara le congrès marxiste international du 14 juillet 1889. Il fut délégué à ce congrès et il y présenta, sur l'état du socialisme hollandais, un rapport que le Sozialdemokrat résuma en ces termes :

« La situation des ouvriers en Hollande est pitoyable, la Bourse y règne plus que partout ailleurs , les libertés du peuple sont foulées aux pieds, le gouvernement fait ce qu'il veut. C'est ainsi qu'il est arrivé une fois que le roi a nommé ministre de la justice son chambellan. Le mouvement ouvrier va de son mieux. On demande en première ligne le suffrage direct et universel; il est bien naturel que, en dernier ressort^, il faille aboutir à la prise de possession par le peiiBI pie des moyens de travail. Eu égard au développement de son mouvement ouvrier, la Hollande ne peut pas avoir la prétention de marcher à la tête des divers peuples, mais elle marchera côte à côte avec les grandes nations dans la lutte pour l'émancipation d« travail. »

Ce rapport n'est évidemment pas l'œuvre d'un observateur impartial ; mais il est toujours utile de savoir ce que les socialistes pensent d'eux-mêmes.

Aux dernières élections pour les états généraux de Hollande, Domela Nieuwenhuis ne fut pas réélu.

Ses relations avec le socialisme allemand s'étaient iéjà troublées au congrès marxiste international de Bruxelles, en 1891.

Son socialisme farouche supportait difficilement le ocialisme diplomatique des Liebknecht, des Bebel^ les Singer. Il eut une discussion violente avec Lieb- :neclit, qui aime à l'appeler le millionnaire, le prédi- ;ant en disponibilité.

Au congrès de Zurich, Domela Nieuwcnhuis préenta de nouveau la proposition d'une grève géné- ■ale des ouvriers dans le cas d'une déclaration de guerre, proposition qu'il avait déjà soumise au congrès de Bruxelles. Les socialistes allemands repoussèrent la proposition au congrès- de Zurich, comme Is l'avaient repoussée et fait repousser au congrès de Bruxelles.

Domela Nieuwenhuis parut fort mécontent des allures du socialisme allemand à son égard ; il ne brisa pas avec le congrès marxiste de Zurich, mais il se présenta aussi aux séances du congrès anarchiste, qui siégeait en même temps que le congrès marxiste.

En Hollande, la dictature de Nieuwenhuis n'est plus incontestée dans le parti socialiste. Quant à ce parti lui-même, il est bien organisé, et il a considérablement augmenté en nombre. Il s'est fait représenter par six délégués au congrès de Zurich! L'un de ces délégués représentait toute une section d'instituteurs socialistes. Ni à Paris ni à Berlin l'instituteur socialiste n'a manqué; mais il appartenait à la Hollande de présenter une section spéciale d'instituteurs

Socialisme.

L'Italie, qui est par excellence le pays des sociétés secrètes et des conspirations, dut paraître aux yeux du socialisme naissant une terre prédestinée. Nous verrons que l'Internationale y apparut presque aussitôt après sa formation. Que de circonstances favorables s'offraient à elle : une agitation politique et révolutionnaire sans trêve , les doctrines subversives produites de la manière la plus violente, la haine politique transformée en haine religieuse , un gouvernement faible et souvent comphce de la Révolution, une dilapidation inouïe des fonds publics, le mépris du droit de propriété dans la sécularisation des biens du clergé, la crise financière la plus prolongée, la misère dans des- proportions inconnues auparavant! Certes, il y avait là pour les apôtres du socialisme de quoi remuer les masses. Cependant le socialisme n'est pas aussi avancé en Italie qu'en Allemagne. Le prolétariat italien n'a pas conscience de lui-même comme classe particulière , » dit M. Rodolphe Meyer. Nous disons, nous, que la grande masse du peuple italien, profondément religieuse, a trop conscience de l'égafité des hommes devant Dieu pourvoir dans l'inégalité des conditions humaines une ligne de démarcation sociale et pour être accessible à la haine de caste que le so-j cialisme cherche à inspirer. Le prolétariat industrie^ n'est pas très considérable en Italie. Les paysans for^ ment la classe ouvrière de beaucoup la plus impor-

tante. Ces paysans sont principalement des fermiers, 3t leur condition matérielle laisse trop à désirer surtout dans la Lombardie, dans l'Italie méridionale et sn Sicile.

L'Italie a, en général, un système agraire déplorable. C'est ce qui explique le succès relatif de la propagande socialiste et anarchiste à la campagne. Que de fois le télégraphe n'a- 1- il pas dû parler d'attroupements anarchistes de paysans !

Pourquoi, dans ces circonstances, le socialisme italien ne s'est-il pas répandu plus rapidement? — Les paysans attendent tout de Dieu! répond M. R. Meyer ; c'est-à-dire qu'ils sont chrétiens , et ils trouvent dans leurs sentiments religieux la force morale et les consolations qui les soutiennent.

Le socialisme prit racine, en Italie, dans les grandes villes et dans les localités où se trouvaient des foyers révolutionnaires. Il y porte, pour ce motif même, une empreinte spéciale, celle de la conspiration. C'est la révolution politique qui fit surgir tout d'abord les sociétés soi-disant ouvrières. La plupart durent leur origine à l'influence de Mazzini et de Gavour.

Cette influence fut telle, que, lorsque Mazzini se sépara de l'Internationale, qui n'avait pas accepté les statuts présentés par lui, la propagande de l'Internationale en Italie se trouva comme paralysée. Il se forma deux ou plutôt trois camps dans les sociétés ouvrières de l'Italie : le camp mazzinien, qui resta le plus considérable jusqu'à la mort de son chef, le camp garibaldien, qui était d'un radicalisme plus avancé que

le camp mazzinien, et le camp de l'Internationale. Cette Internationale était d'abord presque exclusivement celle de l'Alliance bakouniniste, l'Internationale extrême. Mazzini voulait une solution révolutionnaire de la question politique et une solution pacifique de la question sociale. Ses adeptes adhéraient généralement, au point de vue social, aux idées bourgeoises de Schultze-Delitsch. Les sociétés qui s'autorisaient du nom de Garibaldi n'obéissaient pas à un système défini et unique : les statuts qu'elles se donnèrent, les discours qu'on prononçait dans leurs réunions et les articles de leurs journaux offrent un mélange incohérent de socialisme et de radicalisme.

La haine contre l'Église catholique est leur seule vraie marque de fabrique.

Quant aux sociétés ouvrières dévouées à Bakounine, voici comment elles furent appréciées par un comité du congrès de l'Internationale réuni à La Haye , comité hostile à Bakounine :

« L'Alliance^ en Italie, n'est pas une association ouvrière, mais une tourbe de déclassés, la lie de la bourgeoisie. Les prétendues sections itahennes sont dirigées par des avocats sans clients, des médecins sans malades, des étudiants qui ne connaissent que le billard, des commis -voyageurs et d'autres commis de commerce, enfin des journalistes de la petite presse d'une réputation plus ou moins douteuse. »

D'après VAlmanach socialiste de Zanardelli, il y avait, vers la fin de Tannée 1872, des sections socialistes à Girgenti, Grotte, Porto Empedocle, Sciacca, Tra-

pani, Melfi, Imola, Sinigaglia, Forli, Fano, Montelparo, Lugo, Mirandole, Ancone, Jesi, Fermo, Rimini, Massignano, San Potito, Fusignano, Faenza, San Giovanni, in Persiceto, San Arcangelo, Marcerata, Florence, Sienne, Empoli, Bologne, Pescia, Pistoie, Fiesole , Livourne , Milan , Lecco , Lodi , Mantoue , Ferrare^ Venise, Gênes et Turin.

Depuis la mort de Mazzini , de Bakounine et de Garibaldi, le socialisme marxiste a exercé une plus grande influence en Italie.

Une correspondance de l'ancien Vorwaerts , datée du 31 mars 1878, affirme que les progrès du socialisme marxiste étaient alors plus sensibles dans le nord de ritalie , parmi le prolétariat industriel. A Rome , le socialisme marxiste avait pour organe // Dovere (Le Devoir).

Nous ne nous arrêterons pas à signaler l'attitude échevelée de la presse antisociale d'Italie et ses blasphèmes délirants, les manifestes violents de groupes révolutionnaires, les congrès régionaux qui se multiplièrent.

Déjà en 1882 le mot d'ordre du socialisme collectiviste en Italie fut de profiter de la nouvelle loi électorale et de tenter de faire entrer des socialistes au parlement. Les anarchistes ne parvinrent pas à arrêter le mouvement : « Le bulletin de vote , écrivit le journal socialiste Avanti, n'exclut pas le coup de fusil au moment opportun ^ » Les candidats socialistes réunirent 49.154 voix, chiffre important si on le compare au chiffre total des voix émises.

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