B. — LE CONGRÈS INTERNATIONAL DE PARIS
Paris vient de voir siéger une seconde fois le congrès international socialiste. C'est l'Exposition universelle qui fît choisir la capitale de la France. Les congrès que l'Exposition universelle amena à Paris furent si nombreux qu'ils attirèrent moins l'attention publique. Ce sort fut aussi réservé au cinquième congrès international socialiste, qui avait été si pompeusement annoncé. On aurait tort cependant de passer à côté d'une telle manifestation du socialisme contemporain sans lui donner la plus sérieuse attention.
Le congrès siégea depuis le 23 septembre jusqu'au 28. Les délégués étaient nombreux; on comptait 473 délégués des divers partis socialistes français, 57 délégués allemands parmi lesquels deux femmes, 95 délégués anglais, 10 délégués autrichiens, 10 délégués itahens, 37 délégués belges, 23 délégués fwsses munis de 29 mandats, 17 délégués polonais, 5 délégués américains, 10 délégués suisses, 19 délégués danois, 9 délégués hollandais, 4 délégués espagnols, 1 délégué norwégien, 1 délégué venu de la République Argentine, 1 délégué bulgare, 3 délégués portugais, 2 délégués tchèques, 3 délégués irlandais.
Le congrès avait la prétention de donner au monde le spectacle imposant de l'union du socialisme cosmopolite. Dès le premier jour, il fut condamné à donner aux Parisiens et à tous les visiteurs de l'Exposition universelle le spectacle peu glorieux des dissensions violentes qui divisent les socialistes français. Sans attendre la vérification des pouvoirs ou des mandats, les socialistes français partisans du ministre Millerand étaient parvenus à écarter du comité du congrès les socialistes français marxistes ou guesdistes qui, sous la direction de Jules Guesde, s'étaient prononcés avec bruit contre l'entrée d'un socialiste dans un ministère bourgeois. La lutte entre les deux partis retarda longtemps les délibérations du congrès, tant elle fut violente et tenace.
Des propos d'une grossièreté inouïe furent échangés. Pour sauver l'honneur du congrès, les délégués étrangers intervinrent et firent renvoyer l'examen du conflit au congrès national français. Les mandats furent ensuite vérifiés, et les guesdistes entrèrent au comité du congrès. lis pensèrent ne rien perdre à attendre pendant quelques jours l'ouverture du congrès socialiste national.
L'incident que les guesdistes soulevèrent ne fut pas le seul dont le congrès socialiste international fut témoin. De semblables incidents n'ont jamais empêché les socialistes d'être unis à l'heure delà lutte contre l'ordre social.
Le Vorwaerts, l'organe principal du socialisme allemand, répète, à l'occasion du scandale de la première séance du congrès de Paris, ce qu'il a écrit maintes fois en pareil cas : « Quel autre parti serait assez fort pour supporter de semblables débats? »
Le programme du congrès était chargé. Les discussions lïe purent pas trop se prolonger. Les principaux chefs des partis socialistes des divers pays étaient présents; ils prirent la parole, le gros des délégués s'inclina. Entre eux les socialistes sont généralement très dociles. Le chef allemand Bebel, empêché par la maladie, était remplacé par Auer.
Le congrès ne se montra pas intraitable en fait de princi-
pes; un certain opportunisme se fît voir presque partout; on ne voulait fermer la porte à personne. Les principaux points du programme du congrès étaient les suivants :
i^ Les moyens d'arriver à une entente et une organisation internationales plus efficaces;
2** La réglementation internationale de la journée de travail et du salaire minimum;
3® L'émancipation du travail, l'organisation du prolétariat comme classe sociale, l'expropriation politique et économique de la bourgeoisie, la socialisation des moyens de prc duction;
4^^ La paix universelle et la suppression des armées permanentes;
5° La politique coloniale;
6° L'organisation du travail maritime ou naval;
70 La lutte pour arriver au suffrage universel et à la légi lation directe par le peuple;
8° Le socialisme communal ;
9^ La conquête du pouvoir public et l'alliance avec h partis bourgeois;
lO'^ L'institution de la fête du premier mai;
11° La question des trusts;
12° Éventuellement, la grève générale.
La plupart de ces questions sont généralement à l'ordre du jour des réunions socialistes. Cependant quelques résolutions votées par le congrès sont bien longues et manquent' de précision.
Le congrès s'est prononcé à l'unanimité contre la politique coloniale actuelle des grandes puissances. Il a condamné 1< marinisme comme le militarisme et, malgré les scènes de sî première séance, il s'est appelé le véritable congrès de /dl paix.
Le maintien de la fête du premier mai et la journée duj travail de huit heures comme but à atteindre n'ont pas sou( levé d'objections.
Le congrès s'est prononcé à une grande majorité contre h
grève générale internationale, qu'il ne considère pas comme possible.
Chose étrange, le congrès, tout en reconnaissant les conséquences funestes des trusts, n'a voulu voir en eux que la conséquence de la production capitaliste et n'a pas réclamé, au nom de ses principes, l'intervention de la loi pour les combattre.
Le congrès a appuyé sur la nécessité d'organiser le prolétariat pour la lutte de classe; il voit dans cette lutte le moyen principal pour arriver à l'émancipation du travail. Le socialisme ne l'a pas dit, mais il sait que la haine sociale est sa grande force.
Le suffrage universel que demanda le congrès, est le suffrage secret et direct, le même pour tous, pour les hommes et pour les femmes. Partout où le suffrage universel est inl troduit, les socialistes doivent réclamer le système électoraproportionnel.
Le socialisme communal tenait à cœur aux socialistes du congrès. Ils y ont vu un premier essai et comme une école de socialisme. Ils firent un devoir aux socialistes de tous les pays de prendre part aux élections municipales. Les conseillers socialistes doivent se renseigner mutuellement sur les résultats obtenus. Le congrès a même recommandé l'établissement de bureaux nationaux pour recueillir et communiquer les renseignements utiles.
« Prolétaires du monde, unissez-vous! » Tel est le cri de guerre du socialisme. Le congrès a iwi^jose aux compagnons l'obligation d'étendre leur propagande et leur organisation aux prolétaires qui sont au service de la marine.
Deux questions attirèrent spécialement l'attention du congrès, la question de l'alliance avec les partis bourgeois dans le but d'arriver au pouvoir et la question d'une organisation internationale plus efficace.
Les chefs du socialisme allemand avaient, à plusieurs reprises, blâmé l'entrée du socialiste français Millerand dans un ministère bourgeois; dans un des plus vifs débats de la
dernière session du Reichstag, Bebel fut amené à le déclarer publiquement. Cependant ce fut un socialiste allemand, le délégué Kautsky, le marxiste par excellence, qui soumit au congrès international une résolution qui interdit bien en général à un socialiste d'entrer dans un ministère bourgeois, mais qui admet néanmoins une exception dans des circons-^ tances spéciales et avec le consentement du parti.
La résolution a été votée par 29 voix contre 9. Les cir-^ constances dans lesquelles Millerand est devenu ministre étaient-elles de celles que la résolution demande?
Le congrès, à l'invitation du délégué allemand Auer, a . laissé aux socialistes français le soin de décider cette ques lion.
Le tour était joué, Millerand n'était pas condamné par le congrès socialiste international; celui-ci a cru devoir rendre ce service au ministère Waldeck-Rousseau, qui a si bien mérité du socialisme. Les guesdistes saluèrent ce vote du congrès par l'exclamation : « Les bons ministériels! »
La grande préoccupation des congrès socialistes internationaux a toujours été d'arriver autant que possible à une action commune des socialistes des divers pays et d'assurer l'exécution des résolutions votées dans les congrès.
Les mesures prises jusqu'ici ont été peu efficaces. Le con grès de Paris a voulu mieux faire que les congrès antérieurs. Il a voté :
1» La formation d'une Commission centrale internationale;
2** L'établissement d'un Secrétariat international, qui aura son siège à Bruxelles et qui disposera d'un revenu de 10.000 francs ;
3^ La nomination d'un Comité parlementaire internationary pour assurer l'action politique commune des députés socialistes dans les divers parlements auxquels ils appartiennent;
4<* La création d'une Bibliothèque socialiste internationale et d'Archives socialistes internationales.
Le secrétariat socialiste international devra faire la collection des résolutions votées dans les congrès internationaux, rece-
voir des rapports sur le mouvement politique et social des divers pays, condenser ces rapports spéciaux dans un rapport général, préparer les congrès internationaux et l'ordre du jour de ces congrès, publier enfin des manifestes sur les questions du jour qui pourront intéresser le prolétariat.
Le Comité parlementaire international tracera le programme des députés socialistes.
Le congrès international n'a pas eu raison de Jules Guesde et de sa suite; comment son comité aura-t-il raison de tous les énergumènes révolutionnaires d'Europe et d'Amérique?
Les socialistes qui n'ont pas su couvrir d'un voile momentané à Paris toutes leurs dissensions intestines dans les divers pays, ont été cependant unis dans le sentiment commun de la haine sociale. Là est l'importance du congrès international. Il a été une déclaration de guerre non pas seulement aux abus économiques qui peuvent exister, mais à la société ellemême.
Le congrès de 1900 s'est terminé comme le congrès de IS89 par une manifestation bien significative. Sur la proposition du délégué belge Furnemont, le congrès avait décidé que les délégués se rendraient auprès du Mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise, pour y suspendre une couronne offerte aux défenseurs de la Commune.
Le 28 septembre, vers 10 heures du matin, les délégués du congrès socialiste traversèrent les rues de Paris se dirigeant vers le Père-Lachaise. A leur tête, au cimetière, mar- ( liaient le socialiste français Vaillant, les socialistes allemands Singer, Auer et Kautsky et les socialistes belges Vandervelde et Furnemont. Puis venaient Camélinat et plusieurs autres membres de la Commune. Ils étaient suivis d'une énorme couronne en perles rouges avec cette inscription : « Le congrès international socialiste de 1900 aux martyrs de la Commune. Vive la Commune! »
Le directeur de la police municipale déclara au blanquiste Vaillant : « J'ai des ordres formels. Il ne sera prononcé qu'un
seul discours par un délégué étranger, et ce discours n« pourra durer que dix minutes. «
Quel fut le délégué étranger qui parla? Vaillant le dési{ aussitôt, en disant : « Nous invitons le camarade Singer prendre la parole. »
Le camarade Singer est Fisraélite Singer, millionnaire! ancien fabricant de manteaux de femme, un des chefs les plus influents du socialisme allemand. Singer salua les hén et les martyrs de la Commune. Il déclara, en son nom et ai nom des délégués, qu'ils suivront l'exemple de ces étranges' héros et que ceux-ci seraient vengés.
Les assistants reprirent en chœur le dernier mot de Singe et crièrent en chœur : « Vive la Commune! Vive la Révoli lion sociale! »
Singer, en saluant les défenseurs de la Commune et la Commune elle-même, n'a fait que suivre les traditions di socialisme allemand et du prophète de ce socialisme, Karj Marx. Le monde entier, en apprenant les derniers excès dl la Commune^ poussait encore un cri d'horreur quand déjl Marx glorifiait cette Commune.
Il n'était pas si étrange l'incident qui a fait de Singer le panégyriste de la Commune!
Chose étrange, M. Kautsky, l'auteur de la résolution qi sauva le ministre Millerand et ses partisans au congrès interi national, fut à peine de retour en Allemagne qu'il écrivit dans la revue socialiste die Neue Zeit un long article pourMI prouver que sa résolution avait été mal comprise, qu'elle*' n'entendait pas approuver la ligne de conduite du ministrf Millerand, que le cas où un socialiste pourrait entrer dî un ministère bourgeois n'est pas celui de Millerand, qi l'entrée de celui-ci dans le ministère Waldeck-Rousseatt" n'était pas nécessaire pour sauver la République, que les socialistes auraient soutenu ce ministère sans Millerand comme avec Millerand; que Millerand, pour devenir ministre, n'a pas demandé l'assentiment des divers partis socialistes et qu'il se cramponne maintenant à son poste au risque
d'amener une scission fatale dans les rangs socialistes.
Pourquoi, vous demandez-vous peut-être, M. Kautsky n'at-il pas dit tout cela au congrès international, avant que celui-ci ne fût appelé à voter sur sa résolution? M. Kautsky répond qu'il avait demandé la parole à temps et dans les conditions voulues, mais qu'il ne Ta pas obtenue.
Ajoutons ici, pour ne pas revenir sur le congrès international de Paris, que le Secrétariat international^ dont le congrès a voté l'érection, a son siège dans la « Maison du peuple », à Bruxelles.
Le titulaire du secrétariat est le secrétaire général de l'union des sociétés coopératives belges, M. Serwy, un ancien instituteur.
Les socialistes belges Anseele et Vandervelde seront ses conseillers.
LE MOUVEMENT SOCIALISTE DANS LES DIVERS PAYS DE l'eUROPE ET EN AMÉRIQUE.
Dans notre courte esquisse du mouvement socialiste dans les divers pays de l'Europe durant les six dernières années nous suivrons, comme précédemment, l'ordre alphabétique. Cette méthode n'enlève pas, du reste, au socialisme allemand, la place qui lui revient et qu'il a encore occupée tant au congrès international de Paris qu'auprès du mur des Fédérés. A côté du socialisme allemand figurent au premier rang les socialistes de la France, de la Belgique et de l'Autriche.
Allemagne. — Le socialisme allemand, qui donne la principale impulsion au mouvement du socialisme contemporain, déploie toujours une grande activité. Son propre mouvement a gagné en étendue, mais il a peut-être perdu en intensité.
Aux élections de 1893 pour le Reichstag, les socialistes allemands avaient posé des candidatures dans 386 circons-
criptions électorales sur 397; ces candidatures réunirent 1.786.738 voix sur 10.628.000 électeurs inscrits. 44 candidats furent élus. Les socialistes conquirent plus tard encore 4 sièges.
Aux élections de 1898, qui eurent lieu au mois de juin, le socialisme allemand posa des candidatures dans 396 circonscriptions électorales. Ses élus s'élevèrent au nombre de 56. Les voix que ses candidats recueillirent dépassèrent deux millions.
L'empire d'Allemagne a 28 villes qui ont plus de cent mille habitants. Aux élections de 1898, le 16 juin, les candidats socialistes triomphèrent ou se trouvèrent en ballottage dans toutes ces grandes villes, à l'exception d'Aix-la-Chapelle, d'Essen, de Crefeld et de Strasbourg.
Dans les élections complémentaires les socialistes ne furent pas toujours heureux. Au mois de juillet 1900, ils perdirent le seul siège qu'ils possédaient encore en Alsace, celui de Mulhouse. Leur échec fut complet. Cependant cet échec fut compensé ailleurs; le 14 novembre 1900, à l'ouverture de la session du Reichstag, les députés socialistes étaient au'j nombre de 57.
En même temps que le parti socialiste allemand vit augmenter successivement dans l'empire allemand le nombre de ses députés au Reichstag, il pénétra toujours davantage dans les parlements spéciaux des divers États de l'empire, quoique le mode électoral de presque tous ces parlements v ne soit pas le suffrage universel direct. La Saxe, pour écarter w les députés socialistes, modifia même le mode électoral de son Landtag; elle ne réussit qu'à diminuer le nombre de ces députés. Grâce au système de ses trois classes d'électeurs, le Landtag prussien demeura fermé jusqu'ici aux socialistes; leur sera-t-il fermé encore longtemps?
Les légions du socialisme allemand ont augmenté; cela est donc incontestable, mais on peut à peine contester que le mouvement ait perdu en intensité, tant du côté de la doctrine que du côté de la discipline.
Le socialisme allemand prétend obéir à son congrès annuel, qui est sa chambre souveraine.
Les débats des congrès des dernières années n'ont que trop prouvé jusqu'à quel point le respect pour cette chambre souveraine a baissé.
Quant à l'autorité des chefs, elle ne décline pas moins. Le prophète du parti, Karl Marx, est contredit plus qu'autrefois. L'ami et le confident de Marx, Frédéric Engels, a fait un testament très semblable à celui d'un bourgeois; l'ostentation de son impiété, qui lui fit demander que son corps fût incinéré et qu'on en livrât les cendres à la mer, ne corrigea en rien l'effet du prosaïque testament. Vint ensuite la triste mort de la fille de Karl Marx, de cette Éléonore Marx, que les congrès socialistes nous montrèrent si souvent. Elle avait été la fille privilégiée de son père; elle était considérée comme la dépositaire de sa doctrine. Elle s'était unie à l'agitateur socialiste anglais Aveling — d'une union socialiste. L'heure des chagrins domestiques vint pour Éléonore; elle ne trouva pas de consolation dans le froid athéisme de son père. Elle eut recours au procédé bourgeois du suicide. Si l'autorité de Karl Marx n'est pas incontestée aujourd'hui, celle des chefs actuels du socialisme allemand ne l'est pas davantage. Il suffit d'en appeler à certaines polémiques trop retentissantes. Ce qu'il importe le plus de constater, c'est que depuis six ans le socialisme allemand passe par une transformation. « Nous passons par la mue^ » disait Bebel, l'homme à la parole audacieuse. Jusqu'où va cette mue? Plusieurs théories de Marx ont été jetées par-dessus bord. Dans les congrès annuels un certain opportunisme apparaît de plus en plus. Le principal dogme du socialisme marxiste est celui de la propriété collective des moyens du travail, avant tout du sol. Mais, pour arriver au triomphe, il faut que le socialisme gagne l'ouvrier agricole et le petit propriétaire. Comment le socialisme gagnera-t-il le petit propriétaire s'il proclame franchement la transformation de la propriété privée du sol en propriété collective? C'est ainsi que
se pose le problème. Le socialisme allemand a fait de grandP efforts pour en trouver la solution. Il ne Ta pas trouvée.; Il ne va pas jusqu'à dire, avec les socialistes français, qu'oi n'en veut, en attendant, qu'à la grande propriété.
Il croit écarter la difficulté en tournant la question. A l'occasion des élections du 16 juin J898, les manifestes socialistes disaient: a On nous accuse de vouloir enlever son champj au paysan; ceux qui parlent de la sorte ne nous connaissent pas. » Sans doute, le socialisme songe à faire cultiver lej champ par le paysan; sans doute encore, le socialisme ne veut pas abolir un certain produit immédiat du travail-, mais il veut certainement abolir la propriété privée des moyens! du travail ; il veut en toute première ligne abolir la propriété! privée du sol pour la transformer en propriété collective.] C'est là son dogme principal, qu'il n'a pas franchement) avoué aux dernières élections.
Au congrès de Hanovre, Bebel a bien déclaré qu'il faut] tenir à l'expropriation universelle de ceux qui possèdent.] Quand viendra-t-elle?
Les foules auxquelles s'adresse le parti socialiste demandent] autre chose qu'une théorie dont elles ne peuvent pas espérer] la réalisation dans un prochain avenir. On leur a dit que la] jouissance est le but de l'existence ; elles veulent prendre partj à ce banquet de la vie auquel on les a conviées, mais elle demandent que ce soit bientôt, du vivant de la génération] présente. Le socialisme, pour ne pas perdre les légions qui] le servent, se voit obhgé de masquer une théorie stérile et de flatter les passions du moment.
De là les opportunistes qui élèvent de plus en plus leui voix dans les congrès annuels, à la suite de Bernstein, de] Schippel, de David et de beaucoup d'autres chefs. En Ba-j vière, de VoUmar a, pour ainsi dire, un socialisme à lui,] tant son opportunisme va loin.
Comme homme de doctrine, c'est surtout le socialiste] Bernstein, vivant dans l'exil en Angleterre, qui est à la tèt^ des adversaires du marxisme à outrance. Il a déclaré qi
pour le socialisme le but final (l'état socialiste de l'avenir ou la société socialisée) n'est rien^ que le mouvement est tout. Il a nié le principe socialiste de l'inévitable misère des masses et de la concentration absolue des capitaux et des irrandes entreprises, qui devrait conduire en ligne directe au socialisme.
Le socialisme allemand a beau faire, l'impitoyable question se posera toujours: Quand serez-vousles maîtres? Que ferezvous quand vous serez les maîtres? Gomment organiserezvous votre société socialisée? Voilà ce que l'on demande sans cesse aux chefs de la démocratie socialiste. Une réponse précise de leur part n'est pas possible. « Cela se fera de soi, » disent les uns. « Le développement de l'organisation économique actuelle conduira en ligne directe à la solution, » disent les autres. Dans ces conditions, la mue s'impose. C'est une mue de tactique et d'organisation aujourd'hui; c'est déjà en partie une mue de doctrine. Liebknecht, le disciple direct de Marx^ est mort à Charlottenbourg le 6 août 1900. Son influence était très grande. Il était l'affirmation vivante du marxisme. Le doctrinaire Kautsky n'arrêtera pas la marche de la transformation. 11 vient d'écrire, au sujet du triomphe du socialisme, cette phrase significative : « Quand viendra ce triomphe? Sera-ce dans 3 ans? Sera-ce dans 30 ans? Sera-ce dans 90 ans? Qui osera marquer l'heure? »
Le marxisme doctrinaire traverse évidemment une crise sérieuse. En attendant, le flot de la haine sociale continue à monter.
Angleterre. — En 1893, les organisations ouvrières de r\ngleterre semblaient vouloir se rapprocher du socialisme. Leurs délégués prirent part aux délibérations du congrès sociahste international de Zurich. Cependant les légions ouvrières de l'Angleterre ne se sont pas encore mises en branle, comme l'espèrent et l'annoncent depuis de longues années les chefs du socialisme allemand. Le congrès international de Londres en 4896 a plutôt entravé que favorisé le mouvement socialiste en Angleterre. « Il y a du mécontente-
ment du côté des Trade-Unions de l'Angleterre », écrivit le député socialiste allemand Fischer, quelques jours après le J congrès de Londres. Il attribua ce mécontentement au parti pris d'exclure les délégués des Trade-Unions des principales commissions du congrès. Ce mécontentement pouvait exister, mais il n'était pas seul à détourner les Trade-Unions d'une alliance avec le socialisme international.
Ni la Ligue socialiste ni la Fédération démocratique socialiste n'ont fait de sérieux progrès depuis le congrès de Londres. Les chefs n'ont cependant laissé échapper aucune occasion de provoquer l'agitation. Hyndmann a de nouveau fait parler beaucoup de lui, tandis que J. Burns semble s'é-J loigner de plus en plus de l'idée socialiste. Il renie la lutte de classe. Au congrès international de Paris, les délégués anglais ont été relativement assez nombreux; mais, en réalité, ils ne représentaient pas les légions du prolétariat anglais.- Les élections récentes firent entrer trois députés plus ou moins socialistes au parlement : Keir Hardie, Bell et John Burns. Aucun d'eux n'est marxiste. C'est grâce à leur forte organisation et à l'esprit positif des ouvriers anglais que les grandes associations ouvrières d'Angleterre ne se sont pas laissé entraîner par le socialisme du continent. Us appellent les propositions socialistes des « idées de dimanche » qui ne sont pas à prendre au sérieux. Ce n'est cependant pas la question de principe qui semble empêcher ces associations'*] de donner la main au socialisme ; on sait qu'à plusieurs reprises, les congrès des Trade-Unions votèrent en faveur de la nationalisation du sol.
Autriche-Hongrie. — Autriche. — Le socialisme autrichien est celui qui aies relations les plus étroites avec le socialisme allemand. Ses chefs sont très actifs, sous la direction de Tisraélite Adler, un socialiste millionnaire, qui ne recule devant J aucune audace et qui est parvenu à jouer un rôle aux congrès internationaux.
Grâce à une modification dans le mode électoral si compliqué du parlement autrichien, les socialistes pénétrèrent
dans ce parlement : sur les 425 députés de cette assemblée 72 peuvent être élus au suffrage universel. Dès les premières lections qui se firent après celte modification, au mois de mars 1899, 14 socialistes furent élus: 2 en Galicie, 1 en Silésie, 3 en Moravie, 1 en Slyrie, 7 en Bohême.
A Vienne, les candidats socialistes réunirent 88.350 voix sur 278,000 électeurs; cependant aucun d'eux ne fut élu.
Il va sans dire que les socialistes appuyèrent les libéraux dans leur politique d'obstruction à l'occasion de la question des langues; toutes les violences trouvèrent leur concours. Bien plus, les socialistes surent profiter des divisions malheureuses que la question des langues suscita. Ils modifièrent leur tactique.
Leurs congrès généraux ne devaient plus avoir lieu que tous les deux ans. Dans l'intervalle, les socialistes de la même langue devaient tenir des congrès particuliers. Le congrès des Tchèques se réunit en 1878, dans la semaine de Pâques, à Brùnn.
Le congrès des socialistes de langue allemande le suivit de près; il siégea à Linz dans la semaine de la Pentecôte; il compta 104 délégués; on crut devoir y constater que la question des langues qui divise les autres partis n'est pas parvenue à entamer l'union des socialistes.
Le socialisme autrichien se distingua par son impiété et sa haine religieuse. Le congrès de Linz déclara une guerre à mort au parti « social chrétien ».
L'agitation politique permanente, la situation précaire d'une grande partie des ouvriers industriels, les grèves nombreuses, tout permit aux meneurs socialistes d'étendre leur propagande.
Le parti socialiste autrichien a une direction unique, qui s'occupe des questions de principe, du programme, de la tactique à suivre et des moyens d'agitation.
Le parti se subdivise en cinq fractions, celles des Allemands, des Tchèques, des Polonais, des Italiens et des Slaves du Sud. Les fractions se réservent les questions qui leur sont propres
C'est le seul opportunisme que le chef omnipotent Adlerj tolère. Il repousse les associations professionnelles neutres.]
Au congrès des socialistes allemands d'Autriche, qui s( tint à Graz au commencement du mois de septembre 1900,] l'opportuniste bavarois de VoUmar tenta de donner quelques] conseils de modération pour la propagande faite à la cam-j pagne et pour la question religieuse. Ces conseils furent mal] accueillis.
Aux élections qui viennent d'avoir lieu en Autriche, lesl socialistes ont reculé. Ils ont conquis deux sièges à Vienne,] mais ils ont été écrasés en Bohême.
Hongrie. — Le socialisme hongrois a plus spécialement^ appelé sur lui l'attention générale par l'agitation agraire^ qu'il suscita et qui est loin d'être complètement étouffée.
Les grands propriétaires hongrois ont à leur service de] nombreux ouvriers agricoles, qui sont trop souvent livrés àj la misère et que le gouvernement libéral n'a pas su protéger. Les agitateurs socialistes ont su profiter de cette situation. Deux congrès agraires eurent lieu en 1897, l'un à PesthJ et l'autre à Czegled. A l'époque des moissons, de grande grèves d'ouvriers agricoles se produisirent, des émissaire socialistes parcoururent le pays et cherchèrent à organiser mouvement, auquel de petits propriétaires prirent part. Oi alla jusqu'à signifier, au mois de mars 1898, à un grand propriétaire le partage de ses biens en un grand nombre d^ lots, dont l'un lui fut réservé.
Au lieu de faire tous ses efforts pour amener une réforiri^ sérieuse dans la situation des ouvriers agricoles, le gouvei nement se contenta d'une répression violente et souvei ridicule. Nous croyons devoir citer parmi les moyens de re pression les deux mesures suivantes : les petits paysans, qi avaient pris part au mouvement, durent loger des compî gnies entières de soldats, et les chefs socialistes furent force de se faire photographier.
D'après le rapport adressé par le comité directeur du se cialisme hongrois au congrès du parti, au mois d'avril 19(
Fagitation agraire s'organise toujours davantage. Dans 11 communes elle a fait entrer 113 socialistes au conseil municipal.
Le socialisme hongrois a organisé de nombreuses réunions. A Pesth même, il a déployé ses forces dans deux grandes démonstrations dans les rues. Dans l'espace d'une année, ses adeptes ont subi des condamnations qui s'élèvent à 35 années de prison.
Le mouvement socialiste hongrois est cependant beaucoup moins important que le mouvement socialiste autrichien.
Belgique. — L'étude des dernières années du socialisme belge est particulièrement intéressante. Elle nous met en présence du développement rapide du socialisme dans ce pays au sol de houille et de fer; elle nous montre aussi dans quelles conditions la lutte contre le socialisme se fera dans un avenir plus ou moins lointain.
En 1880, le socialisme était à peu près inconnu en Belgique. Déjà, en 1885,76 groupes socialistes se firent représenter au congrès de Gand; ils s'étaient élevés à 134 au congrès de Louvain en 1890; ils furent représentés au nombre de 360 au congrès d'Anvers en 1895.
Le suffrage universel fut introduit en 1893. Aux élections du mois d'octobre 1894, complétées par celles de Liège au mois de décembre de la même année et par celles de Thuin au mois de janvier 1895, les candidats socialistes obtinrent de 325.000 à 357.000 suffrages. Le socialisme belge put compter 29 députés sur 152.
Aux élections de 1896, le chiffre des députés du socialisme belge se maintint; en 1898, il fut réduit à 28. Les socialistes belges prirent la place des libéraux à la chambre des représentants.
A la suite de la dernière modification du système électoral, le nombre des socialistes à la chambre belge s'éleva à 32.
L'histoire retentissante du socialisme belge dans les dernières années est trop connue. Il est inutile de rappeler toutes ses menaces et toutes ses bruyantes manifestations, tant à
la chambre que dans les congrès du parti et dans les rues de Bruxelles.
Sans tenir compte de la facilité de propagande qu'offrent au socialisme les contrées et les villes industrielles, on a rendu le catholicisme responsable du rapide développement du socialisme en Belgique. On a oublié les efforts faits par le libéralisme pour soustraire à l'influence de l'Église les populations qui ont cédé davantage à la propagande socialiste.
Les catholiques sont aujourd'hui presque seuls à lutter contre le socialisme, ce sont eux qui l'ont arrêté dans sa marche envahissante. La Belgique voit le christianisme en face du socialisme. C'est le spectacle que d'autres peuples verront après la Belgique.
Le socialisme est partout la négation du christianisme. Dans le socialisme belge, la haine religieuse socialiste est doublée de l'ancienne haine religieuse libérale ou radicale. L'athéisme déborde dans les déclamations des socialistes belges. Cet athéisme n'est sorti, ni des ateliers, ni des mines; il y a été introduit par les chefs bourgeois du mouvement! socialiste. Du reste, le socialisme belge, proportion gardée, a le plus de millionnaires dans les rangs de ses chefs. Il a beau faire, il ne se dépouillera pas d'un caractère politique évident, quoique son chef Vandervelde soit un des orateurs^ inévitables des congrès internationaux.
Danemark. — Voici des chiffres qui signalent les progrès du socialisme danois. Les candidats socialistes recueillirent aux élections pour le Folkething, 6.805 voix en 1884, 8.408 voix en 1887, 17.232 voix en 1890, 25.019 voix en 1893. Ce dernier chiffre fut dépassé aux élections qui eurent lieu au mois d'avril 1898. Trois députés socialistes entrèrent auFolkething en 1890; les élections de l'année 1898 composèrent la chambre danoise de 63 radicaux, 23 modérés, 15 conservateurs et 12 socialistes.
Les compromis avec les radicaux ont contribué aux succès électoraux des socialistes, mais une grève, qui prit des di-
mensions inouïes pour le Danemark et se prolongea au-delà de tout ce que l'on croyait possible, ne devait montrer que trop toute l'influence du socialisme danois. Ne nous étonnons pas que le Danemark ait envoyé 19 délégués au con grès international de Paris, pendant que le socialisme suédois ne put se faire représenter que par 3 délégués; le socialisme norwégien n'eut même qu'un seul délégué.
Espagne et Portugal. — Nous écrivions en 1893 : « Malgré tout le bruit fait par le socialisme espagnol, les socialistes sont moins nombreux en Espagne qu'on ne pourrait le supposer. » Nous disions que le socialisme trouve en Espagne un puissant obstacle dans la foi du peuple. La situation n'a ' guère changé malgré tous les malheurs de l'Espagne. Le journal officiel du socialisme allemand, le Vorwaerts, que nous pourrions appeler l'organe principal du socialisme cosmopolite, confirme cette appréciation dans son numéro du 12 juin 1898. « Notre parti, dit-il, a obtenu dans les élections pour les Gortès 5,000 voix en 1891, 7,000 en 1893, 14,000 en 1896 et 20,000 le 12 mars 1898. » Le Vorwaerts attribue la lenteur relative dans le développement du socialisme espagnol à Vénorme influence du clergé. Les trois villes de Madrid, Bilbao, et Saragosse ont fourni la moitié des voix socialistes. Le candidat de Bilbao était l'agitateur Pablo Iglesias; il ne fut pas élu en 1898, quoique Bilbao comptât plusieurs socialistes parmi les membres de son conseil municipal. Barcelone, no slecteurs ne l'ignorent point, est le centre de l'anarchisme espagnol. Le socialisme publie actuellement en Espagne le Sozialista, qui paraît à Madrid, et huit autres petites feuilles ; sa bibliothèque des sciences sociales possède des traductions des œuvres de Marx, Engels, Guesde, Lafargue, Deville, Ferri, Furati, Loria.
Depuis 1898, Iglesias est parvenu à entrer aux Cortès; mais la situation générale du socialisme espagnol est restée à peu près la même. Il envoya quatre délégués au congrès de Paris. L'Espagnol impie et révolutionnaire ne s'arrête pas à mi-chemin ; il devient anarchiste.
Des manifestations socialistes à Oporto ont prouvé que le mouvement socialiste portugais n'a point disparu. Il est toujours favorisé par l'agitation politique. Le socialisme portugais était représenté au congrès international de Londres. Il voulut encore figurer au congrès de Paris. Il réunit trois mandats qu'il confia à un socialiste étranger, au socialiste français Jaurès.
France. — Le côté politique domine toujours dans le so cialisme français ou plutôt dans les partis socialistes d France.
Dans les dernières années, les efforts tentés à plusieurs reprises pour unir ces partis ont échoué. On s'attendait à voir les socialistes français affirmer leur union au congrès international de Londres; ils ne surent affirmer que leurs divisions. On distinguait en 1898, comme en 1894, des socialistes marxistes, allemanistes, bîanquistes, broussistes eiin dépendants.
Afin de faciliter une fusion, le socialiste Millerand aval fait adopter, en 1896, un programme d'union. Un manifeste récent formula les trois points principaux de ce programme. D'après ce manifeste le parti socialiste en France doit tendre en toute première ligne à réaliser la conquête du pou^' voir politique par le prolétariat organisé.
C'est évidemment la principale préoccupation des che des partis socialistes. Il suffit de jeter un coup d'oeil su l'état- major du « parti ouvrier », qui tient le plus du socia lisme allemand, pour se rendre compte de cette situation., Il n'y a presque pas d'ouvriers parmi les chefs de ce parti' soi-disant ouvrier.
On voit là, côte à côte, de nombreuxjournalistes, des avocats, des professeurs et des bourgeois appartenant à des professions diverses.
Le manifeste parle en seconde ligne de la substitution de la propriété sociale à la propriété actuelle, des moyens de production, d'échange et de crédit. Mais les termes du manifeste sont si vagues qu'ils laissent la porte largement ou
verte aux interprétations les plus divergentes. Millerand luimême a parlé, il y a quelques années, de la propriété collective comme d'une hypothèse.
Le collectivisme de Karl Marx exclut la propriété privée du sol. Gela n'a pas empêché le congrès tenu à Nantes, en 1894, par le « Parti ouvrier », qui est le parti marxiste, de promettre au petit paysan qui cultive lui-même son champ, de lui laisser la propriété de ce champ et de le protéger contre le fisc, contre l'usurier et contre le grand propriétaire. Jaurès, dans son inévitable rhétorique, est allé jusqu'à appeler sam^e cette propriété.
Cependant cette sainte propriété, on ne voulait jamais la définir. Dans un débat de la chambre française, il fallut toute l'insistance de Méline pour démasquer le grossier sophisme socialiste : « Nous ne touchons pas à la petite propriété ».
Méline s'adressant aux socialistes leur posa cette question : « Aujourd'hui le petit propriétaire a le droit de vendre à n'importe qui. Allez-vous respecter ce droit? Lui permettezvous de vendre?
Silence profond sur les bancs socialistes. Méline insiste :
Je vous le demande formellement : Permettrez-vous au petit 1 ropriétaire de vendre sa terre? »
Gabriel Deville, un des docteurs du parti socialiste, répond
t nfin : « Je dirai que la solution dépendra de la volonté du
pays exprimée, par exemple, par des mandataires, comme
Mijourd'hui; mais, si vous voulez mon opinion personnelle,
répondrai qu'il n'aura pas le droit de la vendre ».
Si les chefs des partis socialistes sont réduits à se servir de pareilles équivoques, que faut-il penser de la masse des KJeptes? Les chefs ne sont unis que dans leur haine reli-
leuse, et les adeptes se rencontrent dans la haine sociale. La haine religieuse des socialistes s'est montrée brutalement intolérante presque partout où l'administration municipale est tombée entre leurs mains.
Parce que le socialisme français ne forme pas un parti compact, il était difficile, après les dernières élections, de
donner le nombre exact des députés socialistes qui furent élus. Ce nombre fut porté d'abord à 57; il fut réduit ensuite! à 46. Le Vorwaerts de Berlin ne voulut reconnaître! parmi les élus que 43 vrais socialistes. On s'est arrêté enfii au nombre de 37: 14 marxistes, 6 blanquisfes, i allemanistes] et 14 indépendants. Une fraction socialiste parlementaire] s'est constituée à la chambre au mois de décembre! 1899; elle comptait 36 membres au moment de sa constitu-j tien.
La même incertitude règne au sujet du nombre des voii obtenues par les candidats socialistes. Après l'avoir porté] d'abord à 940,000, on le réduisit ensuite à 840,000. D'aprèsj les calculs du Journal des Économistes, dans sa livraison di 15 juin, les socialistes seraient, dans la chambre nouvelle,' au nombre de 58; -les candidats socialistes auraient obtenu J 858,000 voix contre 598,000 aux élections de 1897. Cette augmentation des voix est assurément considérable, mais elle nej prouve pas précisément un développement proportionnel diij socialisme. En 1898 les socialistes ont posé beaucoup plus dej candidatures qu'en 1897; les voix obtenues par les nombreux candidats qui ont échoué, ont été portées aussi àl'actil du socialisme.
En nous permettant cette dernière observation, nous n'entendons atténuer en rien le danger du socialisme en France.] Ce danger n'est que trop réel, mais ce n'est pas du côté de la théorie d'un collectivisme voilé que nous l'apercevons;' nous le voyons du côté de la haine sociale, qui est propagée avec acharnement.
Les socialistes français sont-ils plus unis en 1901 qu'en
Au congres de Pans étaient représentes sept groupes : !• ^' le groupe des socialistes indépendants, 2° le parti ouvrier français (les guesdistes ou marxistes), 3<^ le parti socialiste révolutionnaire (les blanquistes), 4» le parti ouvrier socialiste révolutionnaire (les allemanistes), 5<» le groupe des ouvriers socialistes de France (les broussistes), 6° l'alliance com-
muniste, 7° le groupe des syndicats qui professent les principales doctrines du socialisme.
La scission profonde qui existe entre les socialistes français n'a jamais éclaté plus violemment qu'avant le congrès international de Paris, pendant ce congrès et après ce congrès.
Avant le congrès de Paris, le congrès des Guesdistes à Caudry déclara que tous les membres du ministère Waldeck- Rousseau, depuis < l'ancien socialiste Millerand, jusqu'à l'avocat des panamistesWaldeck-Kousseau », ont droit aux malédictions du prolétariat. Nous avons dit ce qui se passa au congrès international. Quant au congrès des socialistes français, qui devait suivre le congrès international pour rétablir la paix, le journal officiel du socialisme allemand, en parlant de sa principale séance, la compare au chaos.
Gircc. — Après tout ce que la dernière guerre nous a fait voir dans la Grèce, personne ne sera étonné d'apprendre que la propagande socialiste ne l'a pas épargnée. Déjà en 1896 une feuille socialiste fut publiée à Patras.
RoUande. — Par suite de l'humeur turbulente de son premier agitateur, l'ancien pasteur protestant Domela Nieuwenhuis, le socialisme hollandais se divisa en trois partis : le parti du socialisme marxiste, le parti de l'ancienne Alliance des socialistes de Nieuwenhuis et le nouveau parti de Nieuwenhuis. Après avoir été lui-même membre du parlement hollandais, Nieuwenhuis se déclara plus tard contre le parlementarisme et forma une espèce de parti intermédiaire entre le socialisme et Tanarchisme. Ce parti ayant permis de prendre part au vote et ayant envoyé un des siens au parlement aux dernières élections, Nieuwenhuis s'en sépara brusquement; il fut suivi par un assez grand nombre de partisans, qu'il eut bientôt groupés de nouveau autour d'un socialisme à part, grâce aux ressources d'une fortune considérable. Nieuwenhuis a suscité des incidents plus ou moins orageux dans les congrès internationaux de Bruxelles, de Zurich et de Londres. Le parlement hollandais compte aujourd'hui trois socialistes parmi ses membres : Van de Zwaags, l'an-
cien partisan de Nieuwenhuis, dont nous venons de parler, et les deux socialistes marxistes Fraelstra et Van-Kol. Le socialisme marxiste s'est considérablement développé. Il envoya 9 délégués au congrès international de Paris,, et Van-Kol compte parmi les présidents du congrès.
Italie. — Les causes qui ont ouvert au socialisme les portes de Tltalie continuent à subsister. L'issue malheureuse de la guerre contre l'Abyssinie et les progrès de la misère dans une grande partie des populations agricoles ne pouvaient qu'offrir un nouvel aliment à l'agitation socialiste. En Italie, comme dans tous les autres pays, l'agitation socialiste est plus intense partout où un prolétariat industriel nombreux s'est massé. Cependant l'Italie nous montre aussi un socialisme agraire menaçant. Le régime agraire d'une grande partie du pays produit de plus en plus des résultats déplorables, auxquels viennent s'ajouter les exigences impitoyables du fisc. Les agents de ce fisc sont devenus ainsi, malgré eux, les meilleurs agents du socialisme parmi les populations agricoles. Le gouvernement, dont la principale préoccupation a été de réduire l'influence religieuse, n'a rien fait pour remédier à cette situation. La révolution couronnée, l'Italie le prouve trop, est incapable de combattre avec succès U révolution de la rue.
L'état des esprits en Italie s'est révélé dans toute sa gra vite dans la vaste et sanglante agitation du mois de mai 189Î Par suite du renchérissement du pain, des émeutes éclatèrent comme d'elles-mêmes dans le midi de l'Italie; elle se propagèrent comme une traînée de poudre jusqu'à Turin, en passant par Rimini, Ancône, Ravenne, Ferrare, Plaisance, Florence, Livourne, Prato, Faenza, Brescia, Pavie, Monza et plusieurs autres localités moins considérables. A Milan, l'émeute prit les allures d'une véritable insurrection, dont les victimes, d'après la version officielle, s'élèvent à une centaine de morts et à plusieurs centaines de blessés.
Les émeutes se firent d'elles-mêmes; l'insurrection de Milan aussi fut improvisée. Le conseil de guerre de Milan, qui a
foulu trouver des coupables à tout prix, n'a pas pu découvrir les moindres traces d'un complot.
Telle est la situation de l'Italie; une explosion de mécontentement rébranle d'une extrémité à l'autre. Milan, qui est le centre industriel de l'Italie, est aussi le centre du socialisme italien. Le socialisme n'a pas voulu l'insurrection au moment où elle éclata, mais il a propagé les idées et les sentiments d'où sortent l'insurrection et les émeutes.
Les émeutes italiennes n'étaient pas organisées, mais son socialisme, grâce à l'influence du socialisme allemand, ne manque pas d'organisation. Il a ses sections, ses associations provinciales, ses congrès, sa fête du premier mai, sa presse, ses députés à la chambre italienne.
Au congrès qui siégea à Bologne du 18 au 20 septembre i897, 280 délégués étaient présents. Il fut constaté que le parti socialiste italien comptait à cette date 623 sections et 27,281 membres; le nombre des feuilles socialistes, grandes €t petites, s'élevait à 46. L'Italie a des associations socialistes d'étudiants.
Le socialisme italien n'est pas aussi dénué de ressources qu'on pourrait le croire. Il put recueillir de grandes sommes pour fonder son journal officiel VAvanti dont les abonnés, d'après une estimation douteuse, se seraient élevés au nombre de 46,000.
On le voit, le socialisme italien a emprunté son organisation au socialisme allemand; il lui a emprunté aussi son programme. Il compte un nombre relativement considérable d'adeptes à la campagne, dans la population agricole. Un congrès réuni à Bologne s'occupa spécialement de la question agraire. ïl ne fit pas de promesses exceptionnelles aux petits propriétaires comme le socialisme français; il se contenta de demander des réformes en faveur des ouvriers agricoles.
Aux élections du mois de mars 1897 pour la Chambre italienne, 15 socialistes furent élus au premier tour de scrutin. Le nombre des voix socialistes, qui n'avait pas dépassé 73.000 en 1895, s'éleva à 135,000. La plupart des députés so-
cialistes furent élus dans des circonscriptions agricole
Aux élections du mois de juin 1900, les candidats socialiste réunirent 215,841 voix. 32 députés socialistes siègent dans la chambre italienne. Ne nous étonnons pas que les socialis- ; tes italiens aient voulu jouer leur rôle au congrès de Paris.
Les gouvernements révolutionnaires qui se sont succédé en Italie n'ont foi que dans la violence. Déjà le gouvernement de Crispi n'avait guère eu recours qu'à des mesures violentes, parmi lesquelles nous nommons le domicile forcé assigné aux agitateurs. Après les émeutes du mois de mai et l'insurrection de Milan, le gouvernement italien employa l'é^ tat de siège avec toutes ses conséquences. Presque toutes les publications socialistes furent supprimées, et les associations dissoutes. On sévit en même temps contre les cercles, les sociétés et les publications catholiques, qui formaient la prin- -. cipale barrière opposée à la propagation du socialisme. fl
De nombreux journalistes furent frappés de peines évidemment excessives. Les députés socialistes de Andreis et Furati furent condamnés à douze années de réclusion et à l'exclusion à vie de tous les emplois publics. Des peines aussi peu justifiées que sévères ont atteint des journalistes qui ont critiqué le régime actuel de l'Italie, mais qui n'ont jamais fomenté la révolte.
Le socialisme n'a jamais eu peur d'une pareille méthode de répression. De la propagande publique il passera, en Italie plus facilement que partout ailleurs, à la propagande secrète.
Pologne. — Nous avons déjà fait observer, en parlant du socialisme polonais, que celui-ci ne distingue pas entre la Pologne russe et la Pologne autrichienne ou la Pologne prussienne.
Le socialisme est toujours forcé de vivre, dans la Pologne russe, plus ou moins comme société secrète. L'organisation publique n'est pas possible, le régime russe ne la tolère pas. Au mois d'avril 1895, une dépêche, qu'il était impossible de contrôler, annonça que plus de cent ouvriers de la ville industrielle de Lodz et des environs, accusés de menées socialistes,
furent transportés à la citadelle de Varsovie. Des arrestations eurent lieu plus tard à Varsovie; on les attribua tantôt à des menées nihilistes, tantôt à des menées socialistes. Récemment la presse clandestine du socialisme russe annonçait des succès surtout à Lodz; des brochures socialistes, traduites en langue polonaise, ont été répandues en grand nombre parmi les populations rurales.
Le socialisme polonais est plus fortement organisé dans la (^lalicie. Les sociahstes polonais de la Galicie ont admis que pour eux le programme socialiste passe avant la nationalité.
Il n'en a pas été de même des socialistes polonais allemands. Dans un congrès réuni à Berlin, qui comptait 33 délégués polonais, une proposition qui demandait aux Polonais (le renoncer à la question nationale, dut être retirée devant les nombreuses protestations.
La propagande socialiste parmi la population de langue polonaise dans le royaume de Prusse, dépend de celle de toute l'Allemagne. Toutes les circonscriptions du grandduché de Posen virent des candidatures socialistes aux dernières élections. Au congrès socialiste de Hambourg, qui siégea du 3 au 9 octobre 1897, un délégué polonais crut devoir formuler une plainte à cause du petit nombre d'agitateurs parlant la langue polonaise. Le même délégué affirma aussi que les mesures prises par le gouvernement pour la germanisation de la Pologne ont été utiles à la propagande socialiste. L'organe polonais, la Gazeta Eobotnicza est peu important.
La propagande socialiste a eu moins de succès dans la l'ologne autrichienne aux dernières élections. L'abdication de la nationalité ne lui a pas porté bonheur.
Dix-sept délégués du Congrès international de Paris se disaient délégués du socialisme polonais.
Roumanie, Bulgarie et Serbie. — Nous avons dit comment le socialisme pénétra dans la péuinsule des Balkans. Il s'y maintient, et il s'y affirme dans les élections. Ce socialisme a revêtu quelque chose du caractère turbulent de la population.
Lors du congrès international de Londres, un délégué serbe figura parmi les principaux orateurs du meeting socia-i liste à Hyde-Park. Aux dernières élections en Serbie, les] candidats socialistes réunirent, au dire de la presse, près de 50,000 voix.
Les socialistes bulgares se firent représenter au Congrèl de Paris par trois délégués.
Russie. — Le compagnon Pleckanow, le Russe selon lel cœur du socialisme allemand, présenta au congrès de Lon-J dres les six délégués du socialisme russe. Quand il signalai les deux délégués des ouvriers grévistes de Saint-Pétersbourg, qui se sont insurgés contre le capitalisme et contre] le « csarisme » , un tonnerre d'applaudissements couvrit sa] voix. Pleckanow fit exclure un septième délégué, qu'il appela le délégué des idéologues et des étudiants bourgeois réunis à Genève. Le Russe F. Volkovsky parla au meeting de Hyde-Park.
Depuis le congrès de Londres, les grèves fomentées pai le socialisme russe se sont multipliées. Elles sont devenues si nombreuses dans les derniers temps que le gouvernementj inquiet, songea aux moyens de combattre l'influence occulte du socialisme. Il est à peine besoin de dire que les grèves russes ressemblent peu aux grèves anglaises.
Dans un rapport secret adressé par le chef de la police d^ Moscou, le 20 avril 1898, au gouverneur général (rappoi publié parle Vorwaerts de Berlin), ce chef,,TrepowSoubatowj reconnaît lui-même que les révolutionnaires russes ont suii avec succès l'exemple des socialistes allemands et qu'ils sjj sont adressés aux ouvriers, comme défenseurs de leurs ii térèts. Trepow croit que les révolutionnaires russes ci abandonné le drapeau d'autrefois.
L'avenir nous renseignera à ce sujet. D'après la press socialiste clandestine en Russie, le mouvement socialist aurait envahi Saint-Pétersbourg, Moscou, Dombrowm Ezenstachowa, Lodz, Bialystock et de nombreuses localité] moins considérables.
Le nombre des délégués socialistes russes au congrès de Paris, s'est élevé à vingt-trois.
Suède et Norwège. — Le socialisme norwégien a fourni, à l'occasion du congrès de Londres, un des orateurs de ce fameux meeting qui, dans l'intention des meneurs socialistes, devait Taire concurrence à la Pentecôte et dont une pluie torrentielle a achevé de faire une farce. Le suffrage universel, qui vient d'être donné à la Norwège, la dotera bientôt, nous n'en doutons point, d'un certain nombre de députés socialistes.
L'agitation politique des derniers temps a rendu la Norwège )lus accessible à la propagande socialiste. D'après le rapport )résenté au congrès de Christiania, au mois d'août 1899, e socialisme norwégien compterait environ 10,000 membres partagés en 105 associations.
Le socialisme suédois a appelé l'attention sur lui à un autre titre; les électeurs de Stockholm envoyèrent l'un de ses chefs, Hjalmar Branting, dans la deuxième chambre suédoise. Cette élection est d'autant plus significative que, pour être électeur, il faut posséder un revenu de 800 couronnes. Branting fut, comme étudiant de l'université d'Upsal, un des collaborateurs du tailleur Palm, du premier agitateur socialiste en Suède. Le socialisme suédois a su créer deux journaux quotidiens, l'un à Stockholm et l'autre à Malmoe, plusieurs feuilles hebdomadaires et quelques organes spéciaux des associations professionnelles. Le premier mai, qui, de temps immémorial, était un jour de fête en Suède, a offert aux socialistes suédois une occasion unique de multiplier leurs démonstrations. Depuis d890, leur organisation a fait des progrès rapides, mais seulement dans ceraines régions; ils ont même leur maison du peuple à Mal-
oe, avec un grand parc. Ils font de grands efforts pour irriver au suffrage universel. Les socialistes suédois s'élèvent m nombre de 40,000 à 50,000; les associations ouvrières, mbues d'idées socialistes, ont 60,000 membres. Trois délégués
I'eprésentaient le socialisme suédois au congrès de Paris. LE SOCIALISME CONTEMPORAIN. 25
Suisse. — Au dehors, le socialisme suisse tend toujours la main au socialisme allemand, qui lui a donné ses premiers maîtres. Au congrès de Londres, dans la scène de la fraternisation universelle, parmi les chefs du socialisme cosmopolite qui se tendaient les mains, figuraient les deux socialistes suisses Greulich et Sigg. GreuUch fut aussi un des orateurs du meeting de Hyde-Park. Dans la Suisse même, la situation n'est pas si nette. Les socialistes suisses ne sont pas encore parvenus à s'organiser comme les socialistes allemands. Le socialiste Greulich, qui avait été au congrès de Gand, en 1877, un socialiste farouche et intransigeant est aujourd'hui un socialiste opportuniste. Le socialisi suisse offre un caractère particulier. Il y a, dans les diffi rents cantons de la Suisse, des groupes socialistes plus o\ moins nombreux allant plus ou moins loin dans leur programme. Les sociahstes d'un même canton sont même quel-j quefois divisés entre eux comme dans les cantons de Berne! Zurich et Genève. Les socialistes Mettier et WuUschleger onj fait des propositions d'organisation qui n'aboutirent poii Ce n'est pas un parti compact qu'ils voulaient constituai mais une espèce de fédération des groupes cantonaux. Ui congrès de délégués socialistes, réuni à Olten le 18 novem^ bre 1900, s'occupa d'un nouveau projet d'organisation, qi devrait s'appuyer sur le Grùtliverein, la plus puissante association ouvrière de la Suisse.
Le socialisme suisse cherche à pénétrer partout, et, poui arriver, se montre parfois accommodant. C'est le socialisme suisse qui s'est montré le premier favorable aux associations professionnelles neutres. 11 n'y a là qu'une tactique plus o\ moins habile, car le socialisme suisse n'est pas moins hos^ tile à la religion que celui des autres pays.
Le Conseil national suisse a quelques membres socialistes;! plusieurs Grands Conseils cantonaux comptent des sociaJ listes dans leur sein. On est allé plus loin, le gouvernement du canton de Zurich et celui du canton de Genève nous i montrent chacun un socialiste parmi leurs membres. Lej
secrétaire du travail au Conseil fédéral n'est autre que le socialiste Greulich.
Au congrès de Paris le socialisme suisse comptait dix délégués.
Amérique. — Partout où des socialistes allemands ont mis le pied, ils ont fait de la propagande socialiste. On a parlé récemment de l'agitation socialiste dans l'Amérique du Sud, principalement dans la République Argentine. Ce mouvement socialiste s'est développé, et le socialisme de la République Argentine avait son délégué au Congrès international de Paris.
Quant aux États-Unis, le ferment socialiste continue à se manifester de temps en temps dans ses grandes associations ouvrières. Cependant le socialisme allemand, pour des motifs que nos lecteurs connaissent, n'a pas gagné considérablement en importance dans les six dernières années. Le socialisme marxiste, ou le Parti ouvrier socialiste, a trouvé une nouvelle concurrence dans la « Démocratie sociale d'Amérique ». Le chef de ce nouveau parti socialiste n'est autre que l'agitateur Eugène Debs, l'un de ceux qui ont conduit à Washington les légions d'ouvriers sans travail. Sa Démocratie sociale yeui aussi transférerau peuple le sol et les moyens de production; elle veut créer un État coopératif. Debs tend à passer immédiatement delà théorie à la pratique, en fondant de grandes colonies ouvrières ayant une organisation socialiste. Quoique les marxistes d'Amérique combattent vivement la Démocratie sociale, celle-ci a vu rapidement augmenter ses adeptes; elle a même trouvé parmi les immigrés allemands des partisans assez nombreux pour lui permettre de Caire paraître à Cleveland un organe central en langue allemande.
L'Amérique du Nord était représentée au congrès international de Londres. Deux Américains, Stetson et Maguire, furent nommés parmi les orateurs du meeting de la paix universelle. Cinq délégués furent envoyés au congrès de Paris par les socialistes de l'Amérique du Nord.