INTRODUCTION XXXIII
en agissant sur les élections; quand ils l'auront acquis d'une manière générale et indirecte, le législateur sera forcé de leur reconnaître et de supprimer la fiction d'un vote inutile.
3° Tout le monde se plaint de la surveillance exercée Sur les ateliers industriels ; les inspecteurs sont trop peu nombreux et leur bonne * volonté (quand ils en ont) est détruite par l'inertie administrative, ou même réprimée par les Pouvoirs publics. La solution des radicaux est très simple : multiplier les fonctionnaires pour fournir des emplois aux intellectuels sans travail. La solution socialiste est plus simple et plus économique : charger les syndicats de faire faire l'inspection ; on serait ainsi assuré que celle-ci serait sérieuse et pratique.
4° Enfin, n'est-il pas évident que les syndicats seraient bien plus aptes que les employés munici- * paux à s'occuper des questions d'assistance? Là encore leur intervention serait plus efficace et moins chère que celle des corps constitués.
En somme donc, pour Sorel, l'action syndicale
dans le domaine politique ne doit pas avoir pour
but de conquérir l'État, pour l'abolir ensuite, mais
de travailler dès à présent à son abolition finale,
, en se substituant à lui :
Il faut que les syndicats arrachent à l'État ses pouvoirs, petit à petit, en les réclamant sans cesse, en intéressant le public à leurs efforts, en dénonçant sans relâche les abus, en montrant l'incapacité ou l'impro-
XSXfV INTRODUCTION
bité des administrations publiques. Ils arriveront ainsi à enlever aux formes antiques, conservées par les démocrates, tout ce qu'elles ont de vie et ne leur laisseront que les fonctions rebutantes de guet et de répression. Alors une société nouvelle aura été créée avec des éléments complètement nouveaux, avec des principes purement prolétariens. Les sociétés de résistance auront fini par agrandir tellement leur champ d'action qu'elles auront absorbé presque toute la politique.
Voilà, telle que je la comprends, d'après la conception matérialiste de l'histoire, la lutte définitive pour les pouvoirs politiques. Ce n'est pas une lutte pour prendre les positions occupées par les bourgeois et s'affubler de leurs dépouilles ; c'est une lutte pour vider l'organisme politique bourgeois de toute vie et faire passer tout ce qu'il contenait d'utile dans un organisme politique prolétarien, créé au fur et à mesure du développement du prolétariat.
Cette étude de Sorel, à l'époque de sa publication, passa presque inaperçue.
La C. G. T., créée en 1895, ne groupait qu'un petit nombre d'adhérents et n'avait pas encore nettement défini ses tendances syndicalistes.
La Fédération des Bourses du Travail, dirigée par Fernand Pelloutier, restait la tôte et le cœur du mouvement syndical. De même que la C. G. T-, elle se donnait pour but de coordonner l'action ouvrière en dehors des fractions socialistes et d'unir sur le terrain économique les travailleurs en lutte pour leur émancipation intégrale.
Mais, tout en affirmant la nécessité théorique d'une rupture entre l'État bourgeois et le mouve-