CHAPITRE II LA FAILLITE DU PARLEMENTARISME
On a publié, sous ce titre, depuis quelques années, des articles innombrables, et ceux mêmes qui essaient de défendre le régime parlementaire, reconnaissent qu'il traverse une crise et se demandent s'il survivra aux circonstances qui l'ont fait naître.
En février 1912, au moment où la G. G. T. en France se montrait particulièrement agressive, et où les grandes grèves de transport venaient de marquer, en Angleterre, l'avènement de forces sociales nouvelles, la Revue Bleue, de Paris, interrogea un certain nombre d'hommes politiques — MM. Pnul Deschanel, Maxime Kowalewsky, Virgile Kossel, député au Gonseil national suisse, Emile Vandervelde — sur l'issue probable du conflit qui oppose, dans certains pays, le syndicalisme et le parlementarisme.
Nous voulons reproduire ici la partie critique de notre réponse, au sujet du gouvernement parlementaire. La développer serait inutile. Il s'agit de faits que tout le monde peut quotidiennement observer.
48 LE SOCIALISME CONTRE l/ÉTAT
€ Qu'est-ce que le gouvernement parlementaire, arrivé à la plénitude de son développement?
t C'est le système de gouvernement qui a pour centre de gravité une assemblée élue dont la majorité fait les lois, vote les budgets, décide — et ceci est essentiel — du sort des ministres, intervient, par leur intermédiaire, dans les nominations de Tordre administratif et judiciaire, possède, en un mot, toute la substance du pouvoir, sauf à conserver, pour la forme, des institutions traditionnelles, réduites à l'état de décor.
« Cette assemblée souveraine, divisée ou non en deux Chambres, se compose de quelques centaines d'hommes, qui, pour la plupart, doivent d'être élus à leur influence locale, leur fortune, leur popularité de bon ou mauvais aloi, plutôt qu'à leur savoir ou leur capacité politique. N'empêche qu'étant omnipotents, ils sont censés être omniscients. Ayant à se prononcer sur toutes les questions, ils sont présumés les connaître toutes. Et, en fait, compétents ou incompétents, ils se prononcent, soit qu'ils aient une opinion personnelle plus ou moins mûrie, soit qu'ils obéissent au mot d'ordre de quelques chefs de file.
t Pour que pareil système puisse fonctionner, sans aboutir au gâchis et à l'im puissance^ faut un corps électoral éclairé, des élus ayant, avec une saine moralité, l'expérience des grandes affaires, un pouvoir exécutif stabilisé par la discipline des partis, .des problèmes législatifs peu