‹ Le socialisme contre lE̓tatChapitre 50 sur 64 · LA FAILLITE DU PARLEMENTARISME · texte numérisé non relu

LA FAILLITE DU PARLEMENTARISME

nombreux, bref, un ensemble de conditions qui se sont trouvées réunies, pour le plus grand profit, d'ailleurs, de Pégoïsme bourgeois, à l'époque du régime censitaire, sous Louis-Philippe ou Léopold I er . Aussi ne faut-il point s'étonner que, sur le continent, leur règne ait été Page d'or du parlementarisme bourgeois.

« Aujourd'hui^ par contre, c'est Page de fer. Il est impossible de se dissimuler que, de plus en plus, les conditions de fonctionnement normal du régime tendent à disparaître. Le développement des fonctions et des interventions de PÉtat, dans tous les domaines, multiplie à Pinfini les questions à résoudre, sans que la capacité politique des députés augmente en proportion. La multiplication, pour ne pas dire Pémiettement, des partis rend plus difficile la constitution de majorités parlementaires, partant de ministères stables, et ces difficultés — Pexemple de la Belgique est là pour le dire — ne feront que croître sous la représentation proportionnelle. Les élus, quand ils ne sont pas des affairistes, opérant pour eux-mêmes, ignorent 4 peu près tout des rouages compliqués de la société moderne, et ne mettent au service de la cause populaire que des formules creuses et une phraséologie d'avocats. Le corps électoral, enfin, avec son énorme poids mort d'illettrés et d'incapables, ne justifie que trop cette parole amère de P. J. Proud'hon : « En maintes circonstances, les a électeurs du suffrage universel se sont montrés

50 LE SOCIALISME CONTRE l'ÉTAT

« inférieurs en capacité politique aux censitaires de « la monarchie de Juillet 1 »

c Certes la machine marche, malgré tout, parce qu'il y a les bureaux, les commissions de spécialistes, les grands conseils qui mâchent la besogne au législateur, la presse qui supplée, dans une certaine mesure, à l'insuffisance flagrante du contrôle budgétaire ; la machine marche, mais avec quels frottements, quels à-coups, quel gaspillage de forces, et, aussi, quelle déception pour les masses populaires qui avaient fondé sur le suffrage universel de si hautes ambitions et de si vastes espérances !

« Sous l'empire de cette déception, elles ne voient pas, elles ne veulent pas voir que le gouvernement parlementaire, avec toutes ses tares, constitue néanmoins un immense progrès sur les régimes antérieurs ; que, s'il est un très médiocre instrument de réformes, il reste un moyen efficace d'empêcher les abus de pouvoir, bref, que, dans l'état actuel des choses, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer.

« Ce qu'elles voient, et comment pourraient-elles ne pas le voir, c'est le temps perdu, l'agitation stérile des couloirs, le jeu misérable des surenchères électorales, le débordement des questions de clocher, l'intarissable bavardage des députés qui veulent se faire valoir, et, conséquence fatale, l'accumulation des arriérés parlementaires et Pavortement des réformes espérées.

€ La situation, certes, n'est pas également raau-

LA FAILLITE DU PARLEMENTARISME 5l

vaise dans tous les pays. On peut y apporter des remèdes, ou du moins des palliatifs. Mais il n'en reste pas moins que le gouvernement parlementaire, qui suffisait à sa tâche lorsqu'il n'était que le conseil d'administration des affaires de la bourgeoisie, se montre impuissant à résoudre tous les^ problèmes, à faire face à toutes les difficultés qui surgissent, dans une société en voie de transformation révolutionnaire.

« Aussi ne doit-on pas s'étonner que, de plus en plus, la classe ouvrière, comprenant qu'elle ne saurait s'affranchir par personnes interposées, compte avant tout sur elle-même, recoure à l'action directe pour stimuler, ou pour remplacer, l'activité réformatrice des parlements, et, dans les pays surtout où le parlementarisme atteint son maximum de discrédit, attache plus d'importance à l'action syndicale et coopérative qu'à l'action politique. »

Page 1