‹ Le socialisme d'état et la réforme sociale; (volume 2)Chapitre 14 sur 45 · SYNDICATS POUR LIJIITER LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

SYNDICATS POUR LIJIITER LA PRODUCTION

intérêts communs. Nous avons déjà vu l'importance que ces associations avaient eue pour la formation des corporations d'assurances contre les accidents (V, § 3, note).

Ces conventions tantôt se bornent à fixer la production de chacune des usines associées, tantôt elles y ajoutent une fixation da prix minimum au-dessous duquel aucun des membres du syndicat ne pourra vendre. D'autres fois, elles répartissent les commandes entre les associés et allouent des indemnités aux usines qui consentent à cesser provisoirement ou à restreindre leur production. Enfin certains syndicats ont pour objet le partage géographique des débouchés tant à l'intérieur qu'à l'étranger.

Des Kartelle de ces diverses sortes ont été conclus entre les raffineurs de sucre^ les fabricants de papier, les brasseurs, les maîtres de forges de la Silésie, les propriétaires de houillères du basin de la Ruhr. Ces derniers, au nombre de cent-sept, ont formé, en 1879, un syndicat qui a duré cinq ans et leur a permis, pendant ce temps, de dominer le marché allemand. A côté, ou plutôt dans le sein de ce grand syndicat, qui avait pour but seulement de limiter la production et d'obvier par là à la baisse des prix, un syndicat particulier s'est constitué en 1885 entre les fabricants de coke et producteurs de charbons gras du district de Dortmund pour centraliser la vente de leurs produits et se la répartir proportionnellement. Mais le défaut d'ahésion d'un certain nombre d'intéressés a fait abandonner cette combinaison au bout de dixhuit mois.

Les charbonnages de la Haute-Silésie ont, de leur côté, réussi, au mois d'avril 1887, à se grouper dans

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une combinaison de ce genre. Trois grands charbonnages qui appartiennent à l'État prussien, dans celte région, et sont exploités directement par ses agents, y ont adhéré ou au moins se sont concertés avec le syndicat pour la fixation du tonnage à extraire.

Les usines qui travaillent le fer sont celles qui ont le plus usé de cette nouvelle forme d'association. Toutes ce'les de l'Allemagne sont, au moment où nous écrivons, partagées en quatre syndicats régionaux qui règlent la production et en même temps ont des comptoirs de vente. Ces syndicats eux-mêmes s'entendent pour régler entre eux la concurrence, au moins pour certains débouchés. Ils ont réussi à élevernotablement dans le pays les prix du fer et de l'acier.

La protection douanière considérable dont jouissent ces grandes industries fait qu'en se syndiquant elles sont absolument maîtresses du marché intérieur : elles en profitent pour vendre à un prix très élevé, et avec les bénéfices ainsi réalisés elles écoulent leurs stocks à l'étranger, souvent au-dessous du prix de revient.

Il n'est pas jusqu'aux banquiers allemands qui nese soient réunis à la fin de mai 1887, à Francfort, la vieille capitale de la banque, et aient décidé de ne pas escompter au-dessous du taux de la Reichsbank, quand on craignait l'exportation de l'or, et, dans les autres circonstances, de ne pas escompter au-dessous de 1/8 pour 100 du taux adopté par elle.

En mai 1886, les principales usines sidérurgiques de rAutriche-Hongric ont conclu un accord pour se distribuer les commandes et fixer des échelles de prix communes. Il expirait au l^"" décembre 1887; mais les intéressés en ont été si satisfaits qu'ils l'ont prorogé.

En Belgique, des ententes de ce genre ont été es-

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sayées dans plusieurs industries. Un puissantsyndicat, pour le partage des débouchés, dure depuis plusieurs années entre les fabriques de glaces coulées et polies de ce pays et celles situées au delà de la frontière. Par contre, un accord pour la fixation des prix entre les producteurs de fonte de Charleroi et ceux du Luxembourg ne paraît pas avoir donné de grands résultats.

Les fabricants d'horlogerie suisse ont, eux aussi, essayé de former un syndicat pour limiter leur production.

Aux États-Unis, les combinaisons de producteurs en vue de dominer le marché sont assez anciennes : elles sont connues sous le nom de Pools ou de Trusts.

\J American iron and steel Associalion, d'après un rapport de son secrétaire, publié en novembre 1886, avait porté le prix des rails d'acier à 185 francs la tonne et espérait le porter à 200 francs, ajoutant ainsi au prix de ces rails, en Angleterre, le montant intégral du droit de douane, qui est de 85 francs, des frais de transport et de commission (1).

La môme organisation existe entre les mines d'anthracite de la Pensylvanie, et comme ces grandes compagnies ontfort peu de souci deleur personnel, en janvier 1885, la fermeture de bon nombre de puits ayant été décidée par le comité directeur, dix mille ouvriers se sont brusquement trouvés privés de leur travail. Aussi les Traie s- [/nions surveillent ces combinaisons et cherchent à y intervenir pour sauvegarder les intérêts des ouvriers, par exemple pour que la

(1) Depuis lors, VA^nericnn iron and steel Association a dû subir à son tour les conditions léonines que le syndicat des chemins de fer lui a imi)Osées. Y. The Economisl, 11 lévrier 1888. Sur les Pools ou Trusts américains, F. notre ouvrage, /-es" États-Unis contemporains, 4" édit., t. II, chap. xxv, | 3.

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réduction de la production reconnue nécessaire s'opère par une diminution des heures de travail plutôt que par l'arrêt complet des exploitations les moins bien outillées (l).

Les chemins de fer ayant été construits en Amérique exclusivement par l'initiative privée, les compagnies avaient jusqu'à ces derniers temps une liberté absolue pour l'établissement de leurs tarifs et elles en profitaient pour entrer dans ces syndicats. Elles transportaient à des tarifs de favem* les produits des charbonnages ou des exploitations de pétrole avec lesquelles elles s'alliaient. Un acte, voté par le Congrès en mars 1887, Y Interstate commerce LUI, a placé l'exploitation commerciale et les tarifs des chemins de fer, dont le réseau s'étend sur plusieurs États, sous lecontrôle d'une commission fédérale et a cherché à prévenir ces combinaisons par l'interdiction des laril's de faveur faite à telle ou telle entreprise particulière.

En Angleterre, l'esprit d'individualisme est si accentué que les syndicats de ce genre ne se produisent que d'une manière intermittente et dans quelques industries. Au mois d'août 1886 , les compagnies de transport maritime avec l'extrême Orient et l'Australie ont formé un syndicat pour relever les prix du fret des ports, de Chme et du Japon à Londres et à Liverpool. Mais, comme elles subissent à l'étranger la

(1) Comme un exemple de la surveillance que les associations ouvrières doivent exercer en cette matière, on peut citer une spéculation à la baisse des fontes qui s'est produite à Glascow en septembre 1888 au moyen de ventes à découvert, et qui avait pour ol»jet de faire obstacle à une demande d'augmentation des salaires des mineurs fondée sur l'élévation du prix du minerai. Cette manœuvre coupable a du reste échoué. (V. The Economist, 13 octobre 1888, trade supplément.)

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