XII INTRODUCTION
Le vrai remède au mal, nous allions dire à l'hérésie socialiste, est une nouvelle conquête évangélique des barbares de l'intérieur que la Révolution a multipliés au fur et à mesure que les progrès économiques du temps accroissaient la densité des populations.
IV. — La faveur que rencontrent dans certains milieux des systèmes, où des erreurs socialistes se mélangent étrangement à l'esprit de réaction et à des rêves de restauration archéologique, rappelle parfois l'engouement des hautes classes européennes à la (in du xviif siècle pour les utopies politiques préconisées par les sophistes malfaisants qui s'appelaient eux-mêmes les Philosophes. Et novus rerum nascitur ordo, telle était l'attente universelle, il y a cent ans, et elle contribua pour sa part à la catastrophe finale.
Cet ébranlement des esprits est certainement un danger. Mais nous avons une force qui faisait défaut à nos grands parents à la veille de 1789. C'est la confiance dans l'efficacité des préceptes de l'Évangile et des enseignements de l'Église pour la solution des problèmes politiques et sociaux.
La loi de Dieu gouverne la vie sociale comme la vie individuelle, la vie temporelle comme la vie future. Sansdoutel'Évangile n'a pas un système économique tel qu'il y en a un dans le Deutéronome et
INTROD UGTION XIU
le Lévitique, el l'Église, en ce qui touche le ménage des intérêts temporels, laisse les hommes apprendre par leur expérience ce qui convient le mieux à leur situation selon les temps et les pays. Mais, par son enseignement philosophique, elle fournit à la science sociale un critérium assuré pour discerner le bien d'avec le mal. Il y a une génération seulement, les notions du bien et du mal étaient encore à l'état d'axiomes et offraient un terrain commun sur lequel tous les honnêtes gens se rencontraient : mais de nouveaux sophistes ont attaqué ces notions primordiales et actuellement, au miheu de l'anarchie intellectuelle causée par le positivisme et le matérialisme, cette distinction fondamentale ne saurait être trop raflermie *. En môme temps, par sa doctrine morale, l'Église donne des directions générales qui empêchent, sur le terrain économique, les écarts extrêmes de ceux qui restent soumis à son enseignement, et, par son
1. Cet ouvrage est consacré exclusivement à l'exposé et à la discussion des questions pratiques qui se débattent en ce moment devant les Parlements et dans la presse périodique des différents pays. Mais il ne faut pas perdre de vue le mouvement d'idées qui se produit dans les universités et les hautes régions intellectuelles ; car il y a constamment action et réaction entre la science et les faits économiques. Voilà pourquoi nous nous permettons d'indiquer ici deux études danslesquelles nous avons cherché, à dix ans de date, à présenter une esquisse de l'état de la science sociale depuis un quart de siècle. Elles ont paru dans le Correspondant des 10 et 25 septembre 4878 et 2o septembre 1888.