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LE SOCIALISME DE LA CHAIRE

I. L'influence de TAUemagne sur les Ihéories économiques et les réformes sociales contemporaines. — II. Les socialistes pacifiques. — III. Le socialisme d'Etat et la tradition de Frédéric II. — IV. Les vicissitudes du libéralisme économique. — V. L'école historique et la réaction contre le droit romain. — VI. Le Socialisme chrétien et ses aberrations. — VII. Les projets de reconstitution des anciens ordres de l'Etat et la représentation des intérêts. — VIII. Les éléments de réforme sociale dus à l'initiative libre. Los Banques populaii^es de Schulze-Delitsch et les Caisse Raiffeisen. — IX. Le socialisme d'Etat et la législation de l'Empire. — X. Ce que

rétablissement des corigne.

les catholiques auraient à gagner au rétablisse porations obligatoires dans 1 Empire d'Àllema

C'est rAIlemagne qui donne l'impulsion au travail législatif auquel tous les parlements européens se livrent plus ou moins en vue de réglementer à nouveau la condition des ouvriers. (V, II.)

A toutes les époques, les nations ont subi Thégémonie intellectuelle de Tune d'entre elles. La France a eu ce privilège depuis le règne de Louis XIII jusqu'à la fin du premier Empire. L'Angleterre, qui s'était affranchie de cette influence depuis 1688, a, de 1815 jusqu'à 1870, propagé partout ses institutions parlementaires et ses idées économiques. L'Allemagne a son tour aujourd'hui et sa pensée s'impose au monde

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entier, non seulement par le prestige de ses victoires militaires, mais aussi par le spectacle de son développement manufacturier, des progn^'S de sa marine, qui rivalise avec celle de TAngleterre jusque dans les mers de Textréme Orient» de Tessor do sa population qui déborde sur tous les points du globe.

Limitation des institutions d'un peuple étranger doit se faire avec discernement, et les engouements non raisonnes pour tout ce qui se fait en Allemagne seraient aussi dangereux que Tinfatuation de nousmâme dans laquelle nous avons vécu trop longtemps. Il est donc bon de chercher à voir clair dans les origines et les conséquences des courants d'idées aujourd'hui en vogue de l'autre côté du Rhin.

Socialisme chrétieriy socialisme conservateur sont des mots qui n'ont point de sens en français; ils indiquent cependant la position intermédiaire que bien des publicistes et même des hommes politiques en Allemagne veulent prendre entre les revendications socialistes et la défense de l'ordre économique naturel (I, § 7). Leurs origines et leurs tendances sont fort diverses. Tous ont cependant up trait commun, c'est de maudire l'ordre économique qui s'est constitué en ce siècle-ci sous l'actiou de la liberté des contrats, depuis que l'Etat a renoncé à diriger par des privilèges et des règlements l'activité industrielle de la nation, comme il le fesait dans l'ancien régime. En réalité, ils attaquent tous plus ou moins l'inégalité des lichesses, chacun se réservant à part soi de frapper, quand il le pourra, sur la cati^gorie de riches qui lui est personnellement la plus désagréable.

Plusieurs courants ont constitué la nouvelle école économique.

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Un des traits saillants du mouvement scientifique contemporain est la pénétration dans l'économie sociale de la théorie de l'évolution. La fausse philosophie d'Hegel, en enseignant que les notions juridiques et économiques ne sont que de simples catégories historiques, des produits de Vidée, avait préparé beaucoup d'esprits à transporter dans le domaine de l'économie sociale les données du transformisme. Cette hypothèse, créée en Angleterre par Herbert Spencer et Darwin, a rencontré grand crédit en Allemagne, etTun de ses principaux propagateurs, Louis Bûchner, Ta appliquée à la constitution des sociétés. Nombre de savants allemands croient aujourd'hui plus ou moins sincèrement que la société humaine est un grand corps en voie de croissance et de transformation continue; que les diverses fonctions politiques ou industrielles, remplies par vous ou par moi, sont des organes de ce corps ; que, parmi ces organes, les uns s'atrophient et disparaissent, tandis que d'autres s'hypertrophient et absorbent par leur développement les anciennes fonctions. Le fameux Bluntschli, qui a eu autant d importance comme directeur de la grande loge de Bayreuth, que comme écrivain de droit public, enseigne gravement que 1 État est du sexe masculin, tandis que l'Église est du sexe féminin, et que toutes les petites nationalités sont des organes rudimentaires destinés à être absorbés par les grandes puissances du monde, seuls organes de l'Humanité arrivée à sa pleine croissance (1).

(l) V. Théorie générale de VEtal (trad. française par A. de Riedmatten), Paris, 1877, in-8«), pp. 17, 19, 21, 2 j2.

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Si on reconnaît à ces traits le publiciste officieux^ un homme parfaitement convaincu, c*est H. Schœffle que le cabinet Auersperg, en 1866, alla chercher dans sa chaire de Tubingue, pour en faire, à Vienne, un ministre du commerce, et qui, depuis, est retourné à ses livres. Il en a fait lui-même un en cinq volumes, dont le titre indique suffisamment la donnée fondamentale : Construction et vie du corps social ! Là il enseigne que la cellule sociale est la famille et non Tindividu ; qu'il y a une substance intercellulaire et une substance intracellulaire^ que la matière dont est formée la société comprend un double élément, l'un actif, les personnes, Tautre passif, les choses, et que la richesse entre autres est un des éléments histologiques du corps social. Puis il distingue deux espècesde tissus sociaux: les uns exclusivement destinés à relier les cellules en masses compactes et cohérentes et qui sont par eux-mêmes amorphes et indifférents, ce sont : Tunité d'origine, le territoire, Topinion, la religion, les instincts de sociabilité, les traditions, la langue. Les autres sont des tissus spéciaux et fonctionnels qui se forment au sein de la masée homogène, savoir : l'épidcrme, Tépithélium, les muqueuses, qui sont les vêtements des individus, les remparts et la police; les vertèbres, le crâne, le système osseux, qui sont les villes, la capitale ; les muscles, qui sont principalement Tarmée et la marine; les fibres, qui sont les voies de communication et de transport; les vaisseaux capillaires et autres, qui sont le commerce, la presse, Técole. Dans tout organisme d'Ëtat, on retrouve les cinq tissus fonctionnels (1)1

(1) Sur la pénétration de l'hypothèse évolutionniste dans la

Tout ce fatras n'est pas une simple aberration scientifique. M. Schœffle a publié, il y a douze ans, une petite brochure, cette lois remarquable par sa netteté: la Quintessence du socialisme, dans laquelle il déclarait que le collectivisme^ le seul système socialiste qui compte aujourd'hui, — car il n'est plus question du phalanstère et autres systèmes de vie commune semblables, — n'a rien de contraire au Christianisme. Il exposait ensuite un plan de réalisation du collecti- YÎsme, en en faisant ressortir les avantages.

Les socialistes n'en ont pas moins continué à se dé* clarer de plus en plus antichrétiens, et, en 1878, Bebel a affirmé, en plein Reichstag, la solidarité qui existe entre la doctrine collectiviste et le matérialisme scientifique des Hœckel et des Bûchner. Mais le petit écrit de l'ancien ministre de Tempereur d'Autriche leur a paru le meilleur manuel à répandre. Us l'ont tiré à des milliers d'exemplaires et l'ont fait traduire en toutes les langues. Pendant ce temps, M. Schœffle réfléchissait toujours et, en 1885, il a publié une nouvelle brochure : V Echec certain du 50Cî'a//5me, dans laquelle il prouve que le collectivisme, une fois établi, n'au-

science sociale, V. nos articles dans le Correspondant dos 10 et 25 septembre 1878 et 25 septembre 1888, et surtout, dans les Principes fondamentaux du droit par M. de Vareilles-Sommières (in-8», Guillaumin, 1889), l'excellent chapitre intitulé la Théorie de l'organisme social. » La théorie de l'Organisme social, dit-il, n'a pas été sans déteindre sur quelques œuvres récentes de théologiens surtout étrangers. Ils lui empruntent des formules et des aperçus qu'ils plient du reste aux exigences de la plus parfaite orthodoxie. Ainsi le père Meyer, S. J., dans ses tnslilutiones jtiris naturœ secundum principia sancti Thomx AquinatiSt rajeunit et métamorphose singulièrement les principes de saint Thomas par des expressions et des idées prises dans Tarsenal des modernes Sociologues. Pour la première fois les mots de sociologie, d'organisme et de crystallisation, ontles honneurs du latin. »

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rait aucune chance de durée. Il a imaginé par contre un système de socialisme autoritaire ce dans lequel TÉtal réglerait la production des entreprises privées et où les exploitations publiques seraient substituées aax exploitations individuelles, toutes les fois que le système capitaliste ne peut donner à Tintérét général la double satisfaction d*une plus haute production et d^une répartition passable ». V évolution doit se charger de réaliser ces beaux plans I (Cf. I, g 7.)

Plus graves que ces divagations et ces rétractations pédantesques sont les publications d*un des grands industriels du duché de Bade, M. Michael Flûrscheim: Par une voie pacifique (1884), et le Monopole du Crédit Foncier (1886). Après avoir allégué que la possibilité pour le propriétaire de tirer une renie de la terre est la seule cause qui permette au capitaliste d*exiger un intérêt de son argent (1), M. Flûrscheim conclut à ce que TEtat s'empare de toutes les propriétés foncières et en perçoive la rente. Cette rente seraitcinqou six fois plus élevée que celle que se partagent les propriétaires et les cultivateurs actuels, parce qu'une direction scientifique présiderait à l'administration du patrimoine foncier de la nation, et que toutes les erreurs de gestion des propriétaires particuliers seraient évitées ! Les impôts pourront être supprimés en grande

(1) Cela est contraire à toutes les données historiques. Dans les régimes soriaux primitifs la terre était inaliénable ou à peu prés, et n'avait pas de valeur indépendante des cultivateurs qui la peuplaient. LMntérôt du capital a commencé à être reconnu, bien avant qu'elle entrât dans le commerce, le jour où des marchandises ont pu être conGées à un négociant pour qu'il les fit fructifier, le jour où du bétail a été donné a cheptel, c'est-à-dire fort peu de temps après le commeneemcnt du monde.

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partie. Du même coup, riutérêt des capilaui mobiliers, qui resteront propriété privée, sera réduit presqu'à rien. Dès lors les particuliers n'auront plus d'avantage à capitaliser , chacun consommera en plus grande proportion et les affaires rouleront mieux ! Gomme moyen pratique d arriver à ce résultat sans violence, — Fauteur de ces beaux plans est un pacifique, un bienfaiteur de riiumanité^—rÉtat achèterait des terres au moyen de titres de rente qu'il amortirait avec ies bénéfices obtenus par le merveilleux accroissement de la rente foncière. On pourrait commencer par monopoliser aux mains de TÉtat les hypothèques qui grèvent les propriétés; on éliminerait ainsi les premiers les propriétaires endettés.

MM. Schœffle et Flûrscheim sont des idéologues qui n'ont d'importance que parce que de nombreux écri- Tains reproduisent certaines de leurs idées à Tétai fragmentaire. Or la proposition du transfert à TÉtatde toutes les créances hypothécaires est de celles que le socialisme d'État pourrait bien réaliser quelque jour.

Le véritable père de cette doctrine a été un penseur solitaire, Rodbertus Jagetzow. Conservateur par origine et par position, il a posé toutes les prémisses du socialisme dans son ouvrage Zur Erkenntiss der wirths^ chaftlichen Zustaende, et s'est plaint que Karl Marx lui aitpris sesidéessans lui rendre hommage (1). Quoi qull en soit de cette accusation de plagiat, Marx, dans le Capital, n'a fait que tirer les conclusions prati-

{\) Les Christlich Sociale Blœtler.&nnée 1889, pp. 217-218, don- Dent des détails très curieux sur le plan de Socialisme d'Etat que dès 1869 Rodbertus Jagetzow et Hermann Wageoer suggéraient à M. de Bismarck el sur le rôle d'auxiliaire subordonné de police qu'ils voulaient y faire jouer à l'Eglise catholique. Le KuUwiampf en sortit après la guerre de 1870-71.

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qucs de ses thèses. Rodbertus Jagelzo^ serait resté peu connu si, sur la tin de sa vie, il n'eût eu la fortune de trou ver deux disciples qui ont donné une vive impulsion à la diffusion de ses idées et lui ont fait une célébrité posthume bien sup<^rieure à celle qu'il méritait L*un est Ad. Wagner, le principal conseiller économique de M. de Bismarck; Tautre est M. Rudolf Meyer, Fauteur incisif de V Emancipationskampf des Vierlens^ tandes. Dans la seconde édition du premier volume de cet ouvrage (1882), et dans la publication des Briefe und social'politische Aufsœtze de Rodbertus (Berlin, 1881), il a donné un résumé très clair de sa doctrine* Le salariat aboutit, selon lui, à des ré.Nultats semblables à Tesclavage. Les forts, au lieu de posséder la terre, possèdent les hommes et obligent les prolétaires à donner leur travail à un prix toujours décroissant. Contrairement à ce qu*ont dit les économistes, les intérêts de ceux-ci sont donc en antagonisme avec ceux des capitalistes et des propriétaires. Les salaires ne peuvent s'élever parce que les instruments de production, capital et terre, sont séparés des travailleurs. La valeur des terres et du capital est un poids mort arbitraire que la société capitalistique traîne après elle, et dans ce système de libre contrat illimité, le prolétaire devient de plus en plus malheureux !

Proudhon, Lasalle et Karl Marx ne parlent pas autrement. Rodbertus proposait comme mesures pratiques : 1*" la tixation légale d'une salaire minimum et la limitation de la journée de travail pourTadulte; 2^"^ régularisation de la production industrielle par TËtat, dans rintt^rêt de la collectivité ; 3« l'établissement de magasins coopératifs par l'État. M. Rudolf Heyer a ajouté à ce programme la protection de la petite pro-

I^iétépar des mesures analogues aux Homestetid exempt tion laws des États-Unis (X, § 10) et la suppression de la lib^té de tester. Obligé de quitter la Prusse à la suite delà publication d'un livre courageux et bonnête, qui atteignait les favoris du maître, Politische 6r7*un- Jer und die Corruption in Deutschland (Leipsig, 1877) , il est devenu l'inspirateur du parti féodal autrichien. Pais, après avoir combattu à Vienne rétablissement de droits de douane sur le blé conrnie contraire aux intérêts du peuple, il a trouvé à Paris, dans un milieu très catholique, un petit groupe de disciples enthousiastes. En même temps, pour achever de donner à cette physionomie originale tout son relief, Hyndmann, le socialiste anglais, recommande la lecture do ses écrits à l'égal de ceux de Karl Marx.

Pour que ces nouvelles écoles, qui allient parfois de l'érudition aux passions socialistes et aux préjugés populaires les plus suraimés, aient acquis une importance sérieuse, il faut que Téconomie politique classique ait perdu singulièrement de son prestige.

Les économistes libéraux ont toujours eu en Allemagne plus ou moins le caractère de disciples d'une science étrangère, et leurs démonstrations, fondées principalement sur les faits observés en Angleterre, en France et dans l'Europe latine, ont trouvé une sorte de résistance dans les traditions et dans les plus vieilles institutions de la race.

L'Allemagne, en efiet, avait depuis le seizième

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siècle un développement particulier de la science économique. Quand le Protestantisme eut achevé de rendre tout puissants dans leurs domaines les trois cents princes ou villes entre lesquelles la souveraineté s'était morcelée, chacun d*eux gouverna sa principauté comme un grand seigneur administre ses domaines, avec un despotisme paternel et minutieui. Des administrateurs des biens de la chambre du prince furent formés méthodiquement et les premiers essais de Téconomie politique et de la statistique se produisirent sous la forme des sciences caméralesj avec le développement des ressources du prince pour objectif. Beaucoup de princes et de villes s'attribuèrent successivement le monopole des distilleries et celui des assurances contre Tincendie pour se créer de nouvelles sources de revenus. Plus tard, ils créèrent et administrèrent des caisses de prêts fonciers, des banques provinciales. Dans les pays protestants, notamment en Prusse, on inculqua aux administrateurs et aux administrés que tous les sujets devaient servir le prince et consacrer leur activité entière à accroître la productivité du territoire. Jeunes gens et jeunes filles durent, jusqu'à un certain âge, servir leur seigneur immédiat, ou, s'ils étaient de naissance libre, le prince, qui les incorporait dans ses troupes, qui parfois les vendait à des souverainsétrangers. En revanche, le prince édictait des règlements pour veiller à la moralité et à la conservation de sujets si utiles.

L'esprit du dix- huitième siècle élargit cette conception. Au lieu du prince, on parla de l'Ëtat; mais ce fut toujours la même absorption des droits et de la liberté de l'individu. Frédéric H, de Prusse, dans les préambules de ses édits réformateurs, a donné toutes

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les formules du socialisme d'État (1). Dans le Gode civil {Preussisches allgemeiné Ijindref^ht) qu'il rédigea et que publia son successeur, en 1794, il est dit au titre XIX :

§ i . L^État répond de la nourriture et de Tentretien des citoyens qui ne peuvent se les procurer eux-mêmes et qui ne peuvent l'obtenir de ceux qui y sont tenus par la loi.

§ 2. A ceux qui peuvent travailler, on assignera des travaux en rapport avec leurs forces et leurs habitudes.

Après rtiégire de Sadowa, les publicistes officieux et les économistes nationaux n*ont eu qu'à invoquer ces précédents pour demander à l'État, devenu TEmpire, de refondre tous les rapports sociaux, de se faire le tout-puissant facteur de la moralité dans Tordre économique et de forcer chacun, aux dépens de sa liberté, à concourir au bien commun de l'humanité de race allemande.

Les économistes libéraux se trouvaient presque tous engagés dans le parti progressiste ou dans le parti libéral, et ils ont partagé le sort de ces partis, quand après avoir fait avec eux l'unité allemande etie Kulturkampf, le prince de Bismarck les a rejetés comme des instruments inutiles. Quelques-uns, cependaot, continuent à lutter vaillamment. Au premier rang, il faut citer la Nation^ feuille hebdomadaire, publiée à Berlin par le député Barth, et qui a pris en

(1) Tocaueville a, avec sa pénétration habituelle, analysé le mélange ae despotisme pratique, de principes révolutionnaires et de tendances socialistes de ce code. (F. une note à la fin de V Ancien régime et la Révolution,)

Allemagne la même position qu'a chez nous V Economiste français. Au fur et à mesure que la politique sociale du Chancelier recueille des méœmptes de plus en plus sensibles, les idées de liberté économique reprennent graduellement du terrain/et déjà, dans le monde des nniversités, on peut apercevoir les symptômes d'une réaction contre l'abus du nationalisme ei de ïhistorisme (1). La nouvelle école des Social Poliiiker, fondée pompeusement en 1872, au Congrès d*Eisenach, a d'autre part donné de si minces résultats scientifiques, en dehors de travaux recommandables d'histoire économique, qu'on peut à bon droit la considérer comme ayant complètement failli à la mission qu'elle s'était donnée de constituer une doctrine nouvelle.

Mais TAUemagne a d'autres courants d'idées que ceux du socialisme d'État et du libéralisme économique, trop lié, par suite des circonstances que nous venons de dire, au vieux doctrinarisme politique. Des réformes considérables, dont quelques-unes sont heureuses^ ont été réalisées sous Tinfluence d'un mouvement scientifique étroitement lié avec l'évolution politique conservatrice de ces dernières années et avec rimportance prise par le Centre au Reichstag.

(1) Parmi les principaux adversaires du socialisme d'État, nous citerons feu M. Neumann-Spallart, directeur de la statistique à Vienne; M. Victor Bœhmert, l'éditeur du journal po- Eulaire der Volkswohl, le propagateur de la participation aux énéfices ; M. von Bœm Bawerk, professeur à PUniversité dUnnsbrûk ; M. Karl Menger, professeur à TUniversité de Vienne, l'auteur du livre Die IrrihUmer des Historismus \in der deutschen National OEkonomie. Mais la protestation la plus puissante contre ces déviations de la science est due & l'illustre professeur de Vienne, M. Lorenz von Stein. Il les a dénoncées et réfutées dans la cinquième édition de son grand traité Lehrbuch der Finanzenivissensckaft (Leipsig. 1885).

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La constitution sociale du peuple allemand, au moyen âge, à côté de traits communs à toute la chrétienté, présentait certains caractères particuliers, parce que ses tribus n'avaient pas, à Torigine, subi directement l'action de cette puissante civilisation antique qui, après avoir absorbé tous les peuples du bassin de la Méditerranée, s'était concentrée dans Tempire romain, dans sa langue et son corps de lois. Des groupes d'hommes libres ou dépendants avaient partout conservé, par-dessous la structure du régime féodal, des biens communs avec une solidarité pour une foule de devoirs. La Mark, décrite par Tacite, revivait jusqu'à des temps voisins du nôtre dans des institutions agraires, dont la tradition est restée profondément gravée dans les coutumes populaires. Les communes rurales étaient véritablement des communautés d'habitants réglant la culture de leurs champs et la conduite journalière de leurs membres. Dans les villes, la vie municipaleet corporative absorbait beaucoup plus la vie individuelle qu'en France ou en Italie. Le trait distinctif de toutes ces institutions, comparées à celles de l'Europe occidentale, est un plus grand développement des propriétés collectives à côté des patrimoines privés et une discipline plus rigoureuse exercée par les autorités locales sur les individus. La commune était obligée de nourrir ses habitants dans le besoin ; mais on lui avait donné le droit d'empêcher le mariage des indigents, et nul ne pouvait s'établir hors du lieu de sa naissance sans la

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permission de la commune sur le territoiredelaquelle il voulait se fixer. Les lois d'établissement, les lois sur le mariage étaient, avec les corporations de métier, les bases fondamentales de cet ordre social. Elles ont subsisté en Autriche jusqu'en 1859, en Bavière jusqu'en 1868, dans certaines parties de TAlleoiagne jusqu'en 1870. Ces institutions ont donné au peuple allemand un tempérament particulier qu'il porte partout et qu'un observateur américain indiquait avec beaucoup de justesse en l'appelant gregarious peuple^ des gens qui aiment à être pressés les uns contre les autres.

Depuis le commencement du siècle, des érudits, tels que Grimm, von Haurer, Gierke, pour ne citer que les grands noms, ont mis en honneur les anciennes institutions germaniques. L'enseignement des gymnases et des écoles populaires a vulgarisé leurs travaux et contribué à raviver le sentiment national en même temps que les événements politiques lui donnaient une vive surexcitation.

Aujourd'hui, dans les milieux conservateurs et aussi chez les socialistes, il est de mode de déclamer contre rinfluence que le droit romain a exercée sur TAUemagne à partir du quinzième siècle, et de la maudire à régal de l'imitation française qui régnait au temps de Louis XIV. Querelles de savants, dira-t-on? Non, derrière elles est tout un programme de réformes sociales. De graves publicistes attribuent la crise agricole qui sévit actuellement sur toute l'Europe occidentale au corpus juris que les étudiants allemands ont rapporté au moyen âge des universités italiennes ! (III, } 6.)

Il y a un peu de vrai et beaucoup de faux dans ces thèses historiques. C'est le clergé qui a propagé le

LA POUTIQOK SOaAUÎ EN ALLEMAGNE H»

droit romain dans tous les pays qui avaient échappé à

1. domination des Cé«.rs, parce q"'*^^; 1« f »!"J^ et le contrat consensuel, ce droit apportoUà des peuples

primitife l'instrument nécessaire aux "'"tr^JI"^ Comporte une civilisation supérieure. Aussi d^ le treizième siècle, les villes commerçantes de 1 Allemgne recoururent au droit romain pour 8"PP>*" »«» lacuaesdeleurs coutumes. Sans ce secours étranger le

droit germanique en serait resté au pomt où en est demeuré le droit celtique tel qu'on le trouve dans ^ Breh^ law, de l'Irlande. Quoi qu'il en soit, es Aileniands travaillent à éliminer de leurs >°«»'tf <«»'*; traces qu'y a laissées le droit romam av^ k mtoe acharnement qu'en Russie les slavoph.les mettent à rejeter deleurslois tous les «émenU germanique^ Léliiination du droit romain va de pair av^ a réaction contrel'école économique libérale; car il se trouve que les données économiques du corpu» j«r« sont identiques à celles du droit anglais moderne, tel qu il est formulé, par exemple, dans Blackstone. Cela prouve en passant qu'il y a là une question non pas de race, mais de développement historique.

L'esprit de réaction a ses entralnemenU. U preuve en est dans les excentricités des pasteurs de la Cour qui ont essayé de créer à Berlin le parti du SomUsme chrétien et qui jettent une pâture à certains mauvais instincts dans les manifestations de Vatat-iémUime, tandis que M. de Bismarck conduit les affaires finan-

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cières de l'Empire de concert avec H. Bletchrœder, le grand banquier Israélite. A un moindre degré, certains catholiques du sud de TAllemagne et de rAulri* che méconnaissent, dans leurs luttes pour la restauration des anciennes coutumes, les bons côtés de lavie économique moderne et acceptent parfois à la légère des utopies socialistes. La iil)erté du travail, la liberté pour chacun de.se fixer là où il lui plaît et où il trouve des occasions de travail [Freizugigkeit)^ leur paraissent des monstruosités!

Un écrivain bavarois^ d*ail1eurs bon historien, le D' Ratzinger, demande que, pour remédier à la situation précaire des propriétaires fonciers, TËtat ou les provinces fassent estimer toutes les terres du pays, et émettent jusqu'à concurrence de la moitié de leur valeur officielle un papier monnaie spécial gagé sur ces terres, ayant cours forcé et avec lequel le gouvernement ferait des prêts aux agriculteurs. Ces prêts seraient gratuits et obligeraient seulement l'emprunteur à payer pendant vingt-huit ans une annuité de 2 et demi pour 100 employée à l'amortissement (1). Ce sont aussi les idées des Agrariens de Prusse, qui se recrutent principalement parmi les grands propriétaires des provinces orientales. En mars 1886, un congrès de propriétaires austro-allemands, réuni à Vienne, a demandé que l'intérêt fût plus faible pour les gens de condition moyenne que pour les riches, et que l'État servit aux petits déposants des caisses d'épargne des intérêts plus élevés, au moyen d'emprunts forcés sans intérêt faits aux millionnaires! A la Chambre des seigneurs, un membre éminent du parti catholique a

(1) Die Volknwirthschafl in ihren siltlichen Grundlagen(ïn-%; Herder, Freiburg im Breisgau, 1881), pp. 345-346.

déclaré qu'il ne reculerai! pas devant la fixation légale d'un minimum des salaires (I, § 11). Le Vaterland de Vienne soutient parfois des théories de ce genre et a le tort de les présenter comme des enseignements de TÉglise. On peut aussi signaler quelques idées aventurées dans les programmes^ sous forme de thèses, que publie chaque année une société qui réunit des publicistes et des journalistes à des hommes du monde, la freie Yereinigung der Katholischen sociale Politiker.

Les féodaux autrichiens, comme leurs adversaires politiques les ont appelés, se laissent parfois aller à un romantisme économique dangereux. En combattant, — et c*est leur excuse, — les abus commis par certains manufacturiers juifs et les exploitations de la Finance, ils empruntent trop souvent aux socialistes leurs déclamations contre le capitalisme et la bourgeoisie. C'est D'Israëli qui, il y a quarante ans, dans son fa* meux roman Sybil^ a le premier jeté l'idée d'une alliance entre le peuple et les représentants des anciennes races contre les classes moyennes qui se sont élevées récemment. Lord Randolph Churchill joue, par boutades, ce rôle en Angleterre; mais il est singulièrement périlleux, et les applaudissements que prodiguent les pires socialistes à ces conservateurs ultràbistoriques devraient leur être un avertissement.

Dans l'Allemagne du Nord, surtout dans le pays Rhénan, les catholiques sont plus éclairés et le Centre du Reichstag s'est généralement gardé de ces exagérations. Cela tient, entre autres causes, à ce que, dans ces pays, les catholiques ont depuis longtemps créé, en dehors de l'État, des œuvres religieuses et économiques fécondes en résultats. La pratique est partout pour les hommes de bien le meilleur correctifaux

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divagations de la théorie. Les Christlich sociale Blœttevj publiées d'abord à Hayence et maintenant à Neuss, dans la province Rhénane, sont pour ces questions le principal organe descatholiques du Nord et elles rectifient souvent avec avantage les écarts que nous signalons.

Quand, en faisant abstraction de telle ou telle thèse fantaisiste, comme il doit s'en produire inévitablement là où une foule de gens de bonne volonté parlent et écriventsur les questions sociales, on recherche l'idée dominante de ce mouvement, on aperçoit que son objectif n'est rien moins que la reconstitution politique des anciens ordres de l'État, des Stcende. De l'Église, comme institution temporelle , il n'est plus trop question ; mais on parle de rétablir à titre de représentation d'intérêts économiques distincts la noblesse, ou ordre des grands propriétaires ruraux, Tordre des paysans moyens et petits propriétaires, la haute bourgeoisie, comprenant le commerce en gies et la grande industrie, enfin les artisans et les boutiquiers encadrés dans les corporations (1).

Le système électoral de l'Autriche oflDre une application partielle de ces idées. Mais les libéraux allemands, qui l'ont organisé, en 1867, se sont arrangés pour donner une prépondérance exagérée aux chambres de commerce; c'est à bon droit que les paysans

(1) V. notamment les travaux de Tabbé Hitze, qui tient une si grande place dans le Centre au Reichstag. Die Quinteuenz der soeialen FrageeiKapiial und Arbeii. Paderbom, 1880.

LA FOUTIQCK SOUALK KN ALLEMAGNE tS7

propriétaires rédiment one reprbentitîoD tu tmoins égale.

Là est le grand proUème de ravenîr. Il se pose partout. D^ix membres très autorisés du parti libéral belge, M. de Laveleye el M. Prins, dans leur ouvrage la Démocratie et le régime parlemeniaire^ expriment des idées qui ne sont pas sans analogie avec celles des conservateurs allemands. En Angleterre, sîr Henri Sumner Maine^ dans son livre le Gouvernement poputaire j va plus loin et attaque le principe même de la Démocratie. En eBet, le suffrage universel, en ne tenant compte chez l'électeur que de sa qualité d*bomme, sans faire état des autres valeurs qu'il a pu acquérir dans la vie sociale, est contraire à la raison pure. D'autre part, la combinaison du gouvernement parlementaire et de ce suffrage essentiellement violent et impressionnable aboutit fatalement à des révolutions qui usent la vie nationale. De là une aspiration générale vers des formes politiques plus rationnelles et qui offriraient davantagede garanties à Tordre économique auquel la vie politique doit être subordonnée.

Mais la difficulté fondamentale d*une représentation des intérêts, qui ne soit pas un simple mécanisme électoral, résulte du défaut de fixité des éléments dont se composerait chacun de ces nouveaux ordres. Pour y obvier, on propose de renforcer le régime de conservation forcée, dont la grande propriété jouit dans la monarchie austro-hongroise, et d'en faire bént^ficier la petite propriété sous une autre forme. C'est pour cela aussi que TAutriche a rendu obligatoires les corporations de métier et cherche, sans en avoir encore trouvé le moyen, à enserrer le grand commerce et la grande industrie dans des institutions analogues. Tou-

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jours dans le même ordre d'idées et afin 'de rendre aui communes rurales leur ancien caractère de communautés d'habitants, — et non de simples divisions administratives, — certains conservateurs autrichiens ne craignent pas de demander le rétablissement des lois qui empêchaient les ouvriers de changer de domicile et donnaient à la commune le droit de s*opposer au mariage des prolétaires (1)1 Plusieurs diètes provinciales ont fait des propositions en ce sens ; le gouvernement impérial les a sagement repoussées. Voilà où Ton est entraîné quand on veut restaurer les régimes de contrainte et les classifications sociales du passé.

Les Christlich sociale Blœtler combattent avec raisoQ

des mesures aussi contraires à la liberté individuelle et au vrai droit chrétien. Elles montrent que la représentation des intérêts ne pourra être i*éalisée que dans un avenir éloigné, et que la seule politique raisonnable pour la préparer consiste à multiplier les associations libres de paysans et les sociétés catholiques ouvrières qui fleurissent en Westphalie, sur les bords du Rhin, en Bavière (lil).

(1) Les catholiques, quelles que soient leurs idées économiques, repoussent cette restauration d'un des plus odieux abus de l'ancien régime. La freie Vereinigung der Katholischen sociale Politiker, réunie à Mavencc, le' 15 août 1887, après avoir posé un certain nombre ae thèses sur la réorganisation de la société qui, logiquement, auraient dû aboutir au consentement préalable de la Commune au mariage des prolétaires, s'est bornée à déplorer la propension des ouvriers a se marier avant d'avoir des ressources suflîsantos, et a déclaré qu'elle ne pouvait aller plus loia en présence des droits imprescriptibles de l'Eglise sur la législation du mariage. Cet exemple prouve çiue la doctrine catholique ofTre des points de repère fixes qui empêcheront toujours ceux qui lui sont fidèles de dépasser certaines limites. Malgré les noms qu'ils se donnent à eux-mêmes, il ne peut pas y avoir en réalité de socialistes catholiques.

Il est à remarquer que les institutions vraiment fécondes qui se sont développées en Allemagne depuis quinze ans sont dues à riiiitiative privée. Tel est le caractère de la grande réforme des lois de succession que nous exposerons plus loin (i) (IV). Dans chaque cas particulier, la conservation du domaine patrimonial dépend de la volonté du chef de famille.

La véritable force économique de rAllemagne repose sur sa décentralisation financière et sur ses associations libres.

Les caisses d*épargne emploient librement leurs fonds et les font fructifier sur place en les prêtant aux propriétaires voisins, aux banques populaires, en sorte que les économies du peuple, au lieu de se perdre dans le gouffre sans fond du Trésor, fécondent les entreprises des cultivateurs et des artisans du pays (2).

(1) La constitution de petites propriétés moyennant le paiement de rentes (rentengilter) dans la province de Posen a été surtout inspirée par la volonté de supplanter la population catholique et polonaise par dos éléments allemands et protestants. Le gouvernement prussien recherche surtout les colons anabaptistes !

Ces colonies sont établies sous la forme de villages compactes. L'on attribue à chaque colon un lot de 8 à 25 hectares de terre. Moyennant le paiement d'une annuité qui, comme celles des emprunts faits aux Sociétés de crédit foncier, comprend à la fois rintérôt et une prime d'amortissement, les colons doivent devenir propriétaires au bout de 49 ans. Jusque-là, l'aliénatioa et le partaf^e de leurs tenures sont subordonnés à une autorisation administrative.

(2) En 1887, il y avait dans le royaume de Prusse 1334 caisses d'épargne avec 1682 succursales et bureaux de versements. Elles avaient un total de dépôts de 2.467 millions de marcs. Si l'on tient compte de la pauvreté de certaines parties de la Prusse, ces résultats sont supérieurs à ceux qu'a obtenus l'intervention de l'Etat en Angleterre et en France. Sur ces 1334

i«0 LE SOaAUSME DËTAT

Les Banques populaires ( Vorchussvereine) sont nées en 1853, sous l'impulsion de M. Schultze-Delitsch, un simple juge de paix, et sont, avec les sociétés de consommation anglaises, Tœuvre de progrès et de conservation la plus considérable issue eacesiècledes données de la science économique. A la fin de i 887,elles s*élevaient au nombre de 2.220 avec plus de 600.000 membres. On jugera de leur activité par ce fait que ces banques populaires ont formé et groupent autour d'elles 712 sociétés de consommation, 1807 associations pour la production, pour Tachât des matières premières ou pour la vente des produits, 17 sociétés d'assurance mutuelle, 35 sociétés de construction (1). En se fédérant entre elles, elles sont arrivées à former une véritable puissance financière, à faire escompter leur papier par la fteichsbank.

caisses d'épargne, 569 avaient été fondées par des villes, 139

far des communes rurales, 316 par des cercles ou des districts, par des provinces; 304 étaient des caisses privées. D'après deux études de M. Dullo, syndic de Brandebourg (Der Postsparkassengesetzentwurfund die Sparkassenreformen et Wider die PosUparkasêen (Brandebourg, 1883), ces caisses emploient leurs dépôts partie en prêts hypothécaires aux villes, aux communes rurales, aux corporations publiques, partie en prêts sur fage ou sur papier de commerce de premier ordre. Dans les emiéres années, la caisse d'épargne de la ville de Brandebourg avait prêté hypothécairement sur de petites parcelles 36.375 marcs répartis entre 31 petits propriétaires, ce qui fait en mo venue pour chacun 1173 marcs. V. aussi, dans l'Economiste français du 6 octobre 1888, une étude sur le fonctionnement de la Caisse de Uohenzollern par M. Maurice Block. M. de Bismarck, préoccupé d'augmenter les moyens pour le Trésor de faire des emprunts occultes et de créer des ressources à la dette flottante, a fait voter en 1883 l'établissement d'une caisse d'épargne postale dont les fonds sont employés en compte courant au Trésor. A la longue, cela diminuera la clientèle des caisses d'épargne libres.

(1) Ces chilires s'appliquent uniquement à T Allemagne du Nord. En Autriche, il v a environ 1508 banques populaires et sociétés diverses fondées d'après le système de Scnultze-Delitsch.

M. Schullze-Delitsch a formé ces sociétés sur la base de la solidarité absolue entre leurs membres, chacun étant responsable sur tout son patrimoine de tous les engagements de l'association. L'acceptation de cette solidarité indique combien Vesprit, nous allions dire la vertu d'association est plus développée en Allemagne qu'en France (1).

Ces sociétés groupent des artisans, des petits commerçants, des employés, plus encore que des ouvriers proprement dits. Elles constituent un noyau et un recrutement permanent pour les classes moyennes. (I, § 22, et III, § 5.)

C'est également à l'initiative d'un modeste bourgmestre de la province Rhénane, H.Raifleisen, que sont dues les associations agricoles de crédit mutuel qui portent son nom, Raiffeiseris Darlehnskassen.

Elles sont formées par des groupes homogènes d'agriculteurs établis dans la même commune et ne s'acceptant qu'à bon escient; car ils sont aussi tous responsables solidairement des engagements de la caisse. Chacun d'eux verse un droit d'entrée de 25 marcs, qui est acquis définitivement à l'association et ne porte

(1) Les causes écononiiques qui transforment la société agissent partout. Une loi du i" mai 1889 sur les sociétés coopératives leur a permis de se constituer en sociétés anonymes par actions avec responsabililé limitée, à peu prés comme en France. Mais ces sociétés peuvent toujours conserver la base de la solidarité : elles peuvent mém^ adopter un type intermédiaire [genossenschaft mit unbeschrankter Nachschlusspflicht) qui laisse subsister le principe de la solidarité illimitée entre les membres, mais ne permet aux créanciers de s'adresser qu'au représentant de la société, sauf à celle-ci à répartir ensuite ses obligations entre tous ses membres. Ce régime facilitera l'entrée des gens riches dans ces sociétés, — chose essentielle, — puisque les créanciers ne pourront plus s'adrc:ser d'abord et de préférence à eux. C'est là une modification législative fort heureuse.

lii LE SOCIALISME D'ETAT

pas intérêt, il peut obtenir une avance de 25 marcs sur sa seule signature, et pour les sommes supérieures moyennant une caution, à un taux qui est généralement de 5 p. 100. Le conseil d'administration s'assuro non seulement de la solvabilité de l'emprunteur, mais encore du motif pour lequel il recourt à la caisse. Généralement on prête pour permettre aux cultivateurs de payer comptant leurs achats. Souvent, à côté de la caisse de prêts, on fonde une société deconsommation ou d'achat en commun de semences et d'engrais, dont le fonctionnement est distinct, mais qui augmente beaucoup lefficacité de la première institution. La caisse consent, en outre, des prêts hypothécaires au taux de 4 1|2 p. 100 pour de longues périodes, pour dix et quinze ans. Mais Temprunteur a la faculté de se libérer par anticipation et par fractions. L'association se procure des fonds en servant à ses propres prêteurs un intérêt de 4 p. 100. Ces prêteurs sont, pour une bonne part^ les membres de la société eux-mêmes pour qui la caisse agricole sert de banque de dépôt. Mais, suivant son crédit, elle peut se créer des ressources extérieures, emprunter aux caisses d'épargne, etc.

L'administration des caisses agricoles est complètement gratuite. Le comptable seul reçoit une rémunération. Elles n'ont pas d actions ; aussi n'ontrelles pas de dividende à distribuer, ce qui leur permet de faire leurs prêts au taux le plus bas, à la différence des banques du système Schuitze-Delitsch. Les bénéfices résultant de la légère différence du taux auquel elles empruntent et de celui auquel elles prêtent (I p. 100 ou 1|2 p. 100) servent à constituer un fonds de réserve, essentiellement indivisible (1), qui augmente la

(1) La loi du 1*' mai 1889surles sociétés coopératives n'auto-

garantie de la caisse. Si ce fonds dépasse ce qui est nécessaire pour parer à tous les risques, les bénéfices sont employés à subventionner des œuvres d'utilité publique dans la localité.

Ces caisses locales ont essentiellement pour point d'appui la vie communale; mais elles se fédèrent les unes avec les autres, et, acquérant ainsi une surface plus considérable, elles peuvent se procui-er de l'argent à de meilleures conditions, en faisant escompter leurs effets par une caisse centrale (i).

Les caisses Raiffeisen, parla simplicité de leur fonctionnement, par la restriction de leurs affaires à une commune et par la sécurité qui en résulte, conviennent mieux au monde rural que les banques populaires du système Schultze-Delitsch, qui ont réussi surtout pour la petite industrie et pour le petit com« merce, quoiqu'on en rencontre également dans les cainpagnes(2).H. Raiffeisen était un croyant convaincu,

rise la clause d'indivisibilité du fonds commun que pour une période de dix ans, sauf à la renouveler. On considère cette disposition comme contraire à Tesprit des caisses Raiffeisen, qui est d'arriver un jour à la constitution d'un patrimoine communal.

(1) C'est ainsi que les i45 Sparunddarlehnskassenvereine de la Westphalie sont groupées autour de la Landliche Centralkasse de Munster. C'est une société paradions, mais les actionnaires sont précisément les caisses locales. La caisse centrale : 1* fait réviser toutes les comptabilités des caisses locales par un expert en écritures ; 2" elle escompte les effets acceptés par elles ; 3« elle reçoit leurs fonds et leur fait des avances en comptes courants. Elle peut leur faire à ce titre plus d'avances qu elle ne reçoit de leurs dépôts parce qu'elle-même emprunte aux banques et aux caisses d'épargne. Ainsi, en 1887, la Landliche Centralkasse de Munster avait reçu des caisses locales i. 379.764 marcs et leur avait prêté 1.369.757 marcs: mais elle-même avait reçu en dépôt des banques du pays 805.606 marcs et ne leur en avait rendu que 58i:.262. Au 31 décembre, sou compte courant avec les banques se soldait par un débit de 221.756 marcs.

(2) Les Banques Schultze-Delitsch, outre qu'elles ont un capi-

164 LE SOaAUSME D'ÉTAT

et c* est en inspirant des sentiments de fraternité chrétienne à ces petits groupes ruraux qu'il leur a donné la solidité nécessaire. 11 fonda sa première caisse en 1847. Elles se sont propagées grâce au concours du clergé. La plupart ont été fondées par l'initiative du curé catholique de la paroisse ou du pasteur protestant (1). Depuis )880 surtout, le gouvernement les favorise autant qu'il dépend de lui, par Tinfluence de ses fonctionnaires et même par des subventions. Cette immixtion, qui depuis deux ou trois ans devient très active et fait appel au concours des fonctionnaires et des militaires retraités, n'est pas sans inspirer quelques craintes aux promoteurs de ces institutions; car elles ne peuvent réussir que la où les populations en comprennent les avantages. En 1889, on comptait environ 700 Darlehnskassen dans TAlIemagne et l'Autriche. 370 étaient affiliées au bureau central établi à Neuwied, qui, sans empiéter en rien sur leur autonomie, envoie chaque année aux banques associées un

tal fourni par leurs membres à qui elles servent un dividende, diffèrent des caisses Raiffeisen parce qu'elles étendent leurs opérations sur un rayon beaucoup plus large. Elles ne prêtent que sur billets pour trois mois ou six mois, avec un renouvellement. Malgré cela, dans diverses parties de TAllemagne, notamment dans le Rheinpflaz, dans le Schleswig-Ûolstein, dans le cercle de Graudenz, elles rendent des services sérieux aux populations rurales. (V. Bauerliche Zuslande in DeuU" chland. Leipzig, 1883, t. I, pp. 48, 259; t, II, pp. 15, 65.)

(1) Le clergé alsacien entre dans la même voie. L'abbé Gapp a fondé en 1887 à Saint-Hippolyte une caisse du type Raiffeisen qui au bout de deux ans avait déjà un roulement de fonds de 125.000 francs. « L'épargne seule a fourni les fonds qui n'ont servi et ne servent qu'à nos concitoyens de la paroisse, écrit-il. La confiance est illimitée. Aussi toute affaire autre que les prêts est interdite. Nous ne nous permettons que les cessions, et cela pour écarter le juif. Aucun juif ne peut plus rien faire, et môme aux environs, le juif n'est plus aussi audacieux qu'autrefois. Au point de vue moral, la caisse favorise l'union des cœurs et la paix.» {Wnion économique, août 1889.)

LA POUTIQUE SOCIALK EN ALLEMAGNE 166

réviseur pour leurs comptes et réunit leurs délégués en un congrès destiné à maintenir leur esprit.

Ces caisses rendent des services considérables aux populations sans que leur statistique aligne des chiffres d'affaires colossaux. Là où elles sont répandues, les intermédiaires parasites disparaissent ou au moins perdent du terrain.

G*est en 1879 que H. de Bismarck a inauguré sa politique du socialisme d'État et esquissé le plan de la triple assurance obligatoire en vertu de laquelle les ouvriers auraient été garantis directement par TÉtat contre les accidents, contre les maladies et contre Tinvalidité et la vieillesse. 11 en avait puisé la première idée dans ses entretiens de 1864 avec le fameux agitateur juif, Ferdinand Lasalle.

En y revenant en 1879, M. de Bismarck liait ce vaste plan à un retour au système protectionniste et à rétablissement d'impôts de consommation perçus au profit de TEmpire et lui assurant des ressources financières indépendantes des votes du Reichstag.

De cette partie de son programme, la première, rétablissement d'un régime douanier protectionniste, a été facilement acceptée. Ses tentatives pour établir le monopole des assurances, celui du tabac, puis celui de Teau de-vie, ont été repoussées. Le Chancelier a dû se contenter d'une augmentation des droits sur les

spiritueux et encore en partager le produit avec les États particuliers.

Quant aux assurances, son plan primitif a subi

d'importantes modifications. Le Centre, pendant les législatures où il a été Tarbitre de la position parlementaire, a fait rejeter l'assurance directe par TEtat en ce qui touche les accidents et les maladies ; mais quand en 1889 est revenu le projet de loi sur l'assurance en cas de vieillesse et d'invalidité, M. de Bismarck avait trouvé les éléments d'une autre majorité et il a fait passer cette mesure sans lui et contre lui. (V, § 9.)

Dans les longs débats qu'ont soulevés ces projets de loi, le Chancelier avait rencontré d'abord l'opposition des libéraux et des nationaux libéraux. Mais celle de ces derniers n'a pas tardé à se dissiper, et l'on peut se demander si elle avait toujours été dictée par les motifs économiques les plus purs. Un écrivain important de ce parti, M. OEchelhauser, dans une brochure sur la Réforme sociale^ publiée en 1886, a, donné un appui fort remarqué au projet de retraites obligatoires pour tous les travailleurs. Un pou auparavant, le maire de Francfort, M. Miquel, l'un des chefs les plus autorisés des nationaux libéraux, avait publié un opuscule pour demander que l'État fixât le taux maximum des petits loyers dans les villes (1)1

II ne faut pas l'oublier, les notabilités du parti national-libéral appartiennent à la franc-maçonnerie. Après avoir vu échouer le Kulturkampfy elles peuvent avoir compris que le socialisme d'État leur fournirait un moyen détourné, mais plus efficace, de détruire l'organisation des forces populaires catholiques qui s'incarne dans des associations libres et que la persécution a merveilleusement développées. Un pareil ré-

(i) Die Wohnungsnoth der armeren Ktaasen in deutschen Groutadten und Vorsehlage zu deren Abhulfe. Leipzig» 1886.

sultat est pour les sectaires bien plus important que la liberté économique dont ils s'étaient déclarés partisans par suite de circonstances passagères!

Quant au Centre et aux conservateurs chrétiens, il est temps qu'ils s'arrêtent dans la voie du Socialisme d'État. Les régimes de contrainte du passé tourneraient aujourd'hui inévitablement contre eux et ils se sont peut-être déjà trop laissés séduire par la perspective d'une restauration des corporations de métiers avec les privilèges qu'elles avaient jadis.

Sous l'influence des préjugés économiques ou des motifs politiques, il s'est trouvé au Reichstag une majorité composée d'éléments divers pour voter, en décembre 1884, la proposition Ackermann, d'après laquelle le droit d'avoir des apprentis a été réservé aux artisans faisant partie descorporations(/nnu73^e7}). Le code industriel de l'Empire (Gewerbeordnung) de 1809, en même temps qu'il établissait la liberté du travail dans toutes les parties de l'Empire, laissait subsister les anciennes corporations et permettait aux artisans chefs de métier d'en former de nouvelles. Quelques anciennes corporations se sont dissoutes et ont partagé leur patrimoine entre leurs membres. Hais de nouvelles se sont formées, et chaque année, depuis 1861, des modifications à la Getverbeof^dnvng leur ont conféré de nouveaux privilèges légaux (1). Mais comme, malgré cela, la grande majorité des

(1) Dans ces Innungen^ comme dans toutes les corporations de Tancien régime, la position des maîtres est absolument prépondérante : aussi les ouvriers, profitant d'une liberté d'association qui leur a été reconnue depuis longtemps, forment-ils des associaUons particulières, gesellenveretne, gewerkevereine, qui sont parfaitement licites, mais ne bénéficient pas de la personnalité civile.

artisans restait en dehors pour peser sur eux, une loi du 6 juillet 1887 a donné à Tadroinistration supérieure le droit de forcer les patrons étrangers aux corporations à contribuer aux dépenses qu'elles auraient décidées pour le logement des ouvriers de passage (Hebergen), les établissements d'instruction professionnello et la création de tribunaux d'arbitrage.

Il ne restait plus qu'un pas à faire pour rendre les corporations obligatoires. Le i*''' mars 1888, le Reichstag a voté, par 115 voix contre 114, une motion de HM. Hitze et Haberland, qui subordonnait le droit d'exercer les métiers proprement dits à un examen de capacité professionnelle^ passé devant une commission spéciale de chaque corporation dans son district.

Mais cette proposition n'a pas été convertie en loi. Une évolution s'est en efict dessinée dans la politique sociale du Chancelier. Dans cette session de 1888, le Reichstag avait voté, avec les encouragements des ministres, une série de projets de loi pour la protection du travail : limitation plus étroite du travail des enfants ; — réglementation minutieuse du travail des femmes, surtout des femmes mariées ; — interdiction du travail de nuit pour les femmes et les mineurs de seize ans; — interdiction générale du travail les dimanches et jours de fête ; — établissement d'une épreuve de capacité comme condition de l'exercice d'un métier; — résolution invitant le gouvernement à fixer un maximum légal à la journéede travail même des hommes adultes et à réglementer les industries domestiques qui s'exercent en chambre.

Parmi ces lois, quelques-unes étaient évidemment mauvaises, comme le rétablissement des épreuves de capacité. C'était l'une des plus grandes sources d'abus

dans les anciennes corporations ; car, pour protéger des intérêts égoïstes, elles empêchaient bien des gens de gagner leur vie. D'autres, comme l'observation du dimanche et Tinterdiction du travail de nuit des femmes et des enfants, étaient excellentes. (I, § 18.)

Le prince de Bismarck n*a pas fait ces distinctions, et le Bundesrathy formé par les représentants des gouvernements, a rejeté en bloc toutes ces lois. Aucun motif n'a été donné pour justifier cette mesure à laquelle personne ne s'attendait et qui a causé une émotion considérable. Elle est due, croit-on, aux démarches du Central' Ver band deutscher Industrielkn, uoe puissance avec laquelle le gouvernement est obligé de compter, puisqu'il prétend développer toutes les industries du pays et faire de T Allemagne un pays d'exportation. Les industriels allemands ont déclaré qu'ils ne pouvaient répondre à la tâche que leur a assignée le Chancelier, s'ils étaient gênés dans l'emploi de leurs ouvriers. Ils ont surtout fait valoir que les lois d'assurance déjà votées ou en projet allaient imposer à l'industrie allemande une charge de 320 millions de marcs par an et qu'on ne pouvait songer à restreindre en même temps sa puissance de production. Leur opposition n'est pas justifiée sur certains points; mais il est certain que les charges imposées par la triple assurance constituent un obstacle absolu à Télévation des salaires et à la diminution des heures de travail.

Cet incident coïncide avec d'autres symptômes d'après lesquels le Chancelier tendrait à retourner à la pensée première de ses pians de réforme sociale , c'est-à-dire à la faire exécuter par la bureaucratie et à mettre aux mains des employés de l'État la direction de toutes les forces sociales, depuis les caisses Raif-

feisen, qu'il s'efforce d'accaparer, 'jusqu'aux corporations {Innungen) officielles. Pour un pareil dessein il a la complicité de la partie des Protestants qui demeure quand même et avant tout hostile au catholicisme (1). Un nouveau parti, dit le Kartelpartei^ formé avec les Conservateurs^ les Conservateurs libres et les Nationaux libéraux, est l'instrument de cette politique, et ses succès électoraux, en 1887, permettent au gouvernement de moins compter avec le Centre et avec les Protestants orthodoxes (2).

Quelques esprits perspicaces dans le Centre comprennent \à danger.

Les Christlich Sociale Blœi ter ont, au mois d'octobre 1886, examiné à fond la question de savoir si les catholiques avaient intérêt à pousser à la restauration des corporations obligatoires. C'est là le point délicat; car tout le monde est d'accord sur l'utilité des associations professionnelles comprenant des patrons et des ouvriers ou corporations libres. L'auteur anonyme, après avoir indiqué que les corporations du moyen

(1) Sur cette nouvelle phase de la politique sociale allemande V. dans les Christlich Sociale Blœlter de novembre et de décembre 1889 les articles die Bureaukratiache Social-reform et die Confessionnelle Hetze und die Social-Demokralie.

(â) Ces incidents ont jeté la discorde dans le camp dos socialistes chrétiens. Le pasteur Stœcker, le chef du mouvement antisémitique, prend des allures indépendantes vis-à-vis du çrand Chancelier et se plaint que M. de Blcichrœder reste toujours une puissance de premier ordre dans TEmpire des bonnes mœurs. Un de ses adversaires, très avancé dans le parti, M. Gremer, dans une brochure à scandale, publiée en novembre 1888, traite le pasteur de la Cour do boulanger du socialisme chrétien.

âge n'ont eu^ en réalité^que deux ou trois siècles d'activité vraiment bienfaisante et qu*il est impossible, dans Tétat économique actuel^ de les rappeler législativement à la vie avec leurs formes et surtout avec leur esprit, déclare nettement que rien ne serait plus dangereux qu'une organisation de ce genre, étant donné l'état de division religieuse do l'Allemagne du Nord et l'influence exercée par l'Etat prussien.

Les anciennes corporations étaient une création de rÉgllse. C'est parce qu'elles étaient des associations reli« gieaées,et en tant seulement qu'elles conservaient ce caractère, qu'elles avaient de la vie et de la consistance... c'était Tesprit chrétien qui était un lien de famille entre le maître, les compagnons et les apprentis. Le jour où la Renaissance et le Protestantisme détruisirent cet esprit, le coup de mort leur fut donné. Or, comment des corporations obligatoires, qui devraient forcément comprendre tous les artisans, sans distinction de confession, pourraient-elles produire ces résaltats utiles ? Comment y aurait-il cet esprit de famille là où le maître sera prolestant, le compagnon juif et l'apprenti catholique ou réciproquement?... Une corporation composée de protestants et de catholiques n'aurait aucune consistance. Elle pourrait s'unir extérieurement par la force de la police. Mais le bâton de la police peut bien faire danser les hommes; il ne peut faire jaillir l'eau vive du rocher comme la verge de Moïse... Qu'on n'objecte pas que le lien de rÉtat fait vivre ensemble des personnes de confession différente comme citoyens. Ce lien-là est beaucoup plus relâché que celui que doivent créer les corporations et qui est un véritable lien de famille... On dira peut-être qu'on créera des corporations sur une base chrétienne et que le christianisme, envisagé en général et abstraction faite des différences confessionnelles, en serait le lien intime. Une pareille idée peut convenir à un protestant; elle ne sera jamais acceptée par un catholique croyant. C'est un premier pas vers le Protestantisme, et sans confession équivaudra toujours à sans religion. •. L'Autriche, il est vrai,

17i LE SOCIALISME D*ÉTAT

depuis 1883, a iotroduit le système des corporations obligatoires et des épreaves de capacité professionnelle. Mais les espérances qa'on fondait sur cette nouvelle législation n^ont été réalisées que d*une manière à peine perceptible... Les artisans surtout sont cause de cet écbec. Il leur manque le sentiment vivant de communauté, qui a donné aax corporations du moyen âge Texistence, la vie et le saccès... Il leur manque le sens de la justice vis-à-vis de tous, l'esprit de sacrifice et d*amour, la concorde fraternelle. Et pourquoi cela? parce que ces nouvelles institutions ne reposent pas sur des bases religieuses solides. Et cependant, en Autriche, les différences confessionnelles ne sont pas aussi profondes qu*en Allemagne...

Le bâton de police est déjà assez puissant dans TEmpire allemand et le nombre des citoyens qui vivent sous la verge de l'État est assez grand ; nous ne voulons pas faire des plus larges couches du peuple^des serviteurs et des fonctionnaires de rÉtat. Les militaires, les hommes de loi, les professeurs, les administrateurs ne vivent déjà que par la grâce de l'État. Quiconque veut encore mettre dans sa main la classe des artisans est un socialiste d'Éiat et veut faire de l'État le père nourricier universel... Mais, dit-on, on fera des corporations qui auront des droits corporatifs et se gouverneront elles-mêmes. Cest très bien; mais c'est irréalisable. L'autonomie des corporations est incompatible avec l'esprit du temps et avec les relations économiques modernes. Il faudrait bien que l'État ou au moins la Commune fût l'autorité d'appel pour la question capitale, celle de la fixation du prix des marchandises. Si on laissait une pleine autonomie aux corporations, elles deviendraient bientôt des castes, qui, en fixant les prix selon leur bon plaisir, deviendraient préjudiciables à toutes les autres classes de la société... L'État moderne est, d'après les principes hégéliens, considéré comme l'unique source du droit. . . 11 serait tout à fait dans le courant d'idées actuel de réunir les larges couches de la petite industrie en associations et de les placer sous le contrôle et la tutelle de l'État. Ce serait un pas énorme fait vers l'absorption de toutes les fonctions par l'État... Que nos artisans, au milieu des difficultés qui les étreignent, prennent garde de ne

pas sacrifier sar Taatel du Dieu-État la liberté civile qu'ils ont encore...

Nous n'oublions pas la dernière circulaire du ministère do commerce relative à Tinterprétation du § 100 de la GewerbeordnunQy qui reconnaît comme seule capable de donner le privilège d'avoir des apprentis la fréquentation des écoles professionnelles, qui sont essentiellement non confessionnelles (1). C'est là une première tentative très significative pour étendre le joug de l'État sur les artisans. Dès qu'on aurait réuni dans les corporations obligatoires artisans catholiques et artisans protestants, sous la haute direction de l'État, i'indifférentisme religieux, le Protestantisme feraient de rapides progrès sous l'égide de la parité confessionnelle, qui est le principe constitutionnel de la Prasse... C'est avec grande raison que M. Windthorst disait à l'Assemblée des catholiques à Munster : c Si nous en arrivons à la corporation obligatoire, c'est nous, catholiques, qui serons les compagnons tandis que les protestants seront les maîtres... > 11 faut encore penser aux dangers que feraient courir à la foi et aux mœurs des compagnons les réunions et fêtes do ces corporations mixtes; elles achèveraient d'arracher l'ouvrier à sa maison et de loi faire perdre l'esprit de famille.

Ces considérations, essentiellement pratiques, s'appliquent à plus forte raison à la France. Nous pouvons en tirer profit, comme aussi de l'exemple donné par les grandes associations ouvrières catholiques libres fondées en 1847 à Cologne par un modeste prêtre, le chanoine Kolping, qui avait été lui-même ouvrier cordonnier dans sa jeunesse. Chaque gesellenverein a un cercle, une auberge, un hospice, où les membres qui voyagent sont assurés de trouver accueil et appui. La direction en est confiée à un comité-directeur, composé d'un président, qui est toujours ecclésiastique,

{{) C'est là la consécpience du vote de la motion Ackermann dont nous avons parle plus haut (| 9).

174 LE SOCIALISME DÉTAT

de deux surveillants, de quatre assistants et d*un ancien, qui sont eux-mêmes des compagnons. A la mort de Tabbé Kolping, en 1865, on comptait dans les pays allemands 400 gesellenvereine, comprenant 80.000 compagnons associés. L'on en compte aujourd'hui 800.

De leur côté, les industriels catholiques ont formé une association de patrons qui a pour président M. Brands, grand industriel à Gladbach, et dont Torgane est l'excellent journal VArbeilerwohL Dans ces dernières années, elle a exercé une influence marquée sur la direction du mouvement social.

Voilà les œuvres qui font la force des catholiques allemands. Leurs résultats justifient la belle devise de l'abbé Kolping : « Point de vaines paroles : elles enveniment les plaies; mais la charité peut tout faire. »

I. VUnion des paysans de Westphalie. — II. Avantages écono iniques qu'en retirent ses membres ; assurances, sociétés de consommation, crédit agricole, crédit foncier. — 111. Les Unions de paysans dans le Pays Rhénan, en Silésie et en Bavière. — IV. M. de Schorlemer-Alst et le devoir social. —

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