IV
L'agriculture réclame avant tout la stabilité et l'union des familles avec le sol ; la mobilité, qui est une des conditions de succès pour le commerce et les arts manufacturiers, Test beaucoup moins pour l'industrie agricole. Voilà les véritables lois économiques, celles qui résultent des expériences du passé et de Texemple des Américains et des Allemands modernes.
Le recours au crédit, qui peut être très utile aux grands propriétaires, est généralement ruineux pour les petits. L'emprunt hypothécaire leur est particulièrement fatal et il en sera toujours ainsi, malgré los améliorations que Ton pourrait apporter aux institutions de Crédit foncier (§ 6).
Le véritable crédit du petit agriculteur est le crédit personnel dispensé par des associations mutuelles où l'on pratique soit la solidarité, soit les cautions réciproques (§ 5). Plus il y aura de paysans attachés
au sol et sûrs de ne pas être expropriés, mieux ces excellentes associations s'acclimateront en France.
11 ne faut cependant pas se dissimuler que cette i-é- Forme soulève de vives oppositions (1). Depuis le xu* siècle, dans le nord de la France, et de tout temps dans les pays de droit romain, les propriétaires de tout rang ont joui de la plus absolue liberté d'aliéner à titre onéreux et même d'hypothéquer. L'étude de l'histoire économique du moyen âge et de l'ancien régime n'est pas assez avancée pour faire comprendre généralement l'infériorité qui dès le xvi« siècle a pu en résulter dans notre constitution agraire comparativement à celle de l'Allemagne.
Au contraire, la réforme des lois de succession, qui fait l'objet de l'étude suivante, est absolument dans les traditions du génie national, et elle rencontre un ensemble d'adhésions qui, dans des temps moins agités politiquement, assurerait immédiatement sa réaUsation.
(1) V. les objocUoDS présentées dans une lettre très remarquable par M. E. Vignes dans la Réforme sociale du i6 août 1888, et par M. G. Alix dans les Annales de CEcole libre des sciences politiques, octobre 1889.