TOTAL
F&OPOKTIOM- MBLLI
La part moyenne des 9 millions de travailleurs manuels de 1843 était de 19 £ annuellement : celle des 13 millions de travailleurs actuels est de 41 £ 2(3. Ce résultat est dû surtout à ce que, depuis vingt ans, dans TAngleterre monarchique, le système fiscal a été remanié de manière à atteindre surtout les classes riches et à ménager les petits contribuables (1).
En 1876-77, Taccise, les douanes, le timbre, qui, dans Tensemble, frappent toutes les consommations, rapportaient 60.316.000 £; en 1886-87, elles ont rapporté à peu près la même somme: 60.215.000 £. Pen-
(I) Sur les récentes transformations économiques et financières de TAnçleterre, Y. Traité de critique et de statistique comparée des institutions financières des divers Etal» au XIX* siècle, par Fournier de Flaix. Paris, 1889, Guillaumin.
LE SOCIAUSME D*ETAT
dant ce temps Vincome tax et les contributions directes sur la propriété qui, en 1876-77, ne montaient qa*à 8.280.000 £, ont été portées en 1886-87 à 15.900.000 £. Tout Taccroissement des ressources du budget anglais est supporté exclusivement par les classes riches et aisées, puisque les revenus inférieurs à 150 £ sont exempts de Vincome tctXy et ceux au-dessous de 400 £ bénéficient d^une modération.
M. Goschen, Téminent chancelier de PÉchiquier, a montré péremptoirement à son tour que les rangs inférieurs de la classe moyenne vont constamment en 8*élargissanty que la diffusion de la richesse devient de plus en plus grande et qu'il y a, au contraire, une tendance à ce que le nombre des grosses fortunes reste stationnairo ou diminue. C'est ce qui résulte de la comparaison des tableaux des contribuables à Vincome taiy céduleD. Dans les dix dernières années, les revenus entre 100 et 200 £ ont augmenté de 20 pour 100; ceux entre 200 et 300 £, de 16 pour 100; entre 300 et 400, de 18 pour 100; tandis qu'entre 400 et 1.000£ Taccroissement nVst plus que de 2,6 pour ICO, et au delà de 1.000 £ de 1|2 pour 100 seulement.
En 1887 les revenus de cette dernière catégorie ont même diminué. La dinânution poiie sur les revenus supérieursà 5.000 livres, qui ont baissé de 2,4 0(0.
Ces chiffres renversent complètement la thèse d'Henri George, selon qui la pauvreté croîtrait en même temps que la richesse dans les sociétés modernes. Ils prouvent, au contraire, que la liberté économique et la propriété privée sont essentiellement favorables à la masse des hommes et que l'accumulation des capitaux dans un pays y rend meilleure la condition des travailleurs, en permettant à un plus grand nombre de
yivreet à chacun en particulier d^obtenirde meilleurs salaires, enfin, en multipliant pour une|élite les chances de s'élever à la position de capitaliste (1).
Aussi M. Gladstone, dans un discours prononcé le 26 octobre 1889 dans une réunion populaire à Saltney, pouvait avec satisfaction jeter un regard en arrière et constater les grands progrès matériels réalisés depuis soixante et dix ans par les classes ouvrières. Le great old man en fesait avec raison honneur au développement de la liberté économique et de l'égalité civile. Comme conclusion, il terminait par ce sage avertissement :
Il est un danger contre lequel le travailleur doit se tenir en garde. A notre époque, il y a une teDdance à s'imaginer que le gouverDement devrait faire ceci et cela , ou plutôt que le gouvernement devrait fout faire. Il y a des choses que le gouvernement doit faire, j*en conviens. A d'autres époques l'État a négligé beaucoup de ses devoirs et il est possible que même maintenant il en néglige encore quelques-uns. Mais, de grâce^ ne passons pas d'un extrême à Tautre.
Si le gouvernement prenait à sa charge les devoirs qui incombent normalement à chacun de nous, les maux qui résulteraient d'une telle erreur remporteraient sur tous les bienfaits déjà réalisés. Il convient que Tesprit d'initiative, l'esprit d'indépendance et de virilité personnelle soit
(1) F. discours prononcés en 1885 à Id Cfiambre de commerce de Manchester et, en décembre 4887, à la Société de statistique de Londres Sans doute les tableaux de Vincome tat ne donnent pas une statistique absolument exacte des revenus. Mais tous les faits qu'on peut constater contirment cette tendance : ainsi le montanttotal des capitaux assurés par les Compagnies en cas de décès s'est élevé ; mais la moyenne de chaque assurance s'est abaissée. La comparaison des recettes des chemins de fer anglais en 1875 et 1886 prouve que les voyageurs de première et de deuxième classe ont diminué, mais que ceux de troisième ont beaucoup augmenté. V. The Economist, 11 septembre 1886,
précieusement sauvegardé daos le peuple pris en masse et pris individuellement.
Si ce sentiment de confiance en soi venait à diaparaîlie ches i*ouvrier anglais, s'il s*habiluait à ne plus compter sur lui-même, et à tout attendre du riche en ire les mains duquel il lui faudrait abdiquer, soyez sûrs que rien ne saurait compenser un pareil mallieur (1).
Ce développement des classes moyennes, cet avènement d*une élite toujours plus large est un des caractères économiques de notre temps les plus Trappants pour qui sait observer. Un éminent économiste américain, H. W. G. Sumncr, a montré que le grand vice de toutes les interventions de TÉtat tendant à arrêter le jeu légitime de la liberté civile, à répartir, arbitrairement la richesse, à ôter à l'un pour donner à 1 autre^ était d'empêcher cette ascension dans les classes moyennes de l*élite des classes ouvrières, et de rejeter par la force au bas de Téchelle sociale ceux que leur capacité et leur puissance d'épai^ne faisaient naturellement monter (2). (V, g 11 et 15.)
Les observations faites dans tous les pays (3) confirment les constatations que les économistes anglais
(1) Reproduit par le Bulletin de statistique du minUtère des Finances, 1889. t. II. p 417.
(2) Ce gui rend les riches plus riches et les pauvres plus pouvretf traduit dans le Journal des Economistes de mai 1887.
(3) Une brochure substantielle. De la condition économique de Vouvrier gantois, par M. Heins (Gand, Hoste, éditeur, 1887), démontre que les salaires à Gand ont les uns doublé, les autres triplé depuis 1846 ; le prix des objets nécessaires à la vie est roslé presque stationnaire, sauf les loyers. (Sur ce point spécial, V. La condition du logement de Vouvrier à Gcmd, parle baron A., de TSerclaes de Wommersom, in*8. Gand, 1889.) M. Heins prouve que la proportion des femmes et des filles employées dans les manufactures, comparativement aux hommes, s est abaissée. Les habitations ouvrières ont été notablement améliorées ; le paupérisme a diminué ; toutes les institutions de prévoyance ont pris un ^and essor ; enfin, le nom-
ont pu faire pour TAngleterre, grâce aux relevés do Vincome tax. M. Leroy-Beaulieu a consacré [à cette thèse, en l'appliquant spécialement à la France, son Essai sur la répartition des richesses et sur la tendance à une moindre inégalité des conditions. Chacun peut en vérifier l'exactitude par l'observation directe au moment où une reprise sensible des affaires succède à une longue dépression.
Les affaires restent difficiles, la concurrence est très serrée, et les profits d'autant plus modérés qu'ils sont en grande partie absorbés par la hausse des salaires. Une modification dans la constitution sociale est la conséquence de ce réajustement économique. Parce que les grands propriétaires et les grands industriels sont fortement atteints, il ne faut pas croire que les ouvriers et surtout que ces innombrables tâcherons,
bre des mariages et celui des enfants par ménage n*a pas diminué. La seule ombre à ce tableau, c'est la multipacation des débits de boissons et le développement des jeux de hasard dans la classe ouvrière .
II est bon de prouver une fois de plus et aussi péremptoirement que la douloureuse situation aes mineurs du Borinase est un fait exceptionnel dans la société européenne. Elle est le résultat du rendement moindre des gîtes houiilers sur lesquels la population s'est agglomérée aepuis un demi -siècle, ou plutôt des frais croissant de leur exploitation. A ces calamites, dans lesquelles nos pères voyaient des fléaux de Dieu, il n'y a d'autre remède que l'émigration. De très intéressantes Recherches sur le salaire des ouvriers des charbonnages belges de 4840 à 4889, par M. Armand Julin (Liège, Demarteau, 1889), montrent que le salaire non seulement nominal mais réel a été dans Yenseinble de celte période et depuis 484$ toujours en s'élevant. La baisse survenue à partir de 1877 fut d'autant
S lus dure oue les salaires étaient montés plus haut précéemment. De 1886, époque où ils étaient tombés le plus bas, ils se sont relevés de 11 0/0. Une nouvelle hausse de 5 0/0 s'est produite. M. A. Julin constate que le but nettement poursuivi et généralement réalisé par l'ouvrier des charbonnages est une participation aussi grande que possible aux bénénces de l'entreprise. Mais ce sont ces bénéfices qui sont de plus en plus réduits et intermittents.
SSO LE SOCIALISME FETAT
petits eutrepreneurs, et intermédiaires qui se muttiplieot d*UQe façon si frappante, souffrent également. Des classes nouvelles parties d*en bas s'élèvent silencieusement sur la ruine des classes supérieures. Ce sont elles que les trains de plaisir amenaient en si grand nombre à TExposition dans les derniers joars. U y a là un fait social, fort important, et le méconnaître, parce qu'il ne fait pas de bruit^ c'est s'exposer à de graves erreurs politiques.
On a donc le droit de conclure que dans leur ensemble les principes économiques sur lesquels la société moderne est basée valent mieux que la légle* mentation incohérente de l'ancien régime. Il ne s'agit pas de nier les souffrances économiques, — il y en aura toujours — ni les manifestations nouvelles du mal comme l'essor malfaisant de la spéculation qui est l'abus de la liberté économique (I, § 7, note). Les optimistes à la manière de Bastiat n'existent plus aujourd'hui; mais, si l'on est bien fixé sur ce point, au lieu de déclamer contre l'introduction des machines et le développement des capitaux, on essayera de réduire la somme des misères existantes par la tempérance, par la prévoyance, par un bon gouvernement politique et surtout par Taccroissementde la charité. En effet, les statistiques dont nous avons donné le résumé ne reflètent pas tous les aspects des phénomènes sociaux et beaucoup de misères se mêlent à ces progrès.
La population et le revenu de l'Irlande ont diminué pendant cette période si favorable pour l'Angleterre. Môme au milieu des grands foyers de la richesse, comme Loodres (i), la classe des pauvres proprement
(1) V. dans le Journal of staiiitical Society de juin 1888 le
dits^ à cause de la grande densité de la population et de l'incertitude des emplois du travail, a pu tomber dans une misère aussi noire que par le passé. Au- des* sous du point par lequel le levier du progrès soulève la pyramide sociale, il y a quelques couches qui peuvent être enfoncées davantage. Cette comparaison mé* canique rend seule ce phénomène propre à nos sociétés modernes si pressées. Puis les notions morales diminuent dans les masses ouvrières. M. Robert Giffen l'indique discrètement. Le niveau de la presse et de la littérature qui s'adressent à elles baisse constamment. L'Angleterre a maintenant des romans populaires au niveau des plus tristes productions françaises (i).
Une grande responsabilité pèse sur les classes riches, au double point de vue des exemples qu'elles donnent et de l'usage qu elles font de leurs larges revenus. L'économie politique prouve qu'il n'y a point de mauvaises richesses. Mais il n*y en a pas moins des mauvais riches. Un petit nombre font le mal ; beaucoup plus n'accomplissent pas le bien dont leur position leur fait un devoir.
Aussi ne faut-il pas s'étonner que le clergé catholi* que rappelle en termes énergiques les droits du pauvre à la justice et à la charité. Tandis que l'illustre cardinal Manning encourage de sa parole et de son autorité toutes les ligues et toutes les œuvres qui ont pour objet de remédier à une souffrance populaire, l'évoque de Nottingham, le docteur Bagshawe, multiplie des lettres pastorales et des brochures sur les
mémoire de M. Charles Booth sur la condition et les occupa' tions du peuple de VEst de Londres, (1) Y. The Nineteenth Century, juiUet 1886.
55S LE SOCIAUSHE 0*ÉTAT
devoirs des riches envers les pauvres, où i*on troave les généreuses indignations et les audaces de langage de saint Basile et de saint Jean Chrysostome.
Les excellents livres de M. Mallock, les solides statistiques de MM. Giflen et Goscben, doivent raffermir chez les classes éclairées leur confiance dans les principes de liberté et de propriété; mais il ne faudrait pas qu'elles endormissent leur conscience à Tendroit des devoirs de cbarilé.
Par quelque côté qu'on étudie les phénomènes de notre temps, on en revient toujoursà cette constatation, c'est que la question sociale est non pas une question d'organisation économique, mais une question religieuse. Quoique la condition de l'bumanité prise en masse n'ait pas empiré et qu'elle soit même améliorée, si les besoins croissent encore plus vite que la richesse, si les principes qui portent les hommes à accepter leur sort ici-bas en considération de la vie future perdent leur empire, le développement du bien-être général ne pourra que précipiter les cataclysmes sociaux (1).
Le Gouvernement français, en conviant les nations étrangères à prendre part à TEiposition universelle de 1889, avait eu la pensée de faire sortir de cette solennité la glorification des temps nouveaux et Tapothéose du
(1) Relisez dans V Ancien Bégime et ta Révolution de Tocqiieville le chapitre intitulé : Que le règne de Louis XVI a été r époque la plus prospère de l'ancienne monarchie et comment cette prospérité même hâta la Révolution.
principe qui a été mis en action le jour de la prise de la Bastille.
11 n'entre pas dans le cadre de ces études de montrer comment les révolutions successives qu'a subies la France, depuis le jour où l'insurrection a violé la Souveraineté légitime, Tont fait descendre du rang qu'elle occupait en Europe au siècle dernier. L'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Russie ont transformé leur constitution sans convulsions intérieures ; la continuité de la vie politique nationale n'a éprouvé chez elles aucune interruption. Aussi ont-elles grandi, tandis que nous restions stationnaires ou que nous déclinions.
Mais, en demeurant sur le terrain des faits économiques, nous estimons qu'il est dangereux pour les hommes qui prétendent dater l'histoire de la France de 1780 de provoquer la science à dresser un inventaire complet du bien et du mal qui se sont produits depuis cette date ; car, à côté de progrès matériels^ dont les commencements remontent pour la plupart au règne de Louis XVI et qui découlent des inventions scientifiques des derniers temps de l'ancien régime, des plaies morales inconnues au passé se révèlent chaque jour avec un caractère plus grave et vicient profondément Tordre économique naturel. Far une étrange coïncidence, le Sénat et l'Académie de médecine, dans ces dernières années, en ont dévoilé trois particulièrement redoutables : l'alcoolisme, le surmenage scolaire avec le déclassement qui en est la conséquence, enfin celle que nous appellerons d'un mot honnête la nouvelle lèpre»
Le rapport de M. Claude au Sénat, en 1887, sur la consommation de C alcool en France, a profondément et justement impressionné l'opinion. De 970.599 hec-
554 LE SOaALISMB D'ËTAT
toittrcs (à iOO degrés) en 1874, elle est montée, en 1885, à 1.44i.3â4 hectolitres, et à 1.468.000 hectolitres en 1888 (i), sans compter l'alcool consommé en fraude des droits (2) 1 A l'exception des quelques millionsd*hectolitres d'eau-de->îede vin, tous les alcools employés par Tindustrie sont toxiques; car elle néglige les procédés coûteux nécessaires pour les rectifier. Leur abus, leur simple usage développe un état morbide, tantôt aigu, tantôt chronique, qui multiplie les suicides, les crimes, l'aliénation mentale, les morts accidentelles. Cet état est héréditaire; il crée successivement des générations d'alcooliques et entraîne la dégénéresceDoe de la race chez une partie considérable de la nation. La consommation annuelle par tête d'habitant est arrivée à près de 4 litres : mais ces moyennes statistiques ne donnent qu'une idée imparfaite de la réalité du mal. En fait, la consommation reste très inférieure à 4 litres dans le Hidi et le Centre, tandis qu'elle est de 8 à 9 litres dans l'Eure, l'Oise, l'Aisne, le Calvados, de 9, 8 dans la Somme et de 13, 4 dans la Seine- Inférieure. Dans ces localités, certains groupes sont particulièrement les victimes de ce fléau volontaire. Nombre d'ouvriers, dans la Seine-Inférieure ou le Pas-de-Calais, emploient en alcool 2 francs par jour sur un salaire de 4 francs! La consommation totale de la France représente une dépense de 1.600.000.000 de francs au minimum qui est suppor-
(1) Chiffre donné par M. de FovUle. La France économique^ 2« édil., p. 175.
(â) Selon les calculs d'un grand distillateur» M. Luiet, la consommation de Talcool en dehors des droits monterait à 1,072.000 hectolitres. L'administration admet 1/3 en sus de la consommation taxée. D'après M. Leroy- Baulieu {Economiste français du 9 juillet ISSSi, la fraude des bouilleurs et des distilleries interlopes ne dépasserait pas 400.000 hectolitres.
tée presqu'exclusivcment par la classe ouvrière.
C'est une triste consolation pour notre fierté nationale que de constater un développement presque égal de l'alcoolisme chez les peuples voisins. La Belgique, FAilemagne (1), les Etats-Unis, la Russie, la Grande- Bretagne (2), en sont au même point que nous.
L'alcool et la notion de la société moderne sont unis par un lien étroit, quoiqu'il n'ait rien de nécessaire.
Quand les historiens de l'avenir voudront donner à chaque époque une caractéristique sociale, la nôtre pourra être appelée à bon droit le siècle de V alcool. Quelle place ne tient-il pas dans la production agricole et industrielle^ dans le commerce et dans la fiscalité, dans le bilan du paupérisme et du crime! Que de progrès matériels sont annihilés par son seul fait \ La société d'avant 1789, qui n'en connaissait pas l'usage,
(1]M. Gerdolle signale dans l'enc^uéte sur les rapports ruraux faéte par le Verein filr Social Polxlik les progrès déplorables que fait dans les campagnes la consommation de l'eau-de-vie
ciens
eux le frûît le plut
drogue destructive de la santé est le principal revenu des
Rrands domaines de la Prusse. Les cabarets, favorisés par la
législation de VEmpire, se multiplient d'une façon désastreuse.
De 1869 à 1879, leur nombre s est accru, en Bavière, de 47
p. 100, et dans l'ensemble de TËmpire de 22 p. 100 ; à Berlin
le nombre des débits de boissons a doublé de 1870 & 1885. On
le voit, VEmpire des bonnes mœurs a devancé sur ce point le
mouvement qui s'est produit en France sous l'administration
républicaine.
(2j Cependant l'Angleterre, qui autrefois devançait la France, car elle consommait par télé en 1875 3 litres 1/2, n*en consommait plus, oue 2 1/2 en 1885. La diminution de la consommation en Angleterre est due : 1' & la propagande des sociétés de tempérance ; 2* à la détaxe absolue du sucre, et au grand abaissement des droits sur le thé et le café, tandis que l'alcool était frappé de nouveaux impôts. Cette réforme fiscale a popularisé les boissons hygiéniques. Le Parlement a interdit en *mar8.1889 la vente des boissons alcooliques le dimanche.
556 LE SOaAUSME D*ÉTAT
n'a-t-elle pas de ce cbefua élément incontestable de supériorité ?
L'État a certainement beaucoup à faire en cette matière, ne fùl-ce qu'en limitant strictement le nombre des débitants ; car ia moitié de l'énorme consommation dont nous avons donné le cbiffre se fait au cabaret (1). Tout en insistant sur la nécessité de ré^ duire notablement le nombre des débits de boissons, nous ne devons pas oublier que les Anglo-Saxons, qui ont souffert les premiers de ce mal, ont su le combattre par d*autres moyens. Les Quakers ont fondé an commencement de ce siècle lapremièresociété de tempérance. L'Eglise catholique s*est emparée de cette idée et lui a communiqué la fécondité dont elle a le don. En 1837, un capucin, le père Mathew, a fondé, puis a propagé dans toute FAngleterre et aux Ëtats-Dnis la ligue de la Sainte-Croix^ dont les membres s'imposent Tabstention des boissons alcooliques. Ces sociétés enrôlent jusqu'en Australie une partie importante de la
(1) Au 31 décembre 1875, il y avait en France 313.529 débits de Doissons {Annuaire de statistique et d'économie politique pour /^77, p. 232). Gela fesait un cabaret par 118 habitants, aJors que les personnes compétentes estiment que la proportion des aébits de boisson devrait être réduite à un pour 2.000 habitants. La loi du 17 iuillet 1880 a aboli le décret du 29 décembre 1851 relatif à 1 autorisation préfectorale nécessaire pour ouvrir des débits de boisson et y a substitué une simple déclaration. Depuis, le nombre des débits de boisson a augmenté chaque année. 11 était en 1888 de plus de 430,000 (dont 27,060 à Paris). Cela fait un cabaret pour 88 habitants, hommes femmes ou enfants. Mais ce n'est là qu'une moyenne. Dans le Gers, il n'y a qu'un cabaret pour 187 habitants, tandis que dans la Somme il y en a un pour 60 et dans le Nord un pour 46. (De Po ville. La France économioue, 2« éd., p. 178.) A Marseille, où l'alcoolisme était à peu près inconnu il y a vingt-cinq ans, la rapidité de la progression est effrayante. De 550 en 1860,1e nom* bre des débits est monté à 2.400 en 1876, et à 3.900 en 1887. La mortalité, les suicides, le nombre des enfants morts-oés ont crû dans une progression analo^e. (Y. Bulletin du Oih mité des travaux ms toriques et scientifiques, année 1887.)
jeunesse. Les résultats sont très appréciables pour l'ensemble de ces pays , et surtout ils sont absolument sauveurs pour les familles qui adoptent cette forte discipline morale. Voilà une force dont TËtat moderne, le jour où il voudrait sincèrement lutter contre Talcoolisme, ne saurait négliger le secours (1) I
Toute la presse a reproduit les observations présentées à TAcadémie de médecine par les docteurs Lagneau,Rochard, Brouardel, Peter sur Té tiolement physique et intellectuel, sur l'énervement moral que cause le surmenage scolaire, M. Jules Simon Ta stygmatisé dans un éloquent réquisitoire à la réunion de la Société (Téconomie sociale en 1887. G*est la tlièse que de Laprade avait soutenue en 1867 dans son beau livre r Éducation homicide ; mais n'était-ce pas la boutade d'nn poète et d'un homme des anciens partis 7 Aujourd'hui, le mal est universellement constaté; il l'est par des hommes venant de tous les points de l'horizon politique : on pourrait donc espérer que la question va devenir une question nationale, s'il ne fallait compter avec l'impuissance d'opérer toute réforme sociale qui est la conséquence de notre instabilité politique. Aussi ferons-nous seulement trois réflexions :
1** La surcharge incessante des programmes s'est
(4) V, sur les efforts faits aux Etats-Unis pour combattre raicoolisme, et en particulier sur le récent établissement du high license System, les Etats-Unis contemporains, 4* édit. (chap. XXV, S 8). Une réduction considérable de l'alcoolisme a été obtenue en Norwège par des procédés semblables. F. l'importante communication de M. J. Broch dans la Réforme sociale du 15 septembre 1887.
introduite peu à peu par rimitation des méthodes allemandes. Elle remonte à une mission de Cousin en Prusse et a été aggravée considérablement sous lemînistère do H. Duruy. Nous avons sacrifié de gaieté de cœur le génie et les traditions de notre raco. Pour avoir actuellement une idée de ce qu'était l'ancienne éducation française, il faut aller visiter les grands collèges anglais Eton, Stonyhurst. Or les Allemands se plaignent, au moins autant que nous, du surmenage. En janvier 1883, une discussion très intéressante a eu lieu dans le Landtag prussien à propos d'une pétition da Central Verein fur KoerperspftegeinVolk und Schule. Le docteur Haase, les pères Pachller (1) et Schneelman ont publié à ce sujet des écrits très remarqués. Et cependanty grâce à la bonne constitution sociale de h nation, au moindre développement du luxe, à un goût plus général pour les exercices gymnastiques, la jeunesse allemande offre davantage de résistance à ïUeberbildung.
2^ Le système de l'enseignement d*État a empêché la résistance qui n'aurait pas manqué de se produire contre cet entraînement vers un faux système. Les hommes d'expérience et do traditions ont toujours compris qu'il fallait enseigner bien les choses essentielles et non pas mal beaucoup de choses superflues. Mais rÉtat s*cst réservé le monopole des programmes et partant a imposé à toute la nation l'uniformité de son erreur. Même aprrs la loi de 18S0, le baccalauréat est resté rétau avec lequel il a comprimé les établissements libres et les a empêchés de faire mieux que les lycées sous ce rapport. Sans une grande latitude dans
(1) De Rifcrmumercr Gymmsien, in-S^Paderboni, 18S3.
les programmes reconnue aux écoles libres, il n*y a pas de véritable liberté d'enseignement.
3* Si les ministres de l'instruction publique et les conseils universitaires ont à Tenvi surchargé les programmes, c*e8t qu'ils ont été dominés par un état d'esprit qui est général dans la nation et Ton peut dire chez les peuples modernes. Tous ont plus ou moins perdu la notion de l'équilibre qui doit exister entre rinstructioD proprement dite d'une part, la formation intellectuelle et morale et la valeur sociale de l'homme de l'autre. Depuis la Renaissance, on s'est imaginé que la possession de certaines connaissances, autrefois des humanités, aujourd'hui des sciences naturelles, voire de la science positive, constituait la valeur absolue des individus et devait déterminer leur classement social. Les lettrés de profession ont naturellement mis en vogue cette conception, qui augmentait leur importance personnelle, et l'on a perdu de vue que la véritable valeur de rhomme consiste dans la justesse des conceptions, dans la droiture de la volonté et dans l'énergie de Texécution. L'oubli de la foi chrétienne, en enlevant tout souci des vérités primordialcssur le but de la vie et sur les rapports essentiels des choses, a aggravé considérablement cette perversion des idées courantes. De là la masse de faits historiques et critiques, de classifications scientifiques, que les programmes s'efforcent d'inculquer à la jeunesse : de là les espérances insensées que ce système d'instruction développe chez les élèves et chez leurs parents.
Le docteur Dujardin-Beaumetz afait très bien ressortir devant l'Académie de médecine comment le déclassement social résultait du surmenage scolaire. On ne s'instruit plus pour avoir davantage de valeur person-
560 LE SOCIAUSME D*ÉTAT
nelle, mais pour changer de position : or, les conditions économiques opposent à ce changement unebvrière inflexible. Plus de vingt mille jeunes gens et jeunes filles, après avoir pris leurs brevets, demandent actuellement à entrer dans l'instruction primaire; le chiffre des postulants s^accroit chaque année d*environ cinq mille et il n'y a que quelques centaines de places à donner (1) ! Il en est de même pour Tenseignemeot secondaire. La Belgique souffre du même mal. M. Thonissen déclarait, le 21 février 1887, à la Chambre des représentants, qu*il fallait absolument airéter la fabrication des déclassés causée par l'enseignement des collèges. Au mois de juin suivant, à Bruxelles, dans un concours pour cent emplois de commis des postes, il ;
(l) Le Journal officiel du 25 décembre 1886 a pubUé un tvis du Ministère de 1 Instruction publique pour décourager les solliciteurs. Il constatait quMl y avait, au 31 octobre 1886, 6,428 aspirants aux fonctions dMnstituteurs et 12 J4i aspirantes qu'on ne pouvait placer.
Dans le seul département de la Seine, au !•' mars 1889, il y avait en instance 2,019 aspirants instiluteurs et 6^228 aspirantes institutrices. Il n'y avait que vinçt places vacantes, six pour les instituteurs et 14 pour les institutrices.
M. Georges Michel a calculé que dans les cinq années 1882 à 1887 50.000 jeunes gens ont pris le brevet d'instituteur, et l'Etat n'a eu que 3.400 places par an à leur donner, quoiqu'en pleine période de laïcisation. Il fait justement remarquer
Sue la grande majorité de ces jeunes gens ne sont plus en âge 'apprendre un métier. La situation est encore pire pour les jeunes personnes munies du brevet supérieur, car les débouchés pour les institutrices dans les familles vont en diminuant, et à 1 étranger les institutrices françaises subissent de plus en plus la concurrence des institutrices anglaises et allemandes. {L'Economiste français du 2 septembre 1888.)
La publication de ces statistiques n'arrête en rien ce mouvement de déclassement En 1888 encore, 28.368 individus, dont 19.887 femmes, se sont présentés aux examens du brevet de rapacité élémentaire : 14.631 ont obtenu ce diplôme qui à la plupart ne rendra que le triste service de leur donner des prétentions impossibles à réaliser.
a eu huit cent deux candidats, parmi lequelsdes normalisteSydes ingénieurs, des docteurs en droit I En Italie, en 1889, le ministère des postes ayant mis au concours 60 places d'employés subalternes, le nombre des concurrents a été de 11.000, parmi lesquels plus de 200 étaient pourvus de grades universitaires.
L'Allemagne n'échappe pas davantage, du haut au bas de Téchelle^ à ce triste phénomène d'over éducation, comme rappellent les Américains, qui le connaissent bien eux-mômes. Le nombre des étudiants des facultés et des collèges supérieurs, qui était de 17.631 en 1869, est monté à 34.118 en 1888.
L'Angleterre, à cause de sa saine constitution politique et sociale, est peut-être le seul pays du monde qui échappe à cette plaie.
Qui dira quel élément cette armée de déclassés apportera aux futures convulsions sociales I Pendant ce temps, les bras font défaut à la moisson, au moins en France.
La lèpre et la peste fournissent un thème inépuisable de déclamations sur la barbarie du moyen âge aux orateurs de cabaret et aux rédacteurs de manuels civiques. Hélas I la lèpre existe de nos jours sous des formes plus dangereuses et elle fait des progrès constants. Il faut bien se rendre à l'évidence après avoir lu le magistral rapport du docteur Fournier à l'Académie de médecine en 1887 sur la prophylaxie de la syphilis, ce Les désastres qu'elle entraîne l'emportent sur les ravages qu'ont exercés toutes les pestes qui,
661 LE SOCIAUSMB D'ÉTAT
de temps en temps, sont venues porter la terreur dans les sociétés, disait déjà Parent du Chàtelet. > Un autre hygiéniste, Michel Lévy, a écrit :
L'extirpation de cette lèpre de nos temps n'est pas aiihdessu» des pouvoirs des États. La séquestration et les léproseries ont fait justice de la Idpre ancienne : la peste est Fobjet d*un vaste et dispendieux appareil de préservation. Tous les gouvernements font des sacrifices pour étouffer les germes de la variole. Or, la sypliiiis fait plus de mai que toutes ces maladies ensemble. Elle détériore sourdement les générations. Sa contagion est plus évidente que celle de la peste. Pourquoi donc ne !ui oppose-t-on pas dans tous les pays les mêmes barrières, les mêmes moyens d*exlincliou ? Telle est Tespéce humaine : la foudre des épidémies insolites qui passent sur sa tête comme le nuage électrique Tétourdit et la frappe de terreur, tandis qu'elle se familiarise avec les pestes lentes et continues qu*elle porte dans son sein.
L*Ëtat ne saurait se décharger de ses devoirs de préservation et de lutte contre cette lèpre, sous prétexte que ses victimes sont des coupables. Que d'épouses, de nourrices, d'enfants sont frappés sans l'avoir mérité I Or, le législateur et la police sont loin de faire leur devoir. M. Fournier signale les magasins interlopes, les brasseries à femmes et les débits de vin comme des foyers de coutagion pour les diversesdasses de la société. Ce qui se produit à Paris a lieu aussi dans toutes les villes de province, et le passage dans l'armée, qui est maintenant généralisé, propage le terrible mal jusque dans les couches rurales restées sames jusqu'à présent, c Un ne se figure pas, di' M. Fournier, le nombre des réservistes qui contractent la syphilis pendant les vingt-huit jours qu'ils passent hors de leur domicile. > C'est là un de s aspects de^la
LORDRE ÉCONOMIQUE NATUREL fm
.question du service militaire universel. Quand on Tenyîsage, on comprend l'opposition que Mgr Dupanloup faisait à son adoption en 1867 et en 1872, celle que tant de bons esprits lui font encore en Belgique.
Nous ne pouvons ni reproduire ni discuter ici la série des moyens proposés par la commission de TAcadémie de médecine pour limiter la propagation d'un mal qui affaiblit si gravement la vitalité des rations modernes. Nous dirons seulement que là, comme pour l'alcoolisme, il y a un champ très large ouvert à l'action répressive et préventive de TÉtat. Devant te vice, la formule laissez faire y laissez passer est hors de mise. L'action sociale doit s'exercer pour conserver et améliorer la vie des individus et celle des familles. 11 faut seulement avoir une vue nette des véritables dangers sociaux et ne pas négliger les f7oti/res menaçantes pour courir après un fétu inoffensif. Le pharisaïsme est de tous les temps et les Gouvernements y sont sujets comme les individus. L^Empire allemand se montre aussi peu soucieux que la République françaisede lutter contre ces fléaux, et la législation inspirée par M. de Bismarck a poussé considérablement au développement de la consommation de Talcool. Les distilleries des grands propriétaires de Prusse y ont trouvé une large source deprofits, mais il n'en a pas été de même de la moralité et du bien-être populaire. Le Gouvernement, qui réduirait aux limites que comporte le vice originel toujours agissant les trois fléaux dont nous venons de parler, améliorerait pratiquement le sort du peuple plus qu'on ne le fera jamais par toutes les mesures, imitées des règlements municipaux du moyen âge, destinées à r^ulariser la production, à supprimer Yanarchie économique , ni par les plus
561 LE SOGULISME D^ÉTAT
beaux systèmes de caisses d'assurance et de retraites.
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L*anaWse économique démontre que, d'après le plan providentiel, toute Tactivité des hommes aboutit à un échange des produits de leur industrie et des services rendus par leur travail ou par leurs capitaux engagés dans des emplois productifs. Chacun reçoit en définitive une part de produits proportionnelle aux forces productrices dont il dispose. Cet équilibre est complètement dérangé, quand il y a dans la société un trop grand nombre de fonctionnaires, de soldats et aussi de rentiers d'État, qui, au moyen du mécanisme de l'impôt, perçoivent une partie considérable des produits créés par les hommes laborieux et ne donnent en échange que des services de soldats, de fonctionnaires, de créanciers, c'est-à -dire des services qui représentent trop souvent ce qu'en anglais on appelle des nuisances.
Parmi les emprunts des États, il faut faire une distinction. Ceux dont le capital a été employé à Caire des raiiways, à creuser des ports et des canaux, en un mot à constituer l'outillage commun, ceux4à contribuent notablement à augmenter le produit annuel du corps social, en augmentant la productivité du travail et des capitaux de chaque citoyen, ils échappent à l'incrimination que nous venons de formuler. Mais dans le chiffre énorme des emprunts publics, ceux de cette catégorie ne figurent que pour une partie relativement petite. La plus grande part a été employée en dépenses de guerre, quelquefois en gaspillages
UORORE ËCONOSIIQUS NATURfiU ttO»
révolutionnaires ; en sorte que les épargnea qui ont été prélevées par les Gouvernements sous oolt« fonnrt n'existent plus dans la société à I*état do forocH productives, de capitaux véritables.
Sans doute les créanciers de l*Étot ont le droit d'être payés régulièrement de leurs rrntoi. lU ont suivi la foi publique; et, comme le prodigue quitt fttlt des emprunts est obligé de payer son créancii^r, quoiqu'il ait dissipé le capital emprunté, ainsi leii IvtnU sont obligés de payer les intérêts de leur droite, mètm^ mal employée.
n n'y en a pas moins là une cause perturbatrice Uh grave de Tordre économique naturel.
Les détenteurs de rentes, ^ les Èiài% eurffp^'Âmn M eonstitaoït plus guère que des rentef perpHu^lUm^ — • voient leur tortane s'élever par le seul ^Ifet /J/r Vum^^ iioration de !a chose pnbfiqne et sans aïKfin trttiêtt A4f leur paît. Fu* exianp'e, les perMones qni ont it^iHê du cinq poar cent français i 80 frmc% en tH7l mi TQ b ralinir àf: tfA titres monter a \ih U%ntsk^!9t t^M, loit aazsarai^ d'an eî-^rs, Ztm d^fc*»- ttefcti^^^xi^. dH
rJjifTx:nsk et aji oviLoem;. '!mevsLt -? ^r.t%hî«»itt-*n4 la rJ!âf2S« 2:1 li<5a 'f^a pnvlu.r»*' ^nfem»*ni: t^p^y^ lOKKL fkaitooc «- oeinç4, •îu>si-<» t^i *^ p«w*^ ^w ks SKT» r2aH#»îi fe ji «:#i4t»Sii^ * t/s [7i*^^*u ii*^ f^iviRsinc aa-^'^i» ati m^^^a f *mn#itH. Of. »«* >' .^/»Tf •A» :mçf;)ji iu'S9i#mt par 7f>asmnisir flir > j)**'* /M v»'>^ famitt t* m 3»niraj*rsH»»mi'îii: xcmàm i«* f'Vw i»^4 f/f^f 4kui&^ t'mii liiîUyiitt^ puis ^rmiie <»* f» ' -^ lU» mr.'itilHiiwu tan-s inn HftOivri' vv .^ 7 ^ frrvA
666 LE SOGIAUSMB D'ÉTAT
reçoivent pas pour leur travail tout ce qu'ils devraient recevoir. Les socialistes ont parraitement saisi ce point faible de l'ordre social actuel. Si les Gouvernements persévèrent dans la voie funeste du mépris systématique du droit des gens, des guerres injustes et delà paix armée, la banqueroute des principaux Ëtats européens est inévitable d*ici à un quart de siècle, et les conséquences en seront un chaos comparable aux désordres qui ont suivi Tinvasion des Barbares.
Or, ils marchent de plus en plus avant dans cette voie.
La dette publique de l'Europe a triplé depuis 1825 et doublé depuis 1850.
En 1886, d'après M. Neymarck et le statisticien allemand von Kaufmann, les dettes des États européens pouvaient être évaluées à un capital de 117 milliards 212 millions, et leur imposaient une charge annuelle de 5.343 millions : en même temps leurs dépenses militaires s'élevaient à 4.528 millions. Depuis, ceschiflTres ont augmenté d'une manière notable. Dans le tableau suivant nous indiquons la part des principaux États dans ces totaux formidables d'après les documents les plus récents (1).
(1) V. Entre autreF, dans les Jahr bûcher fur NaiionalôkônO' mie undStalistik de llourad (léna, 1889). l'étude de Von Raufmann : Die ôffentlehefi Auagahen der Grôsseren Europaiicher Lànder, et divers documente dans le Bulletin de êlatvttiqua. et de législation du ministère des Finances, années 188S et 1889.
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Duis tous les pajs, irexception de TÀDglcIent'^ les amortîsseiiieiits amiuek sont dépassés^ et de heallCOtt{^ par les Boareaiix emprunts. C esl le cas notammeol
(I) Ce tmblean ne donne que des résultats *a|i{tfv>X)nMUt^ !«« chiffires &k «Tant été empruntés à des dc^cumenU àt d«t^ ^ d'origine dilfêrentes. Puis il j a des dîflicuUés tr^ i^nudd^ dN^ TBloatîoB poor certains èlénients de la dette ainsi qu« pour la réduction en monnaie métallique de c^Ue des pays qui« comme la Russie* ont pour leurs dépenses iniérteures iine einnilalKm déprédee. On prie seulement le lecteur de tenir compte des ot>* senrations suivantes : i* La dette notlante n'a f^s «Mé CxMuptt^ pour TAngleterre. tandis qu'elle Ta été |>our les autrt^ Ktala ; 2* les dettes des localités ne sont comprises pour aucun r^vs i 3* la capitalisation de la dette viagère qui lijfrur^ dans le oluhVe de la dette de la France, de rAngleterre. ne t^j^irt^ |uis d^n» U total des autres pays; 4* les dépenses nùHlairea (^xtni<vrdi« naires ont été comprises dans la dernière tnUonno. Mai» il P9X très difficile, surtout pour la France et l'Italie» d'en avoir le tableau complet : 5* les chiffres relatifs aux dépenses mili* laires, sauf pour l'Empire d'Allemagne, se réfèrent à Tannée 1888,
568 LE SOaAUSHB D'ÉTAT
de la Franco. De même les dépenses extraordinaires de la guerre tendent plus ou moins à se renouveler chaque année. La seule différence en réalité est que CCS dépenses sont couvertes d'abord par les ressources du crédit au lieu d'être imputées du premier coup sur le produit des impôts.
L'Angleterre est le seul pays de l'Europe qui améliore réellement sa situation financière et qui montre comment un gouvernement réparateur pourrait éviter par des conversions successives la fatalité de la banqueroute. Sans compter les amortissements annuels, depuis le commencement de ce siècle, la dette anglaise a été l'objet de huit conversions. A Tavènement de la reine Victoria, le capital de la dette (fonds consolidés et annuités) montait à 761.422.570 £, entraînant un paiement d'intérêts de 28.533.192 £. Il était réduit au 5 avril 1887 à 736.278.688 £, portant un intérêt annuel de 27.366.367 £, malgré les guerres d'Orieot, d'Afghanistan, d'Abyssinie. La conversion faite an mois d'avril 1888 par [M. Goschen, qui a porté sur les divers fonds 3 Voi montant à environ 558 millions de £, a réduit leur intérêt à 2 3/4 > et à 2 1/2 <"/. à partir de 1903. C'est une réduction de la charge annuelle de 1 . 400.000 £ jusqu'en 1903 et après de 2.800.000 £ (1).
La baisse universelle du taux de Tintérêt vient providentiellement, à la fin de ce siècle, au secours des nations obérées. Mais celles-là seules, qui ont un état politique sain, en profitent.
(1) Cette conversion n*a comporté pour TEtat anglais aucune augmentation du capital de la dette, à la différence de la conversion désastreuse de notre fonds 4 ^ faite en novembre iS87 nar M. Rouvier. Elle a accru le capital de la dette nationale ae 4i8 millions sans diminuer les mtéréts, à cause d'un nouvel emprunt greffé maladroitement sur cette opération.
M. de Bismarck est en train de faire perdre à TAllemagne le bénéfice de la situation exceptionnellement favorable que ses victoires lui avaient faite. Grâce au paiement de Tindemnité de guerre de 5 milliards, Tancienne dette de la Confédération du Nord avait été remboursée, et en 1875 l'Empire n'avait à proprement parler point de dette. En 1877, les émissions de titres de rente ont commencé d abord par petits emprunts, puis bientôt par sommes d environ 500 millions par an. C'est ainsi qu'à la fin de 1889 la dette de TEmpire a dépassé 1500 millions. C'est une progression aussi rapide que celle de la République française, et elle est devenue un système.
Quant aux finances du royaume de Prusse, qui étaient excellentes (1) grâce à l'absence de révolutions et à une administration remarquablement économe, la même politique à outrance est en voie de les compromettre. Depuis 1886 le gouvernement émet chaque année des emprunts pour germaniser de force la malheureuse province de Posen, et un relâchement sensible se ma~ n if es te dans les sages traditions financières d'autrefois (2).
En même temps que H. de Bismarck recourt â l'emprunt à jet continu, il augmente les impôts perçus au profit de l'Empire et, sous prétexte demodificatioadans
(i) La dette des Etais allemands, et notamment celle de la PniBse, provient en grande partie du rachat des chemins de fer ; elle a donc une contre-partie dans un domaine public prodactif. V. Gh. Grad, Le peuple Allemand^ ses forces et «et re<êource». Paris, Hachette, 1888, chap. zxii.
(2) Ai)rès avoir racheté les chemins de fer, l'Etat prussien a converti la plupart des obligations émises par les Compagnies. D y a gagne une diminution dans le service des intérêts ; mais il n'amortit plus le capital représenté par les chemins de fer comme le faisaient les Compagnies. V. rBeonomisle français du 9 juin 1888.
570 LE SOCIAUSME D*ËTAT
Tassiette des difféi entes taxes, il cherche à frapper de plus en plus les consommations populaires : les droits sur les alcools ont été surélevés et les droits d'entrée sur lesblés, y compris leseigle, la nourriture du pauvre, ont été portés au taux énorme de 6 fr. 15 par quintal métrique. S'ils ne Tout pas été encore davantiige, c'est grâce à la résistance du Centre et des déput(^s alsaciens. Comme le faisait remarquer M. Charles Grad, ces augmentations d'impôts indirects montent à 30 ou 40 marcs par tête et elles enlèvent aux familles d'ouvriers du dernier rang près du dixième de leur revenu.
En France, le dernier de nos paysans sait que la guerre n'éclatera jamais par notre fait et qu'elle sera absolument nécessaire pour défendre l'existence de la patrie; aussi accepte-t-il le service militaire et le poids des impôts sans devenir l'ennemi de Tordre social. La propagande odieuse de \^ ligue anti-patriotique faite par les Anarchistes, ne rencontre que le mépris et ce n'est pas la France qui, en cas de mobilisation, aurait à craindre la grève noires dont le spectre trouble les hommes d'Etat prussiens. Le point de vue de l'oavrier allemand est forcément tout autre. Il sait qu'aucun danger ne menace sa patrie, que son unité est un fait acquis, qu'une caste militaire, les Junkers prussiens, souhaite seule la guerre et a le pouvoir de ia déchaîner. La politique violente du Chancelier de fer fait plus pour propager les idées socialistes et les passions démocratiques que la puissante organisation occulte du parti et la prédication hardie de ses écrivains. C'est là le secret des votes de plus en plus nombreux qu'il gagne à chaque élection.
Les nouvelles d'Amérique envoyées parles émigraats
L'ORDRE ÉGONOUIQUK NATUREL 871
circulent jusque dans les villages les plus reculés de l^Allemagne. Gomment le despotisme militaire, le système impérial, et avec lui la domination politique des 'Classes qui en sont le soutien, ne deviendraient-ils pas odieuxaux travailleurs desusines etdes champs, quand ils lisent les messages annuels des présidents au Congrès <les États-Unis ?
Au lieu do charges et d*impôts nouveaux, il y est tiniquement question de Texcédent des recettes qui s'accumulent dans les caisses du Trésor. Toute la dette, qui pouvait êire légalement remboursée, Ta été, et les débats des partis portent uniquement sur le choix des impôts à supprimer I Aussi le peuple américain ne se laissera pas séduire par lessophismes socialistes. Quels que soient les vices de certaines classes et les défauts de l'organisation sociale, il n'a qu'à regarder TEurope pour apprécier la paix et la liberté dont il jouit.
Nous avons dit plus haut la situation très difficile quefesait àTagricuiture européenne la concun*ence de rinde, de TAustralie, des deux Amériques. Malgré les droits de douane protecteurs et toutes les mesures par lesquelles les familles d'agriculteurs peuvent être soutenues (IV et X), il est possible que la culture intensive doive être abandonnée sur les terres de qualité inférieure, que pour celles-là on revienne aux jachères et que Ton remette en bois les mauvais terrains défrichés entre 1820 et 1870. Il y a déjà incontestablement
873 LE SOCIAUSMC D'ÉTAT
de ce chef une grande décadence pour nos vieux pays au point de vue des proGts agricoles.
Leurs proGts, comme exportateurs d*objets manufacturés, sont non moins compromis. Dans un avenir prochain, Tlnde, l'Australie, la Chine se pourvoiront elles-mêmes de tous les objets de cette sorte. Les États-Unis commencent à se suffire. La Russie devient rapidement elle aussi une puissance manufacturière, et avec les immenses espaces sur lesquels s'étend son empire en Europe, en Sibérie et dans l*Asie centrale, elle sera d1ci à cinquante ans un monde économique aussi important que rAmérique du Nord (I). Ce jour-là, TEurope occidentale, y compris TAngleterre , perdra ses débouchés ; il faudra que son in • dustrîe, organisée pour inonder de ses produits le monde entier, se contente de la consommation intérieure. Il pourra bien alors en être de la France, de TAngleterre, de la Belgique et de l'Allemagne, comme de ritalie et de TEspagne après le xvi*et le xvii'siècle. Sans décliner d*une façon absolue, nous déclinerons relativement. D'autres pays nous dépasseront dans la voie du progrès et nous serons relégU3S à un rang inférieur dans la nouvelle répirtition économique des for3es du monde. M. Leroy-B3aulieu va mèm3 jusqu'à dire que, si nos ouvriers continuent à réduire la jour* née do travail et à hausser leurs salaires, ils rencontreront sur le propre marché national la concurrence des produits similaires exécutés avec les machines européennes par le travail à bon marché, dont les entrepreneurs pourront disposer dans Tlnde et dans U Chine (2).
(1) K. notre article dans le Correspondant da 25 janvier 1888. (i) Le Jupon est entré dans le courant de la civilisation occi-
UORDRB ÉCONOMIQUE NATUREL 573
Une nouvelle distribution des forces économiques et des populations menace de se produire : voilà ce qu'il faut bien se dire.
On ne peut prétendre lutter contre de telles éven* tualités par des barrières douanières. Au fur et à mesure qu'on les élève péniblement par des tarifs, Taccroissement de rapidité des transports et l'abaissement de leur prix neutralisent ces efforts *(X, § 3). La lutte ne doit durer qu'un temps sur ce terrain, et elle ne peut a voir d'autre portée que celle d'un expédient temporaire pour ménager la transition. On ne saurait méconnaître qu*un grand dessein providentiel ne pousse les peuples à se rapprocher et à se mêler.
Il D*y a point de hasard dans le monde, a dit Joseph de Maistre, et je soupçonne depuis longtemps que la communication d*aliments et de besoins parmi les hommes tend de près ou de loin à quelque œuvre secrète, qui s^opère dans le monde à notre insu (1).
Un des signes du temps est évidemment l'accélération avec laquelle rhumanité peuple l'univers, en exploite les richesses et développe ses consommations de toute uature. C*est là un fait dont les esprits philosophiques déduiront d'eux-mêmes les conséquences (2).
Toutefois, sans s'imaginer arrêter un mouvement
dentale avec uao précipitatioa qui pourra lui être funeste. Quant à la Chine, elle a déjà des bateaux à vapeur et des ateliers de construction de machines. L'introduction des chemins de 1er est repoussée par les hommes d'Etat, ainsi que le monnayage régulier de l'argent; ils hésitent & transformer les condiîioiis d'existence du peuple; mais les projets de ce genre se multiplient de plus en plus et la résistance à ces innovations nécessaires n'est qu'une affaire de temps. Notre génération verra sans doute la Chine entrer dans le grand courant économique du monde moderne.
{{) Soirées de Saint-Pélersbourg, S* entretien.
(2) D'api'ôs les calculs si autorisés de M. Levass.ur, Statis'.i"
574 LB SOaALISME D*ÉTAT
dont la portée dépasse de beaucoup celle purement matérielle que lui donnent les économistes, il n'en est pas moins du droit et du devoir de chaque peuple de préserver sa nationalité dans ce grand travail de fusion que la nature semble opérer. Une nationalité représente un ensemble de principes et tout un rôle dans Thistoire dont le dépôt a été confié à une race. Cette race doit conserver matériellement la cohésion nécessaire pour remplir cette mission. Or, quelles que soient les légitimes mesures destinées à -lui permettre de franchir cette crise .économique, les véritables moyens de lutter contre cet amoindrissement graduel menaçant sont Texpansion colonisatrice dans les vastes territoires encore ouverts à la supériorité des forces de l'Européen, et la cessation de rétat de guerre ou de paix armée qui désole TEurope continentale.
L'Angleterre est admirablement préparée à la conquête pacifique des nouveaux territoires; elle n*a qu*à continuer sa politique. L'Allemagne, sous la direction de sa dynastie nationale, y dirige ses émigrants, malgré les difficultés que lui impose sa configuration géographique dépourvue presque totalement de fenêtres sur la mer. L'Angleterre a, de plus, l'immense avantage de n'avoir pas le service militaire obligatoire
^ue de la superficie et de la population dee contrées de la terre, in-4, Rome l8o7, le chiffre des habitauts du globe serait actuellement de 4483 millions. Les données sur l'Asie, TAfrique et une parUe de l'Amérique sont fori'émenl hypothétiques, ainsi que le dit le savant statisticien. Mais les chiffres qu'il donne sur la population des pays civilisés depuis 4840 présentent un degré sulfisant de certitude et montrent la rapidité de son accroissement en ce siècle. Sur Taccroissement de la
Sopulation dans Tlnde anglaise entre autre» V, notre article ans le Correspondant du 25 avril 1889.
UOnDRB £C»M01liQ€£ NATtREL R7.S
et de oonserrer ractivité de sa jeunesse pour les enireprises industrielles. Lord Derby k disait en janvior 1879, devant la Chambre des lords :
Quant à nos eompétiteors du continent européeni Js ms demande réellement comment ils pourraient lutter avec TAngleterre. Us n'ont pas comme nous le charbon et le tut k bon marché : il« n'ont ni nos énormes capitaux accu mulésy ni notre outillage mécanique d'une puissance pratique illimitée, ni cette armée d*ouvriers exercés et libres qui est une des forces de l'Angleterre; car on ne peut pas dire que rouYrier est libre, là où 11 est enlevé à sa profession par le service militaire pendant les trois ou quatre meilleures aimées de sa vie.
VEconomist de Londres, parlant de la concurrence industrielle des deux continents, faisait de son côié remarquer en avril 1880 que les États-Unis, n'étant pas obligés d'entretenir la paix armé« et amortissant rapidement leurs dettes, ont un dou Die avantage nnr l'Europe :
c IjCs prodndeiirs de ee oajt n'Mnttptti I pMftft^ ^mftiH c chargea aanoeilea. que (jA^.WlAm U. 4e »U ^tit^i$ c d'Eut eoatreii.l9a.(M^.(^jO'}ae ytyfri/ui <^<is 4 K*i**fp*f} c d'autre part, VEâm/yt^ iwi/e «^rj eJ^ ^/t^f 4\t Vf)n p^*i4 c dlmpôCa, ne p—ira avMr de y^'jfjjs^ iç**/* W*r« *;^ftfpii*'iln 4 de dix-neaf à liaçl'detts kms ef/jp9/^f i^fnt U ^f*f^*f*-*t^*i « indnslrîellc. T«#aa aerirj: iu.?h , ^f*'^*^ ^v'/4 y %*t*>i fi' ii « aanf àamêlemum aatçuu«<«. L^ y*^W-* ^ ut,f0i\ //•## «gkfoede doiftte juinipitoe «c« y *; *-*'y'r*'f** '•'*•' ♦ "*", f '''' c rope, es iBtt ùt Ma» «uvni^ ** y* ', "*' -''* ^' <* v^. *'/ t cowpij iitu j rn: * x x. y*. v*«'^ '■'"'« ^t* f*n f^ c seareea ftweam^as fie w*^^"'^ *"f^* "* ^ ^
87d LB SOQAUSMK OÉTAT
nécessité pour les peuples de l'Europe, d'abord de restaurer chez eux la loi morale, puis de (ormer une confédération, qui leur assure la paii et leur permette le désarmement (1). Il dépend de chacun d'eux de réaliser la première partie de ce programme ; quant à la seconde, au premier abord, elle fait l'eRet d*unbeaa réve(I, § 12). Cependant elle n*est point aussi irréali* sable qu*on pourrait le croire.
Certaines conventions internationales, celles, par exemple, qui ont pour objet le service postal, les règlements de la navigation maritime, la répression de la traite, les unions monétaires, sont une indication en ce sens des besoins' des peuples modernes. La constitution d'unions douanières embrassant des groupes considérables d*États est un fait inévitable vers lequel marche TEuropc et qui s'imposera, mais seulement après la première grande guerre. En effet ces unions douanières réclamées pour établir une protection efficace de continent à continent comportent non seulement le libre-échange le plus absolu dans leur intérieur, mais encore la paix perpétuelle et le désarmement réciproque.
Vin
U faudra bien en venir là. Les peuples sont de plus en plus ennemis de la guerre. Jadis en France, en Allemagne, en Angleterre, le dernier ouvrier, le plus
(1) La Constitution essentielle de V humanité^ exposé des prin' cipes et des coutumes d^oià dépendent la prospérité et la souf' france des nations, In-li, Marne, 1881.
humble paysaa détestait les nations voisines et rêvait pour son pays gloire militaire et conqui^tes. Cet esprit a presque complètement disparu; seule la nécessité de repousser une agression injuste le raviverait et uniquement momentanément. Le travailleur moderne est bien plutôt porté à envisager les maux que lui inflige la guerre sans aucune des compensations en honneurs et en influence qu'y trouvent les classes dirigeantes ; l'expression est ici à sa place.
Un des plus puissants moyens de propagande des socialistes est la promesse de la suppression définitive de la guerre, quand VÉlat du peuple sera établi dans tous les pays et que V Internationale des travailleurs réunira toutes les nations dans une fédération pacifique. Le congrès corporatif de Londres en 1888 (I, § 9) n'a pas manqué de faire des déclarations en ce sens, et les socialistes profitent, pour s'affirmer, de toutes les réunions en faveur de l'arbitrage et de toutes les ligues de la paix. Les gouvernants de l'Europe ne sauraient trop tenir compte de la profonde modification qui s'opère chaque jour dans la manière dont les populations envisagent la guerre. Ils ne peuvent conjurer le péril social que par la restauration du droit des gens^ ainsi que le demandait M. Urquhart dans son fameux Appel d'un protestant au Pape à l'occasion du concile du Vatican
En effet, si la solidarité de certains intérêts économiques force un jour ou l'autre les gouvernements à entrer dans cette voie, elle ne suffira pas à refaire une union si désirable entre les nations. L'expérience nous montre que la communauté des intérêts purement matériels n'est pas à elle seule assez efficace pour prévenir les guerres les plus dévastatrices. Cette union
ne peut se faire que sur la base du retour au Christianisme comme règle des rapports internationaux (1).
Nous avons dans le passé un idéal qui a été réalisé dans une certaine mesure, c*est celui delà Chrétienté^ liée entre elle par la communauté de croyances, et observant, autant que le comportent les conditions de l'Humanité, le Décalogue comme loi des rapports entre les peuples. Cet édifice a été brisé par la prétendue réforme protestante. Hais la pensée qui y avait présidé lui a survécu, et, dans les temps modernes, elle a inspiré plusieurs tentatives. La plus remarquable a été le plan de république chrétienne d'Henri IV. Ellea été reprise encore en 1815 dans la Sainte-Alliance. Assurément, ces tentatives n'ont pas été pures de tout mélange ; mais elles indiquent la voie et les conditions morales dans lesquelles ce grand progrès, souhaité ardemment par les peuples, pourra se réaliser.
(1) V. Ch.Périn, V Ordre international, Vhn%^ Lecoffre, 1888.
DOCUMENTS ANNKXIÏ8