INTRODUCTION IX
comme Ta feit un grand orateur» que la situation de rouvrier dans l'ensemble est plus mauvaise actuellement qu'en 1789, c'est non seulement cornmettre une erreur historique , mais méconnaître ce qui constitue la gravité redoutable du problème contemporain : à savoir le trouble croissant des âmes coïncidant avec la grande amélioration des éléments matériels de l'existence.
Il importe que les gens^de bien n'usent pas leur bonne volonté dans le vide et surtout qu'ils ne se fassent pas inconsciemment les propagateurs de formules vagues, d'expressions mal définies^ qui, entendues dans leur sens, ne pourront jamais désarmer la passion socialiste et qui néanmoins affaiblissent gravement la défense sociale en augmen tant le désordre général des idées.
L'œuvre de la réforme ne se fera point par des parades oratoires ni par des attitudes de parti. Elle ne peut s'accomplir que par des œuvres positives de bien. La plupart de ces œuvres émanent du dévouement chrétien, du patronage volontaire des chefs d'industrie, de l'initiative des intéressés. L'intervention de VÉM est assurément nécessaire pour réprimer les abus extrêmes et pour dégager les forces sociales opprimées par une mauvaise législation ou par suite des conditions historiques particulières à certains peuples. Ce n'est pas nous qui nierons jamais ce grand devoir de la Souverai-
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neté, coDStituée selon Tordre, ni qui affaiblirons le sentiment de son rôle capital dans la vie des nations. On en trouvera la preuve dans maintes pages de ce volume. Mais Texpérience nous apprend que l'action de TÉtat en présence des souffrances, des préjugés et des mauvaises passions dont se compose la question sociale, est forcément limitée. 11 faut se garder d'esquisser de vastes programmes, de vouloir faire grande comme on disait sous TEmpire. Prendre une à une les difficultés économiques propres à chaque pays et redresser les abus qui s'y produisent avec des caractères incontestables d'intensité et de généralité, voilà la tâche du législateur.
Le vrai remède au mal, nous allions dire à l'hérésie socialiste, est une nouvelle conquête évangélique des barbares de l'intérieur que la Révolution a multipliés au fur et à mesure que les progrès économiques du temps accroissaient la densité des populations.
IV- — La faveur que rencontrent dans certains milieux des systèmes, où des erreurs socialistes se mélangent étrangement à l'esprit de réaction et à des rêves de restauration archéologique, rappelle parfois l'engouement des hautes classes européennes à la fin du xvin^ siècle pour les utopies politiques préconisées par les sophistes malfai-
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sanls qui s'appelaient eux-mêmes les philosophes . Magnus ab iniegro sœclorum nascitur ordo^ telle était l'attente universelle, il y a cent ans, et elle contribua pour sa part à la catastrophe finale.
Cet ébranlement des esprits est certainement un danger. Mais nous avons une force qui faisait défaut à nos grands parents à la veille de 1789. G*est la confiance dans Tefficacité des préceptes de l'Évangile et des enseignements de l'Église pour la solution des problèmes politiques et sociaux.
La loi de Dieu gouverne la vie sociale comme la vie individuelle, la vie temporelle comme la vie future. Sans doute, l'Évangile n'a pas un système économique tel qu'il y en a un dans IcDeutéronome etleLévitique^ et l'Église, en ce qui touche le ménage des intérêts temporels, laisse les hommes apprendre par leur expérience ce qui convient le mieux à leur situation selon les temps et les pays. Mais, par son enseignementphilosophique, elle fournit à la science sociale un critérium assuré pour discerner le bien d'avec le mal. Il y a une génération seulement, les notions du bien et du mal étaient encore à l'état d'axiomes et offraient un terrain commun sur lequel tous les honnêtes gens se rencontraient : mais de nouveaux sophistes ont attaqué ces notions primordiales et actuellement, au milieu de l'anarchie intellectuelle causée parle Positivisme et le Matérialisme, cette distinction fonda-