‹ Le Socialisme dans le passéChapitre 6 sur 16 · INSTITUT DE PYTHAGORE · texte numérisé non relu

INSTITUT DE PYTHAGORE

Institut de Crotone. — Vie commune des disciples. — Développements

et ruine des communautés pythagoriciennes.— Les disciples de

Pythagore et les socialistes modernes.

Il était dans les destinées de la Grèce de voir le communisme sous toutes ses faces. Ce que Lycurgue et Minos avaient réglé par la législation, ce que Platon avait présenté à ses compatriotes sous le double charme de la science et de la poésie, les disciples de Pythagore l'avaient réalisé, à certains égards, dans leur célèbre Institut philosophique.

Pythagore, exilé de Samos, s’était réfugié dans la Grande- Grèce 1 ; il avait trouvé un asile à Crotone. Précédé d’une réputation éclatante, il avait été accueilli avec enthousiasme, et bientôt de nombreux disciples s’efforcèrent de lui faire oublier sa patrie.

Le philosophe profita de ces circonstances favorables pour réaliser un projet qu’il avait, dit-on , conçu pendant un voyage en Égypte. Il réunit ses disciples les plus dévoués et sut leur persuader que le meilleur moyen d’atteindre la perfection consistait à se soumettre à une vie uniforme et commune, sous une sorte de règle monastique déterminant l’emploi de tous les instants du jour et réglant l’exercice de toutes les facultés intellectuelles et physiques des associés. Telle fut l’origine du célèbre Institut de Pythagore.

Un vaste bâtiment de Crotone reçut les premiers adeptes, et Pythagore lui-même prit la direction de l’établissement. La vie commune y fut pratiquée dans tous ses détails et avec toutes ses conséquences. Vêtements, nourriture, enseignement, plaisirs, pratiques religieuses, exercices gymnastiques, tout devint uniforme et commun; seulement on avait soin de ne jamais faire asseoir plus de dix frères à la même table, afin que la confiance fût plus intime et la conversation moins bruyante.

i L'Italie méridionale.

Est-il vrai que les disciples de Pythagore, vivant en anachorètes, ne se nourrissaient que de pain, de légumes et d’un peu de miel? Est-il vrai qu’ils s’interdisaient sévèrement la viande? Est-il vrai surtout que le patrimoine des associés était réuni au domaine de YJnstitutei que, de la sorte, la communauté des biens y était rigoureusement appliquée? Toutes ces questions divisent, aujourd’hui encore, les historiens et les philologues. La dernière seule doit un instant attirer notre attention.

Le savant Meiners 1 s’est donné la peine de réunir et d’examiner, avec l’attention la plus scrupuleuse, tous les fragments des écrivains anciens où il est question des règlements, des principes , des mystères et des symboles des premiers disciples de Pythagore. Or, le célèbre professeur de Gœttingue soutient avec force que la communauté des biens n’a jamais existé parmi les membres de Y Institut. Il prouve, au contraire, que chaque associé apportait une somme déterminée lors de sa réception , et qu’il contribuait ensuite, dans une certaine mesure, aux dépenses générales de l'association. Pythagore, selon le savant allemand, n’avait jamais songé à faire des propriétés de chaque membre un fonds général appartenant à l’ordre tout entier. Il n’avait admis qu’une communauté limitée.

Quoi qu’il en soit de ce problème, il est certain que l’admission dans l’Institut était précédée de longues épreuves. Plusieurs années de travaux pénibles et de silence devaient fournir la mesure de la constance, de la discrétion et de la patience du candidat. Il n’est pas moins certain que , malgré ces rigueurs, l’élite de la jeunesse se pressait aux portes de Y Institut, et que peu d’années suffirent pour doter les villes principales de la Sicile et de la Grèce proprement dite d’établissements analopes à celui de Crotone. Tous se trouvaient unis par les liens de la fraternité; tous recevaient avec le même empressement les ordres du fondateur.

Pour prouver que l’Institut de Pythagore a rendu des services, il suffit de rappeler que Zaieucus, Charondas et plusieurs autres

* Histoire de l'origine, tics progrès et de la décadence des sciences dans la Grèce,

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