‹ Le Socialisme dans le passéChapitre 9 sur 16 · LA PROPRIÉTÉ A ROME, DEPUIS LES LOIS LICINIENNES JUSQITA · texte numérisé non relu

LA PROPRIÉTÉ A ROME, DEPUIS LES LOIS LICINIENNES JUSQITA

l’établissement de l’empire (365 A 29 avant J.-C.).

Révolution opérée par les lois Iiciniennes. — Elles cessent d’étre observées — Tentatives généreuses des Gracques. — La propriété A Rome.

Dans l’ordre politique et dans l’ordre social, les lois liciniennes avaient opéré une véritable révolution. La propriété moyenne, dont l’absence fut si funeste aux Étals de l’antiquité, se trouvait constituée à Kofoe; les haines politiques s’éteignirent, les dissensions civiles disparurent, l’agriculture prit un essor jusque-là sans exemple, la population libre s’accrut avec une rapidité merveilleuse, et la république, forte de l’union de ses enfants, faisait chaque jour des conquêtes nouvelles. Aussi chercherait-on vainement, dans l’histoire du monde, un spectacle dont la grandeur soit comparable à l’éclat que la république romaine a jeté pendant les deux siècles qui suivirent la mise en vigueur des lois Iiciniennes. A l’intérieur, les vertus austères des Papirius, des

Décius, des Fabricius et des Fabius illustraient la patrie, pendant que, au dehors, des légions innombrables portaient les aigles romaines jusqu’aux extrémités du monde civilisé. L’italie entière, Carthage, la Macédoine, la Grèce, une partie de l’Orient, soumises sans retour, étaient gouvernées par des proconsuls envoyés de Rome.

Malheureusement, par une de ces lois mystérieuses qui s'opposent à l’immortalité des œuvres de l’homme, cette grandeur même renfermait le germe de la corruption et des malheurs qui devaient amener la ruine des institutions nationales.

D’après la loi romaine , les généraux devaient verser dans les caisses de l’État les trésors qui tombaient au pouvoir des armées victorieuses. Cette sage et équitable prescription avait été rarement observée ; les consuls, les chefs militaires, tous ceux qui occupaient un rang élevé dans l’administratiou de la république, s’étaient enrichis des dépouilles des peuples vaincus. D’un autre côté, les proconsuls et les agents subalternes, préposés au gouvernement des provinces conquises, s’emparaient, avec une avidité honteuse, de l’or qui avait échappé à la rapacité du soldat. De cette manière, toutes les richesses de l’Afrique, de la Grèce et de l’Orient affluaient à Rome; un grand nombre de familles patriciennes accumulèrent des trésors immenses.

Mais ces richesses consistaient en espèces, en métaux précieux, en meubles ; elles ne comptaient pas pour la formation du cens sénatorial elles n’offraient pas, surtout, ce caractère de stabilité et de grandeur que présente la propriété immobilière. Les patriciens romains ne tardèrent pas à s’en apercevoir. Dès cet instant, tous leurs efforts se dirigèrent vers l’agrandissement de leurs patrimoines ; les terres, et surtout les fonds situés en Italie, furent vendus à des prix fabuleux, et bientôt Yager privatus tout entier se trouva dans la possession des familles patriciennes.

Ici les lois liciniennes devinrent un obstacle.

En vertu de ces lois, l’occupation de l’amer publions était fixée à un maximum de deux cent cinquante arpents. Les riches, déjà maîtres de Yager privatus, se voyaient donc arrêtés, de ce côté, dans leurs projets d’agrandissement. Ils ne trouvèrent rien

ROME

de mieux que de franchir la barrière, et ils furent assez puissants pour s’assurer l’impunité. Les plébéiens, moitié par force, moitié par l’appât d’un prix élevé, cédèrent leurs droits aux patriciens, et la propriété immobilière fut alors soumise â un mouvement de concentration sans exemple dans les annales des autres peuples. Des districts entiers devinrent le domaine d’un seul homme; des territoires qui avaient nourri tout un peuple furent jugés trop étroits pour un seul possesseur, et l’on vit un instant tout le nord de l’Afrique devenir la propriété de six patriciens romains 1 !

Ainsi les plébéiens se trouvaient, après deux siècles de combats et de conquêtes, ramenés à la condition misérable d’où les lois liciniennes les avaient fait sortir.

Les mêmes maux appelaient les mêmes remèdes. Deux vrais Romains, dignes petits-fils de Scipion l’Africain, Caïus et Tibérius Gracchus, reprirent l’œuvre de Licinius. Ils demandèrent que tout citoyen pauvre reprît une portion du domaine public, et que nul ne pût en posséder au delà du maximum fixé par les lois liciniennes. Malheureusement, les temps n’étaient plus les mêmes ; les descendants de Scipion avaient oublié que la corruption générale avait énervé tous les caractères, et le sénat les fit assassiner. D’autres tentatives, faites dans la suite, furent toutes également infructueuses, jusqu’à ce qu’enfîn Jules César, plus puissant que ses devanciers, fit distribuer aux plébéiens pauvres une grande partie des propriétés publiques situées en Italie.

Tel était l’étal des choses au moment de l’établissement de l’Empire.

On le voit : les lois agraires de Rome n’ont jamais eu la signification que quelques écrivains communistes leur attribuent. Appeler partisans de la loi agraire ceux qui demandent le nivellement des fortunes et le communisme, c’est commettre un élrangc 4 abus de mots. A Rome, les défenseurs des intérêts populaires respectaient les droits de la propriété privée. Ainsi que nous l’avons dit, la religion et les mœurs avaient pris ce droit sacré sous leur égide. Le prêtre venait lui-même placer les

1 Vojr. les ailleurs cités il la fin du chapitre.

bornes du champ, et le culte national dévouait aux dieux infernaux celui qui avait l’audace de les déplacer et d’envahir le fonds de son voisin. Il est vrai qu’au milieu des guerres civiles qui désolèrent les derniers temps de la république, de nombreuses confiscations furent prononcées par les vainqueurs; mais toutes ces spoliations s’effectuèrent à titre de peine et de vengeance politique : le principe même de la propriété ne fut pas mis en question.

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