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LA CRITIQUE DE L^ÉTAT SOCIAL PAR PEGQUEUR

duelle et Pecqueur cite à Tappui de sa théorie Pascal, Saint Augustin, les Pères de l'Eglise, Tronchet, Portalis, Bigot-Préameneu, Malherbe, Mirabeau, Robespierre qui, dit-il, sont de son avis comme on peut s'en j convaincre par les extraits qu'il en donne (1).

Cependant quelques pages plus loin Pecqueur ajoute : r « Le droit de propriété est donc sacré autant que la vie

de l'homme et la propriété est donc indispensable, imprescriptible comme la vie. » C'estqu'après s'être occupé . de la propriété telle qu'on Tentend généralement, il en ^ a donné une définition toute différente.

^ L'homme, explique-t-il (2), a devant Dieu le devoir^

de vivre et de se développer ; il a devant les hommes et la société le droit de vivre et de se développer. ^

. Ayant droit de vivre et de se développer, il a droit aux instruments, aux moyens, aux conditions de sa vie ^ et de son développement sur le pied d'égalité avec ses

frères. Ce droit, pour chacun, aux moyens et aux con- ^ ditions de la vie, en tant qu'ils dépendent de la société ou de ses semblables, constitue le droit de propriété. En conséquence, il définit la propriété normale « tout ce qui dans la nature et dans les institutions sociales peut être instrument, source, moyen ou condition de bonheur individuel ou collectif: en d'autres termes tout ce qui favorise l'essor et la culture morale, L intellectuelle et physique de chacun et de tous » (3). j

(i) Pecqueur, Théorie nouye/Ze, p. 766.

(2) Ibid., p. 389.

(8)16irf., p. 384.

La propriété ainsi définie touche non seulement aux richesses matérielles, mais encore aux richesses intellectuelles : éducation, morale, science, beaux-arts, etc.

Mais ce n'est pas la terre, ni la science, ni les beauxarts qui sont les moyens immédiats d'existence et de développement moral, intellectuel et physique : c'est ce qu'ils produisent sous l'action intelligente de l'humanité. La terre, la nature extérieure, la science, les beaux-arts ne sont que les instruments, la matière ou l'occasion de ces moyens ou de ce développement. Donc ''aucun homme n'a besoin pour vivre et se développer de la possession exclusive de tout ou partie de la terre, de la science, des beaux-arts ou de la morale ; il suffit qu'il ail à propos la disposition d'une part quelconque de l'un ou de l'autre de ces instruments afin de pouvoir participer légitimement à la production collective des utilités générales (1).

De plus il n'y a point assez de terre pour que tous les hommes en obtiennent une part à leur usage exclusif: et lors même qu'il serait possible d'en donner à tous il faudrait se refuser à cette disposition comme anti-économique et anti-sociale.

En outre, tous les hommes ne peuvent porter leur activité en même temps et au même degré, ni sur la nature extérieure, ni sur le champ delà science, ni sur le champ des beaux-arts ; le travail général doit être di-

(1) Pecqueur, Théorie nouvelle, p. 386.

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visé entre tous : les uns devront plus spécialement cultiver la terre, les autres devront cultiver la science de sorte qu'il y ait pour tous le plus possible d'utilités de tous genres : matérielles, intellectuelles, artistiques ou morales (1).

Dans ces conditions, le champ de travail terrestre, le champ de travail intellectuel et le champ de travail artistique doivent rester communs^ indivis^ cosmopolites, et ne peuvent en aucun cas devenir objet de possession exclusive pour aucun individu, aucun corps, aucune nation (2). ^

Le droit de propriété individuelle de tout individu,' égal pour tous et conciliable avec le même droit reconnu à tous, comprend donc pour Pecqueur (3) :

« Le droit aux moyens d'existence, à l'éducation, à l'apprentissage et au travail plus ou moins productif, dans l'enfance et la première jeunesse.

« A la fonction active, aux moyens d'un travail pleinement productif dans la seconde jeunesse et dans l'âge mûr, selon sa vocation et ses forces, combinées avec les exigences sociales actuelles.

« A la rémunération égale ou équivalente pour une fonction équivalente et également bien remplie.

« A la hiérarchie et à l'avancement selon le mérite, c'est-à-dire selon la capacité et les lumières jointes au dévouement et à la vertu.

(1) Pecqueur, Théorie nouvelle, p. 386.

(2) Ibid,, p. 387.

(3)/6id.,p. 396.

« A la retraite et au repos dans la vieillesse.

« Aux secours dans la maladie, l'inrirmilé et en général toutes les fois qu'il y a incapacité.

« A toutes les mesures et institutions hygiéniques.

« A rélectorat et à Téligibilité.

« A toutes les franchises politiques »

Voilà la propriété de chacun et Pecqueur s'étonne qu'on ait pu nier le droit de propriété, ou voulu le détruire (I). Pour lui, c'est une mauvaise définition qui a causé ce malentendu, car le droit de propriété est incontestable, il est absolu et sacré.

§ 2. — Travail et capital.

Toute richesse matérielle, suivant Pecqueur, suppose deux conditions, est le produit de deux éléments combinés : le travail et la matière du travail (2).

L'un de ces deux éléments sans l'autre est impuissant à créer par lui seul quelque richesse que ce soit. Le travail « en puissance » ne suffit pas à l'homme pour vivre et s'enrichir ; il faut qu'il puisse exercer son activité sur une quantité quelconque de matière. Or, par la disposition actuelle des choses, il se trouve que beaucoup d'hommes n'ont pas la disposition de la matière du travail au même titre que d'autres, ou ne l'ont que sous le bon plaisir de leurs semblables, et peuvent par conséquent en être privés totalement. 11 s'en suit que la

(1) Pecqueur, Théorie nouvelle y p. 393.

(2)/6irf.,p.405.

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