LA CRITIQUE DE L*ÉTAT SOCIAL PAR PECQUEUR
richesse ne s^obtient pas également, aux mêmes conditions, par tous les hommes et que beaucoup d'entre eux sont dans la complète dépendance d autrui pour la disposition du second élément de toute richesse : la matière du travail, et que cet élément peut même leur être refusé jusqu'à entraîner des privations cruelles et même la mort.
lien résulte que les uns sont sous la dépendance des autres, que les uns sont libres et que les autres sont esclaves.
il en résulte encore des inégalités de bien-être, de savoir, de développement moral, intellectuel et physique (1).
Il y a des gens qui vivent sans travailler, c'est-à-dire qui vivent du travail d'autrui, soit en payant des salariés, soit en prêtant leurs capitaux à intérêt, et d'autres qui travaillent pour autrui, ce qui constitue « l'immoralité la plus flagrante » (2).
Cet état de choses est contraire au principe de liberté puisque tous ne sont pas également libres, au principe d'égalité puisque tous ne travaillent pas, et aussi aux principes de solidarité et de fraternité, car l'harmonie ne peut exister entre les propriétaires et les prolétaires.
Pecqueur ne nie donc pas le rôle du capital dans la^ production de la richesse, et s'il va en réclamer la so-
(1) Pecqueur, Théorie nouvelle, p. 408.
(2) Ibid., p. 411.
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cialisation c'est pour que tous en bénéficient au même titre.
Le collectivisme sur ce point se présente différemment (i ) : Pour que l'homme, qui ne peut vivre qu'à la condition de travailler, puisse entreprendre un travail quelconque, il faut qu'il ait à sa disposition les instruments et la matière du travail. Or ces instruments et cette matière, en un mot les moyens de travailler, deviennent de plus en plus la propriété des capitalistes. Ceux qui sont dépourvus des moyens de mettre en œuvre leur force de travail sont dès lors obligés, n'ayant pas la possibilité de vivre autrement, de vendre l'usage de cette force aux capitalistes qui détiennent les choses indispensables au travail.
L'acheteur de cette force de travail paie au possesseur de cette force un salaire, qui représente non pas le prix du travail fourni, mais le prix de la force utilisée, et cette force utilisée a sa valeur déterminée, comme celle de toute autre marchandise, par le temps de travail socialement nécessaire à sa production ; autrement dit, en la circonstance, par la somme permettant normalement au travailleur de vivre et de se perpétuer.
Mais alors même que le travailleur touche une valeur égale à cette force, il fournit une valeur beaucoup plus grande que celle qu'il reçoit, valeur qui est représentée par le prix de vente des produits qu'il a fabriqué.
(1) Gabriel Deville, Principes socialistes.