V. — L’Hébraisme et l'Hellénisme en économie sociale
C’est un lieu commun que de dire « la Révolution est fille de l'Evangile de Jésus et de la Réforme de Luther ». Il serait temps de réviser ces affirmations parfaitement superficielles et erronnées. Il n'est pas d'hommes plus étrangerS à l’hébraïsme et à l'esprit du Christquelesauteurs dela Révolution.
La Révolution fut le triomphe de l'esprit gréco-romain dans les divers domaines de l’économie sociale, Sa méthode c'est la déduction logique et mathématique d’un principe abstrait. Son principe c’est la revendication des droits de à l'individu. | +
Déduction logique et mathématique, c’est bien là le procé- | dé de l'esprit classique et aussi de l'esprit révolutionnaire, Descartes, Malebranche, Condillac, Rousseau, Helvétius, Condorcet autant de logiciens intrépides toujours dans l’abstrait, dans les généralités stériles, qui prétendent refaire avec les procédés arithmétiques la vivante synthèse du monde ou de la société. De même qu'avec la sensation Gondillac | par déduction logique anime une statue et construit de toutes : L. pièces la réalité concrète de l'esprit, de même Rousseau avec une seule donnée le contrat prétend refaire un ordre social nouveau. — Condorcet qui résume admirablement l'esprit du X VII" siècle salue dans cette méthode « le dernier pas de la philosophie,celui qui a mis en quelque sorte une barrière éternelle entre le genre humain et les vieilles erreurs de son enfance ». En l’appliquant à la politique et à l’économie sociale, « on est parvenu à suivre dans les sciences morales une marche presque aussi sûre que dans les sciences naturelles, C'est par elle qu'on a pu découvrir les droits de l'hom- : me, » Le procédé est des plus simples et des plus faciles, On part d’une idée très générale, l'homme en soi, c'est-à-dire |
« un être sensible el raisonnable qui en cette qualité évite la douleur et cherche le plaisir » et de cette définition on tire toute espèce de théorèmes aussi rigoureusementprouvés que ceux d'Euclide et à l'évidence desquels ne résistent que les aristocraties imbéciles et les tyrans ennemis du genre humain. L'homme en général, les droits de l'homme, Île contrat social, la liberté, la raison, la nature, le peuple, avec ces notions élémentaires la géométrie classique fera un monde nouveau. Des faits, de la diversité de la vie, nul souci. Le mathématicien politique ne se préoccupe pas des hommes il n opère qu'avec des idées.
Le principe essentiel de cette philosophie sociale c'est la revendication des droits de l’homme et du citoyen. Ici encore la société moderne est fille de la cité grecque. La cité antique repose elle aussi sur le droit individuel.La constitution politique n'a qu'un but: garantir le droit de l'individu contre l’usurpation. La liberté du citoyen est la base du droit social. (1)
Mais le grand vice de cette doctrine &’est l'oubli complet de la loi de solidarité, l'exaltation du droit aux dépens du devoir.C'’est bien dans ces deux notions de droitet de devoir, de liberté et de solidarité qu’il faut chercher la différence qui sépare l’hellène de l’hébreu.
Taine dans son beau livre sur la Révolution a entrevu cette différence lorsqu'il compare le jacobin au puritain.
« Ce qui nourrit le fanatisme du puritain ce sont les anxiétés de la conscience alarmée qui, se figurant la justice parfaite, devient rigoureuse et multiplie les commandements qu'elle éroit donnés par Dieu ; si on la contraint d’y manquer, elle se révolte et pour les imposer à autrui elle est impéricuse jusqu’au despotisme.Mais sa première œuvre, toute intéricure,est la répression de soi par soi-même el avant d’être politique elle est morale. Au contraire chez le jacobin, la première injonctior n’est pas morale mais politique, ce ne sont pas ses devoirs mais ses droits qu’il exagère et sa doctrine au lieu d'être un aiguillon pour la conscience est une flatterie pour l’orgucil. »
(4) L'hellénisme oscille entre l'individualisme et le socialisme autoritaire. La Sparte de Lycurgne et la république de Platon sont des utopies collectivistes. — Ultra-individualisme et socialisme sont aussi les deux : pôles de l'esprit de la Révolution. Et ces deux pôles sont quelquefois plus voisins qu'on ne pense.
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Pour le révolutionnaire l'intérêt personnel est le grand mobile. Que chacun suive librement son intérêt personnel et l'intérêt général s’en trouvera également bien. C'est là le grand mystère des harmonies sociales et économiques. Camille Desmoulins J'avoue avec une grande naïveté: < Notre révolution purement politique n’a ses racines que dans l’égoïsme et dans les amours propres de chacun, de la combinaison desquels c'est composé l'intérêt général, »
Avec quelle orgueilleuse sottise ces démocrates revendiquent leurs droits : « Le peuple, s’écrie Isnard, le peuple connaît aujourd'hui sa dignité. Il sait que d’après la Constitution la devise de tout Français est celle-ci.» Vivre libre, l’ég'al de tous et membre du souverain.» CGhalier disait au club de Lyon :+ Sachez que vous êtes rois et plus que rois. Ne sentez-vous pas la souveraineté qui circule dans vos veines ! » Au club de Troyes un maître d'école recommande aux femmes d'apprendre à leurs enfants dès qu'ils commenceront à bagayer qu'ils sont nés libres, égaux en droits aux premiers potentats de l’univers.
Ce n’est pas là d’ailleurs le seul côté que les hommes de la Révolution avaient de commun avec le citoyen grécoromain. Tout chez eux, depuis le droit civil du code jusqu’à la phraséolog'ie de leurs discours parlementaires n’était que copie plus ou moins réussie de l’antique. On applaudissait à latribunele classique orateur quiévoquait le spectre du dernier des Gracques et la poussière dont naquit Marius. David était chargé de trouver un nouveau costume national à la manière antique et les fanatiques portaient le manteau grec ou la toge romaine, pendant que les légistes ressuscitaient le Digeste de Justinien et ces lois barbares qui sacrifient la femme et l'enfant, livrent le faible sans défense aux mains du despote oppresseur.
Aujourd'hui la Révolution a porté ses fruits. Ges mots de liberté, de droits de l’homme si sonores au lendemain de deux siècles d’absolutisme et de privilèges ont été proclamés dans le monde avec passablement d’intempérance,
Nous les avons eus ces droits et ces libertés : Liberté du