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travail, liberté de la presse, liberté du commerce, liberté de réunion, liberté de pensée. Droit de vote, droit de propriété, droit à l'instruction, etc.
Et certes, loin de moi la pensée de mépriser en quoi quece soit toutes ces acquisitions du libéralisme moderne. La Révolution, à tout prendre, a bien été un progrès pour la cause de la justice. Elle a sauvé la France d’un régime de privilège, de despotisme et d'autorité. |
Cependant il faut l'avouer, l’œuvre est caduque.
La liberté etl’individualisme ont amené sur nous de grands périls.
Droit pour tous les Français de légiférer, suffrage universel.….Et nous avons oscillé pendant un siècle entre l'anarchie et la dictature. Liberté de la presse, droit de penser et d’écrire {Et nous avons vu le vice,la haine,la calomnie, semés dans les âmes avec une désolante rapidité. Liberté du commerce !...Et les intermédiaires entre le vendeur et l'acheteur ont pullulé, La concurrence a ruiné les faibles. Des coups de bourses,des caprices de rentier ontsuffi pour priver des mul titudes entières de leur pain suffisant. Liberté du travail ! Et l’ouvrier a venduses bras au hasard de l'offre et de la demande,a travaillé douze heures par jour pour gagner juste de quoi ne pas mourir de faimsans autres armes contre la tyrannie du capital que la grève ou la révolution. Liberté !.. C'est-à-dire oppression des faibles par les forts, disparition fatale de tous ceux qui ne peuvent pas s’accommoder à leur milieu.Droit de l'individu! C'est-à-dire égoïsme triomphant, doctrine du self-help substitué à la doctrine de la solidarité,subordination de l'intérêt individuel à l'intérêt social. |
Et maintenant après un siècle d'histoire, l'édifice de 89 croule de toutes parts. La génération contemporaine brûle impitoyablement les vieilles idoles que ses pères avaient adorées. L'œuvre de la Révolution est fort sévèrement jugée.
« La démocratie française,écrit Renan,a un tort très grave : Eile croit pouvoir assurer les droits et le bonheur de tous sans précher à l’individu la vertu, l’abnégation, le sacrifice. On a dit parfois que la Révo-
lution est fille de l'Evangile. C’est une complète erreur. Nul ne fut jamais plus étranger à l'esprit de Jésus que les auteurs de la Révolution. Son principe c’est la revendication des droits de l'homme poussé à l'excès. Elle a pour point de départ, non la résignation et le sacrifice mais le droit et la revendication âpre et inquiète de l'égalité. C’est un leurre de Youloir fonder la société sur le droit seul. Le monde ne subsiste que par un peu d'amour et de foi en l'idéal. »
Aux notions classiques de droit de l’homme et de liberté la majorité des esprits substitue l'idéal hébraïque du devoir et de solidarité.
Solidarité c’est là la devise de toutes les écoles nouveiles élevées sur les ruines du vieux libéralisme, Tous s’en réclament depuis l’école collectiviste autoritaire jusqu'aux écoles socialistes mdividualistes. Charles Secrétan comme Lasalle, de Laveleye et Wagner comme Bebel et Liebnecht. Gide il Y a quelques années avait cru pouvoir désigner par Ecole de la solidarité les écoles nouvelles ( Kcolé historique. Socialisme d'Etat, socialisme de la chaire). Mais presque tous les autres partis socialistes se sont emparés de ce terme depuis et l’ont opposé à Za liberté de l’école classique.
Le ressort de l’évolution n'est pas le libre conflit des égoïsmes, la lutte pour la vie, mais la coopération pour la vie,
l’abnégation et l'amour. Une société fondée sur la revendica-
tion des droits c’est-à-dire sur l’âpreté de la possession individuelle, sur le libre développement de la volonté et du désir de chacun ne saurait subsister. Dans cette nouvelle philosophie sociale l'amour, le devoir, le sacrifice retrouvent la place que la philosophie révolutionnaire leur avait enlevée. La justice triomphera par l'accomplissement du devoir et on par la revendication des droits.
Et avec les principes à changé la méthode. — A la méthode mathématique el mécanique du classicisme on a substitué la méthode historique et biologique. La solidarité n’est pas comme la liberté et l'égalité un axiome, un idéal abstrait mais un fait. La solidarité est la grande loi de l'existence. Depuis le dernier des protozoaires jusqu'au plus parfait des organismes sociaux nous voyons la solidarité s’accroître eu raison de l'intensité de la vie.
Solidarité!...ce n’est pas là seulement le programme de quelques écoles, c’est la fin de la nature toute entière aspirant vers son idéal. C’est le but de l'espèce cherchant à réaliser son unité en faisant de tous les individus qui la composent un même corps, une même âme vivante. C'est Le eri de l’humanité attendant au milieu de la lutte éternelle, et du combat brutal, l’ère de paix de justice et d'amour.
Des révolutions nouvelles se préparent qui engloutiront les sociétés et briseront les nations. Les foules gémissantes aspirent vers un état social conforme à la justice. Leur mot d'ordre est « Coopération » et non liberté individuelle. La constitution du XX° siècle ne débutera ni par une déclaration de guerre aux tyrans, ni par un exposé des droits de l’homme mais par un appel à la solidarité, à la communion dans l'amour. :
Est-il nécessaire de rappeler que ce n’est là que l’application à notre société moderne de l’économie sociale des pro: phètes et de l'Evangile. La vérité fondamentale de l’hébraïs« me, l'aboutissant de toute philosophie morale, c’est que le monde n’est sauvé, que par le sacrifice de l’homme de douleur. L'humanité est un tout solidaire, une grande famille dont Jéhovah est le Père céleste et dont tous les membres sont étroitement unis par une attraction mystérieuse. Pour la sauver de l'injustice et du péché il faut que les meilleurs s’immolent, il faut que le serviteur de Jéhovah donne à ses frères le sang qui sauve et purifie. Mystère de la vie sociale dévoilé à nos regards par le sacrifice du Fils de l’homme : Le juste,au lieu de revendiquer ses droits et de développer librement son individu aux dépens de ses voisins plus faibles, se donne à tous les hommes, en portant dans une solidarité terrible, les misères et les péchés de l'espèce,