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Jéroboam, Omri, Jéhu, autant de chefs de dynasties qui ne réussissent pas à donner à Ephraïm un gouvernement stable, Et puis la grande agonie de la fin... Et ce qui est plus triste encore cet [Israël divisé contre lui-même s’acharnant contre
son frère Juda et les deux monarchies sœurs s’épuisant en
luttes fratricides. Le dénouement de ce long drame ce fut la ruine de Samarie et l'impitoyable déportation qui détruisit à jamais Ephraïm et rempht d’effroi le royaume du Sud.
Jérusalem subsista encore un siècle au milieu. des plus grands périls. Maïs à Meguiddo Juda tomba bien bas. Ce désastre aboutit bientôt à la destruction de la capitale et aux tristesses de l'exil. Pendant un demi siècle, dispersés sur les bords du Kébar les pauvres restes de Benjamin et de Juda pleurèrent la ruine de Sion.
Aux heures de paix et de prospérité matérielle la situation n'était guère meilleure. Alors le pauvre était exploité par le riche et la justice vendue aux puissants. Israël s’initiait à la Civilisation égyptienne, civilisation barbare qui plus encore que la notre était fondée sur la violence et l’écrasement des faibles. Renan,peut-être avec plus d'imagination que de sens historique, fait des bédouins nomades qui vers le X Vesiècle s’établirent en Chanaan, des patriarches fort purs, des monothéistes austères et vertueux. Tout en appréciant à sa juste valeur ce tableau de haute fantaisie, il faut bien reconnaître que l’Israël nomade du semi-nomade du temps de Moïse ou de Jephté ignora plusieurs de ces iniquités révoltantes, de ces vices raffinés dont la civilisation fit cadeau aux contemporains de Salomon et de Jéroboam.
Les optimistes, chroniqueurs officiels ou historiens de sacristie ont vu la chose du bon côté et s’extasient volontiers devant la nombreuse armée de David le premier roitelet oriental d'Israël, devant la brillante cour qui se pressait dans ses luxueux palais ; ils décrivent avec enthousiasme les merveilies du temps de Salomon, temples magnifiques, palais de cèdre, Jérusalem embellie, les trésors d'Ophir apportés au pauvre Israël, les architectes de Tyr bâtissant maisons d'hi-
ver, villas d'été, Tout était alors pour le mieux dans le meil-
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leur des peuples et sous les meilleurs des rois ! Quels beaux jours encore, que les règnes de Jéroboam IT pour Ephraïm, de Iotham et d'Uzziah pour Juda. La prospérité était alors très grande, l'or et l'ivoire affluaient en Israël, et en Sion comme sur la montagne de Samarie, les riches vivaient tranquilles et heureux. Jour et nuit on eutendait dans leurs maisons le concert joyeux des festins, les chants harmonieux et le son des instruments de musique de la harpe et du nebel. Sur les places publiques on ne voyait qu'élégantes habillées à la dernière mode qui allaient le cou tendu, jouant des prunelles el faisaut résonner les boucles de leurs pieds. Et dans les campagnes de Judée et de Samarie c’étaient de magnifiques résidences d’été etde vastes domaines, la petite propriété tendait à disparaître car lesriches ajoutaient champ à champ el maison à maison, jusqu’à ce qu’il n'y eût plus de place dans le pays. Les bienfaits de la civilisation s’étendaient jusqu’en plein désert. [otham et Uzziah ( deux rois selon Jéhovah qui faisaient des largesses aux prêtres ) étaient possesseurs de très grands troupeaux que leurs bergers paissaient dans les plaines arides du sud de la Judée. 7
Voilà ce qu'admiraient les observateurs superficiels. Mais ces brillantes apparences cachaïient d'assez noirs dessous : Telle elle nous apparaît dans ses colossales pyramides et dans les ruines de ses monstrueux palais, telle elle apparaissait sans doute à l’homme de Dieu affamé de justice, cette lourde civilisation orientale. Et lorsqu'elle pénétra Israël, elle y produisit beaucoup plus de misères et de larmes que de bien-être et que de joie. Pour perméttre à quelques privilégiés de festoyér magnifiquement, de bâtir quelques monuments à la manière des Phéniciens, de se procurer quelques articles de harem et un voisin luxe de bazar, des multitudes étaient opprimées et spoliées, tout un peuple gémissait dans les forêts du Liban, dans les fosses de Jérusalem et sur les galères d'Ophir.
Ce fut un siècle de misère et d'angoisse. Une poignée d'hommes libres portée sur un monde d'esclaves et d’indigents, c’étaient là les sociétés antiques. Nous ne les remar<
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quons guère ces souffrances des petits de la terre. Personne : ne nous en a conservé la plainte, et l’art antique a jeté ses fleurs là-dessus. Il a fallu que le prophétisme et le christianisme primitif déchirassent le voile pour nous révéler ce mystère d’oppression et d’iniquité.
Pillés par les hordes de Mitzraïm et d’Assur, chassés de leur patrimoine par les accapareurs de Jérusalem et de Samarie, privés biensouventdu pain suffisantpar des maîtres égoïstes et des juges iniques, ces opprimés manquaient même de cette consolation qui, aux heures les plus tristes, a soutenu les petits, la religion, j'entends une religion pure, élevée.où la conscience joue le rôle principal et dont le puissant idéalisme fait oublier les misères d’ici-bas. Au moyen âge les peuples ont souffert, mais ils souffraient en espérant le bonheur du ciel. Mais au VIT" siècle, le culte de Jéhovah ne différait en rien du culte des autres divinités païennes et n’était ni plus pur, ni plus élevé. Les statues des dieux étrangers, les veaux d'or et les serpents d’airain élevés au nom de Jéhovah remplissaient les sanctuaires et jusqu’au temple même de Jérusalem. En vain quelques prophètes à la parole de flamme essayent-ils dans des luttes tragiques et quelquefois sanglantes de balayer cette poussière. Le Dieu moral qui apparaissait à Élie le Thisbite au milieu des rochers de l’Horeb n'était encore qu'une pure création de l'âme prophétique impuissante contre les instincts foncièrement idolâtriques de la masse. En ce temps là, il n’y avait de maître juste, ni dans le ciel, ni sur la terre et les Dieux étaient presque aussi mauvais que les hommes. Et c’est en vain que leshommes allaient demandant le secret de la paix et du bonheur à ces idoles impuissantes que Jéroboam avait érigées à Béthel au nom de Jéhovah, ou biensacrifiaient sur les grossiers autelsde pierre de la colline et du bosquet sacré des holoth et des mitzha à toutes les divinités du panthéon chananéen, ou bien encore cherchaiïent à satisfaire dans les cultes sanguinaires et grossiers de Moab ou de Phénicie la soif qui dévorait leur âme ; les divinités comme les nobles et les rois restaient sourdes au cri du malheureux sans pain et sans asile, et la religion, quelque fut
le dieu qui la patronait Jéhovah ou Baal, Moloch ou Milcom était la religion des riches, de ceux qui pouvaient sacrifier beaucoup de taureaux et verser beaucoup d'huile sur l'autel, de ceux qui pouvaient dire à leur bon dieu : Rends-moi, car je Lai donné l» | |
Or en ces jours tandis que les riches exploitaient les pauvres et que les prêtres sommeillaient dans la paisible routine des rites et des observances,les prophètes protestèrentau nom de la justice. [ls rappelèrent que les faibles ne sont pas une quaptité négligeable et que les petits ne doivent pas être immolés au bien être des grands. Ils annonçèrent la ruine des oppresseurs, la délivrance des opprimés, le triomphe universel des bons sur les méchants. Et dans les effroyables ténèbres d’un monde de violences et de conflits sanglants,ils osèrent rêver un idéal social conforme à la Justice et lancer Israël à la poursuite de cet idéal.
C'était la première indignation de la conscience contre la réalité barbare, la première bataille pour le droit desopprimés contre la force oppressive, qui allaient commencer dans une obscure bourgade d'Orient. é
Les grands mouvements religieux se produisent presque toujours par des actions individuelles beaucoup plus que par des évolutions collectives. Le prophétisme, est une création essentiellement individualiste, l'œuvre d’une poignée d’exaltés faibles, peu nombreux, parfaitement impopulaires, haïs des prêtres qui font du sacerdoce un métier et des faveurs divines une marchandise, en butte aux railleries des aristocrates durs et injustes, aux outrages des foules hébétées, aux persécutions des tyrans.A chaque instant leurs voix importunes sont étouffées par les adorateurs formalistes sous le bruit des cantiques et des litanies lorsque ce n’est pas sous les instruments de supplice et les pierres de la lapidation.
Et cependant ces quelques justes dominent leur peuple et exercent une sorte de ministère national. Dans le royaume du nord ils font et défont les rois soulèvent les populations contre les dynasties, chassent les prêtres de Baal, terrifient les meurtriers de Naboth. 11 sont les grands perturbateurs
d'Israël. Longtemps les générations racontent leurs prodigieux exploits et la lésende en fait des héros titanesques qui arrêtent les nuées et font descendre le feu du ciel.
Et lorsque Ephraïm fut tombé, le prophétisme prit dans la petite monarchie de Juda son plein développement, Jérusalem ne cesse de retentir de la prédication des nebiim. Les Esaïe, les Michée, les Habacue, les Jérémie déclament leurs violents oracles devant les foules effrayées, promènent à travers la ville leurs étranges symbolismes, attaquent les faux prophètes, violentent les prêtres dans la cour du temple, anathématisent les puissants à la porte de la ville, proclament devant l'aristocratie impie etidolâtre le jugement de Jéhovah. Tantôt puissants avec les rois réformateurs Ezéchias et Josias, tantôt persécutés et réduits au silence sous Manassé, tantôt hardis,audacieux comme des agitateurs révolutionnaires, bouleversant le peuple, brisant les bras des gens de guerre aux derniers jours de Jérusalem...
Et lorsque leurs menaces se furent accomplies, lorsque l'élite de la nation se fut acheminée, longue théorie de captifs vers les plages désertes de Ja Babylonie, le parti prophétique se léva de nouveau. Ce fut lui qui veilla sur les restes du peuple dispersé et refit l'âme de la nation. Tandis que les riches se mêlaient aux Babyloniens, se bâtissaient des maisons, faisaient du commerce, adoptaient les cultes païens, les anavin restaient fidèles à Jéhovah et pleuraient en se souvenant de Sion. Le grand prophète inconnu de l'exil nous a décrit les sentiments, les pensées, les aspirations de ce petit noyau de fidèles. [ls vivaient pauvres, humbles et méprisés. Ils se croyaient destinés à expier les fautes du peuple, à souffrir pour lui afin de le réconcilier avec Jéhovah et de gagner sa délivrance. Enfin, ce furent eux qui du temps de Cyrus rentrèrent en Palestine et relevèrent les murailles de Jérusalem.
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Il. — Jéhovah Dieu de justice
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Mais si les prophètes ont été de si grands prédicateurs de justice c’est parce qu'ils ont parlé de la part de Jéhovah. Camosh, Baal, Moloch eurent des prêtres, mais ils n’eurent pas de prophètes. Pour inspirer la voix d'Osée et de Jérémie il ne fallait rien moins que l'esprit d'un Dieu nouveau.
Du Dieu national qui protège per fas et nefas le peuple qu'il s’est choisi, de l’idole au culte grossier, de l’élohim facile des formalistes du temple, les prophètes ont fait le Dieu juste et bon.
Cest ici la grande révolution religieuse de l'humanité. Nous sommes déjà à l’aurore de l'Evangile. Au milieu de son épopée gigantesque Elie le Thisbite avait pu contempler la douce vision.
« Elle marcha. jusqu’en Horeb à la montagne d'Elochim ! Jéhovah lui demanda que fais-tu ? Elie lui répondit : « Les enfants d’Israël ont abandonné ton alliance, ils ont démoli tes autels, ils ont tué tes prophètes ; Je suis demeuré moi seul et ils cherchent ma vie pour me l’ôter...‘Alors Jéhovah lui dit : Sors et tiens toi sur la montagne. Et voici l'Eternel passait devant Elie, Et un vent souffla avec violence déchirant les montagnes et brisant les rochers. Mais Jéhovah n'était pas dans ce vent. Ce fut ensuite un tremblement de terre. Jéhovah n’était point dans ce tremblement. Et après le tremblement, un feu. Jéhovah n’était pas dans cercle Après le feu, un murmure doux et léger. »
La vision de l'Horeb fut pour le monde l'apparition du Dieu instrument de morale. Désormais l’heure a sonné pour les divinités naturistes qui font trembler le misérable adorateur et pour les divinités protectrices qui vendent leurs bienfaits au hasard de l'offre et de la demande. Et El-Chadaï et Elohim, le Dieu nature, le Dieu humanité sont morts. Jéhovah le Dieu Justice vient de naître.
Jéhovah est le Dieu du pauvre, le refuge des anavim,
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leur libérateur, leur espérance, leur gardien, leur appui (1). C'est lui qui protège l’opprimé, fait droit à l’orphelin, défend le faible, punit l’inique et le violent, C'est déjà le Père céleste bon, miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, qui pardonne à ses serviteurs lorsqu'ils ont péché, et qui, lorsqu'il châtie, se repent du mal qu'il a fait. Comment oublierait-il les siens? La nourrice oublie-t-elle l'enfant quelle allaite, l'époux oublie-t-il celle qu’il s'est choisi ?
Comme un berger, Dieu paîtra son troupeau,
Il portera les agneaux dans ses bras
Il les pressera sur son cœur...
L'Eternel est mon berger je ne manquerai de rien C'est lui qui me conduit dans ses gras paturages,
Mais si Jéhovah est bon el juste, pourquoi l'injustice du monde. Pourquoi dans ces fatales destructions la nature frappe-t-elle le juste el l’injuste avec la même indifférence. Pourquoi celui qui se sacrifie pour le bien ne recueille-t-il que la souffrance et le mépris tandis que les méchants qui savent réussir vivent heureux et paisibles avec le fruit de leur iniquité. C'était l’éternelle question de la théodicée qui se posait devant la conscience hébraïque.
« Pourquoi donc Ô maitre suprême As-tu créé le mal si grand?»
Longtemps les prophètes bravant l'expérience répondiren E avec une héroïque simplicité : Le juste est heureux, l’injuste est malheureux, lesjustes descendent au schéol enleurtemps, vieux etrassasiés de jours,les méchants descendent au schéol avant le temps. Geux qui labourentl'iniquité et qui sèment la
(1) On a dit que l'élément amour n'a été introduit dans l'idée de Dieu que par le christianisme et l'on oppose dans de faciles antithèses : justice, charité, droit, devoir, Dieu jaloux, Père céleste. Il ne faudrait pas abuser de ces distinctions par trop simplistes. Le terme sadeka dans l'A. T. ne signifie pas seulement justice mais bonté. Le Dieu juste n’est pas seulement le Dieu qui récompense et qui punit, il est aussi le Dieu amour. Les prophètes aussi bien que l'Evangile empruntent leurs métaphores à l'amour de l'épouse ou de la mère.
douleur la moissonnent. Ils périssent par le souffle d’Elohim, ils sont consumés par le feu de sa colère.
Mais entre la théorie et les faits, l'écart était trop grand. Les choces n'étaient nullement comme elles devaient être. Une immoralilé transcendante, un suprême dédain dela justice et de la vertu domine la nature. Aux yeux d'une âme affamée de justice immédiate comme celle du prophète le spectacle du monde devait paraître affreux.
Pour se consoler des iniquités présentes, jamais l'hébreu n'espéra une vie éternelle où tout serait rétabli conformément aux postulats de la conscience. Le schéol est le pays des ombres et non la compensation du juste.
Le schéol Jéhovah ne te loue pas
La mort ne te célèbre pas, disait une poésie du roi Ézéchias. Les morls sont couchés dans la tombeet Dieu n’a plus de pensée pour eux... Ce n’est pas pour eux que Dieu gouverne le monde... Les morts descendent à jamais dans l'empire du silence et de l'oubli. L'homme est comme un souffle qui s’en vaetne revient plus. Son souffle le quitte et il retourne à la poussière d’où il est sorti. (Psaumes passim )
Et dès lors comment résoudre l’angoissant problème ? Que répondre au désespéré qui, couché sur la poussière, souffre et pleure quoique innocent? L'auteur de Job essaie de toutes les solutions et n'en accepte aucune. Il voit sa philétophie en désarroi et ne se console des malheurs de Job qu’en songeant que les voies de Dieu sont incompréhensibles. Mais cette incertitude et cette anxiété font la sublimité de son poème. Il y a un abîme entre cette spéculation douloureuse et les admiralions compassées des adorateurs du Cosmos. Il suffit de rapprocher les superbes indignations de Job de l'optimisme détermiuiste de Marc-Aurèle :
«As-tu des yeux de chair, Vois-lu comme voient les mortels ?..… Pourquoi m’as-tu fait sortir du sein de ma mère ? J'eusse expiré, aucun œil ne m'eût vu...Qu'il me laisse ! Qu'il éloigne sa main de moi jusqu’à ce que j'avale ma salive !....Que le Tout-Puissant me réponde, que mon adversaire expose ses accusations ! » (703 passim.)
de
Marc-Aurèle une fois dans sa vie g'était posé la même question que les prophôtes, mais il s'était plus vite rassuré :
«Comment se fait-il que les Dieux qui ont ordonné si bien toutes choses avec lant d'amour pour les hommes, aient négligé un seul point, à Savoir que les hommes d’une vertu éprouvée qui ont eu pendant leur vie une sorte de commeree avec la divinité, ne revivent pas après la mort, mais soient éteints pour jamais ? Puisque la chose est ainsi, sache bien que si elle avait dû être autrement, ils n’y cussent pas manqué. Si cela eût été conforme à la nature, la nature l’eut comporté.… Si les Dieux sont souverainement bons et souverainement justes, ils n’ont rien laissé passer dans l'ordonnance du monde qui soit contraire à la justice el à la raison. »
C'est trop de résignation ! J'aime mieux les protestations et les blasphèmes. |
Le génie grec d’ailleurs n'a jamais vu plus loin que Marc- Aurèle. La question de Job: « Pourquoi le juste souffret-11?» ne s'est jamais posée pour lui. Socrate ef avec lui tous les moralistes qui d’Aristippe à Kpicure. se sont réclamés de lui, croient au bonheur inséparable de la vertu. Le sag'e ne peut pas ne pas Ôtre heureux, La supposition d'un sage accablé par la mauvaise fortune est une contradiclion, une monstruosité. Amoureux de Ia beauté de l’eurythmie, le Grec ne peut concevoir qu'un univers ordonné selon la loi du bien par l'artiste divin. Et lorsque les iniquités de la nature le choquent, lorsque le malheur s’abbat sur sa maison,lorsqu'il souffre,victime de la méchancelé des hommes, il se console en songeant à la nécessité divine et aux volontés aveugles du Destin.
Certains se sont laissés aller dans leur culte pour lhellénisme, jusqu'à comparer Socrate à Jésus-Christ. Un tel rapprochement est plus que superficiel. Pour s’en contenter, il ne faut avoir rien compris au génie hébreu, il ne faut jamais avoir senti l'âme prophétique vibrer sous le souffle puissant du .rouach de Jéhovah. Socrate el la philosophie grecque confondant l'esthétique et l'éthique, le Aalos et l’Agathos se sont trop souvent contentés d’une morale au rabais et d'une justice boiteuse. Ils ignorent le mal moral,
ils ferment les yeux devant l’iniquitésociale. IIS ne se posent pas les problèmes angoissants que suggère à l'âme affamée de bonté et d'équité, l’immoralité de la nature superbement indifférente au bien et au mal. Ils ne comprennent pas ces haines vigoureuses, ces accents indignés qu'arrache au juste le spectacle du méchant heureux ettriomphant. Leméchant!.. Socrate a-t-il jamais soupçonné son existence, a-f-il cru à la faute ? Il a douté de la réalité du mal librement voulu. Le criminel est un malade, ce n’est pas un coupable. Pas de mérite et de démérite pas de libre responsabilité. Renan un hellène du XIX”"*siècle disaitavec son ironie sceptique :« Le péché ? je crois bien que je le supprime» Vingtsiècles avant qu'eut été prononcée cette solennelle ineptie les philosophes d'Athènes édifiaient leur morale sans tenir aucun compte de l'existence du péché...
C'est pourquoi l'édifice a croulé et l’hellénisme est mort. Mais l'hébraïsme a vécu parcequ'ila compris la cruauté, la sottise du monde, et qu'il a donné à l’humanité l'idéal sans lequel elle ne saurait vivre, sans lequel elle flotterait à la dérive sans but et sans lendemain.
Gloire soit au prophétisme qui, avec une force sanségale, a proclamé que la justice et le droit n'étaient pas de vains mots mais la puissante volonté d’un Dieu moral,qui au milieu des iniquités actuelles a attendu lafin du mal des grandes réparations el en a appelé au grand jour de Jéhovah.