IV. — Justice sociale
Les prophètes sont les grands justiciers, qui, au milieu des iniquités, des oppressions, des lâchetés, protestent au nom du droit des faibles et apportent au peuple infidèle les menaces de Jéhovah. C'est là un fait qui n’est généralement pas assez mis en lumière. Nous avons été habitués à ne considérer dans ces grands champions dela justice que les mystérieux devins qui, grâce à une puissance miraculeuse de divination, lisent dans l'avenir, que les émules de Tirésias et des Sybilles qui à des siècles de distance, prédisent avec une minutieuse certitude la chute de Babylone et l’avènement de Cyrus. Si les prophètes n'’avaientété que cela, ils seraient maintenant passés ne laissant derrière eux qu’un vague souvenir propre à intéresser encore quelque érudit,quelque historien des religions : ils n'auraient pas fait vivre le monde. Les prophètes planent vraiment dans l'immortalité et leur prédication vieille de trente siècles reste aussi actuelle que si elle datait d'hier, parce qu'ils ont exprimélesaspirations les plus hautes de la conscience humaine, parce qu'ils ont lancé plus haut que tous les autres hommes leur cri de justice au nom de Jéhovah. En vain essayerait-on de les grandir par la bizarre et magique auréole du thaamaturge et du deviu. Je persiste à penser qu'il y a plus de gloire à jeter dans le monde la semence féconde qui le transformera pour le triomphe de la justice et pour l'avènement du royaume des cieux, qu'à dicter quelques vains oracles politiques el qu'à voir clair dans les destinées de quelques peuples d'Orient. Considérons les prophètes tels qu'ils sont et non tels qu'on les a faits; tels qu'ils sont, c’est-à-dire héros de la conscience religieuse, messagers du Dieu juste et saint.
Et dès lors, comme leur puissante figure nous apparaît vivante et profondément actuelle : C’est Elie le Thisbite tout
rayonnant sous le voile &e flamme dont la légende l’enveloppa. Ennemi de Baal sans doute exterminateur des dieux phéniciens, mais vengeur de Naboth égorgé, ami de la veuve de Sarepta, remueur des masses populaires.
Et puis c’est Amos, l’austère mécontent, qui, au milieu de la prospérité du règne de Jéroboam Il, vient menacer les vainqueurs en plein triomphe. Simple berger des déserts de Judée il a entendu l'appel de Jéhovah et il est monté à Béthel. Israël est coupable el Dieu le châtiera à cause de
Son iniquité. Son crime ce n'est pas l'idôlatrie, le culte des
veaux d'or, les sacrifices offerts aux divinités du panthéon sémitique, Amos ne se préoccupe pas de tout cela. Le péché d'Israël est autrement grave et autrement irrémissible, c’est un péché de lèse-justice. Les enfants de la maison de Jacob sont coupables parce qu'il on£ maltraité le pauvre et refusé justice à l’indigent. Les pécheurs de mon peuple, ce ne sont pas précisément les adorateurs de Baal ou les idolâtres de Jéhovah, le veau d'or, ce sont les gouvernants corrompus et leurs associés, les oppresseurs, les égoïstes, les accapareurs, les débauchés, {ous ceux qui ne pratiquent pas la
justice sociale. Et dans le sanctuaire de Béthel, au milieu
des splendeurs du culte officiel, devant Ja foule magnifique qui venait adorer, le berger de Tékoa fit entendre des cris foudroyants :
Maiheur à ceux qui vivent tranquilles dans Sion,
Et en sécurité sur la montagne de Samarie...
Ils reposent surdes lits d'ivoire,
Ils sont mollement étendus sur Ieurs couches, Ils mangent les agneaux pris dans le troupéau (du pauvre.) Is divaguent au son du luth...
Ils boivent le vin au rebord même des amphores,
Et ne s'attristent pas des malheurs de Joseph...
Leur crime : ils ont opprimé l’indigent, ils ont enlevé son pain à l’affamé, ils se sont moqués de la justice :
A vous maintenant mangeürs de pauvres, Grugeurs des faibles du pays !.
Vous dites : Quand la nouvelle He sera-{[-clle passée