‹ Le socialisme des ProphètesChapitre 20 sur 41 · PROC MER AE) MERE · texte numérisé non relu

PROC MER AE) MERE

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Afin que nous vendions le blé!

Quand finira le.sabbat Afin que nous ouvrions les greniers ? Nous diminuerons l’epha et nous augmenterort le siecle, Nous falsifierohs les balances pour tromper;

Puis nous achètcrons les misérables pour de l'argent,

Et Ie pauvre pour une paire de sandales,

Et nous vendrons jusqu’à la eriblure de notre blé...

Et le prophète annonce à tous ces ouvriers d’iniquité le jugement de Jéhovah.

Parce que vous avez foulé le misérable...

Vous avez bâti des maisons en pierre de taille, Mais vous ne les habiterez pas ;

Vous avez planté d'excellentes vignes,

Mais vous n'en boirez pas le vin.

Car je le sais, vos crimes sont nombreux...

Vous opprimez le juste, vous recevez des présents Et vous violez à la porte le droit des pauvres.

Ces vigoureux anathèmes contre le luxe, ces cris de rage contre la richesse oppressive, la paresse de l'aristocratie parasite feront sourire les hiérophantes de l’économie politique et lessatisfaits de l’ordre social. Pour parler comme Amos il faut,s’écriera-t-on,la naïveté d'hommes quine connaissent que la nature et ce qu'ils ont vu ou entendu au désert derrière leur troupeau. L'idéal social du voyant, c’est la tribu médiocre et la vie patriarcale, c’est-à-dire la négation de tout progrés, de toute civilisation. Il est vrai, nous sommes ici à cent mille lieues des savantes injustices de l’école libérale,et Amos est complètement exempt de cet opportunisme subtil qui consiste à légitimer le mal au nom d’une prétendue nécessité sociale ; il ne connaît pas les accommodations, les compromis et rien ne peut éteindre en lui le puissant enthousiasme qui le fait vibrer d’indignation en face de l'iniquité. Il avait compris qu’au dessus de la civilisation et de ses merveilles se trouve l'idéal éternel, il avait vu la sottise du monde économique avec les monstruosités de la propriété, de la lutte pour l'existence de la vie plate et facile, où cha-

cun jouit égoïstement de ses revenus, sans songer à ceux

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qui souffrent etqui pleurent. Pour fairetriompher la volonté de Jéhovah, il ne faut pas une société fondée sur l’âpreté de la possession individuelle. La justice refuse obstinément son alliance aux riches, il lui faut les pauvres et les humbles. Jamais le monde moderne avec ses millions ne réalisera une

morale sociale de quelque élévation, et le dernier terme des

sociétés européennes fondées sur la concurrence, sur le principe de la survie des forts dans la lutte industrielle sera certainement une déplorable médiocrité.

Ne nous moquons pas des violences révolutionnaires d’Amos, Esaïe le grand politique du VIlT*siècle ne parle pas autrement des injustices de son peuple. Pas plus que ie berger des pâturages de Tekoa il ne peut souffrir que le pays

soit rempli d'argent, d'or, de chevaux et que le pauvre soit

immolé au bien être du riche.

« Le pays est pleir d'argent et d'or, il n’y a point de fin àses trésors ; il est plein de chevaux, il n’y a point de fin à ses chars.

La dépouille du pauvre est dans vos maisons. De quel droit foulezvous mon peuple et écrasez-vous la face des pauvres ! dit le Seigneur Jéhovah... Malheur à ceux qui joignent champ à champ et maison à maison jusqu’à ce qu’il ne reste plus de place dans le pays et qu'ils y soient seuls! Malheur à ceux qui dès le matin courent après le vin et s'attardent la nuit dans la chaleur de i'ivresse! La Iyre, la harpe, la flûte et le vin, voilà leur vie,et ce que fait Jéhovah il n’en ont cure! Et c'est pour cela que mon peuple s’en ira en exil, c'est pour cela que le Schéol ouvrira sa gueule béante,ct y descendra toutecette pompe bruyante,

cette foule joyeuse et toute cette magnificence. Malheur à ceux qui ren-

dent des arrêts iniques, aux juges qui écrivent des sentences injustes, chassant les pauvres du tribunal et privant de leur droit les faibles de mon peuple '»

« Ils dévorent la chair de mon peuple », s'écrie Michée de Moreschet le contemporain d'Esaïe, d

lls convoitent les champs et s’en emparent,

Les maisons et ils les enlèvent, À

Ils portent leur violence sur l’homme et sur son héritage... Sion est bâtie avec le sang,

Et Jérusalem avec l’iniquité.

Les chefs jugent pour des présents,

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. Les prôtres enseignent pour un salaire, Les prophètes prophétisent pour de Pargent.

Si telle était la plainte du nabi sous Jéroboam, Iotham et KEzéchiah, c’est-à-dire à l'une des époques les plus prospères de l’histoire d’Israël,combien plus violente ne sera-t-elle pas à l’époque des grandes catastrophes, lorsque à l’égoïsme féroce des classes dirigeantes s'ajoute l'incapacité et la folie du gouvernement.

Ecoutez Jérémie s’élevant contre Jojakim roi de Juda, un de ces princes viveurs, qui, lorsqu'il fallait à tout prix refaire l’âme de la nation, re songeait qu’à bâtir magnifiquement malgré la détresse publique, au moyen de Ja corvée. |

« Malheur à celui qui se bâlil sa maison au moyen de linjustice et ses pavillons au prix de l’iniquité et qui fait travailler son prochain sans salaire. Serais-tu roi par hasard pour le rengorger dans des palais de cèdre ?....C'est pourquoi voici ce que dit Jéhovah au sujet de Joïaquim : Les pleureurs ne pleureront pas à ses funérailles... C'est la sépulture d’un âne qu’on lui donnera ; on le trainera, on le jettera hors des portes de Jérusalem. »

Plus violent encore contre Joïakin et sa mère Nehusta :

« Par ma vice dit Jéhovah, quand bien même tu serais une bague à ma main droite Koniah, je t'en arracherai et jetelivrerai aux mains des Chaldéens !...Un vieux morceau de pol cassé, Yo cet homme, ce Koniah, un vase dont personne ne veut !»

Grande est la colère du prophète contre cette aristocratie égoïste. Les modes étrangères, les fantaisies égyptiennes le mettent hors de lui. Jérusalem est une prostituée qui. se livre à tous les étrangers. La débauche, la “vénalité, le mensonge, sont à leur comble, LA

Ils disent « Vive Jéhovah! » et ils ne cessent de mentir...Je les ai rassasiés et ils ont commis adultère, ils se pressent en foule dans la maison de prostitution, chacun d'eux hennit après la femme de l’autre. »

EtJérémie rappelant à leurs devoirs le roi et ses courtisans

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et l'aristocratie, leur annonce en ces termes la volonté de Jéhovah :

« Roi de Juda qui sièges sur le trône de David, et tes serviteurs ct ton peuple qui venez à ces portes, ainsi a dit Jéhovah: Faites justice et charité; sauvezcelui qu’on dépouille de la main de l’oppresseur ; ne maltraitez ni n’opprimez l'étranger, l’orphelin cet la veuve, ne versez pas le sang innocent en ce lieu!»

. Peut-être est-ce dans ces pages toutes vibrantes du

du souffle de Jéhovah qu'il faut chercher dans sa foudroyante énergie la prédication delajustice sociale. Tenace dans l’insuecès, héroïque au milieu des persécutions, l'âme enflammée par la pensée divine, Jérémie fut certainement le plus puissant de tous les révoltés de l’égoïsme et de l’iniquité. IL est vrai qu'avec lui commença ce qu’on a appelé l'alliance du prophétisme et du sacerdoce. Jérémie était prêtre ou fils

de prêtre, et, probablement collaborateur de la réforme deutéronomique. Mais on ne sauraiten conclure avec certains

critiques ,que la suppression des sacrifices de la colline et

de l'arbre vert, la pureté du culte, la centralisation de la

religion à Jérusalem aient été sa grande préoccupation. Et nous ne saurions souscrire au jugement sévère de Renan: Chez Jérémie le caractère religieux devient plus prononcé.

Le tribun incline au prètre, «Amos, Osée à certains moments Ésaïe, nous étonnent par leur hardiesse, leur amour du

peuple, leur désintéressement à l'égard des questions théologiques et liturgiques... Jérémie est beaucoup moins préoccupé de la question sociale et du triomphe des anavim. C’est avant tout un homme pieux et d'une moralité sévère. C'est un fanatique. ...» Rien de moins justifié que ces reproches. Le prêtre d’Anathoth a sans doute exercé une assez grande influence sur la caste lévitique dans la Réforme de Josias. Mais ce qui domine en lui, ce n’est pas le prêtre, c'est le réformateur social, le prédicateur de morale, l’agitateur politique.

On pourrait en dire presqu'’autant d'Ezéchiel le contemporain des rédacteurs du code sacerdotal et qui marque [a

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transition entre le prophétisme et le ritualisme. Les derniers chapitres de son œuvre, ses plans d'architecture sacrée et d'organisation ecclésiastique resteront toujours pour la critique un grand sujet d’étonnement,. Et cependant ici encore la préoccupation sociale reste au premier plan. Le grand péché d'Israël ce n’est pas tant l'idolâtrie et les hauts lieux que l'oppression, les rapines, les gages retenus, l'usure. L'homme juste ce n’est pas seulement celui qui ne mange pas sur les montagnes et ne lève pas les yeux vers les idoles de la maison d'Israël, c’est encore celui qui ne déshonore pas la femme de son prochain, qui rend au débiteur son cage qui ne reçoit pas des présents pour répandre le sang, qui donne son pain à l’affamé et couvre d’un vêtement celui qui est nu, qui ne pratique pas le prêt à intérêt, qui ne dépouille pas le pauvre par l’usure,qui n’use pas de violence envers les faibles.

Jérémie eb Ezéchiel furent les prophètes du Finis Hierosolymæ. Les jugements de Jéhovah s’accomplirent et, longue théorie de captifs, l'aristocratie fut emmenée vers les plages désertes de la Babylonie. Alors cessèrent les anathèmes et commencèrent Îles consolations. L’iniquité, l'oppression n'avaient pas cependant disparu. Les riches s'étaient mêlés aux Babyloniens. [ls faisaient du commerce, possédaient des esclaves qu'ils traitaient assez durement. La classe patricienne avait conservé toute sa morgue et tout son ég'oïsme, Elle vexait les pauvres au nom des Chaldéens. Pendant ce temps le serviteur de Jéhovah souffrait pour le salut du peuple et pleurait les malheurs de Sion. Il attendait le jour de la délivrance il se consolait en espérant. Il s’obstinait dans le rêve des anciens voyants. Jérusalem sera rebâlie, Jéhovah sera adoré dans son temple, le Messie viendra, Israël fondera la société parfaite et réalisera la justice sociale.

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