‹ Le socialisme des ProphètesChapitre 24 sur 41 · LUE ES · texte numérisé non relu

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recommandé la bienfaisance envers le pauvre, prétend sup-

primer le paupérisme dans sa source et apporte de sérieuses restrictions au droit de propriété. La terre appartient à

Jéhovah. Jéhovah l’a confiée à la nation, C’est un crime que

de dire : ceci est à moi, c’est par ma propre force que je me suis acquis tout cela. C’est là un outrage à la majesté de

Jéhovah. Le droit de propriété foncière est une invention du :

droit romain. Le légiste hébreu aurait considéré ce prétendu droit comme une monstruosité e& un blasphème. Déjà le Code de l'alliance ordonnait de laisser la terre sans culture durant

toute l’année sabbatique. Le Code sacerdotal ira plus loin et

ordonnera que l’année du jubiléles terres venduesretournent au propriétaire primitif. Le Deutéronomiste hésite devant des mesures trop radicales pour pouvoir être appliquées. Il n’en propose pas moins un moyen fort énergique pour supprimer le fléau du capitalisme. Tous les sept ans les dettes seront remises, ce sera l’année de relâche.

« Que tout créancier relâche ce qu’il a prêté à son prochain... Tu

donneras relâche à ton frère afin qu'il n’y ait point de pauvre au milieu

de toi. S'il y a chez toi quelque indigent d’entre tes frères, tu n'endurciras pas ton cœur, tu ne lui fermeras pas ta main... garde-toi d'être assez méchant pour dire en ton cœur : L'année de relâche approche ! garde-toi d'avoir un œil sans pitié pour ton frère el de lui faire un refus. Il crierait contre toi à Jéhovah et tu te chargerais d’un péché.

Il était une classe d'opprimés dont le monde antique ne s'occupa jamais, les esclaves. Platon, Aristote, Cicéron ne virent dans l’eselave qu'un instrument de production, un intermédiaire entre l'homme et l'animal. Sénèque le premier sous l'influence du courant humanitaire de son siècle.osa se demander si l’esclave avait une âme humaine eb conclure par l'affirmative. Mais dix siècles avant les lettres à Lucilius un nabi inconnu des bourgades de Judée osait proclamer l'égalité des membres de son peuple et protester contre le

régime odieux de l'esclavage: « Quand ton frère d’entre les.

Hébreux te sera vendu, il te servira six ans mais la septième année tu le renverras libre de chez toi. Ettu ne le renverras pas à vide, mais tu lui donneras quelque chose de ton trou-

peau, de ta cuve, de ton aire. Tu lui donneras des biens dont l'Eternel t’aura béni. Souviens-toi que tu as été esclave au pays d'Egypte, et que Jéhovah ton Dieu t'a racheté. » (Deut. XV.) )

Révolutionnaire dans l'ordre économique, le prophète ne l'est pas moins dans l’ordre militaire et civil qu'il réduit à rien ou presque rien.

Les prescriptions sur la guerre respirent une douceur relative qui marque un grand progrès sur l’époque. Le prêtre fera d'importantes éliminations avant la bataille et renverra dansleursfoyers tous ceux qui peuventyêtreutiles.Il faut vraiment être bien peu militariste pour introduire la justice etla pitié dans les bureaux de recrutement!

Mais c'est surtout dans le portrait qu'il trace du prince idéal d'Israël que le prophète sacrifie hardiment la gloire, la civilisation brillante, aux vertus modestes du peuple qui sert Jéhovah. Le roi doit être israëlite, se garder des relations politiques et commerciales avec l'Egypte, ne pas avoir un harem trop nombreux, des écuries trop pleines de chevaux; il ne s’amassera pas de riches trésors. En outre, il se fera donner une copie de la thora pour connaître la volonté de Jéhovah et y confirmer sa conduite. Le prophète incline vers le régime patriarcal, il rêve d’un Israël sans industrie, sans richesse, sans aristocratie, presque sans armée, vivant dans l'isolement des autres natiens mais fidèle à Jéhovah et scrupuleux observateur de la thora. Il ne pardonne pas à tous ces roitelets, qui, sur les traces du vaniteux Salomon, ont voulu jouer au despote oriental et onttrainé d'Egypte et de Phénicie palais, carroses, almées.

On regrette presque, qu’à côté de celle admirable législa - {ion sociale,se trouve un code rituel très pur sans doute, mais bien inférieur comme portée morale. Le Deutéronomiste n’est pas encore arrivé au puissant idéalisme des grands prophètes. Ce n’est pas lui qui écrira : Jéhovah ne demande de toi aucun sacrifice, la seule offrande qui lui soit agréable, c'est de faire ce qui est bon et de marcher humblement devant lui... Vous ai-je demandé des sacrifices lorsque vous

étiez au désert, enfants d'Israël ? » Il se plait à rêver fêtes solennelles au sanctuaire national, longues théories de lévites, dans le temple splendide, sacrifices et liturgies. Le culte sera centralisé à Jérusalem, et, quatre fois l’an toutes les familles du peuple viendront de leur ville à la montagnesainte. On se réjouira autour dutemple dans de pieux festins, maison n’oubliera pas le pauvre et le lévite. Et le prophète s'amuse à détailler le rituel des sacrifices, les règles pour le partage des viandes, les impuretés légales, ete.

Et cependant, même dans ces minuties de sacristain, il ne perd pas de vue la question morale et sociale. La centralisation du culte supprimera l'idolâtrie, les pratiques grossières et impures. Les devins, les sorciers, les prostitutions religieuses, les sacrifices humains sont condamnés. Si le lévite est tant aimé du législateur. c’est parce qu’il est pauvre. Les misérables, les étrangers, les orphelins et les veuves auront leur part des sacrifices; il faut qu'ils mangent el qu'ils se. rassasient. :

Il se trouva que lu partie rituelle du code fut la seule appliquée. Les ordonnances morales du Deutéronome paraissent être restées lettre morte. Josias pût balayer les bamoth, punir l’idolâtrie, brûler les ashérot, rassembler à Jérusalem tous les lévis de la Judée, il ne put transformer les consciences, supprimer le paupérisme et l'esclavage. D'’ailleurs,ses réformes rituelles elles-mêmes ne durèrent pas plus que les essais moins radicaux qu'avait tentés, un siècle avant lui, son aïeul le pieux Ezéchias. EE lorsqu'il mourût au sanglant combat de Méguiddo, son œuvre sombra avec lui, Des rois hostiles aux idées nouvelles lui succédèrent. Et les cultes illicites recommencèrent, l’éclectisme régna de nouveau dans la religion comme il avait toujours régné dans les mœurs...

Un jour cependant, sur le bord de l’abîme, on essaya d'appliquer une des réformes les plus radicales de la thora, Ja libération des esclaves. Sous la pression du parti prophétique, et surtout, à cause de la faiblesse de l’armée fort diminuée depuis la première déportation, Sédékiah fit pro:

clamer l'émancipation de tout esclave hébreu qui aurait servi six ans. Mais l'aristocratie revint vite de ce mouvement de générosité, le roi retira son édit, les esclaves rentrèrent dans l'esclavage. Ce monstrueux écoïsme bouleversa l’âme de Jérémie, et lui arracha ces accents indignés : « Vous avez fait rentrer vos frères dans l’esclavage, vous avez refusé de proclamer leur liberté : eh bien moi, parole de Jéhovah! je proclame la liberté contre vous à l'épée, à la peste, à la famine !» (Jérémie X.) |

La meilleure législation ne fait pas un peuple selon Jéhovah ;il ne suffit pas de faire quelques bons édits pour transformer l’âme d’une nation. Les auteurs de la Réforme deutéronomique en firent la douloureuse expérience. Leur code, comme tant de législations antiques, était une belle Construction sur papyrus. Pour Île réaliser il ne fallait rien moins que la destruction radicale et du vieux monde et du vieil homme, et la révolution purificatrice d’où sortent les hommes et les mondes nouveaux. Israël aima le code facile des lévites de l'exil qui lui enseignait comment on rachetait le péché avec quelques sacrifices expiatoires et quelques litanies. Sa médiocrité morale ne s'accommoda jamais de la législation sévère des prédicateurs de justice. Mais la thora d’Arboth Moab, inappliquée et inapplicable, n’en reste pas moins le plus beau monument de législation sociale que le monde eut encore connu. La Grèce en était alors à la période vague où luttaient les héros et les dieux, un siècle avant le mythique Dracon. Rome, qui créa le droit moderne, n’était qu'une humble bourgade peuplée de barbares et de brigands. L'Egypte se reposait dans sa vieille et conservatrice civilisation sans besoins souiaux élevés. L'Inde faisait de la vaine métaphysique et enfantait le Boudhisme, Ninive et Babylone labouraient le monde de leurs armées. A la même époque, le grand prophète inconnu du VIIF" siècle écrivait la deuxième thora.

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