‹ Le socialisme des ProphètesChapitre 31 sur 41 · II. — La Jérusalem future · texte numérisé non relu

II. — La Jérusalem future

Triomphe final de la justice

Nulle part plus que dans l'histoire de l’idée messianique il n’est plus facile de suivre l’évolution de la conscience prophétique, depuis le particularisme matérialiste et chauvin des origines, jusqu'au large et moral universalisme de l'exil.

Dans les plus anciens prophètes la vision d'avenir n’est qu’un log rugissement de haine nationale, un sauvageappel aux armes, une déclamation de patriote exalté. Les nations sont convoquées dans la vallée du jugement, et là, Jéhovah les brise en poussière.

Mais avec les grands prophètes du VITE siècle, l'élément moral apparaît, qui donne aux tableaux prophétiques de l'[sraël restauré une très grande élévation. C’est Osée, qui après avoir annoncéde terribles menaces à la nation infidèle, trouve ces accents d'une douceur évangélique:

« Comment t’abandonnerai-je Israël ?..

Mon cœur s’agiteau dedans de moi,

Toutes mes compassions sont émues.

Non.je n'agirai pas selon mon ardente colère».(OséeXT). Je serai comme la rosée pour Israël,

Il fleurira comme le lis

Et il poussera des racines comme le Liban

Ses rameaux s'étendront ;

; Il aura la magnificence de l'olivier, Et les parfums du Liban. (Osée XIV).

Las des agitations et des guerres, Osée a renoncé aux immolations vengeresses de l'épée de Jéhovah. Il est trop occupédes péchés dé son peuple pour songer à exciter les passions haineuses d'Israël contre les ennemis extérieurs. L’ennemi est intérieur, il s'appelle l’idolâtrie, le formalisme, l’iniquité,

Il vaut mieux pour Israël posséder la paix et la justice que dominer le monde de ses exploits sanglants.

Nous trouvons ces mêmes besoins de paix dans une belle page d'un prophète anonyme elassée à tort dans le canon des Ecritures sous le nom de Zacharie. Ici, l'espérance s’est précisée ; sur le vieux fond de la prophétie se dégage la figure éclatante de l’oint de Jéhovah. En ce temps-là, les esprits clairvoyants pensaient que si le Jéhovisme avait tant de peine à triompher, c'était parce qu'Israël n'avait pas su se faire un gouvernement stable. Samarie n'avait jamais eu de dynastie durable. Les prophètes en arrivent ainsi à l’idée que la royauté davidique était seule légitime etpouvait seule réaliser leur idéal. Le Davidide qu’attend le Voyant sera un Messie humble et pacifique et non plus le brillant chef d’armée des espérances populaires. Dans ce monde de la force les âmes d'élite soupiraient après la paix des nations. Les monstrueux éeraseurs du peuple,Relsin, Sargon, Sennachérib, révoltaient la conscience des justes. Et, devant la traînée de misère et de sang qu'ils laissèrent sur leur passage, Israël lança sa plainte et son espérance :

.« Frémis d’allécresse fille de Sion !

Pousse des cris de joie fille de Jérusalem !

Voici ton roi vient à toi ;

Il est juste et victorieux ;

Il est humble et monté sur un âne,

Sur un âne le poulain d’une ânesse.

Je détruirai les chars d'Ephraïm,

Et les chevaux de Jérusalem,

Et les chars de guerre seront anéantis.

1! annoncera la paix aux nations»... (Zacharie IX).

Dans ce prince pacifique qui vient remplir le monde de justice, de bonté, de bonheur, nous apercevons déjà plus d'un des traits du Fils de l’homme. Et lorsque rentrant dans Sion la ville sainte Jésus voulut montrer quelle étaitsa royauté il monta sur un âne comme le Messie idéal du prophète. Les disciples ne s'y trompèrent pas, ils se rappelèrent la parole de Zacharie le Voyant, et saluèrent dans le Maître le prince de la paix qui vient au nom du Seigneur.

Ésaïe respira lui la douce atmosphère et vit se lever à l'horizon l’aurore du grand jour où le loup habitera avec la brebis et la panthère se couchera près du chevreau. L’Assyrien venait de détruire Samarie, Jérusalem branlaitau milieu de la tourmente mais le prophétisme persiste à espérer Contre toute espérance. Les empires fondés sur la violence crouleront. Ninive, Babylone, l'Eevpte seront balayées° par la colère de Jéhovah. Et le pelit veste de justes se rassemblera de toutes les extrémités de Ja terre où le Seigneur dispersa la nation et habitera de nouveau sur la montagne sainte. Israël restauré vivra au milieu des campagnes fertiles sans crainte du pillage et du soldat brutal.

Le peuple qui marchait dans les ténèbres

Voit une grande lumière,

Sur ceux qui habitaient 1e pays de l'ombre de la mort,

Une lumière resplendit.

Tu rends le peuple nombreux,

Tu lui aecordes de grandes joies,

11 se réjouit comme on se réjouit à la moisson,

Comme on pousse des cris d’allégresse au partage du butin. (Esaïe 1V.)

La prospérité sera grande. Jéhovah enverra la pluie sur les semences, la terre produira des fruits en abondance, des ruisseaux nombreux descendront des collines. Les haines, les conflits qui ensanglantent le monde cesseront. C'est le rêve idyllique d'un âge d’or nouveau.

Le loup habitera avec l’agneau...

Le veau, le lionceau, le mouton, seront ensemble,

Et un petit enfant les conduira.

La vache et l’ourse auront même pâlurage,

Leurs petits auront même gite...

L'enfant jouera près du trou de la vipère...

Il ne se fera ni tort ni donimage

Sur toute ma montagne sainte ;

Car la terre sera remplie de la connaissance de l'Eternel,

Comme le fond de la mer par les caux quile couvrent. (Esaïe XI.)

Et dans ce paradis terrestre la justice règnera. Une rigoureuse sélection a éliminé les plus mauvais éléments, le

reste des réchappés sera un peuple de justes. Car l'oppresséur ne sera plus, le moqueur sera détruit, eb ceux qui veillent pour commettre l’iniquité seront retranchés. Les pacifiques possèderont la terre. Sans doute l’organisation sociale sera simple, presque patriarcale. Aux yeux de certains l'idéal prophétique peut paraître un recul de la "civilisation. Le peuple mettra sa gloire non plus dans Îles chars de guerre et dans les armées, non plus dans les industries d'Egypte et les palais splendides, maïs dans les fruits de la terre que Jéhovah fera germer du sol. Les prophètes veulent d’une nation exclusivement agricole. Les mœurs rustiques sont plus pures el plus fortes que celles d’une société raffinée.

Et par dessus la vision de cette société parfaite toute pénétrée de l’esprit, plâne le roi de justice le Messie fils de David.

Un rejeton sortira du tronc d’Isaïe Un rameau naîtra de ses racines.

L'esprit de Jéhovah reposera sur lui, Esprit de sagesse et d'intelligence Esprit de conseil et de force Esprit de connaissance et de crainte de Jéhovah... Il jugera les pauvres avec équité, Il prononcera avec droiture sur les malheureux du pays Il frappera les méchants de la verge de sa parole, Et du souflle de ses lèvres il fera mourir le méchant.

Sans doute Esaïe rêve à ses heures d’un roi puissant et victorieux. Ge n'est pas d’un seul coup que l'on franchit l'abîme qui sépare les espérances matérielles du particulariste et le royaume des cieux de Jésus. Mais ici l'élément moral est nettement mis en lumière et le Messie politique est en train de disparaître pour faire place au même homme de Dieu. La nouvelle Jérusalem n’est plus la patrie banale élevée sur la dépouille des nations, c’est le royaume de Dieu, le peuple saint qui prendra pour devise « Jéhovah esk notre juge, Jéhovah est notre législateur, Jéhovah est notre roi!»

Il fallut bien revenir de cette vision consolante. Le Messie tardait à venir. Après le grand règne d'Ezéchias ce fut la persécution de Manassé et le silence des Voyants. L'épreuve

- fut terrible pour le parti des anavim. Un demi-siècle le prince impie et idolâtre occupa le siège royal... Mais avec - Je pieux Josias Israël espéra de nouveau. On venait de déeou- -vrir le livre de la thora. Les bamoth étaient puriliés; Jéhovah seul était adoré dans son temple ; le gouvernement était aux mains du parti prophétique. En vérité les temps semblaient proches. Sophonie le premier fait entendre l’hymne -messianique :

Pousse des cris de joie fille de Sion...

Réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur fille de Jérusalem, Jéhovah a détourné tes châtiments,

Il a éloigné ton ennemi ;

Jéhovah ton Dieu est au milieu de toi comme un héros qui sauve; 11 fera de toi sa plus grande joie ;..….

IL aura pour toi des transports d’allégresse,

La conception de l'Israël restauré est ici plus éthique que politique. La personne royale devient indifférente, Jéhovah seul sera roi d'[sraël. Sophonie fut un grand idéaliste. Avec Jui nous sommes plus près de l'Evangile que des cris de guerre d'Abdiah ou de Joël. Jusque là les prophètes avaient mêlé les rêves de gloire politique et de prospérité matérielle à leurs espérances de Réforme sociale. Le prophète du VITe siècle n’est, plus préoccupé que de l'idéal moral et religieux. La Jérusalem future sera une nation humble et faible, sans -æloire, sans armée mais fondée sur la justice. Les classes aristocratiques, tout ce qui fait le brillant d’ane nation disparaîtra. Le triomphe des anavim sur les mondains sera complet. Israël sera un peuple de pauvres.

J'ôterai du milieu de Loi ceux qui triomphaient avec arrogance

Et tu ne t’enorgucilliras plus sur ma montagne sainte.

Je laisserai au milieu de toi un peuple humble et petit,

Qui trouvera son refuge dans Ie nom de Jéhovah.

Les restes d'Israël ne commettront point d’iniquité.

Ils ne diront plus de mensonges

Et il ne se trouvera plus dans leur bouche une langue trompeuse,

Mais ils paitront, ils se reposeront et personne ne les troublera, (Sophonie1]),

Avec les sages réformes de Josias le parti des prophètes put croire que dans des temps prochains l'idéal de justice serait réalisé et qu'après avoir détruit l’'Assyrien Dieu rébablirait son peuple. Mais ces prévisions optimistes devaient

être de courte durée; bientôt les temps s’assombrirent, De

chute en chute, de désastre en désastre Juda tomba bien bas. Jérémie fut l'homme de cette triste époque. On comprend qu'au milieu des luttes, des persécutions, des hasards de la politique et de la guerre ce prophète ait consacré peu de temps aux rêves de brillant avenir. Il laissait aux faux voyants qui flattaient le peuple et l’aristocratie le soin de caresser les dangereuses chimères sur la destruction de la Chaldée par la colère deJéhovah. Jérémie, exhorte, menace,

annonce au peuple infidèleles châtiments de l'Eternel. Cependant même au sein de la ruine la nécessité d’une restauration s'impose à la conscience de l’hébreu. Le châtiment quelque vigoureux qu'il soit n'exclut pas mais postule au contraire la Jérusalem nouvelle. Et lorsque la première théorie de captifs se fut acheminée vers la terre d’exil Jérémie annonça le rétablissement de la nation puritiée par l'épreuve. Mais, et c’est ici que Jérémie se sépare nettement des prophètes diseurs de bonne aventure qui subordonnaient leur jéhovisme aux utopies des nationalistes, le retour des exilés n'aura lieu que dans soixante dix ans. Gette génération pervérse disparaîtra, et le peuple qui naîtra d'elle dans les tris-

tesses de l'exil ignorera et les traditions d'idolâtrie et les.

velléités de révolte. Alors Jéhovah rassemblera les membres épars d'Israël et les ramènera vers la montagne de Sion.

Ainsi parle Jéhovah :

« Ta blessure est grave, Ta plaie est douloureuse...

Mais je te guérirai, je panserai tes plaies Je serai le Dieu de toutes les familles d’fsraël etils seront mon peuple... Je t'aime d’un amour éternel ; C'est pourquoi je l'ai conservé ma bonté, Je te rétablirai encore et tu seras rétablie, Vicrge d'Israël !

Tu auras encore des tambourins pour parure,

Page 1