‹ Le socialisme devant le vieux monde; ou, le vivant devant les morts; suivi de Jésus-Christ devant les conseils de guerreChapitre 12 sur 50 · LE SYSTÈME PHALANSTÉRIEN · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME PHALANSTÉRIEN

Des l'avant-dernière année du siècle précédent, en 1799, Fourier n'avait pas seulement posé nettement dans son vaste cerveau le problème moderne : jusqu'à ce que la solution qu'il en donne ait été régulièrement examinée et passée à l'épreuve de V Expérience, nous avons le droit de le maintenir, et nous le maintenons, il l'avait résolu.

§ a. FOURIER.

Fourier, bien qu'il fût sans doute, comme tout homme de sens et ouvert, pénétré de la raison de son siècle, était, nous devons en convenir, en réaction violente contre la Ré/olution et contre la Philosophie. Il n'avait vu que des erreurs dans l'une, que des horreurs dans l'autre. Il est certain que son esprit positif et réalisateur tenait en égal mépris toutes les querelles de la politique, de la philosophie et de la théologie. Il donnait volontiers raison à ce que, dans chaque camp, les uns reprochaient aux autres. Tuutes ces luttes ardentes du passé, tous ces chocs violents dés idées ou des faits contemporains passaient au-dessus eu au dessous, comme on voudra diro, mais à coup sûr en dehors de lui.

Jamais, je le crois, on ne vit sur la (erre ce phénomène d'un homme aussi simple, aussi bienveillant, aussi sociable, aussi facile et ouvert, aussi comme tout le monde dans ses rapports de la vie ordinaire, et, en même temps, aussi séparé des préjugés de son siècle, aussi réfractaire a toutes les influences, aussi invulnérable et iusensible à ses passions et à ses idées, aussi iso«

lé, en un mot, au centre des domaines immenses de sa pensée au ochtone, aussi absolument seul d^ns la solitude profonde de t-on geoie.

S s parents, marchands de draf. s à Besançon, le jetèrent malgré lui (ii voulait entrera t'Ecdo do Mézièreset suivre la carrera du gérie miliiaire) à l'âge de 17 ou 18 ans dan3 le commerce. Or, la vulgarité, les iaussetés, le? habitudes de tromperies, do sophistications et de mensonges de cette profession, la lui avaient fait prendre en horreur. A 7 ans, à la suite d'une scène qu'il se plaidait à raconter, il avait fait, disait-il, lo sera ent d'Annibal contre le Commerce, dont il n'écrivait jamais le nom sans y joindre l'épithète de mensonger. Il tint parole.

Pendant que les dures nécessités do l'émancipation bourgeoise, les aveugles résistances des privilégiés et les passions enflammées remplissaient de têtes les paniers sanglants des guillotines françaises, Fourier d couvrait et déterminait, sous lo nom de Comptoirs communaux et de Banques rurales, toute la théorie de la Reforme commerciale. Les principes de cette réforme, acceptés aujourd'hui par tous les esprits éclairés, sont arrivés à maturité dans l'opinion. Ils forment la base des mille et mille propositions relatives au crédit et aux échanges qui surgissent chaque jour sous les formes les plus diverses. En voici la clef :

S b. PRINCIPES DE LA RÉFORME COMMERCIALE.

Le marchand n'est qu'un intermédiaire entre le producteur et le consommateur.

Cet intermédiaire, qui n'ajoute pas un fétu à la richesse sociale, devient incessamment par le crédit propriétaire do cette riche.- se qui lui passe tout entière entre les mains.

La propriété intermfdiave le transforme en spéculateur. Il achète à aussi bas prix que possible au producteur, et vend aussi cher qu il peut au consommateur, rançonnant à droite et rançonnant à gauch ».

Ces déprédations et la multipPcation monstruouso des parasites commerciaux, prélèvent sur le corps social un budget colossal.

Les produits arrivent aux consommateurs surchargés des retenues et bénéfices réalisés par les légions d'intermédiaires, commissionnaires, marcha ds en gros, en demi-gros, en détail et en s us-détail, entre les mains desquels ils passent. La concurrence que ne font ces innombrables improductifs les incite à exiger, de la Prot uction, des denré s d< pins en plus mauvaises sous une bonne apparence, c'e.-t-à dire do plus en plus sophisti~ quées , — et ils les soph-U jue..t eux-mêmes par des procédés chaque jour plus ingénieux et plus savants.

Les falsifications commensales, la spéculation, l'accaparement, l'agi >tage, l'altération et la déperdition des pro uîts disséminés dans de^ milliers de ptits magasins; la pullulatinn fies marchand^ ; l^s faillites et banqueroutes, et tous les vices «muTiérés dans la critique économique de Fnuner, montrent, clair comme le jour, que notre système d>i Distribution parasite, suce le corps social pur tous les pores, prélève sur lui le plus clair des revenus de l'action productive lu capital et du travail, et lui infuse en échange la gangrène, par la corruption de l'esprit public, par le développement des mœurs morcantiles, du matérialisme et do l'égoïsme.

Le remède à toutes ces infamies, c'est la mise e\ rapport direct du Producteur et du Consommateur par l'organit-ation d'AGENCES communales INTERMÉDIAIRES, dépositaires et non propriétaires des denrées, les prenant directement aux sources de la pro ludion et les livrant diiectement à la consommation; augmentant leur prix d^s simples frais de .transport, d'entretien et d'administration, qui ne forment qu'une surcharge presque imperceptible. Résultats : plus défaillîtes ni de banqueroutes; plus do spéculations parasites, d'accaparements et d'agiotage sur les denrées ; plus de spoliation du producteur et du consommateur ; plus de sophistication ni de fourberie-! possibles ; et enfin, réduction des agents improductifs du commtrce actuel dans dans la proportion de 49 sur 20, et retour de ces dix-neuf vingtièmes de parasites aux travaux qui créent la richesse.

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