‹ Le socialisme devant le vieux monde; ou, le vivant devant les morts; suivi de Jésus-Christ devant les conseils de guerreChapitre 28 sur 50 · ABOLITION DE LA FAMILLE · texte numérisé non relu

ABOLITION DE LA FAMILLE

Je ne terminerai pas sans fournir quelques preuves de plus des connaissances profondes qu'ont tous ceux qui combattent le Socialisme, ceux surtout qui crient le plus fort, des idées et des éléments qui le composent.

S hh. LES FEMMES EN COMMUN.

II est convenu que le Socialisme n'est autre chose que l'abolition de la Propriété et de la Fami le.

La Propriété, vus certains Socialismes, cela peut se concevoir; mais la Famille ! Qui donc, parmi les Socialistes, poursuit la Famille, en veut à la Famille, se propose de détruire la Famille? Je me suis souvent demandé où les valeureux champions de la Famille avaient pris cela? A la fin, le Constitutionnel a éclairé ce problème.

Le Constitutionnel, à cî qu'il paraît, compense son ignorance profonde du Socialisme moderne par de fortes études sur le Suoalisme ancien. Il a découvert, dans la République de Pla-

ton, si j'ai bonne mémoire, cette idée ingénieuse : Que les femmes doivent être communes afin d'éviter les jalousies et surtout afin que chaque enfant, dans l'indétermination de sa paternité, fasse bénéficier tous les hommes mûrs à la fois, chacun de ceux-ci pouvant être son père, du respect et de l'affection filiale que la nature lui inspire pour son auteur.

Cette découverte faite, crac 1 le Constitutionnel en coiffe le Socialisme moderne. Voilà pourquoi nous sommes tous des promiscuitaires et des ennemis do la Famille. Nous avons du moins, depuis que le Constitutionnel nous l'a appris, la satisfaction de savoir comment.

Platon vivait dans une société où la femme, confinée dans le gynécée, était encore aux trois quarts la femme matière du harem oriental, une femelle pure et simple. Que Platon, en présence de ce genre de femme, ait poussé jusqu'au bout le principe logique du communisme de sa république, c'e-t très bien. C'était son idéal. Il prévenait son monde que l'usage commun des femmes ne pouvait avoir lieu que dans une République parfaite. Passons-lui cela. Mais aujourd'hui que les dro.ts civils de l'épouse et le spiritualisme chrétien ont commencé le développement de la liberté de la femme et, par suite, de sa personnalité, de sa dignité, et inventé l'amour platonique — ainsi nommé sans doute, parce qu'il ne pouvait guère être connu de Platon ni de ses contemporains, — je demande où sont les cervelles qui aient hébergé cette idée saugrenue du divin parleur des jardins d'Académus ?

Observons la logique de la société honnête, érudite et univerversitaire. Platon est un homme divin, un saint, un ange. On nous apprend à adorer ce grand esprit, cette âme céleste, ce précurseur du christianisme. Je ne m'inscris point, notez-le, contre la grande valeur intellectuelle de Platon. Or, Platon est le premier et le plus intrépide des communistes. Son communisme est ce qu'il y a de plus absolu et de plus foncé dans le genre. Nous venons de voir jusqu'où il mène le principe et la chose !

Cependant, les socialistes qui ne sont pas communistes, et les communistes eux-mêmes qui restent en deçà de Platon, de l'honnête Platon, du divin philosophe conservateur Platon, mais qui n'ont pas comme lui l'avantage d'être enterrés depuis deux mille cent quatre-vingt quinze ans, tous ceux-ci sont des misérable?, des brigands, des barbares et des infâmes....

Le bon et vertueux Thomas Morus, pour avoir eu la tête tranchée en 4535 par son doux maître Henri VIII, jouit, malgré l'Utopie communiste dont il est l'auteur, du même bénéfice. Quant à Cabet et autres qui ne sont coupables d'aucune invention, qui ont les mêmes idées que celles du lord graud chancelier d'Henri

VIII, les mêmes que celles de IHaton, moins la communauté des femmes et l'exploitation des esclaves, ils ne méritent que le mépris de tous les honnêtes gens et, en sus, un bout de corde. 0 logique ! je te bâtis un temple et j'y dresse un autel : M. Cousin, traducteur de Platon, restaurateur de son culte et pourfendeur du Socialisme, y dira la me-se. Et vous tous, savants, érudits, intelligents avocats de l-i Propriété, intrépides défenseurs de la Famille, impuissants crocheteurs des portes fermées, mais hardis enfonceurs des portes ouvertes, vous y recevrez la bénédiction du grand prêtre. Amen.

Je vais constater un autre point non moins curieux.

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