‹ Le socialisme devant le vieux monde, ou, Le vivant devant les mortsChapitre 11 sur 64 · LE SYSTÈME PHALANSTÉRIEN · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME PHALANSTÉRIEN

Des l'avant-dernière année du siècle précédent, en 1799, Fourier n'avait pas seulement posé nettement dans son vaste cerveau le problème moderne : jusqu'à ce que la solution qu'il en donne ait été régidièreme7it examinée et passée à V épreuve de V Expérience, nous avons le droit de le maintenir, et nous le maintenons, il l'avait résolu.

§ a. FOURIER.

Fourier, bien qu'il fût sans doute, comme tout homme de sens et ouvert, pénétré de la raison de son siècle, était, nous devons en convenir, ,en réaction violente contre la Ré'.''olution et contre .lâ Phl'9 sp^hie. Il n'avait vu que des erreurs dans l'une, que des horreurs dans l'autre. Il est certain que son esprit positif et réalisateur tenaiten égal m'épris toutes les queielles de la politique, de la philosophie et de la théologie. Il donnait volontiers raison à ce que, dans chaque camp, les uns reprochaient aux autres. Toutes ces luttes ardentes du passé, tous ces chocs violents des idées ou des faits contemporains passaient au-dessus eu au dessous, comme on voudra dire, mais à coup sûr en dehors de lui.

Jamais, je le crois, on ne vit sur !a terre ce phénomène d'un homme aussi simple, aussi bienveillant, aussi sociable, aussi facile ut ouvert, aussi comme tout le monde dans ses rapports de la vie ordinaire, et, en même temps, aussi séparé des préjugés do son siècle, aussi réfraclaire a toutes les itflu'nce.^, aussi invulnérable et insensible à ses passions et à ses idées, aussi iso-

lé, en un mot, au centre des domaines immenses de sa penste au ochtone, aussi absolument seul dcins la solitude profonde de son gei.ie.

S s pareiiis, marchands de draps à Besançon, le jetèrent malgré lui (ii voulait eilrer à ('Ec lie de Mv^zières et suivre lacdirèro du gétie miliiaire)à l'â^e de 47 ou 18 ans dans le commtrce. Or, la vulgarité, les idussetés, loa habitudes do tromperies, de sophistications et de mensonges de cotte profession, la lui avaient fait prendre eu horreur. A 1 ans, à la suite d'une scène qu'il se plaisait à raconteur, il avait fait, disait-il, le servent dAimibal contre le Commerce, dont il n'écrivait jamais le nom sans y joindre l'épithètd do mensonger. Il tint parole.

Pendant que les dures nécessités de l'émancipation bourgeoise, les aveugles résistances des privilégiés et les passions enflammées remplissaient de têtes les paniers sanglants des guillotines françaises, Fourier d'couvrait et déterminait, sous lo nom àe Comptoirs comnmnoun: et de Banques rurales, toute la IhéoriH de la Referme commerciale. Les prmcipes de cette réforme, acceptés aujourd'hui par tous les esprits éclairés, sont arrivés à maturité dans l'opiniun. Ils forment la base dus mille et raille propositior.s relatives au crédit et aux échanges qui surgissent chaque jour sous les formes les plus diverses. En voici la clef :

S b. PRINCIPES DE LA RÉFORME COMMERCIALE.

Le marchand n'est qu'un intermédiaire entre le producteur et le consonimateur.

Cet interme'liaire, qui n'ajoute pas un fétu à la richesse sociale, devient incessamment par lo crédit propriétaire de colle richesse qui lui passe tout ent ère entre les muius.

La propriété inte?'jni cliai' e \e transforme en spéculateur. Il achète à aussi bas prix que possible au producteur, et vend aussi cher qu'il peut au consommateur, rançonnant à droite et rançonnant à gauche.

Ces déprédations et la multiplication monstrueuso des parasites commerciaux, prélèvent sur le corps social un budgit colossal.

Les produits arrivent aux consommateurs surchargés des retenues et bénéfices réalisés far les légions d'intermédiaires, commi-sionnaiies, marcha ds en gros, en di-mi-gros, en détail et en s us-detnil, entre les mains d( squels ils passent. La concurrence que se font ces innombrables improductifs les incite à exiger, d'* Id ProLUCtion, des denrées de plus en plus inaiivaises sous une bonne apparence, c'est-à dire de plus en plus sopkisii- .quées , — et ils les soph!^tl4ue .t eux-mêmes par desprocjdés chaque jour plus ingénieux et plus savants.

Les falsifications commerciales, la spéculation, l'accaparemeut, l'agi itage, l'altération et la fléperdifioii des pro 'uits dissérniaés dan<? de- milliers de p tils maj;asins; la pullulatinn de> marchand- ; l^-s faiîlites et banqiiero^itfs, et tous les vicps ^numérés dans la critique économique df Fnurier, raontreiit, clair comme le jour, que notre système d» Distribution par;isite, suce lecurps social par tous les poies, prélève sur lu' le plus clair des revenus du l'action productive lu capital et du travail, et lui infuse en échange la gangrène, par la corrupiionde l'esprit public, par le développement des mœurs mercantiles, du matérialisme et de régcï.-ime.

Le remède à toutes ces infamies, c'est la mise e\ rapport d- RECT du Producteur et du Conxommaleur par ^^l^gani^ation

d'AGENCES COMMUNALES INTERMEDIAIRES, dépositaires el non pTO-

priélaires des d^'nrées, les prenant directement aux sources de la pro ludion et les livrant diiectement à la consommation; augmentant leur prix d^s simples frais de transport, d'cntrrtien et d'ailministration, qui ne forment qu'une surcharge presque imperceptible. Résultats : plus défaillîtes ni de banqueroutes; plus de spéculations para-^ites,, d'accaparements et d'agiuta^e sur !es denrées ; plus de spoliation du prolucteur et du consommateur; plus de sophistication ni de fourberie^ possibles ; et enfin, réduction des agents improductifs du commbrce actuel dans dans la proportion de 49 sur 20, et retour de ces dix-neuf vingtièmes de parasites aux travaux qui créent la richesse.

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