‹ Le socialisme devant le vieux monde, ou, Le vivant devant les mortsChapitre 13 sur 64 · DESTINEES · texte numérisé non relu

DESTINEES

Le monde, positif et scientifique, de l'Harmonie sociale, et le grand livre des Destinées Universelles, étaient ouverts devant lui.

Je ne dirai rien ici de toutes les découvertes transcendantes sur l'homme, sur l'univers et sur Dieu, qui découlaient à flots lumineux de cette première conception, fécondée par un génie de celte trempe. Ces vues sont îellement fu-delà de la portée de nos sciences matérielles, analytiques et terre-à terre, de nos intelligences noueuses, de i;os esprits rouilles et encrassés, des opinions lourdes et vulgaires d'une époque sans toi religieuse, sans élan intellectuel et sans grande aspiration synthétique, qu'une exploration rapide de ces merveilles de la Science de l'harmonie universelle, dépourvue de longues déductions et de preuves, serait comprise, de la plupart des lecteurs, comme un discours d'Arago sur les découvertes de l'Astronomie moderne, adressé à des Osages ou des Iroquois.

S d. CARACTÈRES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX DU SYSTÈME PHALANSTÉRIEN.

Me bornant à la partie purement économique de la conception de Fourier, je la caractérise en peu de mots.

Armé de la clef de la loi du mouvement universel (la loi sériaire), Fourier démontre l'histoire à la main :

Que les sociétés humaines, au delà de la société primitive, se sont produites sous quatre formes ou périodes successives, Sauvagerie, Patriarcat, Barbarie et Civilisation, dont il donne les lois particulières de développement ;

Que la Civilisation, cinquième échelon du mouvement social ascendant, appartient encore aux périodes de fourberie, d'oppression, de carnage, d'indigence, de perversité etd'égoïsme; toutes quatre basées sur le morcellement. — Il donne la formule complète des développements de la Civilisation ; et tous ceux qui en ont étudié le tableau, publié en 1808, ont reconnu l'étonnante concordance de tous les faits sociaux survenus depuis

cette époque, avec les termes précis de cette admirable formule.

Enfin il produit et d'îrrit, de toutes pièces, les voies f t moyens de con-rtriiclion des sociétés sur érieures ou harmoniques, fondées sur lo pri icipe de l'Association.

La Commune rurale est l'élémont alvéofeire de la soriété. Toute doctrine socialiste de réorgatiisation qui ne présente pas un pbn applicable à la commune et n'i ffre pas de Mroi'ver sa valeur par une expéi ience sur une lieue carrée de terrain, ayant pour élément capital l'agriculture, est une doctrine vague ou incomplète, qui ne saurait avoir sérieusement aucune prétention pratique.

LaComn^.une associée prend le nom Phalange, pour se distinguer de. la Commune mo; celée pauvre et divergonte des Barbares ou des Civiiisés. De là le non de Phalanstère Aonné à l'habitation, tout à la fuis économique et somptueuse, de la population sociétaire.

La propriété individuelle est parfaitement respectée et maintenue dans la Commune associée. Les valeurs mobilières et immobi'ières, formant l'apport social, sont représentées par des Actions qui laissent aux mains de chaque sociétaire habitant ou non, la va'eur de ses apports personnels en instruments de travail, en immeubles ou en capital fitianc-er. La constitution de la Propriété dans une Phalange est celle-là même que règlent les contrats ou actes de société, sous la forme civile, anonyme, commerciale ou autre, tels que nous les connaissons et qu'ils se pratiquent chaque jour.

Les travailleurs étant associés aux bénéfices de la Commune, en raisin de leur Travail, comme les actionnaires en raison de leur Capital, tous ont désormais un intérêt i ientique à la prospérité collective. Plus de procès, de contestations de vicinalité et de bornage; plus de hdies, de murs de clèlare, de terrains perdus entre les héritages; plus de vols, ni io tromperies; plus de rumes provoqués par Its cullisions d'intéiôt et les luttes dépréciatives de la concurrence anarchique. Plein accord del'intéièt individuel avec l'intérêt général ; harmonie du Capital et du Travail ; fusion des clas^ses.

La Phalange possède un système complet et très varié d'éducation théorique et professionnelle, crèches, salles d'asilo, écoles, ateliers, cultures, dont l'obiet est d* fortiOer l'âne et le corps, dedéve!o[)pfr chaque enlant dans la voie de ses vocations natives et do l'attirer et l'attacher librement aux {onctions où î-es aptitudes le rendront le plus utile à lui-même et à la société.

Les instrum^^nts de travail, terre^ cheptel, outils, etc., ne sont plus détenus par une classe oligarchique dont les tra /ailleurs dépendent.

La Phalange en est la fermièro générale, et la valeur seule de ces instrurnents est personnellement appropriée.

Charun travaille librement, suivant ses goùt^ et se= aptitudes, se log« comme il l'entend; a son chez sol; vit comme il veut; estjiiL^épar ses pairs" en chaque (onctiun, ot rôt' ibup dans la proportion de son concours, estimé au prorata du Caiiital et du Travail qu'il a fournis, du T.ilent dont il a lait preuve.

Qunnd une branche de fonctions attire trop, une autre pas assez, on rétablit promotement l'équilibre en ré luisant, au budget, les avanta2;ps attachés à la première, en augmentant ceux de la seconde. C'est un moyen ; il y en a d'autres.

Je ne décris point ici les voies et moyens, — il faut nour cela un livre entier que l'on consente à étu lier ou mes quatre séances et des auditeurs qui consi-nlent à écouti-'r. Je ne me charge d'enseigner à personne, en un article de journal ou en un discours accompagné d'interruptions par ementaires, l'Astronomie, l'AUèbre ou la Science sociale, quoique j'^ie passé mes examens sur les d^ux premières et pris mes grades dans la troisième; — je ne décris point l'organisation du travail sociétaire, les admirables stimulants qui développent incessamment l'activité, l'ardeur et la passion de tous en toutes fonctions ; le jeu des émulations, des ambitions, des récompenses ; le plaisir, la gaieté, l'entrain que la liberté, la vocation, le concours des masses, les grades et les distinctions à conquérir, l'accord des individus et des groupes, leurs prétentions rivales, leurs concurrences émiilatives, leurs esprits corporatifs, leurs migrations, leurs eno;rena» ges et leurs contrastes, leur communion et leur ralliement supérieur enfin dans le sentiment de la prospérité commune et de l'honneur commun, répandent sur tous les travaux do la Plialange.

Les œivres productives dd l'art, de la science, de l'agriculture, des diverses industries, dont la plupart sont aujourd'hui si répuj;nantes qu'il faut le besom, la nécessité, l\ faim pour que nos troupeaux d'esclaves souverains consentent à s'y soumettre, deviennent bien autrement actives, ardentes et passionnées, que nos œuvres da destiuclion et do guerre, aux [uelles jamais ci^p^-ndant l'ardeur et la pa sion n'ont manqué. N 'S plaisirs et nos fêles sei aient bien insipides à côté des travaux et, d^s manœuvres, agricoles et autres, d'une seule petite Phalange bien équipée, b.en montée et bien organisée. Qa& spra-ce quand des ma-;ses de Phalanges et leurs armées induïtriel'es multiplieront le charme et l'attrait par le nombre et l'énergie de leurs «encours ?

L'Organisation du TRAVAIL attkayant! Toute la question so-

ciale est là, n'en déplaise aux gens de trop d'esprit que le Travail Attrayajit fait tant rire.

S e. LES PARTISANS DU TRAVAIL RÉPUGNANT.

Vous riez, grands hommes, vout» riez^ savants politiques,' hommes d'Etat de première force! Si savants, que vous savez parfaitement laisser vos producteurs et vos commerçants s'assassiner incessamment les uns les autres dans l'arène de votre concurrence anarcliique, et couvrir le terraia industriel de ruines, de fortunes brisées, de faillites et de banqueroutes, pour la plus grande gloire de votre science et le plus grand bien du corps social I Si savants, que vous savez parfaitement laisser subsister dans la société et les haines aveugles des parti-, (t les antagonismes acharnés des classes; et la guerre sans trêve du capital contre le travail, du travail contre le capital, du capital et du travail chacun contre lui-même; et les causes des crises commerciales qui bouleversent périodi juement l'industrie, et celles de? révolutions politiques qui bouîeversoRt périodiquement l'Etat! Si savants, qu'avec votre suffisance, vctre impertinence de langage, votre outrecuidance pointue et vos discours gonflés, vous n'avez su que laisser accumuler toutes les difficuit'^s les plus pressantes, tous les problèmes les plus urgents ; que vous n'avez rien su comprendre à votre temps, rien appris de ses besoins, rien pu guérir de ses plaies! Si savants qu'ai'jourd'hui, aujourd'hui encore, en ftce des épou' antables réalités de la misère publique, de l'imminence d'une banqueroute et de la guerre civile et sociale ; en face de la débâcle de tout votre ancien régime de crédit parasite, de commerce mensonger, d'industrie ruinée, de propriété obérée, de féodalité financière éventrée ; en présence de populations prêtes à s'entre-dévorerles unes les autres comme les naufragés de la Méduse, vous n'avez au fond de votre sac de science, ô Savants! que des intrigues coupables ou des espérances contre-révulutionnaires, et puis ce grand, ce savant, ce profond remède : « il faut attendre le retour de la confiance! » »

Hé bien! ô savants si capables, ô grands hommes d'Etit consommés, qui en savez si long, qui avez une telle portée de vue, de si grandes et si démocratiques espérances pour le peuple : le meilleur et le plus honorable d'entre vous , un qui , tout sonore qu'il soit, n'est cependant ni plus vide ni plus creux que pas un de vous; celui-là, je l'ai entendu s'écrier, avec ce regard olympien et ce ton de Jupiter tonnant, qu'il conserve, il est vrai, soavrnt, pour vous dire ; Bonjour, comment vous portezvous : « Oui! et il ne faut pas craindre de le dire, il n'y a pas » d'autre moyen pour que la nécessité du travail s'accomplisse

« dans le société, il n'y a pas d'autre moyen QUE LA FAIM ! » la PRESSION DU BESOIN ! »

Au moins il est franc, celui-là ! et nous vous défions de pousser votre cynisme jusqu'où il pousse ainsi la franchise.

Or, écoutez-moi et tâchez de démolir ceci :

L'h >mme qui subit un sort et u i travail que la FAIM seule le contraint de subir, auquel, seule, la pressio.n du besoin le rive, celui-là pst-il libre?

Qijp parlez-vous donc de LIBERTÉ, charlatans, qui repoussez du piod les hommes sérieux, vos égaux en intelligence, vos sup-^rieurs en dévouement et en science, qui vous parlent de résoudre, pour le peuple et sa liberté, le problème du Travail Attrayant? Et que dis-je, n'avez-vous pas poussé contre des ad- -versaires, que vous n'avez pas mémo la bonne foi d'étudier un peu ou d'étudier assez pour les comprendre, jusqu'à venir dénoncer à la Tribune nationale la pensée d'affranchir le peuple, de l'esclavage du Travail Répugnant, comme une pensée immorale et anti-sociale ! Ah! il est bien vrai, vous n'avez pas d'autre air à jouer, pour le peuple, que celui dd votre rival, de ce M. Guizot, qui disait aussi^, du haut de la Tribune, de son *,on hautain , impitoyable, de doctrinaire calviniste, le travail e.>ï un frel\! Et cet air vous n'êtes même pas, nialgré vos prétentions, capables de le jouer mieux. Arrière donc ! arrière ! et ne parlez plus de la Révolution française. Vous n'êtes pas de son école et vous n'avez rien de ses traditions ; car son école est démocratique et ses- traditions sont chrétiennes. Vous êtes imprégnés jusqu'à la raoè'le des os d'arislccratisme et d'ignorance sociale ; et quand v^^tre bouche fait l'éloge de cette Révolution, glorieuse malgré ses crimes, elle la blasphème... Arrière! le Peuple, le Peuple qui souffre ne veut pas de vous, et il a raison ; car vous n'êtes pas ses hommes.

S f. LE TRAVAIL ATTRAYANT OU L'ESCLAVAGE DES MASSES.

Essayez donc de démolir ceci, pour voir ? Et tâchez de suivre :

Le Travail est la nécessité sociale, la condition de l'existence et du progrès de l'humanité.

Tant que la plus grande masse des travaux nécessaires, continue à s'exécuter sous des c(inditions fatales d'abrutissemei.t, de salaire exigu, de grossièreté, d'insalubrité, en un moi de répugnance, il faudra, pour que la nécessité s'accomplisse, ou le fouet eu contre-maître sur des esclaves, ou le fouet de la faim sur des besoigneux et des prolétaires.

Or, si vous n'avez plus d'esclaves esclaves, d'esclaves personnels et au fouet, il vous faut des esclaves collectifs et à la faitfi ! — Vous en convenez vons-mêmes.

Et quand vous dites au prolétaire, à l'artisan, au laboureur,

à l'infliistriel, au commerçant gêné, au fermier harrassé, au propriétaire obéré, que nous vivons dans un ordre social ou chacun dVux peut parvenir à la fortune par l'économie, la sobriété et le Iravail, vous gasconnez.

Vous gasconnez, d'abord, parce que cela n'pst pas vrai; parce qu'il y a des millions et des millions d'hommes qui tra va lient comme des forçats dans les plus durs labeurs et qui ne s't nrichissentpas, pui^juc les i^péculateurs, les intf-rmédiairoS;, les parasites d'une part, t^tceux qui sont nantis des capitaux et instruments de travail, ceux qui gagnent sur le travail des travailleurs, chf fi? d'industrie, maîtres, contremaîtres, marchandeurs, confectionneurs, d'autre part, ont seuls chance de s'enrichir, et encore se ruinent souvent.

Et vous gasconnez, ensuite, parco qu'il est faux, archi-faux que votre soc été industrielle soit com['atible avec l'enrichissement des travailleurs. Et, en effet, s'il était possible que tous les travailleurs devinssent riches, qui exécuterait, le cas écliédnt, vos travaux grossiers, abrutissants, malsains, répugnants ? Répoiidez à cela, ô grands maîtres.

La pression du la FAIM, l'aiguillon fatal, incessant du BESOIN peuvent seuls déterminer, /orcer l'exécution de la plus grande partie de vos travaux dans votre régime d'industrie répugnante. Vous le dites, et vous ne le diriez pas que cela ne changerait rien à l'affaire. Qui donc les exécuterait, ces travaux, si tous devenaient, par l'exercice des vertus que vous imposez au peuple et que vous ne pratiquez pas, aisés ou riches? Répondez donc, sophistes endurcis, doctrinaires immoraux, qui voulez nous faire passer, nous autres partisans du Travail Attrayant, pour des apôtres d'immoralité sociale, des ennemis de Dieu et des hommes? Essayez donc au moins de répondre, puisque vous accusez, puisque vous jugez, puisque vous condamnez.

Le Travail Attrayant, une IiVjMORALITÉ ! Il est IMM0R.4L de cherchera rendre attrayant le Travail!! On a entendu celte abominable absurdité, cettd inimaginciblo sottise à la tribune de la République démocratique fiançaiso ! C'est fabuleux.

Vous reconnaissez donc que la co.ntrainte est la loi suprême de voire ordre social; que vos travailleurs sont contraints, lurcés, tyrannisés par la misère, et que c'est une nécessité fatale de votre société qu'il en soit ainsi. Ils ne sont donc pas libre-, ils ne peuvent pas être libres vos travailleurs, puisque, s'ils devenaient libres en devenant riches, ils no travailieraierit plus, et que, cependant, il faut que des mas-es travaillent, et que la loi famélique du besom seule peut les faire travailler. Tirez-vous delà.

// faut à votre régime industriel, de toute nécessité, des masses de non-libres, comme il en fallait, sous une autre lormo d'es-

clavage, à la société antique, quî, du moins, assurait la vie dé ses esclaves.

Vous avez donc des classes affranchies, libres, qui ne travail'ent pas où qui ne travaillent qu'à ce qui est attrayant pour ellps (cnr il y a déjà aujourd'hui des fonctions, des places, des occupations suffiiammont attrayantes pour être recherchées par des libres.)

Et vous avez, nécessairement, de par l'absence d'un régime d'indusîrie alirayante, des classes sorves, fatalement serves, serves de nécessité, contrainies en masse aux travaux répugnants !

Les libres, c'est la petite, très petite Oligarchie des riches ; Les non-libres, ce sont les innombrables légions des demi-aîsés, des malaisés, des besogneux et des pauvres.

Et IL vous LES FAUT, ces pauvres, ces masses de pauvres, ces légions de besogneux ! Et vous le savez si bien, que vous dites : Il nous faut des pauvres ; car, s'il n'y avait pas de pauvres ni de besoigneiix, qui décrotterait nos bottes ? qui s'enterrerait dans nos manufactures? qui consentirait à exécuter la plu^ grande partie des travaux néoessa res à notre existence, à notre société? Et vous trouvez cet argument vainqueur!

Commencf z-vous à comprendre que vous n'avez encore rien compris au prc blême de la liberté?

Commencez-vous à comprendre qu'il ne suffit pas à un peuple d'avoir conquis la liberté d'écrire un journal en payant un cautionnement, d'aller au club quand on n'est pas femme, et de professer sa religion, pour être au bout des conquêtes de la Liberté? Co'nmpncez-vous à compren'lre qu'après la conquête des libertés politiques, comm«iice forcément^ falalement, celle des libertés sociales, qm sont bien une autre affaire? Et co • prenezvous que celte dernière conquête est la tâche du Socialisme? et que cela prouve qu'aujouril'hui l'avènement du S^cialii^me est marqué au cadran de l'histoire?

El vous, qui croyiez que tout était fait! que vous n'aviez plus qu à dom ner, à gouverner, à jouir, et que le peuple se tiendrait pour content et satisfait!

Assvhérus! Assvhérus! mon pauvre Juif Errant, tu avais cru sonnée l'heure du repos, et voilà qu'il faut te remettre on route de plus belle... Marche, marche ! Avance et marche donc ! comme dit la complainte.

Tant que le Travail Attrayant ne sera pas une réalité^, tant que la redi mption sociale du peuple, de la masse des industrieux, ne sera pas accomplie, ô mes doux maîtres, il faudra marcher ou subir les implacables coups du grand fouet populaire, du fouet des révolutions. C'est votre sort. C'est votre Travail RépU' gnant, à vous, ô classes qui digérez, qui dirigez et qui gouver-

nez. Chacun sa part. Travaillez au progrès, ou gare le grand fouet !

Pas de liberté sociale, pas d'égalité sociale ; des classes, toujours des classes; toujours des dominateurs et des dominés, des fortb et des faibles, dos exploiteurs et des exploités, des oisifs libres et des travailleurs contraints, des parias faméliques portant seuls le poids des durs labeurs : et toujours aussi l'invincible besoin de l'afTianchissement, l'invincible aspiration des masses à la liberté, à la dignité, à l'égalité! toujours, toujours, par conséquent, d'^s chances d'explosions terribles et rien de stable, rien, entendez vous, rien, tant que vous n'aurez pas résolu, ô docteurs, la grande énigme sociale du Travail Attrayant. — Permettez moi une petite digression.

§ g. VIEILLE HISTOIRE D'UNE BÊTE QUI VIT TOUJOURS.

Vous êtes érudits, par conséquent, vous connaissez l'histoire de ce Sphinx de Thèbes qui proposait une énigme aux rois, aux princes, aux puissants, qui les dévorait chacun, les uns après les autres, quand ils ne devinaient pes l'énigme, et jetait les débris de leurs ossements dans la mer.

Cette histoire est un mythe.

Ce mythe est celui du progrès.

Le Sphinx, c'est le Peuple;

L'Enigme terrible, c'est le Problème du temps;

Le Problème du temps, c'est l'affianchissement posé à chaque époque palyngénésique, par les besoins nouveaux du Peuple, par les besoins et les droits dont l'idée et le sentiment s'éveillent dans sa conscience ;

Aujourd'hui, le Problème du temps posé par le Sphinx populaire, c'est le Problème social, le problème du Socialisme.

Les rois qui seront dévorés et dont les restes seront jetés dans la mer, ce sera vous, Influences et Puissances du jour, si vous ne résolvez pas le Problème. Voyez dans la mer les os de vos prédécesseurs. [ e Sphinx a beaucoup mangé depuis soixante ans, et il est toujours d'une maigreur aflreuse, ce qui fait qu'il a toujours une faim dévorante...

Et rOEdipe vainqueur du Sphinx, ce serait vous si vous saviez résoudre le Problème, ou ceux qui le résoudront à défaut de vous.

Vous voyi z bien qu'il ne s'agit plus seulement de dire aujourd'hui : Droit au Travail et Organisation du Travail. C'e.std<'jàvieuxquoiquevousn'eEayez point voulu dans la Constitution. Il s'agit aujourd'hui de mieux que cela, il s'a-

git de VOrgcinimtiQn du Travail LIBRE ET ATTRAYANT !

Et ici permettez-moi de vous l'aire observer que vous <5tes bien sots. Vous êtes si aveugles, si incapables, si sots, qu'il y a un moyen de retourner le Sphinx contre lui-même, de le forcer lui-même à deviner son Enigme. Ce moyen nous vous l'avons donné mille fois, et vous n'avez pu encore le comprendre et vous eu servir , ô polititiques consommés que vous êtes ! Vous pouvez forcer le Sphinx à se couper les dents et s'arracher les griffes, et vous lui laissez ses dents et ses griffes! Décidément vous n'êtes pas forts.

Ce moyen, pour que vous n'en puissiez plus prétexter ignorance, je le proclamerai à la Tribune nationale. Si on n'en veut pas, et si le Socialisme continue à être méchant, il sera bien prouvé alors que l'on n'aura pas voulu abriter la société contre les dangers du Socialisme , ôter au Socialisme son venin et essayer de sa graisse. Revenons ù Fourier, et bien des excuses pour la digression mythique.

'%;. S h- LE TRAVAIL ATTRAYANT, OU \.\ RÉVOLUTION EN PERMANENCE.

La société actuelle, morcolée, incohérente, anarchiquo, est encore très pauvre.

Prendre aux riches pour donner aux pauvres ne résoudrait rien. Il n'y a qu'un très petit nombre de riches à côté de légions inombrables de malaisés et de pauvres. Nous l'avons prouvé cent raille fois; nous le prouvons plus positivemement que ja- ^mais dans un bon travail statistique de Perreymond , que la Phalange publie en ce moment, et que vous allez avoir en brochure, pour votre édification, sous le titre de Bila?i de la ■ France. La fortune des riches pour combler le gouffre de la pauvreté générale, cela ftrait l'effet d'une goutte d'eau dans un incendie, d'une fraise dans la gueule d'un loup. Il faut, pour s© tirer d'affaire, savoir quadrupler au moins la richesse publique.

Multiplier considérablement la richesse ; répartir équitablement l'accroissoment de la richesse sur toutes les tètes, sans rien prendre à personne, et au contraire en améliorant même la position des riches, afin que que chacun, sans exception, ait à gagner à la réforme du vieux monde : tel est le Problème.

Et ce n'est même là que le matériel de la besogne. Pour que le Problème social soit résolu et bien résolu, il ne suffit pas de donner au peuple l'aisance, de lui garantir un minimum satisfaisaut en logement, vêtement et nourriture, nutritum, vestitum, teclum. Un accroissement considérable de la richesse générale permettrait bienl'avance du 'minimum, sans laquelle il n'y apab

pour le citoyen, souverain politiquement, mais besogneux, famé îique et socialement esclave, de liberté réelle. Mais, si la garantie sociale du minimum donne au peuple la liberté sociale, l'avance du minimum, dans le régime de l'industrie répugnante, fait déserter le travail répugnant, et nous voici de rechef tombés dans la misère...

Donc il en faut toujours revenir au Travail Attrayant ; car le Travail Attrayant est le seul Travail des Libres. Voici la furmule :

Pas de MINIMUM sans un énorme accroissement de la richesse publique ; Pas de LIBERTÉ sans la garantie du minimum ; Pas de garantie possible du minimum sfms le travail

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