LE SOCIALISME DE LOUIS BLANC
Le système de Louis Blanc c'est celui de Bûchez ou de M. Dupin
avec l'intervention de l'Etat. Ce sont toujours des corporations industrielles communistes : égalité des salaires comme transition, répartition suivant les besoins, plus tard; accord maintenu, dans le règlement, par le dévouement de chacun à tous, qu'on no met pas en doute, — ce qui est justement résoudre la question par la question. M. Dupin, je le sais, opposera le fait des Jault. C'est une exception. Toutes les petites Communautés de même genre sont tombées. Cd n'étaient que de grosses familles, et l'union dans ces petits corps n'est possible qu'à la condition de cette simplicité de mœurs qu'on appelle primitive.
Pour obtenir l'union, Bûchez compte sur la puissance religieuse d'utL christianisme austère ; il est plus monastique. Louis Blanc est plus philosophique et compte davantage sur la fraternité pure et simple en dehors de l'autorité d'une religion positive. La première idée coalieni une force ; la dilliculté serait de la
généraliser. La seconde , sans les moyens formels de la développer, d'en faire un fait, est une illusion pure.
Les corporations industrielles de Bucnez procèdent d'ellesmêmes et s'organisent librement daas l'Etat, indépendamment de l'Etat, comme elles peuvent. L'Etat organise celles de Louis Blanc, les relie toutes et en forme un système unique.
C'est, textuellement, l'administration industrielle saint-simonienne, établie de haut en bas, mais abandonnée, dès qu'elle est faite, à la démocratie, à l'élection, à l'égalité. Il n'y a plus que l'Etat, des ateliers qui sont des dépendances de 1 Etat, une immense famille laborieuse, dont la propriété est indivise. Tout esta tous et à personne. On espère que tous les membres travailleront à " qui mieux mieux, vivront en bon accerd, prendront avec réserve,
suivant leurs besoins, et seront bien sages. La coopération, l'organisation, l'ordre dans la grand atelier universel, produiront bientôt d'ailleurs des richesses surabondantes, et il n'y aura plus de chances que leur compétition occasionne des querel les.
C'est, comme on voit, le Saint-Simonisme communisé, ou encore le Buchésisme unitarisé dans l'Etat, dépouillé de son manteau sombre et raccommodé avec la richesse et les biens de la terre. Longtemps Louis Blaac n'a guère songé qu'aux industries des villes ; mais, comme il faudra bien que définitivement l'Etat prenne tout, même l'agriculture, on ne craindrait pas^ dans la % pratique, de tirer quelque parti des procédés d'organisation de
Fourier, Le systèraa commercial de celui-ci, ses banques uni- J^. taires, ses institutions garantistes ont d'ailleurs du bon et l'on
' \ s'en peut servir. Ce n'est certes pas là ce qu'il y a de plus mau-
vais dans les idées de Louis Blanc.
Louis Blanc est le premier des anciens républicains marquants qui ait confessé l'inanité des réformes politiques pures et pour elles-mêmes. Il a parfaitement compris la critique socialiste. Il se l'est puissamment assimilée et souvent l'a fait valoir avec la richesse et la force d'un talent de premier titre.
Porté au Luxembourg par le flot démocratico-socialiste de Février, il s'y esl un peu enivré d'un sentiment plus généreux que réfléchi : il a cru le moment venu de refaire, à la guise de ses idées, la société de toutes pièces.