‹ Le socialisme devant le vieux monde, ou, Le vivant devant les mortsChapitre 37 sur 64 · VU · texte numérisé non relu

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Citoyen procureur, vous allez vous croire chez Nicole t.

Ce saint Ambroise a sur la banque des idées toutes particulières. Vous venez de voir ce qu'il pense du prêt à intérêt, opération parfaitement légale cependant. Eh bien! ces gens-là sont à ce point dépourvus d'idées financières, qu'ils font une obligation de prêter à ceux qii ne pourront jamais rendre. Qui s'est jamais avisé de combiner le prêt gratuit avec le placement à fonds perdu? C'est à faire mourir de rire un homme d'affaires.

Prêtez même à ceux de qui vous n'espérez pas recouvrer ce que vous avez perdu. Vous donnez peu sur la terre et vous recevrez beaucoup dans le ciel. Craignez-vous d'avoir affaire à un mauvais débiteur dans la personne de Jésus Christ? L'Evangile est votre caution. Si quelqua riche de ce monde s'offi ait pour garantir la solvabilité de celui qui veut. emprunter de vous, vous vous empresseriez aussitôt de compter les espèces. Eh bien ! Dieu lui-même se porte garant potir tous les indigents, et

vous hésitez un instant, et vous cherchez encore une cautioa plus riche ! (S. Ambr., I, de Tob., 16.)

Voilà une variété toute nou7elle de chantage ! La même indigence d'idées pratiques se remarque chez tous ces utopistes.

Cependant, ne vous y trompez pas, vous ne connaissez 7^13 encore les vrais coupab[:>s. Saint Ambroise, saint ■'irégoire de Nysse, saint Bernard et leurs pareils ne sont que des instruments; le vrai coupable est celui qui u posé les principes que ceux-ci n'ont fait que développer ; le vrai coupable est celui qui a dit :

Donne à celui qui te demande et ne to détourne point de celui qui veut emprunter do toi. (S. Matt., V. 42.)

Et si vous ne prêtez qu'à ceux de qui vous espérez de recevoir, quel gré vous en saurait-on? (S. Luc, VI, 34.)

Le vrai coupable, c'est donc notre seigneur jésustHursT.

Après cela, comme il n'y a point de folies nouvelles 'ous le soleil, je ne vois pas pourquoi nous ne ferions cas remonter l'enquête jusqu'au delà du 24 février. Je prendrai donc la liberté de vous faire remarquer qu'un ivre fort ancien, la Bible, professe la même opinion sur le prêt à intérêt.

Quand ton frère sera devenu pauvre, et qu'il te tendra se» mains tremblantes, tu le soutiendras, même l'étranger et Thabi- Unt, afin qu'il vive avec toi.

Tu ne prendras point de profit de lui ni d'intérêt ; mais tu craindras ton Dieu, et ton frère vivra avec toi.

Tu ne lui donneras point ton argent à intérêt, et tu ne lui donneras point de tes vivres pour en tirer de profit. (Lévitiq. XXV, 35, 36, 37.)

Si ces gens-là étaient oracles de sagesse, eomme quel' ques-uns le disent, et non de folie, comme vous l'admet" trez, il nous faudrait regarder cette institution si éminemment philanthropique des monts-de-piété comme un monument d'iniquité. Les monts-de-pitié ne sont-ils pas désignés clairement dans le passage suivant :

Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, tu le lui rendras avant que le soleil soit couché.

Car c'est sa seule couverture, c'est son vêtement pour couvrir sa peau. Où coucherait-il ? S'il arrive donc qu'il crie : A moi ! je l'entendrai, car je suis miséricordieux. (ExLd. xxu. 26, 27.)

C'est ainsi, qu'on enseigne l'ingratitude au peuple. Vous savez sans doute, et,*sinon, je me fais un plaisir de vous l'apprendre, que les Hébreux célébraient de sept

en sept ans une année solennelle, l'année de relâche, comme on l'appelait à juste titre ; car jugez vous-même de quel relâchement d'idées financières une telle institution témoigne.

Et c'est ici,...

C'est Dieu qui parle : Vous n'ignorez pas que la manie de ces anarchistes est de parler au nom de Dieu et du peuple qu'ils ont osé identifier dans cette maxime impie autant que fameuse: Vox... Mille pardons; la voix du peuple est la voix de Dieu.

Et c'est ici la manière de la célébrer : que t9ut créancier relâche ce qu'il aura prêté à son prochain, et qu'il ne l'exige point de son prochain ni de son frère quand on aura proclamé l'année lie relâche à l'honneur de l'Eternel...

Afiti qu'il n'y ait parmi toi aucun pauvre. (Deuteron. XV, I, 2, 4.)

A prêter un tel langage à Dieu, autant vaudrait tout de suite diviniser le citoyen Proudhon : Pater noster Proudhon, sanctificetur nomen tuum, adveniat regnum tuum, fiât voluntas tua. Panen nostrum quotidianum da nobis hodiè, et libéra nos à malo. Amen!

Vous me direz : Voilà un singulier sy.4ème de crédit! et qui trouvera à emprunter quand viendra le moment de cette liquidation périodique? Ces gens-là sont bien fins, citoyen procureur, ils ont prévu le cas :

Prends garde à toi qu'il n'y ait cette pensée impie dans Ion cœur, et que tu ne dises; la septième année, qui est l'année de relâche, approche, et que ton oel, étant sans pitié envers ton frère qui est pauvre, pour ne lui rien donner, il ne crie contre toi à l'Eternel, et qu'il n'y ait en toi du péché. (Deuteron. XV, 90.)

Si ces funestes doctrines avaient de profondes racines dans le passé, quand le chef de ces socialistes leur a donné une forme et une vie nouvelles, elles ont depuis porté des fruits abondants autant qu'amers. Jusqu'au quatorzième siècle tous les Conciles semblent s'être donné le mot pour ébranler les fondements du crédit publie et privé; voyez- les flétrissant à l'envi de l'épithète d'usurier le rentier honnête et l'obligeant prêteur.

Celui-là est un usurier, dit le Concile de Reim?, qui, outre le sort principal, exige ou accepte quelque chose d'appréciable en argent.

Le Concile d'Adge est plus bref, mais non moins expîicits.

ÎJ y a uî-me, dès qu'on répète plus qu'on n'a donné.

Le Concile d'Elvire, tenu en l'an 305, ne s'arrête point en si beau chemin ; non content de blâmer celui qui fait valoir ses fonds, il lance sur lui l'anathème :

Utt laïque qui s'est rendu coupable d'usure recevra, dit-il, son pardon, s'il promet de faire pénitence et de ne plus commettre d'exactions , mais, s'il persiste dans son iniquité, qu'il soit rejeté de l'église, qu'il soit excommunié. [Concil. Elib., Can. 20.)

Et prenez garde, de trouver la peine excessive, car votre doute même serait un crime. Cela a été décidé par un Concile tenu en 1311, un Concile présidé par un Pape ; le pape Clément V.

S'il arrive à quelqu'un, dit le concile de Vienne, de tomber dans cette erreur, qu'on peut affirmer en conscience qu'i! n'y a pas de péché à prêter à usure, nous décrétons qu'il soit puni comme hérétique.

Et à cette occasion, Bossuet fait cette déclaration :

Personne dans l'Eglise n'a jamais réclamé contre ces décrets ; AU CONTRAIRE, ON S'y EST SOOMIS COMME ON A TOUJOURS FAIT AUX CHOSES RÉSOLUES PAR LA TRADITION, PAR LES CONCILES MÊME GÉNÉRAUX, ET PAR LES DÉGRÉTALES DES PAPES ACCEPTÉES ET AUTORISÉES DU CONSENTEVIENT DE TOUTE l'ÉGLISE.

ÇA DONC TOUJOURS ÉTÉ L'ESPRIT DU CHRISTIANISME DE CROIRE QUE LA DÉFENSE DE L'USURE PORTÉE PAR LA LOI ÉTAIT OBLIGATOIRE SOUS L'ÉVANGILE, ET QUE NOTRE SEIGNEUR AVAIT CONFIRMÉ CETTE LOI. [Loc. cit. 5me prop.)

Bossuet! le grand Bossuet, l'aigle de Meaux, lui aussi, malade de cette peste ! !

S'il faut en croire la Bible, et qu'en pensez-vous ? Dieu ratifiera la sentence des Conciles.

Eternel ! qui est-ce qui séjournera dans ton tabernacle? qui est-ce gui habitera en la montagne de ta sainteté ?

Celui qui ne donne point so;i argent à usure... [Psalm. xv 1,5.)

L'homme qui sera juste et qui fera ce qui est juste et droit.

Qui n'aura point prêté à usure, et qui n'aura point pris de surcroit...

Celui-là est juste ; certainement il vivra, dit le Seigneur, l'Eternel.

Qui prête à usure et qui prend du surcroît, vivra-t-il? Il ne vivra pas quand il aura commis cas abominations-là ; il mourra très certainement et son sang sera sur lui. {Ezech.., xviu, 5, 8, 13.)

Ainsi, l'excommunialion et le supplice dans cette vie, la damnation pendant l'éternité, voilà ce que mériteraient tant de républicains honnêtes, Sancte Proudhon, miserere nobis l

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