Les 39 articles forment le Credo de l'Église anglicane
2. Le nom de Broad Church ne fut inventé qu'en 1853 par un des jiEiiis de Kingsley, le Rev. Conybeare. Mais la chose existait long- U'inps avant le mot. Maurice, avec sa crainte habituelle des partis et tieri divisions, n'aimait pas cette étiquette, et pourtant ses écrits ont fci'tainement inspiré ceux qui l'ont choisie. Aujourd'hui on peut dire
CHRISTIAMSME ET SOCIALISME 101
Église. Pendant les cinq premiers mois de Tannée 1837, Maurice publia les « Lettres à un quaker ^>i:4]i€iitiôt réuoics^^ en volumes sous le titre de The Kiri^dom ôf Christ, Il y montrait un esprit de tolérance et^ uji5/Jaï*gcûir ij'ïrfées^ à' l'égard des sacrements qui mécontentèrent les orthodoxes, mais qui enthousiasmèrent les clerg^^men libéraux.
Kingsley, encore étudiant de Cambridge, lut le livre avec transport. Il détestait Oxford dont le mouvement représentait pour lui « le sacerdotalisme, Tascétisme, le manichéisme ». Kingsley considéra Maurice comme son maître plusieurs années avant le moment où il le rencontra pour la première fois. C'était en 1844; Kingsley avait vingtcinq ans et Maurice trente-neuf. Alors commença entre eux une amitié qui se resserra toujours davantage. Maurice fut en 1847 le parrain d'un des enfants de Kingsley, et Tannée suivante il présenta au public, dans une préface, le premier livre de son ami, The SainVs Tragedy, la Tragédie de la Sainte, drame où Thistoire de Sainte Elisabeth de Hongrie sert de motif à des protestations contre les pratiques superstitieuses. Unis par la foi, Maurice et Kingsley allaient chercher ensemble la solution de la question sociale, quoique leur éducation les eût préparés à la rencontrer sur des voies différentes.
Maurice était le moins conservateur, Kingsley le moins modéré. Kingsley avait la charpente et Tâme d'un lutteur. Le portrait en tête de la biographie qu'a publiée sa veuve^
que la Broad Chnrch n'existe plus. On distingue seulement dans Fanglicanisme en Grande-Bretagne la High Church (Haute Église), sur laquelle nous donnons à plusieurs reprises des explications, et la kow Church (Basse Église), qui reste dans les traditions et ne cherche ni à approfondir le dogme, ni à intervenir dans les conflits sociaux.
1. Charles Kingsley : his Letters and Memories of his Life^ by his Wife (avec deux portraits ). Londres , 1877 , 2 vol. in-8*.
A. MiTiw. 6.
nous le montre avec des traits accusés, le nez fort, la
"I; h^Jiche large: sçp i>n visage encadré de favoris; moyenne-
" ment gra"nd', trapu, il aimait Texercice; un jour il alla à
;V* ■ J^(^!crEv(5^1e j à^i^ondres ; on rapporte qu'il fut bon époux
et prêtre parfait : son tempérament nerveux était prompt à
Tenthousiasme et facile au découragement; curieux de
toute connaissance, il étudia une foule de sciences sans
jamais rien apprendre à fond. L'ardeur inquiète de son
esprit a passé dans son style qui, à l'exemple de celui de
Garlyle, est souvent obscur et tourmenté.
Les premières œuvres sociales de Kingsley sont des articles qu'il publia en 1848, sous le pseudonyme de Parson Lot, dans l'hebdomadaire Politics for the People. Ce journal fondé par J.-M. Ludlow et Julius Hare avec l'approbation timide de Maurice commença à paraître le 6 mars 1848. Il ne put faire monter son tirage au-dessus de 2.000 exemplaires et tomba après le dix-septième numéro. C'était le premier organe du socialisme chrétien en Angleterre. Les fondateurs avaient afïîrmé une théorie, celle de tous les socialistes chrétiens : ils avaient dit que les réformes morales devaient précéder les améliorations matérielles, tandis qu'une partie des chartistes prétendaient que l'ordre devait être inverse, car les secondes sont la condition des premières. Mais les socialistes chrétiens n'étaient pas sortis du domaine théorique, ils n'avaient pas apporté de solution. Cette lacune leur fut reprochée ; ils s'appliquèrent à la combler. En 1849, un des leurs, Ludlow, alla étudier en France les coopératives ouvrières organisées par les disciples de Bûchez et de Fourier. La même année, Mayhews publia dans son livre London Labour and the London Poor un appel à l'organisation coopérative. Ce mode de production et de consommation était bien accueilli en Angleterre
depuis qu'on voyait les owenites, abandonnant l'espérance de réaliser le communisme, s'appliquera fonder des coopératives de consommation dont la première fut celle des Equitables pionniers de Rochdale (1844). Les Chrétiens socialistes se mirent à faire une propagande parallèle à celle des owenites. Ils eurent un programme qui se résumait en trois mots : « Coopération contre Compétition ». Compétition c'était le « laissez faire, laissez passer », le libre jeu de la loi de Toffre et de la demande soutenu par rÉcole de Manchester. A coopération qui s'entend aisément, il faut ajouter : organisée sur des principes chrétiens et sous la direction de prêtres. Quelques coopératives de production d'ouvriers urbains furent fondées à Londres; on fit surtout une association de tailleurs, ouvriers qui sont le plus facilement exploités par les entrepreneurs intermédiaires entre eux et les maisons de confection. On organisa un Bureau central formé des chefs de coopératives particulières et un Conseil de promoteurs destinés à propager l'institution. Maurice dirigea ce Conseil. Le 2 novembre 1850, l'œuvre eut son journal officiel portant un nom qui était à lui seul une propagande : Christian socialist. Elle publia une série de tracts ou brochures dont chacune était soumise à la censure du modéré Maurice. Sa biographie nous apprend qu'il empêcha l'impression d'un manuscrit de lord Goderich où étaient exposées des théories trop démocratiques. Pendant cette campagne de presse, Kingsley publiait ses deux romans sociaux les plus célèbres, Yeast (Fermentation) (septembre 1848), Alton Locke (1850)*, tableaux de la misère des travailleurs, à la cam-
1 . Les œuvres de Kingsley ont été réunies en une édition définitive par la maison d'édition de Londres, Macmillan and C", 1879 et années suivantes, in-S». Parmi les ouvrages de Kingsley, ont clé traduits en
paj^ne dans le premier, à la ville dans le second volume. L'auteur prête à Lancelot Smith, le héros de Yeast^ le raisonnement suivant :
Si un homme vivant dans une société civilisée a un droit qu'il puisse réclamer, c'est que l'État qui existe par son travail doive le développer ou au moins ne pas entraver son développement.
Kingsley explique comment Lancelot devient socialiste. i^Voir surtout chapitres 111 et XIV.)
Il comprit que le moindre devait être fait pour le plus et non le plus pour le moindre, par suite que la propriété devait être pour l'homme et non l'homme pour la propriété.
L'asservissement de l'individu à la richesse est peint sous toutes ses formes dans les différents épisodes à' Alton Locke, tailleur et poète, Alton Locke, « cokney et fils de cokneys », c'est-à-dire de citoyens de la classe populaire, est mis en apprentissage dans une maison de confection. On se rappelle que les tailleurs avaient ému les premiers la sollicitude des socialistes chrétiens, à cause de la mauvaise hygiène de leurs ateliers et à cause de l'insuffisance de leurs salaires, deux causes de mort que Kingsley fait agir sous les yeux du lecteur. Voici la description de la maison où le jeune Locke fait son apprentissage :
L'atelier du sous-sol s'appelle la chambre des rhumatismes. Celui du rez-de-chaussée, c'est la chambre delà fièvre. Ceux qui n'y gagnent pas le typhus y attrapent la dysenterie et ceux qui sont épargnés par la dysenterie y crèvent du typhus. Votre nez vous dirait pourquoi si vous ouvriez la porte du
français : Alton Locke, tailleur et poète, Paris, Hetzel, 1864, 2 vol. in-18; Il y a deux ans (1854-1856), Paris, Hachette, 1860, 2 vol. in-18. Enfin une imitation du roman religieux Hypathia a été publiée sous le nom d'E. Drouault, à Paris, chez Le Clerc, 1857, in-8".
fond. L'atelier du premier, c'est la chambre des asthmatiques ; VOUS pouvez les entendre souffler comme des locomotives. Enfin ce pigeonnier suprême où vous vous trouvez, c'est rhôpital des poitrinaires ^.
Un nouveau patron ferme les ateliers et envoie les ouvriers travailler à domicile. Cette fois, c'est la mort de faim qui les attend, car les tâches seront distribuées par des entrepreneurs au rabais, et le rabais sera pris sur le salaire des travailleurs. Le système de la suée [sweaiing System) va s'étabfir. Alton abandonne sa profession, chemine de ville en ville et partout il tombe dans « l'antre de l'exploiteur », entendez l'industrie moderne, partout il voit « les hommes que Ton dévore », ce sont les paysans. De rage, il est entré dans le mouvement chartiste lorsqu'on a fermé l'atelier.
Depuis ce soir-là, dit-il, je fus chartiste cœur et âme, de même qu'un million et demi des meilleurs ouvriers de l'Angleterre... Je pris les classes supérieures au mot, je m'inclinai devant l'idole des institutions politiques et je bornai mes espérances de rédemption à être la vingt-millième partie d'un orateur dans la grande flagornerie nationale 2.
A la tête d'une émeute de paysans, il pille les greniers des riche'S ; on le met en cellule trois ans. Libéré, il voit à Londres Féchec de la grande pétition présentée par les chartistes au Parlement (10 avril 1848) et la dissolution du chartisme.
Il reconnaît alors son erreur. C'est Kingsley qui le fait parler.