‹ Le socialisme en AngleterreChapitre 18 sur 63 · Alton Locke, traduction française, t. Il, p · texte numérisé non relu

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pour répandre leurs idées parmi les foules accourues dans la capitale. Un jour, Kingsley arriva d'Eversley et prononça un sermon intitulé : Le Message de V Eglise aux travailleurs. Il y disait :

J'affirme que la tâche pour laquelle Dieu envoie un prêtre chrétien dans une nation chrétienne est de prêcher et de pratiquer liberté, égalité, fraternité, dans le sens le plus complet, le plus profond, le plus lai^e et le plus simple de ces grands mots ; que s'il le fait de tout son pouvoir, il est un vrai prêtre agissant suivant la volonté de Dieu et avec la bénédiction de Dieu sur lui. Tous les systèmes de société qui favorisent l'accumulation du capital dans quelques mains, qui chassent les masses du sol que leurs ancêtres possédaient de toute ancienneté, qui les abaissent au niveau de serfs et de journaliers vivant de gages et d'aumônes, qui les accablent de dettes, ou, en quelque manière que ce soit, les dégradent et les asservissent ou leur refusent un intérêt permanent dans la communauté, sont contraires au royaume de Dieu que Jésus a annoncé ^.

Les auditeurs furent scandalisés. Plusieurs journaux accusèrent King^ley de pousser le peuple à la révolution sociale et de faire revivre des théories qu'on croyait mortes depuis que les mouvements de 1848 avaient été réprimés.

Le prêtre dont Kingsley avait emprunté la chaire refusa de le baisser parler à l'avenir. L'évêque lui interdit de prêcher à Londres. Le clergé et une partie des classes supérieures se prononcèrent contre les chrétiens socialistes. En même temps, leurs tentatives échouaient. Les coopératives de production disparaissaient. Restaient seulement les coopératives de consommation destinées à rendre meilleure dans la société présente la situation matérielle des classes moyennes,

1. Gté par H. de B. Gibbixs, English social Reformers, p. 169.

La débâcle s'acheva sous les coups des anglicans orthodoxes qui trouvèrent Toccasion de renouveler leurs attaques contre Maurice. Celui-ci avait publié en 1853 des Theological Essays dans lesquels il critiquait le dogme des peines éternelles. Ses collègues, les professeurs du King's Collège de Londres, Tobligèrent à donner sa démission. Il redevint prêtre desservant. Enfin, en 1866, T Université de Cambridge Fappela à remplacer John Grote dans la chaire de philosophie morale : il occupait encore cette place quand il mourut en 1872. Dans la dernière partie de sa vie, il s'était occupé d'instruire le peuple, car, dans sa pensée, c'était l'ignorance des masses qui avait causé l'échec du mouvement coopératif chrétien. Pour remédier à ce mal, il fonda en 1853, à Londres, le Working Mens Collège (Collège des travailleurs), association destinée à instruire les ouvriers par des cours et des conférences. Maurice tenait à ce que cet enseignement fût surtout chrétien ; il organisait des classes bibliques, il excluait du Comité directeur des laïques qui lui paraissaient trop peu croyants. Cette étroitesse de vues fut cause que beaucoup d'aristocrates et de bourgeois apportèrent leur concours à Maurice. Aussi la dernière partie de son œuvre lui a-t-elle survécu.

Le bouillant Kingsley s'était lui aussi modéré. Depuis 1852, il n'écrivait plus guère que des romans moraux ou des contes pour les enfants. La vogue considérable, mais éphémère, de sa littérature devait le consoler de l'échec de ses essais de socialisme. Il était célèbre, populaire presque, et il arrivait aux honneurs plutôt que son maître et ami Maurice. En 1859, il devint chapelain de Sa Majesté ; en 1861, précepteur du prince de Galles. L'Université de Cambridge l'avait appelé, dès 1860, à la chaire d'histoire moderne. Ce choix fut un malheur pour sa réputation, car

ses études ne l'avaient pas préparé à renseignement qu'on lui confiait ; ses cours devaient être et furent en effet médiocres. Kingsley n'avait pas plus que Maurice renoncé à toute action sociale. 11 se fît de préférence le champion de Thygiène. Un jour d'actions de grâces pour la guérison du prince de Galles, il prêchait dans la chapelle royale de Saint-James. « Ce bonheur, dit-il, incitera tous les bons citoyens à réclamer et à appuyer une réforme sanitaire à la ville et à la campagne, immédiate, complète, impérative. »

Plus tard, en 1872, présidant à Birmingham la réunion annuelle du Midland Institute, il demanda que l'hygiène fût enseignée aux maîtres d'écoles. Deux nécessités le préoccupaient principalement : l'eau saine et abondante à l'intérieur des villes ; le remplacement des slums où habitent les pauvres par des habitations salubres. 11 écrit à ce propos :

Si seulement un dixième de l'argent qui a été dépensé à accroître, par une charité à Fenvers, les cruautés de la société industrielle, avait été employé à démolir ces nids à typhus et à les remplacer par des maisons bonnes au moins pour des porcs * !

Mais Kingsley, ami des nobles, comme on sait, ne s'avance jamais jusqu'à la nationalisation du sol. Nous verrons que ses disciples actuels sont plus hardis.

Les socialistes chrétiens d'aujourd'hui reconnaissent que leur « mouvement diffère beaucoup de celui qui fut inauguré par Maurice et Kingsley, quoique les fondements en soient les mêmes ». C'est qu'en effet ils ont dû ajouter beaucoup à l'héritage bien léger que leur avaient légué les précur-

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