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Passages cités par II. de B. Gibui.ns, op. cil.^ p

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no LE SOCIALISME EN ANGLETERRE

seurs. Maurice et Kingsley ne laissaient guère après eux qu'un exemple et une tradition, l'exemple de prêtres prenant la tête d'une réforme sociale, la tradition que les principes du christianisme seuls peuvent remédier aux maux de l'état économique actuel. De leurs essais pratiques, rien ne restait debout, sauf les cours populaires, les ragged schools (écoles des déguenillés) et ces institutions n'étaient pas proprement du socialisme. Agréées des philanthropes les plus conservateurs, les écoles populaires se sont développées de plus en plus. Cambridge avait donné aux gens instruits Texemple d'aller au peuple. Oxford encouragea, développa cette tendance par l'enseignement de l'illustre Ruskin et de plusieurs autres professeurs.

D'Oxford allait sortir le second mouvement socialiste chrétien, celui qui vit aujourd'hui. Ses initiateurs devaient être des adhérents au parti de la Haute Église, à ce parti qui avait lutté contre la Large Eglise et qui avait été combattu par Maurice et Kingsley. Rien d'étonnant dans cette apparente anomalie. N'avons-nous pas expliqué, en effet, que le socialisme chrétien ne pouvait se développer que dans les Églises fortement organisées ? Or, après 1848, il était né en Angleterre chez les épiscopaliens. Lorsque Kingsley et Maurice eurent disparu, il se reforma dans la fraction la plus cléricale et la plus sacerdotale de l'anglicanisme, dans la Haute Église. Les high church men veulent relever le rôle du clergé : dans cette intention, ils se jnontrent formalistes, attachés aux cérémonies qui distinguent le prêtre du laïque, ils tiennent aux sacrements, ils protestent enfin contre l'asservissement de l'Église d'Angleterre au gouvernement civil. Dans cette horreur de la domination laïque, plusieurs sont disposés à revenir à Rome, plusieurs y sont déjà revenus. Il est naturel que,

portant si haut la dignité de TÉglise, les high church men veuillent la placer à la tête du mouvement social, l'agitation la plus forte de Tépoque présente.

En dehors d'eux, la majorité des anglicans suit docilement les traditions de la Basse Église, indifférente aux conflits entre le capital et le travail. Quant aux non-conformistes, ils se sont mis à la remorque des libéraux et des radicaux et ils ont adopté, comme leurs amis politiques, les principes de Técole de Manchester. Aussi sont-ils presque tous hostiles au nom même du socialisme.

II. La Guilde de Saint -Mathieu. — La Guilde de Saint- Mathieu, qui s'intitule « la plus ancienne des organisations socialistes actuellement existantes en Angleterre », est un groupe de prêtres et de laïques progressistes appartenant à la Haute Eglise et dont le noyau a été formé en 1877 par le Révérend Stewart Headlam.

Le Révérend Headlam, né en 1847 à Liverpool, est devenu socialiste en écoutant les leçons de F.-D. Maurice à l'Université de Cambridge ; en religion, il appartenait au mouvement de la Haute Église, parti de l'Université d'Oxford. Dès son début dans la prédication, il montra une grande activité au service d'une belle largeur d'idées. Desservant à Drury Lane, il apprit à connaître les acteurs et fonda l'association de l'Église et de la Scène [Church and Stage Guild) pour lutter contre les préjugés hostiles aux chanteurs et aux comédiens. Le puritanisme de son évêque fut offusqué et le prêche fut interdit à M. Headlam. 11 parla dès lors dans des réunions particulières et au profit d'œuvres religieuses et sociales, continuant à donner par sa conduite des leçons aux « sycophantes », comme disent les Anglais. On le vit, lui, le sacramentaliste orthodoxe, se prononcer contre la loi qui punit le blasphème, on le vit défendre

Bradlaugh, honni de tous à cause de son positivisme athée ; on Ta vu dernièrement refusant d'abandonner M. Oscar Wilde et s'offrant à lui servir de caution. Il blâmait un jour à rassemblée générale de la Guilde de Saint-Mathieu les réformateurs qui ne sont pas démocrates dans Tidéal et dans la pratique. 11 ajoutait :

De ces trois grands mots par lesquels on a si souvent menti, qui cependant sont si éternellement vrais, Liberté, Égalité, Fraternité, le premier n'a pas de place dans le vocabulaire de certains socialistes ou, s'il est employé, c'est seulement pour être condamné : leur idéal est domination et réglementation ; les hommes auraient une vie matérielle confortable, mais seraient régis par une main ferme et une volonté énergique.

Deux livres par exemple ont été écrits et lus avec succès, qui peignent la réalisation des idéals socialistes, Looking Backward de M. Bellamy et Newsfrom Nowhere de M. Morris. Quoique M. Bellamy accorde des sermons par téléphone à chaque maison, tandis que M. Morris paraît croire que la société future n'emploiera les églises qu'à des fêtes, je n'hésite pas à affirmer qu'en général l'idéal de M. Morris est plus voisin de l'idéal des chrétiens socialistes que l'idéal de M. Bellamy : car le premier est liberté et démocratie, le second est commandement, caserne, réglementation *,

Déclaration libertaire assez imprévue chez un prédicateur orthodoxe qui se plaît à répéter : « Nous sommes socialistes parce qiie nous sommes sacramentalistes », et qui demande à ses disciples bien plus que le sentiment chrétien, puisqu'il veut exiger la foi aux dogmes de l'Église d'Angleterre. Voici les titres des trois chapitres qui composent le programme de la Guilde. [The Guild of St Matthew^ what it is and who should join it,)

1. The non conformist conscience, conférence donnée à la 14* réunion annuelle de la Guilde de Saint-Mathieu, à Sion Collège, 22 septembre 1891. Church Reformer^ octobre 1891, p. 221.

CHRISTIANISME ET SOCIAUSME 113

P"^ Objet. — Effacer par tous les moyens possibles les préventions qui existent^ particulièrement chez les sécularistes^ contre V Église^ Ses Sacrements^ Ses Doctrines; faire tous les efforts « pour justifier Dieu aux yeux du peuple». (La formule entre guillemets est renouvelée des premiers chrétiens socialistes anglais.)

II® Objet. — Provoquer la pratique fréquente et révérende de la Sainte Communion et l'observance plus exacte de renseignement de V Eglise d' Angleterre comme il est contenu dans le Livre de la Commune Prière. (Le « Book of Common Prayer » est le livre de prières de TEglise d'Angleterre.)

IIP Objet. — Provoquer U étude des questions sociales et politiques a la lumière de V Incarnation. (C'est Texplication du socialisme des Guilders : en effet, dit le programme, le fils de Dieu s'étant fait homme, il s'ensuit que « la vie humaine est d'essence divine » et qu'au nom du Seigneur dont le fils s'est dévoué pour l'humanité entière « nous devons réclamer l'égalité pour tous ».)

Les développements consacrés à ces titres sont longs, et nous en citerons un seul pour caractériser l'amalgame de socialisme et de sacerdotalisme qui forme les principes de la Guilde de Saint-Mathieu.

La Messe est le service chrétien le plus important et le plus facile à comprendre. Il a été institué par le Christ en personne et doit pour cette raison être le principal centre du culte chrétien. Sa pompe est une attaque au culte de Mammon. Par la Sainte-Cène y elle présente Jésus-Christ comme le grand émancipateur; elle ennoblit les vulgarités de la vie que les esprits supérieurs affectent de mépriser. Par V Eucharistie, elle est Tantidote deFaigreuret de la tristesse ; elle dissipe les sombres pensées à Tégard de Dieu et de l'Homme : or Tespérance fait des réformateurs, le désespoir des réactionnaires. Par la

Sainte-Communion y elle nous eiigage à un saint communisme, elle est une protestation contre les barrières dressées par les hommes, elle les conduit à Dieu et les rend solidaires les uns des autres. Par le Saint-Sacrifice, elle enseigne cette leçon démocratique, que Christ et ceux qui sont comme lui préfèrent servir à dominer, donner à recevoir. Elle fait Thomme humble devant Dieu et devant ses semblables, et chasse ainsi le cantj l'hypocrisie, le pharisaïsme.

En conséquence, comme membres loyaux de VÉglise d'Angleterre, nous tenons pour « le Sacramentalisme et le Sacerdotalisme », qui sont négligés seulement quand les hommes sont antisociaux.

Un peu plus haut le programme porte cette phrase :

L'individualisme en religion (Protestantisme, Athéisme, etc.) détruit le lien entre homme et homme, en plaçant le croyant dans un monde à part et hors de l'humanité, le non-croyant hors de la société dans les bornes de sa propre personnalité.

Après les trois objets, voici les trois ï'ègles delà Guilde.

I. Réaliser le P^ Objet. — Collectivement {par le moyen de conférences^ de cours, en répandant des ouvrages de propagande, etc.) et individuellement par influence personnelle,

II. Participer à chaque grande fête, et tout au moins assister à la célébration de la Sainte-Communion aussi régulièrement que possible les dimanches et jours consacrés.

III. Se réunir annuellement pour célébrer la fête de saint Mathieu, le 2i septembre, jour qui est la fête de la Guilde.

La réunion annuelle comprend ordinairement une grand' messe le matin, un salut en musique le soir, suivis l'un et l'autre d'un sermon sur les questions sociales. Celui de

Taprès-midi est toujours prononcé par le président, M. Stewart Headlam, et publié par le Chnrch Reformer du mois suivant. Ainsi, dans ce meeting solennel comme dans toutes ses manifestations, la Guilde fonde son œuvre sociale sur une base religieuse. Nous n'avons considéré que la base : le programme qui lui est superposé mérite d'être examiné. L'étude en est assez facile, car M. Headlam Ta condensé dans une de ses conférences les plus solides et les plus claires, celle que la Société Fabienne lui a demandée en 1892 et qu'elle a fait ensuite imprimer dans sa collection de brochures * .

Dans cet exposé, M. Headlam explique d'abord quelles sont les bases religieuses du socialisme qu'il professe. Puis de la théorie il passe à Faction, et il expose un programme de réformes pratiques. Il commence par se déclarer l'allié - de tous les socialistes qui veulent s'emparer des pouvoirs publics pour améliorer le sort des masses, par exemple pour faire les écoles plus nombreuses, plus confortables, l'enseignement gratuit, pour établir légalement la journée de huit heures ou généralement un maximum de la durée du travail en même temps qu'un minimum de salaires, pour transformer en services publics les tramways, les railways, les fournitures d'eau et de gaz, etc.. En gros et en détail, c'est, on le voit, le programme municipal des fabiens. M. Headlam y ajoute la création de la single Islx georgiste telle qu'elle est préconisée par VEnglish Land Restoration League^ la plus radicale des sociétés anglaises pour la nationalisation du sol. « C'est là, afRrme-t-il, la maîtresse-

l. Fabian tract n" 42 (cité plus haut), voir surtout pages 9-14.

Dernièrement, M. Stewart-IIeadlam a donné un résumé très nourri de ses théories dans un article intitulé : Christlicher SozialUmus in En ff land, publié dans la revue viennoise Die Zeit^ n» du 23 mai 1896. En allemand, l'ouvrage de M. L. Brentano.

poutre dans la plate-forme du chrétien socialiste, la principale des réformes politiques qu'il réclame. » Et M. Headlam conjecture les effets de cette réforme avec Toptimifime d'un enthousiaste disciple de Henry George. Il voit un logement sain, une bonne nourriture assurée à chacun lariique la communauté sera devenue propriétaire du sol. H voit les grèves faciles, fréquentes, assurées du succès. Une- conséquence si révolutionnaire ne Teffrayepas. D'autre part l'espoir que Thygiène des masses sera assurée par la Sintfle tax Tentraîne à cette prophétie lyrique :

Riïssell Square, si les propriétaires des maisons qui l'eiilourcnt avaient l'alternative d'être taxés aussi cher que si le sf|iîare était bâti ou de l'ouvrir au public, réaliserait la vieille piopJitHie ; les jardins de la ville seraient pleins d'enfants : et Main mon, la ruine du mariage, étant déflnitivement écarté, l'Ai ma Venus de Lucrèce reprendrait sa marche. Ilinc lœfas nphe^ pueris florere videbis.

L'éloquence et la poésie se trouvent fréquemment dans k*s pnroles de M. Headlam. Elles y sont toujours au ser- \ jce d'une pensée nette et bien arrêtée. Elles n'entraînent [îîis l'orateur plus loin qu'il ne le voudrait.

M, Headlam et ses amis ont déclaré en mainte occasion qu'ils acceptaient complètement les théories de George. Elles prennent dans leur programme la place qu€ la coopérai [on occupait dans celui de Maurice et de Kingsley ; elles soïil le gros morceau des propositions de réformes praiiqiies.

La Guilde de Saint-Mathieu marche dans cette voie, (raccord avec VEnglish Land Restoration Leagiie. Le Sfx'iéUûre général de TE. L. R. L., M. Frederick Verinder, L'sl le trésorier général de la Guilde.

Lfi Guilde est administrée par un Conseil qui comprend

le président (toujours un prêtre, c'est actuellement M. Headlam), le secrétaire, le trésorier (toujours un laïque, c'est actuellement M. Verinder), douze membres élus, six prêtres et six laïques, et enfin les présidents des branches locales. Tous ces dignitaires sont renouvelés chaque année en septembre. Il a déjà été question du meeting général annuel tenu Iç 21 septembre, jour de la fête de saint Mathieu. Les groupes dont Tensemble forme la Guilde se divisent, si Ton commence par les plus importants, en branches locales, comités locaux, correspondants locaux. Les branches les plus importantes sont les quatre branches de Londres, celle de Bristol et celle de l'Université d'Oxford.

Les adhérents doivent appartenir à l'Eglise d'Angleterre ou à une Église en communion avec l'Eglise d'Angleterre, signer une adhésion aux Objets et aux Règles cités plus haut, être présentés par un des Guilders, et enfin être admis au scrutin secret. D'après le 18** rapport annuel (septembre 1895), la Guilde comptait 364 membres dont 99 prêtres. Depuis un an, elle avait recruté 48 adhérents et en avait perdu 16. Elle avait en caisse 1612.60 liv. st., sur laquelle elle devait 328.85 liv. st.

Depuis l'année 1882, elle publie un organe mensuel, The Church Reformer^ dirigé par M. Headlam*. Elle a fait imprimer une trentaine de brochures.

La propagande de ses membres se fait surtout par le moyen des sermons et des conférences.

M. Headlam a organisé, suus le nom de Gui f de de Sntnl- Edmond^ une Société d'instituteurs socialistes chrélîen^i. Il a essayé d'agir sur tout le clergé de l'Eglise d\-\ng:leLeiTe,

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