‹ Le socialisme en AngleterreChapitre 20 sur 63 · Le journal a suspendu sa publication en · texte numérisé non relu

Le journal a suspendu sa publication en

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el, en 1888, sur ses efforts et ceux de ses amis, la Pan anglican Conférence de Londres s'est montrée favorable à lV?lude des questions sociales. Mais la déclaration que cette CnnIVrenee a faite est toute platonique. On peut dire que Tinfluonce de la Guilde de Saint-Mathieu ne va guère au delà d'une petite partie de la classe aisée, et qu'elle tient smi înfliiDTice de la situation sociale des principaux orateurs de la Guilde. Plusieurs d'entre eux sont membres élus de School bnî^rds et de Conseils de Villes ou de Comtés. Un nB^ï^^mnd nombre ont adhéré à la Fabian Society et à la I^uid fîe^fnration League.

m. L'Union sociale chrétienne. — L'Union sociale chrélieiine [Christian Social Union) a été fondée en 1889, par des prêtres qui appartenaient à la Guilde de Saint-Mathieu nu qui subissaient son influence. Elle est sortie, elle aussi, delalJfiule Eglise, et même elle se rattache plus directement ou jïiouvement sacramentaliste et sacerdotaliste d'Oxford. L^uTic de ses principales branches a son siège à Oxford dans uï>e sorte de couvent nommé Pusey House, en souvenir du D*" Pusey, l*un des initiateurs de la renaissance religieuse de 1830, Les modernes puseyites vivent en commun, à peu près comme des moines, mais sans s'isoler du monde extérieur; ils suivent les cours de plusieurs collèges de l' Université ; ils étudient les sciences sociales en même temps que la (hênlngie; depuis le mois de janvier 1891 ils font pijrîiîlre un périodique trimestriel, the Economie RevieWy qui mérîle d'être consulté.

PuBcy House n'est que le centre d'une des branches de ia Ckri^sfùut Social Union, Prise dans son ensemble, cette association a un cadre religieux plus large et un programme social plus vague que la Guilde de Saint-Mathieu. Le caractère général de l'Union est plutôt une bonne volonté

soutenue par la foi chrétienne. Son but est l'étude plutôt que Faction. On a vu plus haut ce que produit le travail de la branche d'Oxford. La branche de Londres a institué des discussions sur les lois ouvrières proposées au Parlement, elle s'est mise en rapport avec le Conseil de Comté, elle a institué des enquêtes sur l'industrie et le commerce, enfin elle a édité des séries de sermons sociaux prononcés par quelques-uns de ses membres* et même des Hymns for social service. Cette branche s'est mise en rapport avec les membres de la Société Fabienne ; elle a invité plusieurs d'entre eux à parler dans ses réunions ; elle a demandé des conférences à des économistes connus pour leur science et pour leur radicalisme, tels que M. J.-A. Hobson, à des socialistes comme M. Robert Blatchford.

La branche de Londres soutient des journaux destinés à la propagande populaire et à la vulgarisation de ses idées. Tel est le Goodwill, édité par M. F. Adderley, dont les abonnés et les lecteurs sont environ 23.000.

Depuis le l*'*" janvier 1896 elle a une sorte d'officiel dïins the Commonwealth^ revue mensuelle dirigée par le chanoine Scott Holland, avec les conférenciers adhérents ou màépendants de l'Union pour collaborateurs.

Les deux branches principales d'Oxford et de Londres ont donc chacune leur vie à part, toutes deux occupées \\ l'étude, la première plus scientifique, la seconde plus vul^'arisatrice. La branche de Londres est de beaucoup la plus considérable. En 1896, elle comptait 949 membres répaiLiti entre les différents groupes de la capitale et des environs ; les branches de Bristol, Leicester, Brighton et Rochester.

1. A Lent in London, a sélection of the Lent sermons. LondiTs, Longmans, 3« édition, 1895, in-S". — Tl\e Gospel of the Kingdom. five Advent sermons. Londres, Elliot Stock, 1895, in-S".

qui sont afliliées à celle de Londres avaient toutes ensemble 198 membres. Sur ces 1.147 unionistes, 43 pour 100 sont des prêtres, 32 pour 100 des femmes, 26 pour 100 des laïques hommes. Dans toute l'Angleterre la G. S. U. comprend environ 2.500 membres. Son président général est le Très-Révérend D*" Westcott, évêque de Durham. Le D*" Westcott, autrefois professeur à l'Université de Cambridge, est connu pour sa science de la théologie et s'est fait remarquer parmi les évêques anglicans par l'extrême simplicité de sa vie. La branche de Londres a pour président le chanoine Scott Holland et pour secrétaire le Rev. Percy Dearmer, deux des leaders et des prédicateurs les plus actifs de l'Union. M. Scott Holland, gradué d'Oxford et chanoine de la cathédrale Saint-Paul à Londres, est l'homme qui a le plus contribué à la fondation de la G. S. U. en 1889. Auparavant il s'était fait connaître comme l'un des partisans éminents de la High Church et il avait contribué à l'ouvrage intitulé Lux Mundi^ dans lequel sont exposés les principes des highchurch men. Actuellement il prêche, il polémise et il écrit avec beaucoup d'ardeur et de talent en faveur du socialisme chrétien. Le Rev. Percy Dearmer, ancien élève d'Oxford, actuellement vicaire d'une église de Londres, est d'un socialisme plus prononcé que la plupart des unionistes. Il a contribué au livre publié en 1895, par Andrew Reid, sous le titre de the New Party et destiné à former le programme d'un parti démocratique indépendant. Le DV Westcott, les Rév. Holland et Dearmer font partie de la Guilde de Saint-Mathieu, en même temps que de l'Union.

La Christian Social Union a acquis des disciples parmi les anglicans hors de la Grande-Bretagne. Des Sociétés qui portent le même nom et qui correspondent avec l'Union

d'Angleterre existent en Australie, dans le Sud-Africain, au Canada, aux États-Unis. Cette dernière, avec Tévéque de New- York pour président et le professeur Ely pour secrétaire, est la plus florissante. Elle a plusieurs grandes branches qui réunissent environ 5.000 membres.

A l'étranger, comme en Angleterre, l'Union sociale chrétienne se compose en majorité de prêtres, et se propose d'instruire les prédicateurs des faits économiques et de les engager à parler en chaire sur les questions sociales.

IV. Sectes nouvelles : Les Églises de la Fraternité et du Travail. — En dehors des associations exclusivement anglicanes que nous venons d'étudier, il y a peu de véritables chrétiens qui soient socialistes. Les « non conformistes », presbytériens d'Ecosse, wesleyens de Galles, etc., sont, en général, inféodés à la politique libérale et radicale. Une association appelée Christian Socialist Society et un journal nommé Christian Socialist avaient été fondés en 1886-87 par M. Campbell qui faisait appel à tous les croyants sans distinction de secte. La tentative n'a pas réussi. M. Campbell, comme beaucoup d'autres socialistes chrétiens, est devenu membre de la Société Fabienne et du Parti ouvrier Indépendant,

Un original mélange de mysticisme, de rationalisme, d'humanitarisme a donné la Brotherhood Church et la Labour Church^ dont les tendances ne correspondent sur aucun point aux doctrines, aux opinions, aux sentiments de notre pays. Elles sont sorties l'une du congrégationalisme, l'autre de l'unitarisme, Églises presque sans dogmes et sans clergé.

L'Église de la Fraternité est un groupe de congrégationalistes qui se sont réunis pour « appliquer les principes du Sermon sur la Montagne littéralement et parfaitement

à rindividu et à la société ». G 'est-à-dire en un langage précis qu'ils veulent organiser des coopératives. Toujours la tradition de Maurice et de Kingsley à laquelle s'ajoute ici le néo-christianisme de Tolstoï'. Le moraliste russe est vénéré comme un prophète par les membres de la Brotherhood Church, Ils vulgarisent ses doctrines en publiant sous forme de brochures certains chapitres de ses livres. L'initiateur du mouvement, M. Bruce Wallace, à l'exemple de Tolstoï, s'habille avec simplicité, ne mange que des légumes et ne boit que de l'eau. M. Bruce Wallace, né aux Indes et fils d'un missionnaire presbytérien, est entré dans l'Eglise congrégationaliste comme pasteur, puis il est devenu chrétien indépendant et a quitté son ministère. Journaliste et collaborateur de plusieurs périodiques radicaux, il a adopté les théories de Henry George qui ont déterminé sa dernière évolution. En 1892, il fondait, à Southgate Road (Londres), la première Eglise de la Fraternité. Trois autres ont été depuis organisées. Elles ont un culte spécial le dimanche et donnent ♦le samedi des concerts, des représentations dramatiques et des conférences. Elles se doublent de coopératives de consommation.

Enfin, à Groydon, a été ouverte une Brotherhood House^ sorte de phalanstère dont les habitants vivent en commun, à peu de frais.

Pratique et religieux à la fois, ce mouvement peut s'étendre hors de la capitale, comme l'a fait l'Eglise du

1. Le publiciste le plus fécond de cette association, M. John-C. Kenworthy, se proclame « anarchiste chrétien ». Il prêche, en tolstoïste fidèle, la résistance passive à la tyrannie et à l'immoralité. Il est venu soutenir sa doctrine et parlera la fois contre la violence et contre Faction parlementaire à la conférence communiste-anarchiste réunie à Londres en même temps que le Congrès socialiste international (1896).

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Travail. Mais combien ces religions d'à côté dureront-elles? Le temps d'être remplacées par une autre.

M. John Trevor, le fondateur des « Eglises du Travail », est un prédicateur unitarien qu'a toujours obsédé l'idée de résoudre la question sociale par la morale chrétienne. Fils d'un marchand drapier de Liverpool, il fut d'abord architecte, puis il séjourna en Australie pour remettre sa santé ébranlée; enfin, il fit des études théologiques à l'Université unitarienne de San-Francisco. Revenu dans son pays, il flotta pendant plusieurs années entre sa foi et son afdent désir de prendre part dans les rangs des pauvres à la lutte sociale et finit par concilier ses deux tendances en organisant les Eglises du Travail.

La Labour Church, écrit son secrétaire', est fondée sur les deux principes suivants : 1° L'abolition du monopole privé et irresponsable de la propriété foncière et capitaliste, ainsi que la reconstruction graduelle de la vie nationale sur des principes d'équité nationale, est l'CEuvre de Dieu à notre époque et par conséquent le travail le plus vraiment religieux que puissent accomplir des hommes, qu'ils croient ou non à la Divinité; 2<» pour .une telle œuvre, le développement du caractère individuel de l'ouvrier est essentiel ; en termes simples, il faut que l'ouvrier soit digne de l'œuvre. Nous avons donc, dans la Labour Church, un terrain commun aux croyants et aux incrédules de toutes nuances, pourvu qu'ils soient disposés à accepter le caractère économique qui nous distingue de toutes les autres Églises, et le caractère religieux qui nous sépare des mouvements purement politiques. L'extraordinaire importance de la base économique vient du fait qu'en l'acceptant, le mouvement s'engage dans une action économique bien définie.

Concilier des contradictoires par une synthèse nouvelle, c'est l'espérance où se plaît M. John Trevor.

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