Spécial Report (1894), pp. 12 et
la condition des femmes et des enfants employés dans l'agriculture, Tévêque de Manchester déclarait qu'il avait visité 300 paroisses dans les Comtés de Norfolk, Essex, Sussex et Gloucester et que dans deux seulement il avait trouvé des cottages propres à servir d'habitation à toute une famille. Partout ailleurs on rencontrait jusqu'à 19 personnes entassées dans une chambre unique. Dans le Shropshire^ sur 62 maisons visitées, 29 n'ont qu'une chambre; dans le Dorsetshire, une statistique portant sur 42 paroisses montre que la proportion des maisons à une seule chambre s'élève à 16 p. 100. Si l'on pense que les grandes familles sont la règle parmi les travailleurs agricoles anglais, on se fera l'idée de l'entassement que représentent ces chiffres.
Un mal si évident a forcé l'attention et l'on a vu des landlords faire des sacrifices pour détruire les vieilles chaumières et les remplacer par des habitations plus saines. Par exemple le duc de Devonshire a fait élever, comme un décor au bout de la perspective de son Versailles de Ghatsworth (Derbyshire), le village modèle d'Edensor, groupe de jolies maisons en bois et briques de style Elisabeth, rangées autour d'une église d'architecture médiévale. Mais le nombre des villages modèles est encore trop restreint pour qu'ils représentent autre chose qu'une dépense de luxe, rarement de charité, faite par le seigneur sur le domaine où se trouvent son palais et son parc. De plus les élus auquel on accorde pour Tordinaire un logement dans les maisons neuves sont triés et leur sélection est arbitraire ; l'autorité seigneuriale du propriétaire continue à se manifester par les interdictions de réunions, l'ordre d'aller à une église désignée, les évictions. Avec plus de place, d'air et de lumière, le coiiager-
modèle reste un tenancier comme les autres, plus dépendant même s'il tient à conserver ses quelques avantages.
La charité du landlord peut bien soulager la misère, mais elle renforce la servitude du journalier. Elle est réelle, elle s'exerce de plus en plus et pourtant elle est mal vue de l'ouvrier des champs. Il ne faut donc pas s'étonner si les rapports de la Royal Commission on Agriculture constatent que, dans tous les districts étudiés, les rapports entre maîtres et journaliers sont tout à fait dénués de cordialité.
Le caricaturiste Cynicus a résumé la situation au point de vue démocratique en représentant le labourer portant à califourchon sur ses épaules le farmer^ et par-dessus le landlord à cheval sur les épaules du f armer. Le landlord a les mains dans les poches du farmer^ celui-ci dans les poches du labourer et le dernier bêche la terre avec résignation ; il est le « bouc émissaire » {scape goat).
Les ouvriers agricoles, réduits à former une classe inférieure de salariés, devaient être amenés à suivre l'exemple des ouvriers de l'industrie urbaine qui réagissaient par l'association corporative contre une destitution analogue. Aussi a-t-on vu dès le début le trade unionisme s'étendre sur la campagne ; les owenites de 1833 à 1834, les chartistes de 1838 à 1848, y ont recruté des adhérents. Mais ces syndicats agricoles sont rapidement tombés. Même sort est arrivé à un mouvement plus récent qu'on croyait sûr d'un grand résultat. C'est l'agitation de Joseph Arch. J. Arch, ouvrier agricole de Warwickshire et, comme beaucoup de leaders ouvriers, prêcheur libre d'une secte non-conformiste, forma en 1872 dans son Comté le germe de la National Agricultural Labourers' Union. L'Union qui comptait près de 100 000 membres aux environs de 1875
a rapidement décru ensuite, et depuis 1894 on peut dire qu'elle n'existe plus. Ses débris étaient représentés dans le Congrès desTrade Unions de Gardiff(1895) au nom de 1.121 membres, à celui d'Edimbourg (1896) au nom de 2.000. Il ne reste plus que les petites unions locales que signalent un peu partout les enquêteurs des commissions officielles. En 1896, M. Webb évaluait le nombre total des journaliers agricoles syndiqués à 40.000 sur 750.000 * .
Les causes de cet échec sont multiples. Les cotisations étaient trop faibles et ne permettaient pas de créer des fonds d'assistance pour les maladies, les accidents, le chômage, comme le faisaient les trade unions industrielles ^. Les agitateurs étaient pour la plupart (comme en 1833-1848) des gens des villes suspects aux paysans. L'opposition des farmers et des landlords a été très forte. Joseph Arch a été dès le début privé de travail et évincé de son cottage. Enfin la misère est devenue grande dans les campagnes par suite delà crise qui s'est produite en Angleterre comme dans toute l'Europe et qui a pour cause la concurrence faite par les produits des pays agricoles étrangers à ceux des nôtres. Des fermiers ont fait faillite ; ailleurs on a renvoyé une grande partie des journaliers pour mettre à leur place des machines servies par un petit nombre de manœuvres. L^application des machines à la production agricole est plus rapide en Angleterre que chez nous à cause de l'accumulation des terres entre quelques mains.
La dépopulation des campagnes au profit des villes et