Essay third, p
2. Owen a sans cesse protesté contre la théorie de la population de Malthus et contre la « contrainte morale » qui en était la conséquence. Essay fourth, p. 80; Report to M. Sturges Bourne's Corn.mittee on the Poor Lau\ 1817.
surproduction [overproduction) ; les marchés sont encombrés, et, pour vendre, on baisse les prix, on prend la diminution sur le salaire des ouvriers ou on la régale sur leur travail qu'on prolonge démesurément pendant une partie de la nuit. Trop heureux sont-ils encore lorsque le patron ne les remplace point par des femmes ou des enfants ou ne ferme pas ses ateliers pendant plusieurs mois afin d'écouler les stocks qu'il a en magasin. Owen conclut : « Je remarquai de bonne heure la grande attention donnée à la machinerie brute et la négligence et le mépris pour les machines vivantes. » 11 constate enfin le paradoxe de la grande industrie, la production d'une quantité d'objets supérieure aux besoins, contrastant avec le profond dénûment des ouvriers qui produisent. Dans le même temps Fourier écrivait : « En civilisation la pauvreté naît de la surabondance même. » Mais Fourier ne creusait pas cette idée avec le même soin qu'Owen ; il n'attribuait le mal qu'à des causes générales et vagues et ne se rendait pas compte de sa cause immédiate, le développement du machinisme. Il s'exprimait juste, mais il voyait mal. Saint- Simon, d'autre part, disait bien que l'avenir appartenait aux industriels ; mais il s'en réjouissait, car il ne distinguait point parmi les industriels les patrons et les ouvriers; il croyait encore, comme Adam Smith, que par l'effet des lois naturelles la prospérité des premiers amènerait « la richesse des nations». Il s'écartait de l'économie politique orthodoxe par un seul point. Tandis qu'elle ne demandait à l'État que la liberté, Saint-Simon voulait que les pouvoirs publics se missent au service de rinduslrit- q{ que l'organisation du travail remplaçât la politique, la j^uerre, la diplomatie. « Tout par l'industrie, écrivait-iJ, tout pour elle! » Ainsi l'analyse de la situation économique présente
a été incomparablement mieux faite par le filateur de coton Owen que par le « sergent de boutique » Fourier et par le gentilhomme érudit Saint-Simon. Il a vu l'opposition d'intérêts entre le propriétaire et le salarié qui échappait au premier; il a indiqué les véritables termes de la question ouvrière que le second n'apercevait pas.
A sa critique précise, Owen a essa^ré de donner une base positive. Il ne s'est pas contenté de faire appel à la fraternité des riches, de proclamer le droit naturel des pauvres au bonheur, comme les réformateurs sociaux du xviii® siècle et comme les radicaux de son époque. Pour donner à ses doctrines une forme de justice rigoureuse, il a repris la fameuse théorie de Ricardo et il a dit : « La mesure naturelle de la valeur est le travail de l'homme ». D'après cette conception, la classe pauvre était la seule qui produisît la richesse et la classe riche était oisive et parasite. Si la première réclamait le prix intégral de son travail, elle ne demandait pas l'aumône, mais son droit. Ainsi Owen arrivait à sa proposition dernière. Le profit du capitaliste, la rente perçue par le propriétaire du sol sont d'injustes prélèvements faits sur la rémunération due au travailleur. Il faut donc éliminer les profits et rentes, c'est-à-dire mettre en commun la propriété mobilière et foncière. Owen aboutissait donc au communisme contre lequel Saint- Simon et Fourier ne cessaient de protester.
La doctrine n'était pas neuve ; mais l'originalité était de l'asseoir sur les conclusions de l'économie politique. Les éléments du système d'Owen ne lui appartenaient pas. Sa morale était celle des sensualistes et des utilitaires précurseurs du positivisme. Ses doctrines économiques étaient empruntées aux disciples égalitaires de Bentham. Mais l'autorité du filateur de New-Lanark leur donna une popularité qu'elles n'avaient jamais atteinte.
On peut considérer Owen comme le trait d'union entre le communisme utopique des siècles précédents et le socialisme « scientifique » c'est-à-dire fondé sur les conclusions de la science économique.
Une partie de la terminologie marxiste remonte aux ricardiens égalitaires dont Owen s'était inspiré. Ce sont eux, par exemple, qui ont appelé « surplus value » (plus-value) la partie de la valeur produite par le travail qui passe en profits du capital et en rentes de la propriété. Ce sont eux aussi qui, d'après leur théorie de la valeur, ont appelé les capitalistes et les propriétaires « classe improductive », les ouvriers « classe productive ».
Le socialisme, doctrine distincte du vieux radicalisme, se forme donc en Angleterre vers 1825 et trouve un champion dans Owen. C'est lui qui lui donne le nom qu'il a conservé ^ .
17. Owf n fondateur de communautés et de sociétés coopératives. — Le premier ouvrage dans lequel Owen réclame nettement que la propriété soit transférée des particuliers à la communauté est la brochure intitulée Causes of ihe présent Disiress^ publiée en 1823. Entre cette date et l'année 1828 où Owen, âgé de 57 ans, quitte définitivement New-Lanark, s'étend une période de transition, celle des communautés et de la coopération. Owen ne croit plus au salut par la bonté des patrons et l'intervention de l'État. Il invite les ouvriers et les paysans à s'aider eux-mêmes et leur donne le plan d'une réorganisation sociale fondée sur la justice.
Le travailleur, leur dit-il, produit toute la richesse et
1. Le nom de « Socialisme » fut employé pour la première fois par Owen en 1 835. En France, Pierre Leroux Tavait employé dès 1832 « par opposition à individualisme ».
cependant il est malheureux parce qu'il est mal rémunéré et que les subsistances et les vêtements sont trop chers. Deux souffrances qui proviennent de ce que la production et réchange sont dirigés par des capitalistes qui, sans rien faire, prélèvent sur le travail des autres la part du lion sous forme de profits. Ils sont maîtres du marché et le dirigent au mieux de leurs intérêts et sans se soucier de la vie des masses. Le capitaliste exploite donc les ouvriers à la fois comme producteurs et comme consommateurs. D'autre part, le capital est indispensable aux travailleurs pour mettre en valeur leur force et leur habileté et pour leur donner le moyen de l'échanger contre des vivres et des habits. Mais ils peuvent avoir le capital sans le capitaliste. Que les cotonniers ou les mineurs s'associent pour constituer un fonds de roulement et acheter les machines, ils domineront leur industrie au lieu d'être dominés par elle. Que les consommateurs se groupent pour s'adresser directement aux producteurs, et la production sera désormais ordonnée suivant les besoins des hommes et non suivant les intérêts de quelques particuliers. Plus d' overproduction, mais aussi plus de crises ni de chômageè. Plus de variations brusques du prix du blé, de la viande, des cotonnades, car les échanges seront réglés sur les besoins des hommes, et nul ne gagnerait à faire la famine dans un pays pour y vendre plus cher. Dans la Société de l'avenir l'offre dépassera toujours la demande et les objets seront vendus au <t prix coûtant de production ». Tels sont les avantages que promet la suppression de toute propriété privée, qu'entraîne la lin du profit et de la rente du sol.
Comme on le voit, Owen développait les principes de la coopération qu'il avait déjà essayée à New-Lanark, et il les appliquait à la réalisation de son idéal communiste.
Dans la pratique, il se sert aussi de son expérience passée. Le premier moyen qu'il propose, c'est la communauté telle qu'il l'avait établie à New-Lanark,mais cette fois sans patron. Il veut établir des groupes libres d'ouvriers et de paysans qui se suffiront à eux-mêmes s'il est possible, ou qui feront entre eux des échanges de produits différents. Il y voit un autre avantage, c'est de distribuer la population en villages agricoles ou manufacturiers séparés l'un de l'autre par des prés, des champs et des bois, au lieu de l'agglomérer dans de grands centres malsains et malpropres où Tair est vicié et le logement insuffisant. Ce plan ressemble par certains côtés à celui que Fourier proposait à la même époque dans son ouvrage capital, Traité de VAssodation domestique-agricole^ publié à Paris en 18"22. Les phalanstères sont à la fois des coopératives de consommation et des coopératives de production. Fourier est en France l'un des promoteurs de la coopération dont Owen est incontestablement le père en Grande-Bretagne. Mais entre les deux projets les différences ne sont pas moins frappantes que les rapports. Fourier donne à chacun des membres de ses phalanges un appartement dans un grand palais, le phalanstère; Owen préfère que chacun habite chez soi. Par contre Fourier n'est pas communiste; il maintient la division entre capitalistes, travailleurs intellectuels, ouvriers manuels, et déclare que l'intérêt de l'argent, le loyer de la terre sont aussi légitimes que le salaire. En somme, il se borne à augmenter le salaire par la participation aux bénéfices; Owen le supprime pour répartir entre tous également le travail et les profits. Enfin Owen, plus pratique en même temps que plus novateur, veut opérer avec le mode de production de son temps, industrie, machines, et division du travail ; les mineurs
d'un côté, les cotonniers de Tautre, ceux-ci séparés en fîleurs et en tisseurs, etc. Dans sa réorganisation, le grand point est la coopération ouvrière, la mine aux groupes de mineurs, la filature aux groupes de filateurs, la terre aux groupes de paysans. — Fourier, plus fantaisiste, s'attache à des rêveries psychologiques et morales; il considère comme une découverte capitale son idée de rendre le travail attrayant; la clef de la réorganisation sociale est pour lui le changement perpétuel d'occupations du phalangiste jardinant pendant une heure, forgeant une autre, puis allant à la pêche et ainsi de suite, de sorte que le travail, pour lui, corresponde à un plaisir et s'arrête au moment où il va devenir ennuyeux, de sorte que la passion du changement, la papillonne, qui est au fond du caractère humain, soit toujours satisfaite. Aussi Fourier, tout en approuvant les principes d'Owen sur la coopération, lui reproche-t-il toujours de laisser au travail son caractère pénible ^ . Ceci prouve combien Fourier se rendait peu compte du véritable intérêt de sa doctrine.
Owen, toujours préoccupé d'agir, consacra une partie de sa fortune à mettre ses idées en pratique. En 1823, il fonde une première communauté agricole en Irlande pour apprendre aux Irlandais le moyen de sortir de la misère affreuse dans laquelle ils étaient plongés. Le premier essai de Fourier n'a pu être fait que dix ans plus tard. En 1824, Owen, voyageant aux États-Unis, visite les communautés organisées à la fin du xviii® siècle par des frères moraves
1 . Voir à ce sujet la brochure de Fourier, Pièges et Chariatanisme des deuxsectes de Saint-Simon et d'Owen, qui promettent Vassociation et le progrès. Paris, 1831, in-8*» de 72 pages. Il y eut de fréquentes polémiques sur ce sujet entre le journal d'Owen, The new Moral World^ et les organes fouriéristes. Le Phalanstère^ La Phalange.
et d'autres immigrants appartenant à des sectes chrétiennes communistes. Il achète sur les confins de Tllinois et de rindiana une colonie appelée Harmonie qu'avaient établie, en 1804, des protestants wurtembergeois. Sous le nom de Nouvelle Harmonie, elle va devenir, en 1825, l'établissement modèle. Owen la subventionne, y revient chaque année pour se rendre compte du fonctionnement, y apporter les améliorations et les secours nécessaires. La colonie se dissout en 1828, mais le fondateur ne se décourage pas ; au contraire, ses plans deviennent plus grandioses et, en 1829, il cherche à obtenir du gouvernement mexicain la concession du Texas pour en faire un groupe de communautés. Ses négociations n'aboutissent pas; ses essais isolés ont tous échoué l'un après l'autre. Des onze colonies organisées aux États-Unis par Owen ou par ses amis, aucune n'a duré plus de trois années ^ .
Tous ces essais, comme plus tard ceux de Gabet ou de Considérant ont échoué pour des raisons faciles à saisir.