Voici la liste de ces colonies
Communauté de Blue Sprin^ (Indiana).
Société coopérative (Pensylvanie).
Communauté de Coxsackie (New -York) ; durée entre 1 et 2 ans.
Communauté de Forrestville (Indiana) ; environ 60 membres ; superficie 325 acres; d., un peu plus d'un an.
Communauté de Franklin (New- York); environ 80 m.; sup., 120 a. ; d., 5 mois.
Communauté de Kendal (Ohio) ; 200 m.; sup. 200 a.; d., environ
2 ans.
Macluria (Indiana); sup. 200 a.; d!, environ 2 ans. New Harmony (Indiana); 900 m.; sup., 30.000 acres; valeur 750.000 francs; durée, environ 3 ans (1825-1828). Nashoba (Tennessee); 15 m.; sup. 2000 a. ; d., environ 3 ans. Communauté d'YelIow Spring (Ohio); 75 à 100 familles; d.,
3 mois.
(D'après J. H. Noyes, History of Americari SocùiUsmii, Vlûkultiphie, Lippincott, 1870, in-8*', p. 15.) Ce livre expose ce qu'on suit d or communautés fondées en Amérique par les owl nitesî d^eboid p\ Ijcaucoup plus tard (à partir de 1843) par les founi'iiyle*^ el cahclisLiis*
Ils exigeaient le dévouement de l'individu à l'intérêt général, et tout le reste du monde donnait l'exemple du contraire. Les bons membres se décourageaient, les mauvais aiïluaient et tâchaient d'exploiter l'entreprise à leur profit. On eut des vendeurs malhonnêtes, des caissiers infidèles. Pour empêcher de tels maux il eût fallu que le monde entier fût couvert de communautés de travailleurs, de ^orle qu'aucun membre n'eût d'avantage à quitter la M Nouvelle Harmonie » pour rentrer dans le monde de la propriété individuelle. Ce monde bloquait les colonies frtJwen, il les dominait même; on n'avait pu se rendre iiifirpendant de lui. Ainsi jes établissements d'Irlande se trouvaient sur des terres qiie le propriétaire n'avait pas voulu vendre. Quand la colonie se mit à prospérer, le iHudiord augmenta brusquement le loyer, ruina les colons et les obligea à se séparer. Les causes multiples des échecs d'Owen ont montré qu'il était impossible de créer un monde nouveau dans l'ancien ; il faut supprimer riiiicien et faire appel à la révolution, ou bien se borner à des réformes partielles.
Owen allait prendre à la fois l'un et l'autre parti. Le Lrail qui le caractérise, c'est d'avoir essayé avec beaucoup d'énergie, toutes les solutions à la fois. Il n'abandonne pas les essais de communautés après 1828. Il poursuit en même temps et avec une nouvelle énergie l'établissement de eoopératives de type plus simple.
Dès 1824, il avait fondé la London Coopérative Society^ L'oopérative de consommation à laquelle d'autres se joignirent bientôt. Owen fut à la tête d'une union de coopéraLeurs qui tint un Congrès chaque année à partir de 1829. t:ile comptait 170 magasins en 1830, 4 à 500 en 1832. Des journaux spéciaux étaient publiés par des disciples d'Owen :
The Coopérative Magazine en 1826, The Cooperalor en 1828*.
Mais le mouvement à peine constitué échappait à la direction d'Owen. Au quatrième congrès coopératif, à Londres, en 1832, la déclaration suivante fut adoptée :
Les Sociétés coopératives, comprenant des personnes de toutes les sectes religieuses et de tous les partis politiques, ont décidé à Tunanimité que les coopérateurs, comme tels, ne sont identifiés avec aucune doctrine religieuse, irréligieuse ou politique, ni celle de M. Owen, ni celle de tout autre.
Les coopérateurs voulaient tout simplement acheter à bon marché et ne se souciaient pas de ceux qui n'étaient point leur co-actionnaires. Owen avait des vues bien plus larges. Il pensait à faire des Bourses du travail [Labour Exchanges) pour permettre à Touvrier d'échanger son travail contre les objets de première nécessité sans passer par les conditions du capitaliste. Le travail était évalué à 6 pence (0 fr. 60) l'heure, prix uniforme. L'ouvrier s'adressait à la Bourse du travail qui lui trouvait un emploi, un engagement de tant d'heures; il recevait un nombre de bons de six pence égal à celui des heures, et devait avec ces papiers payer ce qu'il prendrait dans les magasins coopératifs, en relations avec la Bourse du travail ^. Owen faisait une innovation qui devait être reprise après lui. Les tentatives de Josiah Warren, ex-colon de New-Harmony, disciple d'Owen et le fondateur de l'anarchisme aux États- Unis, le plan exposé par Proudhon en 1846 et qu'il essaya de réaliser par sa Banque du peuple en 1848, certains pro-
1. Béatrice Potter, History of the Coopérative Movement, pp. 41-44.
2. Lloyd Jones, Life... of Robert Owen, pp. 240>270. L'auteur reproduit, p. 240, un des bons du Labour Exchange, en date de 1833.
jets du Prussien Rodbertus-Jagetzow n'ont été que la reproduction des Exchanges owenites. Aucune de ces ténia Livcs n'o réussi. Celle d'Owen s'est prolongée péniblement de XKVl à 1834. Tandis qu'elle échouait, les coopératives de consommation fondées pendant les années précédentes tombaient Tune après Tautre. Aucune n'a prolongé son exis?tence jusqu'à nos jours; presque toutes étaient mortciî en 1834. De nouveau déçu, Owen, sans jamais abaiulonnGr aucun des projets qui venaient d'échouer, cherclic d'mi autre côté.
V. Owen organisateur d'un Parti ouvrier socialiste. — \Zn 1834^ (Ivven pénètre de socialisme révolutionnaire le mouvemenl ouvrier tout nouvellement formé. Pour comprendre sou intervention, il faut revenir aux partis avancés que noLîs a^ ons quittés pour suivre la carrière d'Owen.
Le parti radical qui avait en tête de son programme le suffraprc universel et qui se bornait à l'action parlementaire s'étiiit renforcé. A côté de lui, parfois en dehors, s'était formé* depuis les lois de 1824-25 autorisant les syndicats, un parti mn rier. En 1830, un ouvrier fîleur de coton de >r;nichcstor, Doherty, avait fondé une Association Nationale pour la protection du travail. En 1831, les ouvriers du bAtînienl k Londres avaient tenté de former une Union thiffonnle des classes ouvrières. Ces organisations mareliaient encore avec les radicaux. Mais la coalition fut rompue après que la réforme électorale incomplète de 1832 eut âéçii les ouvriers. On n'accordait pas le suffrage univerï^e! et nn n'avait pas même abaissé le cens électoral ; on n'avilit tHendu le droit de vote à aucun de ceux qui nYUoienf pas propriétaires fonciers. C'est alors que les nwpnitt^:^ intervinrent et formèrent pour la première fois
LE PREmBB SOCIALISME ANGLAIS 55
dans l'histoire un parti ouvrier socialiste. Ils détournèrent les travailleurs des programmes politiques* et les invitèrent à réclamer la réforme de la société ; ils les dissuadèrent de s'adresser aux députés et les invitèrent à faire leurs affaires eux-mêmes. Le programme du nouveau mouvement fut expliqué par Owen aux congrès des sociétés « owenites », coopératives et autres, tenu à Londres le 6 octobre 1833*. Tous les membres de la « classe productive » devaient se grouper en syndicats corporatifs. Chaque syndicat devait se proposer de prendre les capitaux, les terrains, les constructions, les machines qui servent à la profession de ses membres, et de les exploiter sans patrons et sans propriétaires, sous forme de coopératives ouvrières. Les échanges se feraient par entente entre les différentes coopératives. Comme moyens, les owenites recommandaient la grève générale ; car toute la richesse étant produite par les bras des ouvriers, ainsi que le prétendaient Hodgskin et Thompson, si les ouvriers cessaient de prêter leur concours aux capitalistes et aux propriétaires, ceux-ci mourraient de faim à côté de leur argent ou au milieu de leurs terres et ils viendraient eux-mêmes supplier qu'on les délivrât d'un monopole désormais sans profit. En atten-
1. Saint-Simon avait écrit que toute la politique se résume en ces mots . « Tire-toi de là que je m'y mette ! » Fourier avait prédit M la débâcle delà politique », dont Considérant a fait le titre d'une brochure. Saint-Simon et Fourier, tous deux témoins et victimes de la Révolution, avaient été frappés du peu de bien-être matériel qu'avait laissé derrière elle cette grande tourmente. Ils disaient que le temps était passé des réformes politiques qui modifient seulement les noms, les lois, les usages, et que le moment était venu des réformes sociales qui organisent le travail et règlent équitablement la répartition des richesses. Saint-Simon et Fourier faisaient appel à tous, particulièrement aux gens éclairés. Ils n'ont jamais eu l'idée qu'on pût fonder un parti spécial avec la classe ouvrière formée par révolution industrielle.