Musée socinl. Circulaire n" 9 de la série A
ceux qui sont exploités par le sweating System. « Le sweating System^ (système de la suée) consiste, suivant la définition de la Royal Commission on Labour à faire travailler de longues journées pour un faible salaire et souvent dans les plus mauvaises conditions de salubrité ». Il a pour cause le marchandage et le travail aux pièces. L'employeur, au lieu de faire les frais d'un grand atelier, se borne à recueillir les produits du travail pour les vendre en gros ou en détail. Pour la fabrication, il traite à forfait avec un entrepreneur (marchandage) et celui-ci partage le travail, moyennant un prix très minime, à des malheureux qui le font chez eux. Ce système a pour conséquence de réduire au plus bas point le salaire des ouvriers, puisque les entrepreneurs se disputent les commandes à force de rabais et qu'ils tâchent ensuite de faire un bénéfice en le prélevant sur le prix qu'ils donnent par pièce. Londres est en Angleterre, et même en Europe, un des grands centres du sweating system.
Le vrai domaine du sweating system ce sont les industries de l'habillement. Il a pour victimes les étrangers entassés dans l'East End, particulièrement les juifs russes et les immigrants femmes dans les mêmes quartiers et un peu partout.
Dans l'East End la cordonnerie occupait, en 1891, 18.000 personnes, l'habillement 21.866 dont 12.836 femmes. (A Londres, 27.474 h. et 24.872 f.) Le travail est fait tantôt par des ouvriers groupés qui payent chacun, sur leur salaire,
1. Pour le sweating system en Angleterre, voir les publications de la Commission du travail. Pour le sweating System à Londres, et en général pour la misère ouvrière dans la capitale, les 7 volumes de statistiques publiés par un groupe d'enquêteurs sous la direction de M. Charles Booth et intitules iLife and Labour ofthe People inLondon, Londres, Mac Millan, 1892-1896.
1 fr. 25 par jour leur place à l'atelier, tantôt par les petits patrons qui prennent Tentreprise, tantôt par des ouvriers, surtout des femmes qui vont chercher Touvrage chez les entrepreneurs des grands magasins. Le travail dure en moyenne de treize à quatorze heures par jour pour les hommes, douze heures pour les femmes. La morte saison réduit en moyenne le nombre de jours d'emploi par semaine dans toute Tannée à quatre jours pour les bons ouvriers, à deux jours et demi pour les médiocres, c'est-àdire pour la grande majorité.
On voit que même les ouvriers qui gagnent de gros salaires ne sont qu'en apparence dans une situation favorable puisque le chômage est si fréquent. Que penser des malheureuses femmes qui cousent chez elles pour 20 centimes, 10 centimes, 7 centimes et demi par heure. Leurs salaires tombent à 10 francs, 7 fr. 50 et même 3 fr. 65 par semaine^. C'est la mort de faim même dans les périodes de travail.
Sur 4.000 pauvres assistés par les bureaux de bienfaisance à Londres, M. Booth a conipté 4 0/0 de vagabonds professionnels, 12 0/0 d'ivrognes, 27 0/0 de malades ou de surchargés d'enfants, 35 0/0 d'ouvriers sans travail par la faute des circonstances.
L'état normal d'une grande partie de la population des centres ouvriers anglais, c'est de rester au-dessous du standard oflife^ et par conséquent de tomber dans la catégorie des pauvres assistés. Cette classe augmente dans les agglomérations industrielles en proportion très supérieure à l'augmentation de la population.