Voir le chapitre II de ce livre
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Council) dominé parla « Junta », groupe de cinq leaders, tous d'origine ouvrière. Le but de la « Junta » était d'obtenir que les unions fussent reconnues et garanties par une loi. Sollicité par les amis et les adversaires des syndicats, le Parlement institua en 1867 une commission parlementaire pour étudier le cas; les libéraux, en 1871, les conservateurs, en 1875, supprimèrent les dernières prescriptions du Code pénal qui gênaient le développement des unions. 1875 fut la grande année où disparurent les derniers obstacles qui s'opposaient au développement des associations corporatives. Ce résultat était surtout Tœuvre des londoniens.
En même temps, les provinciaux créaient les congrès annuels des unions, à la suite de quelques efforts analogues à ceux de la capitale. De 1863 à 1867, des conseils généraux de métiers semblables à celui de Londres avaient été institués dans les villes manufacturières, à Glasgow, à Sheffîeld, à Liverpool, à Edimbourg, à Manchester. Les mécaniciens, les fileurs et les tisseurs, les mineurs avaient commencé à grouper leurs syndicats isolés en ces fédérations ou unions qui sont aujourd'hui les organisations ouvrières les plus puissantes du Royaume-Uni.
Après avoir centralisé dans chaque profession, on voulut centraliser aussi dans tout le royaume.
Au commencement de 1868, le conseil des métiers de Manchester prit l'initiative du premier congrès des trade unions, qui fut tenu pendant le mois d'avril de la même année, à Manchester. On y comptait 34 délégués, dont un seul appartenait au London Trades' Council,
En août 1869, un deuxième congrès se tint à Birmingham. Enfin le troisième en date et le premier véritablement important fut celui de Londres, en mars 1871. Tous
les leaders de la capitale et des comtés s'y trouvèrent réunis. On décida que le congrès aurait lieu régulièrement chaque année et que, dans l'intervalle des sessions, les intérêts de la classe ouvrière seraient confiés à un comité, appelé Parliameniary Committee, chargé surtout de réclamer au Parlement le vote de lois favorables aux travailleurs et de soutenir au besoin des candidatures ouvrières.
Désormais le cadre du mouvement trade unioniste était créé. Au sommet, un congrès annuel, pouvoir législatif qui discute les intérêts de la classe ouvrière, qui a l'initiative des propositions de lois et de réformes à présenter aux Chambres et qui nomme pour une année les membres qui composeront le pouvoir exécutif, c'est-^-dire le comité parlementaire. Ces douze ministres sont appointés régulièrement : les députés envoyés aux congrès ont leur voyage payé et reçoivent une indemnité.
Les deux pouvoirs centraux émanent des différentes trade unions. Parmi ces sociétés, la plupart sont demeurées isolées, bornées à une ville ou à un district et ne comprenant qu'un petit nombre de membres. D'autres, les plus anciennes, se sont groupées par professions et ont formé ce que l'on appelle des amalgamations. Quand les amalgamations de diverses professions similaires réussissent à se grouper à leur tour, elles constituent ce que l'on appelle une fédération ou une union nationale. Les principales amalgamations sont celles des mécaniciens {Amalgamaied Society of Engineers)^ le « nouveau modèle » de 1851 (83.980 membres), celle des (ileurs [Amalgamaied Association of Operative Spinners) fondée en 1853 (18.131 membres),. celle des tisseurs des comtés du nord [Northern Counties' Amalgamated Association of Weavers) avec 83.325 membres, celles des
charpentiers et menuisiers {Anialgamated Society of Carpenlers and Joiners) avec 44.000 membres, celle des employés des chemins de fer [Amalgamated Society of Bailway Servants) avec 40.018 membres, celle des tailleurs (Amalgamated Society of Tailors) avec 15.005 membres * ,
Ces amalgamations sont formées de branches répandues à travers tous les comtés du Royaume-Uni. Certaines mêmes, celles des mécaniciens et des charpentiers par exemple, s'étendent aux colonies anglaises etjusqu'aux pays où les ouvriers anglais émigrent en groupes assez compacts, États-Unis, Transwaal. Presque toutes ces amalgamations se trouvent en face d'autres amalgamations concurrentes, comme elles représentées au congrès annuel, mais beaucoup plus faibles. Enfin elles laissent en dehors d'elles plusieurs syndicats locaux : mais le nombre de ces groupements isolés diminue par suite de la propagande des amalgamations rivales.
Le projet d'une union nationale comprenant toutes les amalgamations similaires n'a été réalisé que par un petit nombre de professions. La première en date fut l'union nationale des mineurs {National Union of Miners) fondée en 1863 ; elle s'est scindée (1889) en deux groupements rivaux ; le nom ancien a été conservé par l'association de toutes les trade unions minières du Durham et du Northumberland (76.000) ; les syndicats miniers du centre (Midlands) auxquels se sont joints une partie des différents comtés
1. Le nombre des membres est donné d'après le tableau statistique publié pour le congrès des T. U. de 1896. Chaque union, devant payer 25 fr. par 1.000 membres, n'a donné que les chifTres des membres qui sont strictement en règle ; peut-être même ont-ils été abaissés.
Depuis 1887, le Chief Labour Correspondent publie un Annual Report on Trade Unions.
d'Angleterre, du Pays de Galles, de TÉcosse*, ont formé la fédération des mineurs de Grande-Bretagne [Miners' Fédération ofGreat Britain)^ fédération de fédérations qui forme la plus importante masse d'ouvriers organisés dans le Royaume-Uni, « le moderne colosse des unions^ ». Il n'y a pas de fédération nationale qui puisse rivaliser par le nombre avec celle des mineurs.
Les unions et les amalgamations reçoivent un tant pour cent sur les cotisations des unionistes qui composent les éléments dont elles sont formées. Elles ont un comité, un secrétaire général et plusieurs fonctionnaires appointés. Elles tiennent des congrès périodiques dont elles publient les comptes rendus.
L'union des mineurs et les grandes amalgamations dominent en général les congrès des trade unions parce que leurs délégués, à la suite d'une entente préalable, y votent tous d'accord. Cependant le nombre des unités plus faibles est assez considérable dans les congrès pour que les décisions ne puissent être prévues d'avance et pour que les débats soient une véritable lutte et non une comédie parlementaire. Le nombre total des syndiqués anglais est d'environ 1.500.000. C'est un quart de la masse totale des ouvriers anglais, proportion beaucoup plus forte que dans tout autre pays. Le rapport des syndiqués aux non syndiqués s'augmentera énormément en faveur des premiers si l'on se rappelle que le vieil unionisme (c'est-à-dire plus des trois quarts des ouvriers
1. Voir De Rousiers, Le trade unionisme^ p. 220. D'après un document tout récent, l'auteur évalue le nombre des unionistes compris dans laMiners' Fédération à 174.400. Encore ne comprendil point parmi eux les membres de la fédération du S. O. qui ont donné leur adhésion en juin 1895.