Howell, Trade Unionism^ old and new^ p
2. Db Rousibrs, Le trade unionisme^ p- 75. Voir ihid., pp. 264 et 313, les tableaux des secours payes pur les mécaniciens et par les fileurs,
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Tunion Tassuraiice sur la vie et contre le chômage, la caisse de retraite pour les invalides du travail et pour la vieillesse, enfin tous les moyens d'assistance qui, dans les autres pays, sont fournis par TEtat, les municipalités ou les sociétés particulières. On comprend maintenant pourquoi les unions se composent exclusivement d'ouvriers qui gagnent assez pour pouvoir acquitter de fortes cotisations ; on voit aussi les avantages qui poussent la majorité des travailleurs qualifiés à s'imposer les sacrifices d'argent qu'exige la participation à une trade union.
L'assistance mutuelle n'est qu'une partie du but de l'association corporative anglaise : en principe elle est faite avant tout pour défendre les intérêts collectifs des ouvriers contre les patrons ; mais, dans la pratique, le bon fonctionnement de l'assistance exige la stabilité et la paix, et cette nécessité a conduit les leaders ouvriers à résoudre les conflits entre travail et capital par la conciliation plutôt que par la guerre.
Ils cherchent à trancher les différends par des concessions mutuelles. L'accord existe entre les unions et les employeurs même dans des cas qui sembleraient au premier abord présenter l'oppression d'un des contractants par l'aulre. Ainsi plusieurs unions ont obtenu que les patrons n'emploient point d'ouvriers non syndiqués, et même elles peuvent faire surveiller les ateliers et les chantiers importants par un délégué chargé de faire observer cette prescription. Mais, en échange, les unions garantissent la qualité du travail fait par leurs membres. « Les trade unions inter-
c'csc-à-dire par deux des unions qui ont conservé l'ancien type à peu près intact.
Voir aussi un curieux article de M. Chamderlaix, The lnhour question^ dans le yineteenth Century de novembre 1892.
disent à leurs membres de se servir de propos insultants pour le patron ; elles infligent des amendes à tous ceux de leurs membres qui menacent les patrons de la vengeance de Tunion ; elles n'accordent aucune allocation aux ouvriers renvoyés pour avoir rompu leur engagement... Il existe au moins une puissante union qui paye aux patrons des indemnités pour Touvrage défectueux de ses membres et récupère les sommes sous forme d'amendes infligées à ceux-ci * ». Cette union est celle des ouvriers en constructions navales. Son cas n'est pas isolé.
Les tendances conciliatrices des unions éclatent dans les grèves colossales qu'elles ont faites. Nulle part ailleurs les organisations ouvrières ne disposent d'une force aussi grande qu'en Angleterre ; mais nulle part elles ne sont plus circonspectes à s'en servir et plus disposées à chercher la victoire dans les traités plutôt que dans les batailles. La grève des textiles en 1892, celle des mineurs en 1893 sont caractéristiques.
L'une et l'autre ont abouti à la formation de comités permanents de conciliation composés moitié d'ouvriers, moitié de patrons. Il semble que nous ayons là encore une victoire du self help, de la maxime vieille unioniste « Aide-toi toi-même, » opposée au socialisme d'Etat. Or, l'opposition n'existe plus, du moins chez les mineurs. En effet, la fédération des mineurs, tout en maintenant son comité de conciliation, réclame l'intervention législative sur deux points très importants : fixation par une loi d'un maximum d'heures de travail (8 par jour) et d'un minimum de salaire (8 sh. par jour au hâveur et une augmentation
1. Geoffrey Draoe, Eton and the labour question, Eton, 189 i, (cité par Max Leclerg, Les professions et la société en Angleterre, Paris, Colin, 189i, in-18, p. 2i6).
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proporlionnelle aux ouvriers inférieurs). Rappelons que la fédération des mineurs compte près de 400.000 membres, les 2/3 des mineurs de Grande-Bretagne.
Il est vrai que Tunion nationale des mineurs (Durham et Northumberland) combat la Fédération sur ces deux points. La raison en est simple et peu doctrinale. Les mineurs adhérents à Tunion ont la journée de 7 h. à 7 h. 1/2 ; ils travaillent pour l'exportation et par conséquent ne chôment pas Tété comme ceux du Centre. Leurs intérêts personnels et directs ne les poussent pas à rechercher le secours de l'Etat. Et pourtant, il n'est pas jusqu'à ces manchestériens par égoïsme qui ne commencent à désespérer de s'aider eux-mêmes. Ils avaient depuis plusieurs années des bureaux de conciliation mi-partis et permanents ; en 1896, les mineurs de Durham en ont, à deux reprises et malgré leurs leaders, voté la suppression parce que ces bureaux ne pouvaient qu'acquiescer aux réductions de salaires ; les ouvriers auraient voulu une opposition efficace. Où iront-ils la chercher sinon dans la même voie que les membres de la fédération ?
Il semble donc qu'on voie muer le vieil unionisme ; mais les signes extérieurs du changement ne sont pas encore assez marqués parce que l'ancienne génération est toujours au pouvoir dans les comités des unions et des fédérations.
IV. Les hommes et les mœurs des anciennes Unions. — A ne considérer que les leaders actuels du mouvement, on arriverait à croire que les trade unions continuent à reconnaître la division entre patrons et salariés comme un fait définitif et qu'elles bornent leur effort à assurer à l'ouvrier par des secours et par la défense des salaires la situation la moins mauvaise possible dans l'état actuel. En effet, tous
les députés « ouvriers » issus des trade unions se rattachent au parti gladstonien formé de la fusion des libéraux et des radicaux et refusent de se placer sur le terrain de la lutte de classes. Ils n'ont d'ouvrier que leur origine. Voici ce que le plus éminent d'entre eux, l'un des premiers ouvriers qui soient entrés au Parlement, M. Burt, écrivait en 1887 à ses électeurs du Northumberland :
Je suis, dit-il, « candidat ouvrier et radical ». Ce dont les ouvriers ont besoin, ce n'est pas d'une représentation de classe... La politique la plus sage pour nous est de travailler sérieusement et avec entrain de concert avec le parti radicaH.
M. Burt, d'abord ouvrier mineur, s'est élevé progressivement aux emplois salariés les plus élevés du trade unionisme et il a été élu membre du Parlement pour la première fois en 1874. Comme les fonctions de député sont gratuites en Angleterre, ses électeurs lui firent une rente de 12.500 francs par an ; cet usage s'étend à tous les candidats ouvriers d'Angleterre. Leurs mandants veulent que ces députés puissent tenir leur rang, s'habiller et se loger en gentlemen ; ils tiennent aussi à ce qu'ils consacrent tout leur temps à la besogne parlementaire sans en détourner rien pour leur travail ou une profession rétribuée. A Westminster, M. Burt vota toujours avec le parti Gladstone, ce qui lui valut d'être choisi comme sous-secrétaire d'état du commerce par le dernier cabinet libéral. En 1890, M. Burt avait organisé à Jolimont (Belgique) la fédération internationale des mineurs qui depuis tient un congrès chaque année. Le dernier (1896), à Aix-la-Chapelle, fut présidé par M. Burt.
1. Musée social^ circulaire n*> 6, série A, p. 116. Cette circulaire renferme une notice intéressante sur M. Burt.
M. Burt a été un des organisateurs de T union nationale des mineurs. Cette union, par sa cohésion, a pu faire passer trois de ses membres à la Chambre des communes. Ce sont outre M. Burt, M. Fenwick, député du Northumberland, et M. John Wilson, député de Durham. Tous deux sont d'anciens ouvriers de la fosse parvenus à la Chambre après avoir passé par les grades des trade unions. Comme M, Burt, ils ont voté constamment avec le parti radicallibéral, ils ont défendu la doctrine économique du « laissez faire », ils ont conseillé aux ouvriers de s'aider eux-mêmes sans rien attendre du législateur. Il est à remarquer qu'ils ont reçu de vives et nombreuses critiques aux congrès des trade unions de 1895, à la suite desquelles M. Fenwick n'a pas été réélu secrétaire du comité parlementaire et a été remplacé dans ce poste par M. Sam Woods, de la fédération des mineurs de Grande-Bretagne, partisan des lois pour la journée de huit heures et le minimum de salaire.
Les députés ouvriers issus de la fédération des mineurs sont, en effet,de venus les représentants de l'intervention de l'Etat depuis que leur société s'est prononcée dans ce sens. Ils sont deux seulement, M. S. Woods et M. Pickard. La fédération en effet, quoiqu'elle compte dans toute l'Angleterre trois fois plus de membres que l'union nationale, n'a pas, comme cette dernière, ses forces groupées et massées sur un espace restreint. M. Pickard, né en 1842, fut d'abord ouvrier mineur, puis, à partir de 1873, secrétaire d'un des syndicats du Yorkshire, puis secrétaire général de tous les syndicats du comté groupés en une seule union; il travailla à réduire l'union nationale, trop modérée, dans les comtés de Durham et de Northumberland et à former contre elle la fédération qui s'étend sur tout le reste de l'Angleterre, cl qui est, nous l'avons vu, le groupement de syndicats le
plus puissant en nombre des Iles Britanniques. Il a été avec M. Burt l'un des organisateurs de la fédération internationale des mineurs au congrès de Jolimont, et il est le secrétaire général de cette organisation. A côté des députés dont nous venons de parler, siège un cinquième élu des mineurs, William Abraham, membre de la fédération des mineurs du Sud de Galles. Voici sa caricature, par un socialiste ^ .
Bien qu'il soit classé comme représentant libéral-ouvrier, « Mabon » est rarement très remarquable sur les questions ouvrières en dehors du pays de Galles. Il est d'abord un gallois, puis un lilDéral, enfin un représentant du travail. Fils d'un mineur, il travailla aux puits de Rhondda Valley jusqu'au moment où il devint secrétaire des mineurs [Miners' agent) en 1873. Il s'est beaucoup occupé de « l'échelle mobile » dont on se plaint dans les districts de la « fédération «^ et il est une force de conciliation dans les questions ouvrières. Quoiqu'il ait dû combattre un capitaliste libéral pour gagner son siège dans la circonscription de Rhondda Valley en 1885, il n'en a pas gardé de rancune contre le parti, et ils l'ont lâché seulement quand ils l'ont trouvé trojp fort pour eux. Il a une belle voix de ténor et sait chanter « les hommes de Harlech » en welsh.
Ces six mineurs forment à peu près toute la représentation directe des vieilles trade unions. M. Joseph Arch, organisateur d'unions de travailleurs des champs de 1872 à 1880, et député libéral de West-Norfolk depuis 1885, a