Historyofthe Trade Unionism, p. Ii
Maçonnerie * . Les travailleurs des champs et les femmes entrèrent en grand nombre dans T Union. Elle fut surtout composée d'ouvriers non qualifiés, de journaliers, et de travailleurs alors mal payés, tels que les tisseurs de coton, les mineurs. L'aristocratie du travail, mécaniciens, ébénistes, menuisiers, restait en dehors. Aussi la Trades Union ne fut-elle jamais riche ni cohérente, quoiqu'elle comptât 500.000 membres au bout de quelques mois.
Les chefs organisèrent de grandes réunions, mais la police les interdit ; ils firent signer des pétitions, le Parlement n'en tint nul compte. Ils organisèrent des grèves, mais « la classe improductive » montra qu'elle avait le moyen de subsister plus longtemps que la « classe productive » pendant les chômages. La caisse de la Société ne put secourir tous les grévistes ; il fallut inviter plusieurs groupes de membres à reprendre le travail sans conditions, prier certains de ne pas le quitter. Les loges, déçues dans leur espoir de voir arriver le bonheur « comme un voleur dans la nuit », cessèrent de donner de l'argent et de correspondre avec la direction centrale. En même temps le gouvernement précipitait la désorganisation de l'Union par une répression systématique. Un économiste orthodoxe, Nassau Senior, chargé d'une enquête sur les syndicats, conseilla de tourner la légalité contre eux; les juges se mirent à leur appliquer les lois contre les conspirations. On vit une série de condamnations arbitraires destinées à effrayer les ouvriers. La plus célèbre fut celle de six journaliers de Dorchester qui avaient organisé un syndicat
1. Les syndicats locaux s'appelaient loges. M. et M""' Webb (History ofthe Trade Unionism, p. 120) insistent sur les ressemblances extérieures de ce mouvement et de celui des Chevaliers du Travail en Amérique.
agricole dans leur voisinage. On tira parti contre eux des inoffensives cérémonies de l'initiation et ils furent condamnés à sept années de déportation pour « avoir fait prêter un serment illicite ». Le ministère, voulant frapper l'imagination, ordonna qu'ils fussent immédiatement embarqués pour l'Australie (mars 1834).
Les ouvriers découragés renoncèrent à la grève générale entreprise par la coalition de la classe des travailleurs. Leur effort n'avait duré que quelques mois (1833-34).
VI. Fin de la carrière d'Owen. — Owen restait de nouveau seul avec un petit groupe de fidèles. Il avait 63 ans, il était à moitié ruiné ; l'aristocratie qui l'avait accueilli autrefois le considérait comme un dangereux anarchiste, les pasteurs l'accusaient d'athéisme et d'immoralité. Rien ne l'abattait. Les ouvriers découragés, il fit appel à tous les gens de bonne volonté. En avril 1834, il transforma la Trades Union en « Association britannique et étrangère d'industrie, d'humanité et de science ». L'année suivante il fonda 1' « Association de toutes les classes de toutes les nations ». C'est à cette occasion qu'il publia le manifeste où il se proclamait socialiste. De 1834 à 1841, il publia le journal intitulé The New Moral World, le nouveau monde moral, qui fut l'organe de son Association, Cette organisation, devenue un peu plus tard « la Société communautaire universelle de la religion rationnelle », eut des congrès jusqu'en 1848*. Owen la présida souvent. Il avait gardé toutes ses idées et il les exposait dans le journal, dans des brochures, avec une netteté plus parfaite que jamais; mais l'évolution de sa doctrine était terminée, il n'y ajouta plus rien. De 1844 à 1846 il fit un nouveau voyage aux États-