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les doctrinaires contre les socialistes, en 1896 avec les socialistes contre les doctrinaires, sans réussir jamais, de conserver encore un grand prestige.
Quant aux socialistes, ils n'avaient, il est vrai, conquis aucun siège nouveau. Mais ils avaient gagné, dans la partie du pays qui leur paraissait le moins favorable, cent mille (1) voix en deux ans. C'est une marche en avant telle que les plus optimistes n'avaient osé la rêver.
Le ministère catholique voyait sa majorité renforcée, mais cependant les signes précurseurs d'un crépuscule prochain étaient nombreux, et maint journal conservateur, tout en se déclarant satisfait de la situation actuelle, se mit à se lamenter prophétiquement à l'imitation de Gassandre.
Le Parti ouvrier seul put se réjouir de la seconde consultation du suffrage universel. Les élections provinciales partielles qui eurent lieu quelques semaines après, — en même temps que s'ouvrait à Londres le grand Congrès international, — apportèrent d''insignifîantes modifications à la composition des Conseils provinciaux et les divers partis y maintinrent leurs positions.
Mais au retour du Congrès de Londres, les délégués belges eurent la satisfaction de voir une nouvelle preuve des dissensions qui travaillaient le parti clérical. M. de Mérode, l'ancien Ministre des affaires étrangères, était candidat officiel dans une bourgade perdue de la province d'Anvers, Turnhout, dont on avait cru pouvoir disposer comme au temps du régime censitaire, il y fut combattu par un démocrate chrétien,
(1) Exactement 119.240. Mais il convient de tenir compte des alliances et de i^êduire le chiffre à 100.000.
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qui fut battu par une majorité relativement faible, 13.129 contre 20.443.
Le 8 novembre 1896, eut lieu à Bruxelles une touchante manifestation des vieux bouilleurs, cassés, courbés, couturés de cicatrices et traînant leurs rhumatismes. Les caisses de prévoyance ne pouvaient leur octroyer que d'infimes secours. Leur défilé émut la capitale, tandis que le Ministre du Travail refusait de leur donner audience, sous prétexte de la présence du drapeau rouge dans leur cortège.
Ce fut vers cette époque que la presse cléricale entama, contre le VooruU et contre Anseele, une campagne de calomnies et de perfidies, qui devait durer des mois, sans réussir à diminuer ni le député de Liège ni son œuvre. De prétendues révélations alimentèrent les gazettes pieuses pendant un semestre. On exploita des 'rancunes personnelles, on exaspéra des divergences, on provoqua des dénonciations ; il y eut même des poursuites devant les tribunaux. Cet immense effort échoua misérablement ; ces tristes procédés de polémique, qui cherchent à salir l'homme pour diminuer les idées qu'il défend, ces basses et lâches accusations, transformant en forfaits les incidents les plus normaux, n'aboutirent qu'à accentuer la prospérité des institutions coopératives de Gand (1).
Quant à la session législative, elle attesta à nouveau l'insuffisance gouvernementale en matière de législation ouvrière. Dix ans après les événements de 1886 et les conclusions de l'enquête qui avait été faite sur la condition de la classe laborieuse, le programme fixé par la Commission du travail était à peine entamé.
(1) Voyez dans le Musée social, janvier 1901, l'étude de M. Varlez, sur la Fédération gantoise.
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Petit à petit, bribe à bribe, le ministère conservateur avait fait voter quelques réformes anodines, — le dernier discours du Trône, en novembre 1892, les énumérait avec complaisance ; — mais celte question ouvrière est pour les cléricaux comme le rocher de Sysiphe, leurs eflorts semblent vains et toujours à renouveler. C'est que ces efforts visent non pas à résoudre efficacement les questions pendantes, mais surtout à les différer, à les écarter comme inopportunes, et lorsqu'il devient impossible de les retarder encore, à les trancher de la manière la moins démocratique et la moins onéreuse pour le bourgeois. La moins onéreuse, c'est là le souci principal de leur apparente démocratie. Mais même cette démocratie à bon marché rencontre des adversaires opiniâtres dans les rangs conservateurs ; et il déplaît profondément aux patrons bourgeois qu'on touche à leur autorité, en attendant qu'on touche à leur bourse. Aussi, lorsque les nécessités électorales forcent le ministère clérical à faire quelques concessions aux revendications ouvrières, on peut constater^ chaque fois, avec quelle lenteur, quelle parcimonie, quelle défiance vis-à-vis des travailleurs, il s'y résout à contre-cœur. Il ne semble avoir qu'un but : reprendre d'une façon indirecte et détournée ce que la rigueur des temps l'oblige à accorder. Sa législation ouvrière est ainsi le plus étonnant mélange d'influences contradictoires, et l'on peut dire qu'au lieu de trancher les difficultés sociales, elle ne fait que les irriter.
Les débats sur l'inspection ouvrière des mines, au commencement de 1897, ceux sur les syndicats professionnels, vers la fin de celte année, eu sont des exemples caractéristiques. La tactique du ministère fut d'abord d'en retarder autant (jue possible la discussion. Puis, lorsqu'il fallut légiférer, dans les deux
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cas, le gouvernement méconnut les vœux des intéressés : les mineurs, les syndicats. Les premiers réclamaient le droit de choisir ceux qui auraient à veiller sur leur dure et périlleuse industrie ; le gouvernement leur refusa ce droit pour se le réserver. C'était para- Ij'ser l'essence même de la réforme^ puisque les inspecteurs ouvriers étaient réclamés à cause de la confiance plus grande que devaient avoir en eux leurs camarades : la nomination par le gouvernement faisait, du coup, tarir dans sa source cette confiance.
La loi sur les syndicats professionnels fut, de la part de toutes les associations ouvrières organisées, l'objet des plus violentes critiques ; elles déclarèrent à i'envi qu'elles préféraient se passer de la personnification civile que de se soumettre aux conditions proposées (1). Le gouvernement n'écouta pas plus les Boerenbonden chrétiens que les Fédérations des mineurs. Il continua imperturbablement sa prétendue législation ouvrière, contre le gré et l'assentiment des ouvriers. Il mécontenta à la fois, par sa mauvaise grâce et l'insuffisance de ses conceptions, les travailleurs socialistes et les travailleurs catholiques. Ces derniers furent forcés de constater que leurs désirs étaient exprimés et défendus par les socialistes seuls.
11 faudrait encore citer, dans cette session législative de 1896-97, une séance très chaude, où l'on remit en question la fameuse dotation du comte de Flandre ; une loi portant réduction sur les droits d'enregistrement et de transcription pour les acquisitions de petites propriétés rurales, qui donna lieu à de très intéressants débats ; et une loi sur la réorganisation de la garde civique, par laquelle le ministère clérical a cher-
(i) Cf. R. Briquet, La législation belge sur les Unions pro/eS' sionnelles, Paris, Rousseau, 1900,