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ché à s'assurer la haute main sur ces milices bourgeoises ; et enfin la loi portant rachat de la concession de chemin de fer à la compagnie dite du Grand Central, où l'on vit ce spectacle assez paradoxal d'un ministre appartenant à un cabinet réactionnaire démontrer les multiples et incontestables avantages de l'exploitation des voies ferrées par l'Etat. Il faut ajouter que ce rachat, excellent en soi, était fait dans des conditions si favorables aux capitalistes dépossédés que la gauche socialiste fut amenée à le combattre avec énergie.
Le 13^ Congrès annuel se tint à Gand, dans les installations du Vooruit, les 18 et 19 avril 1897. Le nombre des groupes représentés s'éleva à plus de 500, chiffre bien supérieur à celui des années précédentes. Il appela Anseele à la présidence, en acclamant un ordre du jour qui le vengeait, lui et le Vooruit, delà fielleuse campagne des journaux cléricaux. Il entendit des rapports nombreux et documentés : de G. Serwy, sur l'année écoulée; de Berloz, sur l'activité du groupe parlementaire ; de F. Hardyns, sur l'organisation syndicale ; du jeune garde Volkaert, sur la propagande anti-militariste ; d'Hector Denis, sur les syndicats agricoles (1).
Ce dernier mérite une mention spéciale et montre combien la question agraire commence à préoccuper le parti socialiste belge. Celui-ci n'était au début composé que d'ouvriers industriels ; c'est la propagande politique qui Ta amené à s'inquiéter du sort des paysans. Sans le droit de suffrage, il est probable que les cultivateurs, les petits fermiers, les prolétaires des
(1) lis sont tous publiés dans le compte-rendu en vente au Peuple, rue des Sablefe, 35, à Bruxelles, au prix de 0 fr. 15.
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champs eussent attendu longtemps encore la parole socialiste. Ainsi tout s'enchaîne et s'enchevêtre dans le mouvement social ; l'action syndicale, l'action politique, l'action e'conomique ont, les unes sur les autres, des contre-coups imprévus.
A la suite des élections de 1894, la plus grande partie de la Wallonnie industrielle avec ses charbonnages, ses verreries, ses laminoirs, ses fabriques et ses carrières, paraissait orientée décidément vers le socialisme ; et, sous peine de piétiner sur place, il fallait conquérir les régions champêtres du Brabant et des Flandres, amener à soi le rural ; les élections de 1896 en montrèrent l'absolue nécessité et en inspirèrent les moyens. Au Congrès de Gand, Léo présente un rapport des plus curieux sur l'organisation de la propagande socialiste parmi les campagnards. Tl conclut à une enquête sur la situation agraire du pays, à la rédaction d'un vade mecum du propagandiste et de brochures agricoles, à l'extension du journal Le Laboureur, à la création de coopératives agricoles. Vers le même temps, à la prière de Vandervelde, Le Peuple publiait une série de monographies sur les communes rurales, études conques selon un plan d'ensemble et donnant les renseignements substantiels qu'il fallait avant tout connaître. Cette question agricole apparut, lors de la discussion, d'une telle importance qu'on décida de lui consacrer un Congrès spécial qui se tint à Nivelles en juillet suivant.
Le Congrès de Gand eut encore à discuter l'éternelle questiondesalliances.il confirma ses décisions antérieures et laissa aux Fédérations leur autonomie, sauf qu'il leur fut défendu d'abandonner un seul des sièges conquis en 1894. Enfin la date de la grande manifestîiiion anti-militariste fut fixée au 15 août.
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Elle eut lien au jour dit, favorisée par un temps superbe, au milieu des fêtes de l'exposition. Les étrangers, nombreux en ce moment à Bruxelles, virent avec émotion cette colossale manifestation en faveur de la Paix, de la suppression des armées permanentes et de l'encasernement — démonstration aussi remarquable par la multitude de ses adhérents que par leur calme, leur discipline, leur consciente volonté de transformation sociale.
Le Parti était à peine remis de cette grande secousse, qu'une occasion s'offrit d'expérimenter directement les projets de propagande agricole. Un des deux députés conservateurs de Waremme étant mort, les trois Partis se disputèrent sa succession. Cet arrondissement est presque exclusivement agricole ; en 1894, les socialistes y avaient essayé une lutte dont le résultat semblait les exclure pour longtemps. En 1897, après une campagne menée avec un brio superbe, ils arrivaient à modifier comme suit les modifications :
Cléricaux
Libéraux
Socialistes
14 oct. 1894
12 sept. 1897
Ces chiffres sont suffisamment éloquents par euxmêmes pour que nous nous abstenions de tout commentaire. Au ballottage, suivant la loi que nous avons constatée, les libéraux se divisèrent et le clérical fut élu, à une infime majorité.
Ce même jour où les conservateurs remportaient à Waremme cette victoire à la Pyrrhus, ils obtenaient à Bruxelles un triomphe du même genre. La Ligue démocratique chrétienne, dont nous avons relaté les débuts et les tendances, expulsait de ses rangs l'abbé
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Daens et ses partisans : le Christene Volksparty, rendant ainsi patente l'opposition irréductible qui existait entre les cléricaux et les démocrates sincères et religieux. Rien ne fut plus symptomatique des divisions profondes du parti catholique, que la discussion qui précéda cette extraordinaire délibération. Rien ne prouva plus nettement l'équivoque de cette épitbète de démocratie chrétienne dont prétendaient se parer des politiciens aux idées contradictoires.
La propagande des amis de l'abbé Daens n'en fut point ralentie, au contraire. Dans un meeting tenu à Gand, en novembre 1897, un de ses lieutenants, M. L. du Catillon, fit une profession de foi aux tendances socialistes bien marquées, mais il déclara en même temps que l'accord avec les socialistes était impossible, à cause de la question religieuse. Le même M. du Catillon n'hésita pas à combattre énergiquemént un démocrate chrétien gouvernemental, M. Tibbaut, qui était candidat à Termonde, lors d'une élection partielle, le 2 janvier 1898 : il obtint environ dix mille voix ; le socialiste Beerblock trois mille, tandis que le candidat officiel était élu par vingt-deux mille suffrages.
Dans toute la partie flamande où nous avons encore peu d'influence, les démocrates chrétiens indépendants vont jouer ainsi le rôle d'éveilleurs ; ils disent aux pays flamands, qui les écoutent, les vérités qu'ils n'écouteraient pas sortant de nos bouches et ces premières clartés jetées, la réflexion et l'iutérèt économique feront vite le reste.
Un deuil cruel vint attrister pour nous la fin de l'année 1897, Yan Beveren qui fut, avec Ansecle, un des ouvriers intrépides des premières heures et créa avec lui nos admirables institutions gantoises, mourut le
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3 décembre et Gand lui fît, le S, les impressionnantes funérailles que le peuple socialiste réserve à ceux qui se dévouèrent pour lui.
La session parlementaire 1897-1898 fut assez courte, car les élections devaient avoir lieu au mois de mai. Elle ne se signale à notre attention par rien de particulièrement mémorable, sauf les débats sur la loi flamande, Tincident tapageur (21 janvier 1898) de l'expulsion Demblon, et le dépôt (30 mars 1898) d'une première proposition de revision de l'art. 47 nouveau de la Constitution.
La loi « flamande » avait pour but la confection bilingue des lois. Elle était la conséquence logique, dans le domaine législatif, de réformes d'une haute équité qui avaient peu à peu assuré, dans le domaine judiciaire et administratif, l'égal emploi du flamand et du français. Bien qu'elle n'eût pas la même importance pratique que ses devancières, elle n'en constituait pas moins un témoignage éclatant du respect des parlementaires pour une des langues nationales longtemps injustement sacrifiée, et les députés socialistes, élus tous par des arrondissements wallons, n'hésitèrent point à affirmer combien ils comprenaient la légitime et jalouse ferveur du peuple flamand pour sa langue.
Quelques semaines avant les élections législatives de mai, le Parti ouvrier tint à Verviers son Congrès annuel (10 et 11 avril 1898). Ces intéressants débats ne furent que médiocrement influencés par la fièvre électorale et ce fut une preuve nouvelle de la puissance des idées socialistes que de pouvoir ainsi distraire de la propagande politique, pendant deux jours, les meilleurs propagandistes, afin de discuter surtout les questions d'organisation de la classe ouvrière : fédération des sociétés coopératives, accroissement des syndicats, fé-
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dération nationale des tisserands, fédération nationale des ouvriers de fonderie, travail de nuit, travail à domicile, travail aux pièces, propagande agricole, lutte contre Talcool, assimilation des employés aux ouvriers pour la juridiction des prudhommes, pétitionnement contre l'impôt du sang, développement de la presse du parti, etc.
Toutes ces questions furent l'objet de rapports et de discussions terminés par des décisions pratiques. L'éternelle question des alliances donna lieu à une controverse assez vive. Elle se représentait cette fois sous la forme dite du cartel. Dans certaines régions du pays où le socialisme n'était pas encore très développé politiquement, des militants avaient cru pouvoir faire appel aux partis adverses en proposant une coalition momentanée sur deux questions essentielles, suffrage universel et représentation proportionelle. La Fédération gantoise avait approuvé cette combinaison qui parut à plusieurs déroger aux principes adoptés au Congrès de Quaregnon. Ed. Anseele la défendit chaleureusement et le Congrès finit par adopter une motion de Furnémont déclarant que le cartel n'avait rien de contraire à la tactique socialiste.
L'expérience se chargea, d'ailleurs, de démontrer que le fameux cartel n'était pas une invention bien brillante. Les négociations qui en tentèrent la réalisation pratique furent laborieuses et échouèrent presque partout. Là où elles aboutirent, les résultats électoraux furent minces et l'on peut croire qu'ils n'eussent point été bien différents si les socialistes avaient lutté seuls.
Les élections de 1898 se présentaient comme particulièrement intéressantes pour apprécier la réelle puissance des idées socialistes. On pouvait penser, en effet, — et c'était l'illusion de beaucoup de conservateurs —
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qu'il n'y avait eu, dans la révélation foudroyante des scrutins de 1894, qu'un engouement passager, une sorte de manifestation irréfléchie de mécontentement pour les anciens partis et de curiosité pour une nouveauté inexpérimentée encore. Les élections de 1896 n'avaient eu lieu que dans une moitié du pays, celle où les socialistes étaient le moins nombreux et le seul de leurs députés sortants, Defnet, avait été réélu à Namur. La moitié votant en 1898 avait donc à se prononcer sur le sort de 28 députés socialistes sur 29 et l'événement devait démontrer la profondeur de l'attachement des électeurs socialistes à leur parti.
Les mandataires socialistes ouvrirent la compagne électorale par un manifeste au peuple belge qui fut affiché dès la fin du mois de mars.
Citoyens,
Le mandat des députés et sénateurs socialistes va finir.
Depuis tantôt quatre ans, ils luttent, coude à coude, fraternellement unis, pour la défense et pour l'attaque !
Ils ont émis les mêmes votes, affirmé les mêmes principes, formulé les mêmes revendications.
En toutes circonstances, ils ont opposé leur minorité compacte, unanime, inébranlablement solidaire, à une majorité que la plupart des questions divisent, et dont les membres épars — meetinguistes, indépendants ou conservateurs — n'ont réellement de commun que la ci^ainte du socialisme, la haine de la démocratie, l'amour de leurs privilèges de classe.
Ces catholiques se prosternent devant le (îrand Turc 1
Ces chrétiens ont brisé l'abbé Daens !
Ces amis du peuple ont porté la main sur vos droits politiques !
Nous demandons le Suffrage universel : ils ont voté la loi des quatre infamies !
Nous réclamons la Nation armée, en attendant la sup-
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pression des armées, œuvre finale du socialisme : ils ont repoussé même l'abolition du remplacement.
Nous poursuivons la Réforme dé.mocratiquk des impots : ils ont démesurément grossi la dette publique et presque doublé les impôts de consommation, ceux qui, suivant l'expression d'un des leurs, « permettent de plumer la poule, sans la faire crier ».
Aux élections dernières, ils se répendaient en promesses : la pension pour les vieux; l'indemnité pour les victimes du travail ; l'assurance pour les malades ; des mesures pour soulager l'agriculture.
Où sont les Pensions ouvrières ? — M. AYoeste déclare que la question n'est pas mûre.
Ouest la Loi sur les accidents? — Le projet n'est même pas déposé.
Que devient I'Assurance contre les maladies ? — Où sont les mesures qui soulageront l'agriculture? — Les démocrates chrétiens ont répondu : « Pour montrer son amour pour le paysan, le gouvernement a donné une médaille à son chien, une boucle d'oreille à sa vache, un sac à son fils. »
Des promesses, toujours ; des réformes le moins possible I
En trois semaines, on vote la loi scolaire ; en trois jours, les millions du Congo; en trois heures, les impôts sur l'alcool. Il faut des années, au contraire, pour que les lois sociales viennent à l'ordre du jour et, quand on les discute, c'est pour les mutiler !
On refuse aux syndicats agricoles de faire le commerce ; aux associations professionnelles de posséder des caisses de secours ; aux mutualités reconnues de créer des pharmacies populaires ; aux travailleurs des mines, de choisir eux-mêmes leurs inspecteurs miniers : à tous les salariés, d'intervenir efficacement dans la confection des règlements d'atelier.
Omnipotence patronale des fabriques !
Omnipotence cléricale dans les consciences 1
Voilà le régime que nous impose une majorité qui n'a d'autre base que le mensonge du vote plural !
Travailleurs des villes et des champs ! Prolétaires de tous les métiers et de toutes les croyances ! Vous tous, qui