CIL VIII. — DE 1896 A
voulez comme eux la justice ! Unissez-vous pour anéantir ce mânsonge. Ecoutez la parole socialiste. Venez combattre dans les rangs du Parti ouvrier !
Vous savez quel est notre but : la socialisation démocratique des moyens de production.
Vous savez quels sont nos moyens : l'organisation ouvrière et la conquête des pouvoirs publics !
En avant donc, pour le triomphe de la démocratie par le Suffrage universel !
La lutte fut menée avec une furia magnifique. Rien que dans le seul arrondissement de Charleroi, on organisa 146 réunions, on distribua 85.700 brochures, et l'on fît placarder ou distribuer 7.935 affiches ; et cette campagne formidable ne coûta, selon les comptes de cette Fédération, que 5.636 francs, y compris des subsides pour la Fête du premier mai qui avait été particulièrement grandiose et avait groupé près de 20.000 manifestants.
Et la bataille fut sans compromission ni défaillance. En pleine Walonnie, les socialistes osèrent revendiquer comme une œuvre de justice leur vote de la loi flamande que la presse réactionnaire, cléricale et libérale cherchait à exploiter contre eux. Dans l'arrondissement de Verviers, les socialistes turent les seuls candidats qui osèrent se prononcer contre les jeux de Spa, <i l'industrie locale », selon un mot d'un Spadois. Partout le programme fut défendu en son intégralité.
Les résultats furent extrêmement satisfaisants. Ils attestèrent que dans l'ensemble du corps électoral, le parti socialiste avait non seulement maintenu ses positions, mais considérablement accru ses forces. L'élection de Charleroi oii les socialistes sortants furent réélus au premier tour avec une majorité démontrant un gain de 10.000 voix sur l'élection précédente, fut un triomphe. Partout les scrutins révélèrent les progrès
l'effort politique
socialistes. Néanmoins, survint la loi que nous avons notée déjà, le ballottage nous fut défavorable et nous perdîmes à Verviers quatre députés. En revanche, Huy nous envoya Hubin, et Tliuin : Grimard et Wallhéry. Il n'y eut point d'autres modifications : les autres députés sortants furent réélus et le groupe parlementaire se retrouva, à la rentrée, diminué d'une unité (28 au lieu de 29 ; perte, 4; gain, 3), mais fortifié par l'épreuve, et l'approbation de forces électorales croissantes.
Voici, pour comparaison, les chiffres obtenus par les listes socialistes en 1894 et en 1898 :
Flandre Orientale
Gaad . .
Alost . .
Audenarde Termoûde
St-Nicolas
en 1894
CQ 1898
Mons .
Charlero Tournai Ath .
Soignies Thnin .
Hainaut
en 1894
en 1898
Liège
Liège en 1894 61.215
Huy — 7.713
Waremme .... — 1.530
Verviers — 16.068
en 1898
(1) Alliance avec des libéraux progressistes.
. cil. Yiii. — DE 18JG A 1893 217
Limbourg
Hasselt — — — —
ToDgres — 1099 — 1.793
Maesfyck .... — — — —
La comparaison de ces résultats permet de fixer à plus de 80.000 voix l'augmentation du nombre des suiTrages socialistes; toutelois il convient de signaler que ce chiffre comprend un certain nombre, malaisé à déterminer avec exactitude, mais assez important, de voix radicales.
Le soir du 22 mai 1898, quelques socialistes de Charleroi firent un feu de joie avec un drapeau national que les cléricaux avaient arboré, durant toute cette campagne, comme le drapeau de leur parti. Il n'y avait là qu'une « gaminerie », que le parti socialiste désapprouva en ces termes, au congrès de Louvain, mais la presse catholique et libérale mena autour de l'incident un tapage d'enfer. Elle réclama des poursuites judiciaires que le gouvernement s'empressa d'ordonner. Le 21 novembre 1898, deux ouvriers comparurent devant la Cour d'assises du Hainaut et furent condamnés, malgré les efforts de leurs défenseurs, MM'^'' Picard et Pastur, à six mois de prison pour attaque méchante à la force obligatoire des lois. Sauf cet incident ridiculement enflé, les élections de mai 1898 et leurs conséquences ne présentent rien de particulièrement notable. Les cléricaux en sortaient victorieux, mais sérieusement menacés pour l'avenir; les libéraux avaient vu se réduire encore au Parlement leur représentation déjà faible.
Les élections provinciales qui suivirent (5 et 12 juin) n'apportèrent pas d'indication nouvelle. La coalition De3t. et Vand. 13
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conservatrice s'affirma en divers endroits, notamment dans le canton de Fontaine-l'Evêque où, pour résister aux socialistes, les libéraux durent faire appel aux voix cléricales.
Pendant la campagne électorale législative, un mouvement de compassion s'était manifesté dans l'opinion ouvrière à l'égard des anarchistes condamnés ea juillet 1892 par la Cour d'assises de Liège. Le plus sympathique d'entre eux était Jules Moineau (1), tant en raison de son intelligence et de la sincérité profonde de ses convictions, qu'en raison de la sévérité excessive (25 ans de travaux forcés) de la peine qui l'avait frappé. Il avait été poursuivi et condamné à raison des faits suivants : des soustractions de dynamite avaient eu lieu dans divers charbonnages des environs de Liège et divers attentats se succédèrent, ne produisant que des dégâts matériels peu considérables, si nous en exceptons la destruction des admirables vitraux de l'église Saint-Martin. Moineau avoua être l'auteur de l'attentat commis chez le conseiller Renson (attentat qu'il convient de distinguer d'un autre, postérieur de deux ans, et qui eut des conséquences déplorables pour le malheureux docteur Renson ; nous prenons soin de faire cette distinction, car la presse cléricale essaya de confondre les deux faits et ce, peu loyalement, puisque Moineau était en prison lors du second attentat). Beaujean et Wolf furent condamnés à vingt
(1) Cf. 1. Pour l'anarchiste Jules Moi7ieau, plaidoirie de ". Emile Royer, prononcée devant la Cour d'assises de la proice de Liège. Editeur, Eimond Deman, Bruxelles, 1893.
2. Pour Jules Moineau, Amnistie! par Gkorcjes Rens, rédacteur du journal La Réforme. Imprimerie coopérative Matli. Thoae, Liège, 1898
3. Jules Moineau, Lettres d'un forçai. Imprimerie économique Ixelles-Bruxelles, 1900.
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ans ; d'autres, dupes ou complices d'une association de maliaiteurs dont l'âme paraît avoir été un mystérieux baron russe que la police laissa échapper, à dix et à quinze ans.
Ces condamnations draconiennes avaient paru absolument disproportionnées à la gravité des faits et surtout à leurs conséquences. Au moment même où il prononçait la sentence, le président des assises fît entrevoir à Moineau la possibilité d'une grâce.
Emile Vandervelde, dans la séance du 22 décembre 1898, mit le Ministre de la Justice en demeure de dégager cette parole du président. 11 réclama, au nom du groupe socialiste, la libération de Moineau et consorts. Ce faisant, il donnait une suite logique à la proposition d'amnistie déposée par les socialistes dès leur entrée au Parlement (1894) et dans laquelle ils avaient déclaré comprendre non seulement les socialistes, mais aussi les anarchistes.
La manière dont M. Begerem, alors ministre, répondit au discours socialiste, laissa une impression pénible. On songea alors à en appeler au corps électoral et à obtenir la mise en liberté de Moineau en le nommant membre de la Chambre des Représentants. E. Vandervelde offrit au Conseil général de donner sa démission pour permettre de réaliser ce projet généreux. Le Conseil général en déféra à la Fédération de Charleroi dont Vandervelde était l'élu, mais celle-ci ne put approuver l'idée qui avait été préconisée, pour diverses raisons dont la principale était qu'à supposer favorables toutes les chances de la combinaison, il n'était pas du tout certain qu'elle atteindrait son but.
Néanmoins, les paroles qui furent ainsi jetées au vent ne furent point toutes perdues. La persistance socialiste avança l'heure de la clémence. A deux re-
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prises encore, dans la suite, Vandervelde porta au Parlement le de'sir de pardon ; et grâce à ces efforts inlassés, grâce à l'e'nergie et au dévouement du défenseur de Moineau, M*" Royer, les portes de la prison s'ouvrirent enfin en 1902.