‹ Le socialisme en BelgiqueChapitre 38 sur 74 · CH. II. — LES PROFITS DES CAPITALISTES · texte numérisé non relu

CH. II. — LES PROFITS DES CAPITALISTES

prolonger les tendances sociales actuelles. Beaucoup de bourgeois se figurent naïvement que le régime cullectiviste s'établira tout d'un bloc, ou bien ne s'établira pas du tout. Et ceux-là diraient volontiers, comme LouisXV : (( Après nous le déluge »; Rodbertus nous promet un répit de cinq siècles; Lassalle n'est pas loin de nous en accorder deux. Ce sera pour nos arrière-petits-uevcux.

Ergo, dormons sur les deux oreilles, et si les socialistes veulent devancer l'échéance fatale, nos fusils de garde civique sont prêts à faire cause commune avec les baïonnettes des payans.

Or ça! regardez donc autour de vous, bonnes gens. Voyez les grèves qui se multiplient, les émeutes qui éclatent de toutes parts, les insurredions qui se succèdent avec la régularité de phénomènes naturels : vous comprendrez que nous sommes déjà dans la fumée de la révolution sociale.

Et si vous voulez vous rendre compte des transformations de la propriété depuis un siècle, voyez la progression des budgets dans les grands pays démocratiques, et spécialement en Franceou en Angleteire. lien est des Etats comme des hommes: d'après le montant de leurs dépenses on peut généralement se faire une idée de l'importance de leur domaine.

Saluez ce budget d'un milliard, disait M. Thiers, en l8-"i0, à la Chambre française, vous ne le verrez plus.

On est arrivé aujourd'hui à 4 milliards 235 millionsde francs.

En Angleterre, le budget de l'Etat dépasse actuellement 4 milliards, rien que pour les services civils, soit le centuple de ce qu'il était en 1817. Et le phénomène se marque, avec une évidence plus grande encore, dans les municipalités : leurs dépenses ont doublé depuis vingt ans et s'élèvent aujourd'hui à plus d'un milliard et demi.

288 m. — l'évolution industrielle

Le socialisme communal a conquis droit décile dans la plupart des grandes villes d'Ecosst» eld'Anglelerre. Glasgow, par exemple, nous donne une idée assez nette de ce qui existera dans quelques années, à Bruxelles, à Gand ou à Liège :

La cité a organisé l'enseignement obligatoire et gratuit; elle ofTre un reias aux enfants nécessiteux fréquentant les écoles publiques, elle fournit aux habitants le gaz, les appareils d'éclairage et de chauffage et elle éclaire les escaliers communs des maisons à plusieurs logements; propriétaire des tramways, elle met à la disposition des ouvriers des trains presque gratuits, le matin et le soir; des salles de natation, des lavoirs publics; elle a fait plus encore : après avoir exproprié des quartiers encombrés, elle a construit des maisons qu'elle loue aux familles les moins aisées.

Pour subvenir à ces dépenses croissantes, la municipalité de Glasgow, de même que les autres municipalités anglaises, recourt, — outre les emprunts, — à deux sources de revenus : V impôt et les bénéfices réalises par les industries socialisées. Celte dernière source de revenus devient de plus en plus importante ; d'après M. Sidney "Webb, le domaine collectif des communesanglaises comprend notamment le quart des lignes de tramw^ays et la moitié des usines à gaz du Uoyaume-Uni.

D'autre part, en même temps que le domaine collectif s'étend, la propriété privée prend un caractère de plus en plus relatif. Avec le progrès des lois de fabrique, les capitalistes arriveront à devoir se gérer à peu près de même que les directeurs d'une entreprise collectiviste : une industrie où la journée de travail serait fixée par la loi, où les ouvriers participeraient aux bénéfices, discuteraient les règlements, feraient avec les patrons des contrats collectifs, délibéreraient avec

CH. IT, -— LES PROFITS DES CAPITALISTES iS9

eux dans les chambres d'explication, de conciliation et d'arbitra2f«, ressemblerait au moins autant à un service public qu'à une entreprise privée.

Joignez à cela les progrès du régime coopératif, que l'on pourrait appeler le collectivisme Sf^iontané, et vous en arriverez à conclure que toutes les tendances de l'industrie et du monde moderne, concourent à la désagrégation du régime capitaliste : la coopération dans la petite industrie, le collectivisme proprement dit dans la grande, les progrès de l'association ouvrière et de la législation industrielle dans toutes les branches de la production.

Dans la répartition des richesses sociales, la part de l'Etat et celle des travailleurs augmente ; donc, par voie de conséquence nécessaire, la part du capital diminue ; Hutluence grandissante du domaine collectif exerce sur le taux des profits une influence aussi fatale, aussi irrésistible que l'attraction delà lunesur le niveau des marées. 11 y aura plus ou moins de secousses, de crises, d'oscillations secondaires^ mais il est inévitable que le collectivisme constitue un jour la forme dominante.

Dans une pareille société, où les capitaux trouveront un placement d'autant plus difficile que le domaine privé aura des proportions plus réduites, il est incontestable que les rentiers, les oisifs, les inutiles auront la vie dure.

En revanche, la communauté disposera d'un magnifique patrimoine qui lui permettra d'agir puissam. ment, par des institutions de toute espèce, sur le développement intellectuel, moral et matériel de tous et de chacun de ses membres.

Dest. et Vand. 17

Page 1