licosse
11,5 • — Angleterre et pays de Galles.
Dest. et Vand. 18
concurrence des ouvriers ruraux. Seulement, il est arrivé, et il devait nécessairement arriver que les armes qu'on dirigeait contre nous, se retournent, — comme les flèches de Saint-Sébastien, — contre nos adversaires. Les charbonniers flamands, qui font, tous les jours, jusqu'à deux heures de train pour aller travailler dans les mines du Borinage et du Centre, les maçons, les menuisiers, lesplafonneurs, qui débarquent tous les matins à Bruxelles, n'ont pas tardé à se développer, au contact de leurs camarades. Ils ont acquis les mêmes besoins, manifestent les mêmes exigences et professent les mêmes opinions. Tous les soirs, dans les trains qui les emportent, on entend des chansons socialistes, et c'est à eux, en grande partie, qu'il faut attribuer nos progrès électoraux dans les arrondissements qu'ils habitent.
11 est évident que, dans ces conditions, socialisme à la campagne et socialisme agraire ne sont pas une seule et même chose. En etfet, nous pourrions fort bien avoir la majorité dans certains villages, qui ne possèdent pas d'établissements industriels, sans avoir fait un seul adepte parmi les paysans, et ce, grâce aux ouvriers qui ont conservé leur domicile d'origine.
Néanmoins il est tout naturel que ces ouvriers, — propriétaires, souvent, d'un lopin de terre et se trouvant en contact permanent avec les cultivateurs proprement dits, — exercent une influence considérable sur les opinions des paysans qui les entourent. Et ce d'autant plus, que les régions où ces infiltrations industrielles se sont produites, sont en même temps celles où la culture intensive et les industries agricoles, — distilleries, brasseries, fabriques de chicorée, raffineries, etc., — rendent la population rurale plus accessible à la propagande sociaUste.
Rien de plus caractéristique à ce point de vue que rinfluence de l'industrie sucrière et de la culture des betteraves, — le légume révolulionnaire par excellence. L'aire de dispersion de cette culture (d'après les cartes du dernier recensement agricole) correspond exactement aux arrondissements ruraux où le socialisme a pris le plus grand développement. Cela s'explique parfaitement, étant données les transformations profondes que la dite culture produit dans la mentalité et la situation matérielle de ceux qui s'y livrent (1).
D'abord « la betterave exige une main-d'œuvre plus considérable que les céréales ou la culture herbagère ; les ouvriers ruraux constituent également, à eux seuls, le personnel des fabriques de sucre : celui-ci^ composé d'un petit noyau d'ouvriers à l'année, est décuplé à l'époque de la fabrication et offre ainsi du travail aux ouvriers des champs dont les travaux sont finis». Il va sans dire que ce prolétariat mixte, mi-industriel, mi-agricole, épouse facilement les idées des ouvriers de fabrique proprement dits.
En outre, le contact continuel et obligé des exploitants agricoles avec les employés, ingénieurs, administrateurs des fabriques de sucre et avec les commerçants d'engrais ou de matières premières alimentaires pour le bétail, le développem.ent des moyens de communication, dont la culture de la betterave a causé la création par des transports si considérables vers les fabriques de sucre (charbon, coke, sucre, mélasse, betteraves, pulpes, etc.), favorisent le développement intellectuel de la population agricole, et, en même temps, accentuent le caractère capitaliste de la culture. Les ou-
(1) V. sur ce point Jadoul, La culture de la betterave à sucre et son rôle dans l'économie générale de l'agriculture, — 3e Congrès international d'agriculture, I, p. 205.
vriers des grandes fermes sont traités, et se comportent, comme des ouvriers industriels. Quant aux petits cultivateurs, — propriétaires ou fermiers, — ils sont entièrement sous la coupe des fabricants de sucre, qui leur imposent des contrats léonins, se réservent, fréquemment, le droit de fixer, sans contrôle, le poids et la tare des livraisons faites, en un mot, leur apprennent à connaître, par expérience personnelle, toutes les rigueurs de l'ex[)loitation capitaliste.
Ces diverses circonstances, jointes aux causes générales qui tendent à la prolétarisation des paysans, créent, naturellement, un milieu favorable au dévelop" pement du socialisme, parmi les ouvriers agricoles et les petits cultivateurs.
Est-ce à dire, cependant, que tous ces gens soient désormais à nous ; qu'il ait suffi, pour cela, d'un ou deux ans de propagande, nécessairement superficielle ? Ceux qui prendraient, à cet égard, leurs désirs pour des réalités, s'exposeraient, pour l'avenir, aux déceptions les plus amères. En réalité, s'il y a dans la Wallonie beaucoup de paysans qui votent pour les socialistes, parce qu'ils sont mécontents et que nous sommes le principal parti d'opposition, cela ne veut pas dire qu'ils adhèrent à tout noire programme et qu'ils soient, dès à présent, acquis au socialisme collectiviste. Nous en sommes aux premiers défrichements. La culture intensive sera l'œuvre de demain (1).
§ 2. — La Répartition du i<ol
S'il convient de ne pas se faire d'illusion sur le dé-
(1) Sur les progrès réalisés depuis 1896, au point de vue de la propagande socialiste et de l'organiïîation des caoïpaguards, V, notre étude sur la coopération rurale en Belgique, dans la Revue d'éconoinie politique, 1902.
veloppement actuel du socialisme agraire en Belgique, il ne paraît pas douteux, d'auîre part, que ses progrès seront plus rapides que dans les autres pays du continent, parce que la transformation capitaliste de l'agriculture y est plus avancée, les charges hypothécaires plus lourdes, le divorce de la propriété et du travail plus complet.
Tandis qu'en Allemagne, la partie du t^ rritoire exploitée en location représente seulement 14,68 0/0, et en France, à peu près 20 0/0 de l'ensemble du domaine cultivé (1), en Belgique, sur JOO hectares de terre, — abstraction faite des forêts et des terres incultes, — il y en a 31 qui sont exploités en faire valoir direct et 69, presque les deux tier^, qui sont exploités par des fermiers (2).
Nous ne savons pas, tant les statistiques officielles sont imparfaites, à combien de propriétaires appartiennent les 1.3U0.O()O hectares cultivé? en location. Le recensement agricole nous renseigne sur le nombre des exploitants ; il ne nous apprend rien sur le nombre des exploiteurs. Or, petite culture ne veut nullement dire petite propriété. L'Irlanda, par exemple, où 741 personnes (1,68 0/0 de l'ensemble des propriétaires) possèdent 46 0/0 du sol, est un pays de petite culture : les landlords trouvent intérêt à diviser leur domaine en un grand nombre de petites exploitations. Même phénomène dans nos Flandres: tel |>ro[)riétaire, — et nous en connaissons, — possède la plus grande partie, vuire même la totalité des terres d'un village ; mais il les divise en plusieurs fermes, parce qu'il tire plus de rente
(1) Albert Schaeffls, Deutsche Kem-und Zeit fragen. Berlin, 1895, p. 193.
(2) Recensement 'agricole, 1895, Partie analytique, p. 25.
de douze petits fermiers que d'un seul gros, qui saurait lui tenir la dragée haute.
Le nombre des fermiers est donc connu, mais les propriétaires sont enveloppés d'un impénétrable nuage ; le Dieu-capital reste invisible, accroupi dans son tabernacle.
Une enquête qui mettrait ces choses au clair serait du plus puissant intérêt, mais on peut être assuré que le gouvernement ne la fera pas : il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire.
Tout au plus, pouvons-nous évaluer, avec une grossière approximation, la charge que l'état actuel des choses fait peser, directement sur les fermiers, indirectement sur tous les travailleurs agricoles. A raison de 91 francs l'hectare, — moyenne fixée par le dernier recensement (1895), — et en multipliant par le nombre d'hectares donnés en location, on arrive, chiffres ronds, à 120 millions de francs annuellement, sans compter les intérêts des créances hypothécaires, qui peuvent être évalués à plus de 35 millions.
Que ce prélèvement capitaliste, grossi de tous les frais d'entretien de l'Etat, soit la cause principale de la misère qui règne dans nos campagnes, c'est ce qui apparaît, clair comme le jour, quand on compare deux régions, l'Ardenne et la Flandre, dont la première conserve, à peu près intactes, les formes archaïques de la propriété, tandis que l'autre est presque complètement envahie par la propriété capitaliste.
Le tableau suivant montre, en effet, que le faire valoir direct recule et que le nombre des fermiers-locataires augmente, à mesure que l'on va du sud-est au nord-ouest de la Belgique :
Pour cent hectares
En propriété
Luxembourg . . .
Limbourg ....
Namur
Liège
llainaut
Brabant
Anvers . . . . .
Flandre orientale. .
Flandre occidentale. .
Le Royaume . . ".
En location.
Cette réduction du faire valoir direct et ces progrès de l'appropriation capitaliste coïncident d'ailleurs avec le perfectionnement et l'intensification des cultures.
Nulle part, peut-être, — ainsi que l'a montré Emile de Laveleye — on ne saisit mieux qu'en Belgique les rapports de cause à effet qui existent entre la nature des terrains, les modes de culture et les formes de la propriété foncière.
Si l'on fait abstraction du Bas-Luxembourg et de la région des joo/f/t?;'s, qui occupent une portion fort restreinte du territoire, on retrouve dans les autres régions agricoles — Ardenne, Condroz, Hesbaye, Flandre etCampine — toute l'histoire de l'appropriation du sol dans notre pays.
1° Sur les hauts plateaux de l'Ardenne, terrains soulevés de l'époque primaire, couverts en grande partie de bois et de pâtis, la pratique de l'essarlage est encore en vigueur : comme des mouchoirs perdus sur la montagne, on y voit, au printemps, les satis emblavés d'avoine, se détacher en vert pùle, sur les côtes cou-
vertes de genêts et de bruyères. Une grande partie du sol appartient encore aux communes: le gros delà population se compose de petits propriétaires indépendants, produisant surtout des valeurs d'usage, et protégés contre la concurrence du dehors par l'insuffisance des moyens de communication (1),
En un mot, le régime Ardennais a conservé le caractère que présentait, à un moment donné, le pays tout entier; mais, à mesure que nous descendons des hautes fagnes vers les bords de la mer, cette situation se modifie : les procédés de culture s'améliorent, les communaux disparaissent et l'on voit augmenter le nombre des propriétaires sans travail et des travailleurs sans propriété.
2° Dans la région Condrusienne — terrains de formation secondaire, entre l'Ardenne et les bassins houillers — l'essartage fait place aux jachères et à l'assolement triennal ; l'épeautre occupe encore une fraction notable du territoire; les communaux sont fortement réduits. Chaque village a son château ; la majeure partie des terres — divisées le plus souvent en grandes fermes — appartiennent à des hobereaux, qui perpétuent dans cette contrée les traditions féodales.
3° La Hesbaye, plus moderne et plus capitaliste, couvre de son argile grasse presque tout le territoire des provinces de Hainaut, du Brabant et de Liège. C'est la Beauce de la Belgique, le pays du froment et des fabriques de sucre. On y trouve beaucoup de grandes et de moyennes fermes. Néanmoins, le mor-
(1) La monographie agricole de l'Âi'denne, publiée en 1899 par le Ministère de l'aftriculture, montre cependant que, depuis quelques années, l'introduction des engrais chiaiiquea a modifié profondément les conditions de la cuUure ardennaise.
cellement de la culture y a fait des progrès dans ces dernières années.
4» Enfin, dans les sab!es des Flandres — • terrains de formation moderne — merveilleusement fertilisés par l'incessant travail de vingt générations, les procéde's de culture atteignent leur maximum de variété et de perfection.
Du haut des clochers de la plaine flamande, la campagne tout entière s'étale, comme un lapis merveilleux, où se marient harmonieusi.-ment les corolles jaunes du colza, l'incarnat des trèfles, le bleu si doux des fleurs de lin et les opulentes pétales violettes des pavots. C'est le jardin de la Beli^ique ; suivant un vieux proverbe local, la bêche du paysan y a découvert des mines d'or. Seulement, nous avons vu que, dans la Flandre occidentale, quatre-vingt-quatre hectares sur cent n'appartiennent pas au fermier (]ui les cultive. La terre donne des fruits magnifiques, mais ceux qui les produisent n'en ont que la plus maigre part.
Sic vos, non vobis, melUficatis, apes.
En Ardenne, au contraire, où les procédés de culture sont encore si primitifs, la plus grande partie des terres — 66 0/0 — sont exploitées en faire valoir direct et chaque paysan peut prendre son bois, envoyer son porc à la glandée, sa vache à la paisson, dans la forêt communale. Il n'y a guère de riches, mais il n'y a pas de misérables. Nulle part, en Belgique, le budget de la bienfaisance n'est moins chargé, la proportion des secours plus insignifiante. Nulle part aussi les salaires augmentés ne sont aussi élevés, tandis que, dans les Flandres si fertiles, ils descendent fréquemment, pour des ouvriers nourris à la ferme, de pommes le terre et de pain noir, au-dessous de l fr. par jour I
Nous nous retrouvons en présence de cette antinomie redoutable qu'un économiste du commencement du xix^ siècle caractérisait en disant que les pays riches sont ceux où la masse de la population est pauvre, les pays pauvres, ceux où la masse de la population 66 trouve dans une aisance relative. Le développement du paupérisme est en raison directe du développement de la propriété capitaliste, et, d'autre part, le développement de celle-ci — ou d'une autre forme, équivalente ou supérieure, au point de vue de la productivité — est la condition nécessaire des progrès de la culture.
La propriété ardennaise, cultivée personnellement et isolément par le paysan-propriétaire, assure à ce dernier lorsque, bien entendu, elle n'est pas hypothéquée, le produit intégral de son travail. Seulement, elle exige, pour se maintenir, un ensemble de conditions que le développement des moyens de communication tend à faire disparaître : quand toute cette région sera sillonnée par les chemins de fer vicinaux, la population deviendra plus dense, les communaux seront défrichés, partagés ou vendus, la production de valeurs d'usage fera place à la production de valeurs d'échange, la concurrence étrangère se fera sentir, et la propriété fondée sur le travail personnel devra être remplacée par d'autres formes d'appropriation.
Par contre, la propriété capitaliste, telle qu'elle existe dans la Hesbaye ou dans les Flandres, est incontestablement supérieure, au point de vue du rendement et de la perfection des procédés de culture, mais elle a pour conséquences fatales la pau[)érisation des travailleurs agricoles et la formation d'une classe de propriétaires parasites, dont la plupart ne mettent jamais les pieds dans leur domaine.
Ainsi dono, la propriété privée, fondée sur le travail personnel, est supérieure au point de vue de la justice, inférieure au point de vue de la production ; la propriété capitaliste, fondée sur le travail d'autrui, est supérieure au point de vue de la production, inférieure au point de vue de la justice.
Pour résoudre cette antinomie, il faut — ainsi que César De Paepe l'a adiiiiraMeœent montré dans un rapport célèbre sur la propriété collective — procéder par synthèse, réaliser une forme d'appropriation qui soit aussi favorable, plus favorable même à la justice que la propriété paysanne, et aussi favorable, plus favorable même à la production agricole que la propriété capitaliste. L'évolution capitaliste aboutit donc à la socialisation du sol, aussi bien que des autres moyens de produclion.
§ 3. — Les difficultés de la propagande socialiste dans les campagnes
Théoriquement, rien de plus facile à justifier que ces conclusions collectivistes, surtout dans un pays où, comme nous venons de le voir, plus des deux tiers du sol sont cultivés par des fermiers locataires, tandis que le tiers restant est hypothéqué pour une notable partie de sa valeur ; mais, pratiquement, il ne faut pas se dissimuler que la pénétration de ces idées dans nos campagnes se heurte à de multiples obstacles.
D'abord, et surtout, l'agriculture n'est pas encore suffisamment industrialisée ; la pratique de l'association — capitaliste ou coopérative — commence seulement à se répandre. — Le morcellement des exploi-
lations (829.000, d'après le recensement de 1895), l'isolement des producteurs, l'cibsence de relations fréquentes entre les travailleurs ruraux, [)roduisent les mêmes efi'els, le même individualisme que le travail en chambre dans les villes: les ouvriers ne se sentent pas les coudes ; les fermiers, au lieu de former des ligues pour l'abaissement des fermages, se disputent les terres, surtout les petites parcelles, avec acharnement ; les petits propriétaires, alors même qu'ils sont ruinés, endettés, décapilalisés, transformés en mainmorlahles de leurs créanciers — comme le Courtecuisse des Paysans de Balzac — restent attachés obstinément à leur propriété-fantôme, ou plutôt à leur propriété-vampire.
Ajoutez à cela des obstacles plus immédiats, mais qui déiivent, en dernière analyse, de la même cause profonde: le misonéïsme des paysans, leur méfiance invétérée à l'égard de tout ce qui leur vient de la ville, le dualisme des langues — aux portes de Bruxelles commencent les terrge incognitx de la campagne flamande — et, surtout dans les Flandres et dans la Gampine, la question religieuse, les préjugés contre le socialisme, soigneusement entretenus par le clergé local.
A quelque temps des élections dernières, du haut de toutes les chaires de vérité du royaume, on tonnait contre les socialistes, destructeurs de la religion, de la propriété et de la famille. Tel curé de campagne s'en allait chez un de ses paroissiens^ armé de son parapluie et traç^iit des lignes dans les champs pour montrer ce qu'on leur prendrait et ce qu'on leur laisserait, en cas de victoire socialiste. Quantité de bonnes gens étaient persuadés que ceux qui avaient deux vaches seraient contraints d'en donner une.
Néanmoins l'exagération de ces attaques nous est plutôt un avantage : les paysans, en effet, ne tardent guère à s'apercevoir que les socialistes n'ont pas le pied fourchu, qu'ils ne couchent [las avec douze femmes à la fois, comme Jean de Leyde, et que leurs expéditions de propagande n'ont pas pour but d'opérer des razzias de bestiaux.
A partir de ce moment, ils cessent de frapper nos propagandistes, et se risquent à les écouler, ou, tout au moins, à lire, en cachette, les brochures que des pelotons de cyclistes s'en vont distribuer, chaque dimanche, au sortir de la messe, dans les environs des grandes villes. Mais, si nos paysans commencent à écouter ou à lire, cela ne veut nullement dire qu'ils soient convaincus, ou près de l'être. Les idées germent lentement dans les cervelles rurales, aussi lentement que les semences de la terre. La moindre innovation les effraie ; le plus mince perfectionnement technique met des années à s'introduire.
Les cultivateurs des environs de Braine-le-Gomte, par exemple, se servaient jadis de fourches à trois dents, lourdes, incommodes, pénibles à manier. Un beau jour, l'un d'eux se décide à employer une fourche à quatre dents, de fabrication anglaise, incomparablement plus légère et plus maniable: les anciens du village s'assemblent, délibèrent, et, finalement, sont unanimes à conclure en ces termes : « Peuh I elle a quatre dents ; on a déjà assez de peine avec celles qui en ont trois! » Il fallut plusieurs années pour leur faire changer d'avis.
Que l'on juge, d'après celte résistance à accepter une machine nouvelle, ce qui doit en être lorsqu'il s'agit d'une conception sociale nouvelle, surtout si les avantages de icette conception leur sont vantés
Dest. et Vand, 19
par (le'ï propigandisles inconnus, par des orateur» venus de la ville.
Jusqu'à présen', en eiïet, nous avons beaucoup de propagandistes à la CHmpHgne, mais à peine une poignée de ptopagandJsles de la campagne. Or, tant que les idées socialislt's y seront prêchées par des citadins, connaissant iniparfailement les besoins des habitants, la manière de vivre des paysans, leur action sera nécessairement superficielle. Souvent même, ils feront plus de mal que de bien, faute de connaîire le premier mot des questions dont ils parlent. Un fermier de nos amis me racontait, un jour avoir entendu, dans un meeting, un orateur Bruxellois reprocher au gouvernement les droits d'entrée sur la margarine « cette matière première indispensable pour faire du beurre ».
Le Parti ouvrier belge compte cependant quelques hommes, trop peu non)breux malheureusement, qui vivent, ou ont vécu, de la vie des campagnes, et Joignent à leurs connaissances pratiques une information exacte des théories socialistes (I).
Leur intliience est encore limitée, mais nous avons la conviction qu'elle ne tardera pas à s'étendre, cbc il se produit, en ce moment, dans les masses rurales, une véritable révolution intellectuelle, lente, parce qu'elle est profonde, irrésistible, parce qu'elle trouve sa cause dans le développement même du régime capitaliste.
(1) Le nombre de ces propagandistes a sensiblemeal augmenté depuis i896 et, si grandes qu'elles soient encore, les dir6<ullé8 de la propagande socialiste dans les campagnes ont nr tablement diminué.
la question agraire 327
§ 4. — Les transformations de la propriété et de la