CHAPITRE II
Dans le Parti ouvrier.
Dès que le Parti ouvrier prit de la consistance et de l'ampleur, les revendications des femmes attirèrent l'attention de ses propagandistes. Défenseur naturel de tous les opprimés, le Parti ouvrier devait à son programme de se consacrer à l'amélioration de la condition féminime ; la femme, et spécialement l'ouvrière, étant doublement esclave, esclave comme son maii, comme son père, des conditions économiques, mais de par les lois et les mœurs, esclave encore de ce mari ou de ce père.
Au 8* Congrès annuel, tenu à Namur, en 1892, la citoyenne Emilie Claeys, de Gand, qui fut l'initiatrice du féminisme socialiste, parle au nom des femmes socialistes de Gand pour réclamer que dans la lutte pour le suffrage universel, on n'oublie point le suffrage des femmes. Au 9^ Congrès, à Gand, l'année suivante, elle revient énergiquement à la charge. Elle signale notamment l'importance qu^il y a pour les ouvrières à pouvoir prendre part aux élections pour les Conseils de l'Industrie et du Travail et à l'agitation provoquée à Gand à l'occasion d'une élection de cette nature au commencement de 1893. Elle réclame le concours du
Parti ouvrier pour étendre cette agitation à tout le pays et elle engage les délégués à donner l'exemple aux pouvoirs publics eu admettant les femmes dans l'administration de leurs associations.
Ce rapport est sympathiquement accueilli et un ordre du jour, proposé par Volders et Serwy, est adopté à l'unanimité :
Le Congrès, conformément au programme du Parti ouvrier et aux résolutions du Congrès international ouvrier socialiste :
Déclare que le Parti ouvrier poursuivra, par tous les moyens en son pouvoir, la suppression de toutes les dispositions légales qui consacrent l'infériorité civile, politique et économique de la femme ;
Qu'il réclamera le droit de vote pour la femme comme pour l'homme ;
Qu'il admettra la femme dans toutes ses organisations politiques, comme membre et administrateur ;
Qu'd exige sa participation comme électeur et éligible à tous les comités économiques et aux organisations de bienfaisance : conseils communaux, conseils de prud'hommes, conseils de l'industrie, bureaux de bienfaisance;
Qu'il la soutiendra dans toutes les revendications de réalisation immédiate.
En 1895, au 11' Congrès annuel, à Anvers, on s'occupe encore de la question féministe. Le compagnon Octors estime que sa solntion doit être, avant tout, cherchée dans l'ordre économique, sur le terrain du travail. Les ouvrières doivent s'organiser en syndicats professionnels spéciaux ou entrer dans les syndicats de travailleurs. Un ordre du jour en ce sens est voté à l'unanimité. Le Congrès décide de se faire représenter au prochain Congrès féministe et adjoint Octors au Conseil général avec mission de poursuivre l'organisation des ouvrières.