CIL II, — DANS LE PARTI ODVCIER
par leurs compagnons de travail. Les Gantois se sont toujours appliqués à organiser les femmes et les chiffres cidessous prouvent que leurs efforts n'ont pas été vains. Depuis des années, ils distribuent, à la sortie desfabriques, des manifestes relatant les griefs des ouvriers et ouvrières et les engageant à se syndiquer. Le Syndicat des couturières, qui doit aussi son existence au dévouement de quelques citoyens, a fondé une coopérative de production, où l'on occupe les ouvrières sans travail, et une école professionnelle, qui compte aciuellement 98 apprenties payant 10 centimes par semaine. Tous ces syndicats accordent des subsides aux membres malades ou sans ouvrage.
Outre les syndicats, il existe des groupements de femmes socialistes. Ces groupes comprennent surtout des ménagères, c'est-à-dire des femmes de la classe ouvrière n'exerçant pas de métier. Ils ont été fondés dans diverses localités du pays sous l'impulsion des citoyennes Emilie Clayes, de Grand, Marianne Wasson, de Liège, Pirson-Lothier, de Roux, propagandistes auxquelles vinrent se joindre plus tard les citoyennes M. Janssens, Foulon, Gatti de Gamond, Paule Gil, Tillmans, L. Vandcrvelde et quelques autres dont l'exemple contribua beaucoiip à vivifier le mouvement féministe.
Un premier Congrès féministe ouvrier se tint à Charleroi, le 23 juillet 1899, à l'instigation du citoyen Oscar Gilbert de Wanfercée-Baulet.
La Ligue des femmes socialistes de Bruxelles fut fondée à la suite de ce Congrès et depuis prospère à la Maison du Peuple.
Les années suivantes attestèrent, lors de nouveaux Congrès, Bruxelles (lyGO),Gand (1901),Bruxelles(1902), que les revendications féministes recrutaient de jour en jour de plus nombreux partisans. Les discussions pas-
sionnées auxquelles donna lieu la question du suffrage des femmes contribuèrent fortement, par contre coup, à attirer l'attention sur les injustices que présentent pour les femmes les lois civiles.
Deux journaux, paraissant réguliôreraent depuis plusieurs années, et dans lesquels on trouvera nombre de renseignements intéressants que nous n'avons pu consigner ici, soutiennent infatigablement la propagande. L'un : De Stem der Vrouw (1), s'adressa aux populations de langue flamande; l'autre : Cahiers Féministes{2), est surtout répandu dans la partie wallonne du pays.
(1) De Stem der Vrouio, mensuel, publié par la Ligue des FEMMES DE Gand, SOUS la directioD d'Eulaiie Apers, au Vooruit, à Gaud, 5 centimes le n°, 75 centimes par an.
(2) Cahiers Féministes^ bi-mensuel, publié à Bruxelles par les compagnes H. Denis, M. Janssens, L. Vasdervelde, L. Van Ddhkn, et J. Gatti de Gamond, cette dernière secrétaire de la rédaction à Uccle-Slalle lez Bruxelles, 5 centimes le n", 1 fr. par an.
PRÉOCCUPATIOiVS IIVTELLECTUELLES ESTHÉTIQUES ET MORALES
Observations générales.
La déclaration de principes du Parti ouvrier de Belgique énonce très justement que la Révolution sociale ne pourra être consommée que pour autant qu'une transformation fondamentale s'opère dans tous les domaines de l'activité des hommes ; qu'elle exige donc une série de révolutions particulières, non seulement politiques, mais économiques, intellectuelles, esthétiques et morales.
Ces derniers côtés de l'évolution ne sont pas les moins curieux à examiner. Selon les pays, c'est tantôt l'aspect politique, tantôt l'aspect économique du problème qui passionne les esprits ; ils apparaissent aux premiers plans ; mais, quelque essentiels qu'ils soient, ils ne doivent pas faire négliger les autres modes d'action sur la pensée et l'énergie humaine.
Aussi le socialisme belge, qui a depuis longtemps
compris la nécessité de ces évolutions parallèles, s'en est préoccupé assez viveaienl. La puissance de nos adrniiables institutions coopératives (ie Vooruit à Gand, la Maison du Peuple à Bruxelles, le Progrès à Jolimont, pour ne citer que celles-là) (1), le réseau fécond des mutualités socialistes, le nombre et la variété des syndicats professionnels (2) sont généralement connus, de môme que l'intensité de notre propagande politique (3), qui nous a assuré des représentants dans tous les corps électifs. Mais il peut être intéressant de compléter ces notions par l'indication rapide de ce que le parti socialiste belge a réalisé, tenté ou préconisé dans les domaines intellectuel, esthétique et moral.
Tel sera l'objet de cette partie de notre étude.
(1) Voyez la première partie de cet ouvrage « les lastitutioDS écouomiques ».
(2) On trouvera, en outre, des renseignements dans les Coniples rendus des Congrès anntiets du Parti Ouvrier qui sont publiés chaque année, 35, rue des Sables, à Bruxelles.
(3) Voyez la seconde partie de cet ouvrage.