CHAPITRE PREMIER
Préoccupations intellectuelles.
§ 1. —La presse socialiste
Avant de se réaliser en fait, toute réforme doit d'abord s'être décidée dans un cerveau. La plus puissante influence sur les intelligences contemporaines s'exerce par la presse. Celle-ci était donc l'instrument indispensable de toute action politique ou économique. Le parti socialiste, dès ses débuts, fut obligé de s'assurer de ce mode de communication avec l'opinion publique. Il voulut avoir sa presse à lui, indépendante de toute combinaison commerciale ou financière.
La mission principale de cette presse, on le comprendra, fut d'intervenir dans la discussion quotidienne des événements politiques et économiques ; de défendre le programme du Parti ; de batailler dans les luttes électorales et d'apprécier les débats et les votes des assemblées dé! béranles. A ce titre, elle pourrait paraître étrangère à l'objet de cette étude. Mais elle eut aussi pour but d'aliranchir, d'une manière plus haute et plus générale, le travailleur de toute ignorance. C'est- le manque d'instruction, le défaut de
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notions claires et précises, l'absence de lumières scientifiques, qui lient encore tant d'hommes dans l'esclavage. A ceux-là nos journaux s'efîorcèrent, dans la mesure du possible, d'apporter, d'indiquer tout au moins, des modes d'émancipation de leur esprit asservi.
L'organe officiel du Parti ouvrier, Le Peuple, s'édite à Bruxelles, rue des Sables, 35. Il eut les plus modestes commencements. 11 succéda au National belge, journal indépendant, dirigé par un étranger, G. Marchi, que le gouvernement fit expulser, et auquel collaboraient Jean Volders, Jules Wilmart, et d'autres. Le National ayant disparu en iH85, le parti démocratique socialiste se trouva sans organe quotidien. Volders fonda la République, hebdomadaire, qui n'eut que quelques numéros. Bertrand rédigeait un autre journal hebdomadaire : La Voix de /'owyr/er. Ils résolurent de fondre ces deux publications et de créer un petit journal quotidien à deux centimes, qui serait le Moniteur du Parti ouvrier.
Le premier numéro du Peuple parut ainsi le samedi 12 novembre 1885, imprimé par \iaheu, qui faisait crédit. Les bureaux furent installés dans une salle du premier étage d'un cabaret de la rue des Sables. Pour meubles, on emprunta les tables et les chaises de l'estaminet. 11 faisait froid : il fallut se procurer un poêle, puis des lampes pour s'éclairer. Cela fut acheté chez le quincailler d'en face. Pour le charbon, on se cotisa. A six heures et quelques minutes, l'employé du quincailler se présenta avec sa facture acquittée. Milot, maintenant encore éditeur du Peuple, avait été nommé caissier et administrateur ; il mit gravement ses lunettes et dit à l'employé :
— Mon ami, il est six heures dix, la caisse est fermée, il faudra repasser.
ÇH. I. — PRÉOCCUPATIONS INTEr.LfîCTDELLES 369
La caisse, c'était une boîte à cigares vide. Quelques instants plus tard le Peuple paraissait et se vendit... A l'heure actuelle, il ne le cède à aucun des grands journaux quoliiiiens de la capitale, quant au nombre et au mérite de ses rédacteurs et collaborateurs, au soin de sa publication ou à l'abondance de ses informations.
Son diminulif, VEcho du Peuple, quotidien à deux centimes, est extrêmement répandu et résiste vaillamment aux prodiges de presse à bon marché que peuvent se payer les réactionnaires.
D'autres journaux quotidiens paraissent en province : le Journal de Charleroi dans la partie vi^allonne et, dans la partie flamande, le Vooruil à Gand et le Wer^ ker à Anvers (1). A côté d'eux, une série de journaux hebdomadaires mènent le bon combat. Citons le Volksivil (Molenbeek) ; Toekomst (Malines) ; V Avant- Garde, spécialement anti-militariste (Bruxelles) ; le Suffrage universel (Borinage); Y Egalité (Tournai) ; VEclaireur Socialiste (Thuin) ; la Tribune et le Combat (Liège) ; le Clairon (Soignies) ; la République (Nivelles) ; En Avant (Namur) ; le Courrier de la Sambre (Marchiennes) ; le Devoir et le Parti Ouvrier (Verviers) ; Volhwil (Louvain) ; V Appel au Peuple (Seraing); le Travailleur (Uwy), et accordons une mention spéciale au journal socialiste destiné aux paysans : Le Laboureur, dirigé par Debarsy.
Enfin, complétant ce robuste faisceau d'influences, une revue d'un caractère plus dogmatique: r.4yenir Social, fondée en 1895, a déjà publié d'importantes études. Elle comprend déplus un Bulletin communal (2),
(i) A la Buite des élections de aiai 1902, on a mis à l'élude la créaliou d'un journal flamand pour la réfjion bruxelloise,
(2) Il a été décidé, à partir de juin 1902, de publier séparëment le Bulletin communal.
un Bulletin Coopératif et un Bulletin Syndical, ce qui a contribué à lui assurer une diffusion notable. Cette seule et rapide énumération atte-te la force et la vitalité du Parli ouvrier belge; elle démontre une abondance d'activité, une maturité de développement social que lui pourrait envier maint parti socialiste de plus grandes nations (1).
§ 2. — Bibliothèques
A côté de l'œuvre des journaux, il faut mentionner celle des brochures de propagande. Elles nous ont rendu d'incontestables services. Elles préparent ou complètent merveilleusement la propagande orale. Depuis plusieurs années déjà, c'est par millions que le parti socialiste a distribué aux paysans et aux ouvriers de Belgique ces légères brochures exposant notre programme ou en précisant tel ou tel point particulier. Elles ont en général seize ou trente-deux pages et coûtent trois ou six francs le cent. Plusieurs d'entre elles ont labouré profondément l'intelligence populaire. Nos adversaires cléricaux, émus de cette diffusion énorme des principes socialistes, ont, depuis quelque temps, tenté de nous imiter et d'opposer à nos brochures d'analogues brochures de propagande réactionnaire. Mais malgré leurs sacrifices financiers considérables, malgré l'habileté perfide des rédacteurs à leur solde, leurs publications sont mal distribuées, peu lues et restent sans effet. Le type de celles-ci est le Bilan
(1) Cf. h'Enquéle sur la Presse socialiste, poursuivie en 1901 pai" le Mouvement socialiste de Paris, et ootammeDt l'article de F. FisHER (15 novembre 1901) sur la Belgique.
OH. I. — PRÉOCCUPATIONS ÎNTSLLKCTUELLES o7l
Rouge, lancé lors des élections législatives de 1896, qui se compose uniquement de citations socialistes, tronquées, dénaturées, présentées de façon à en fausser le sens, le tout avec une indéniable maestria dans le mensonge et la calomnie.
Parmi nos brochures (1), qu'il nous soit permis de citer quelques titres pour donner au lecteur une idée de la diversité des matières traitées : les Trois-Huit (Bertrand), Collectivisme (Vandervelde), le Premier Mai, l' Action socialiste au Parlement (Grimard), la Morale nationaliste (Denis), Syndicats Professionnels (Hardyns), la Bienfaisance Publique (Alice Bron), Cantines Scolaires (Léo), Art et socialisme (J. Destrée), Vive la Commune (E. Vandervelde), Aux Paysans (Bertrand), le Socialisme et les Femmes (J. Destrée), etc., plus une série de tracts d'intérêt électoral. On a aussi distribué sous cette forme le Manifeste du Parti communiste et des discours de Jaurès à la Chambre française. La moyenne des tirages est de dix milie; mais un grand nombre ont considérablement dépassé ce chiflre.
D'autre part, la plupart des grandes coopératives ont installé à la disposition de Kurs membres et de la classe ouvrière d'importantes bibliothèques. C'est ainsi qu'au Vooruit, à Gand, se trouvent rassemblés plus de 7.000 volumes traitant de sciences sociales ou d'économie politique, collection superbe dont le noyau fut l'ancienne bibliothèque du syndicat des tisserands. Jolimont possède à la Louvière la remarquable bibliothèque de César de Paepe, comenani diverses publications devenues 1res rares. Enfin le Temple de la Science à Gliarleroi renferme également un cer-
(1) Editées par Milot, librairie du Pexiple, 35, rue des Sables, Bruxelles.
372 VI. — rRÊOCCDPATÎONS INTELLECTUELLES, ETC.
tain nombre de livres. L'organisation généralement libérale «les bibliothèques populaires sul'tisant, dans les grands centres, aux be>uins de la classe ouvrière, les inslitulions socialistes sont restées jusque dans ces dernières années, sauf les exemples ci-dessus, sommaires et limitées à des corporations.
Eu 1900, Jules Destrée, frappé de la nécessité de favoriser l'émancipation intellectuelle des travailleurs, se consacra a la création de Bibliothèques dans les Maisons du Peuple. Il fit appel au parti pour le choix d'une vingtaine d'ouvrages pouvant constituer un noyau-type pour de semblables bibliothèques (1). Sous son impulsion, une quinzaine d'institutions de ce genre, accompagnées de Cercles d'Etudes, se sont fondées, notamment à Marcinelle, Monceau S. S., Montigny-p.-Sambre, Dampremy, Lodelinsarl, Courcelles, Ransart, Moha, Soiguies, Beyne-Heusay, Waremme, Quevaucamps, Carnières, Braine-le-Ghâteau, Ecaussines. D'autres sont en préparation,
§ 3. — La Libre-pensée
Le parti ouvrier belge est un parti de classe (art, 25 de ses statuts). C'est assez dire que pour y adhérer, on n'exige point une profession de foi philosophique ou religieuse quelconque. Croyants et incroyants peuvent y fraterniser. C'est un axiome b jnal de notre propagande que la religion est aflaire de conscience personnelle et que le pouvoir politique n'a point à s'en occuper, pas plus pour l'eulraver que pour la favoriser. Nous devons à tous le même droit commun de large tolérance et de liberté.
(1) Bibliothèques Ouvrières^ par J. Destrék. Une brochure à 10 centimes, 35, i-ue des Sables, Bruxelles.
Néanmoins, le parti conservateur s'appuyant, en Belgique, sur Ifs forces de la religion catholique, il en est résulté, en fait, un antagonisme fre'quent entre cette confession et le socialisme. A ce litre, nous devons mentionner ici les très nombreuses Sociétés de Libre- Pensée répandues un peu partout en Belgique, surtout dans la partie walonne du pays, dont la plupart des membres sont socialistes. Ces sociétés travaillent assidûment par des conférences et des publications à l'émancipation philosophique de la nation. Elles cherchent à assurer à leurs membres des funérailles décentes, dépourvues de tout caractère religieux. Elles sont constituées en Fédération : La Fédération nationale des Sociétés de Libres Penseurs, et ont publié longtemps un bulletin mensuel qui a été remplacé par le journal hebdomadaire international La Raison, dirigé à Paris, par Charbonnel, et, à Bruxelles, par notre ami Léon Furnémont, à qui on pourra s'adresser (13, rue du Moniteur, Bruxellt-s) pour tous renseignements plus amples.
§ 4. — Extension universitaire
Venons-en à présent aux préoccupations de science pure, dégagées de tout souci politique ou économique, au moins comme conséquence immédiate ; l'effort le plus intéressant à cet égard est assurément V Extension, universitaire (1).
Uniquement scientifique, évidemment, mais pouvant
(1) Pour plus de détails sur l'ûrj^anisation, les règlements et instructions aux professeurs ou aux comités locaux, les programmes des "cours, etc., s'adresser au secrétariat, rue de Ruysbroeck, 28, à Bruxelles.
figurer dans celte récapitulation des œuvres socialistes, parce que, d'une part, la plupart des professeurs appartenant à cette institution sont des socialistes avérés ; d'autre part, parce que les groupes démocrates ont partout accordé leur appui aux cours ainsi organisés et ont engagé leurs membres à y assister.
Dès 1892, le Cercle des Etudiants et anciens Etudiants socialistes avait fondé à la Maison du Peuple de Bruxelles une section d'art et d''enseignement. En octobre 1892, on fit appel aux membres du Parti ouvrier, les invitant à désigner eux-mêmes les cours qui leur paraîtraient les plus utiles. Ce référendum aboutit au programme suivant : Droit civil (Max Hallet), Economie sociale (Emile Vandervelde), Mathématiques (Louis de Brouckère). Histoire de Belgique (Pinard), Sténographie (iMévisse).
Ces cours n'obtinrent pas un très grand succès ; ce qui s'explique par !a multiplicité des organismes analogues dans une grande ville et à la Maison du Peuple même, où avaient lieu des conférences, des séances nombreuses de groupes divers ; et ils disparurent tout naturellement lorsque, l'année suivante, les professeurs de l'Université de Bruxelles, notamn^ent Vandervelde et Léon Leclère, décidèrent de créer, à l'instar de ce qui s'était fait en Angleterre, l'Extension universitaire. La section d'art et d'enseignement devint alors une Section d'art et nous aurons l'occasion d'en reparler dans la suite de ces notes.
L'Extension universitaire organisa dès l'année de sa fondation un ensemble de vingt-cinq cours, soit cent quatre-vingt-trois leçons dans difïérentes parties du pays. Quatre mille auditeurs environ les suivirent. Parmi ceux-ci, on remarqua des fonctionnaires, des instituteurs, des employés, d'anciens universitaires et
un fort contingent d'ouvriers dans les régions industrielles. Les cours les plus demandés se rattachaient à l'histoire et à la sociologie."
Le corps professoral était composé exclusivement de professeurs de V Université libre de Bruxelles, Il ne resta point étranger aux déchirements qui passionnèrent le monde de renseignement supérieur en 1894. On se rappelle qu'à la suite du refus, opposé par la doctrinaire conseil d'administration, de laisser donner un cours demandé à Elisée Reclus, l'éminent géographe, divers incidents retentissants eurent lieu qui aboutirent à la constitution d'une école libre d'enseignement supérieur, doublé d'un Institut des Hautes Etudes, qu'on ne tarda pas à appeler couramment VUnlversilé nouvelle.
Certains membres de V Extension, notamment nos amis G. de Greef et Reclus, avaient pris parti pour V Université nouvelle. (!n essaya de les exclure «îe VExtension ; mais la tentative ayant échoué, les promoteurs de ce mouvement démissionnèrent et créèrent V Extension de V Université libre de Bruxelles. Depuis cette crise (juin 1894), les deux Extensious fonctionnent parallèlement, avec des principes d'organisation analogues et différenciés seulement par la tendance philosophique ou sociale qu'indique la personnalité des professeurs.
Le règlement de l'Extension universitaire proclame qu'elle a pour but la diffusion de la culture scientifique, basée sur le principe du libre examen ; elle institue à cet effet des cours populaires d'enseignement supérieur (art, l").Elle donne à ces cours un caractère exclusivement scientifique (art. 7).
Il peut être institué dans toutes localités un ou plusieurs comités qui arrêtent leurs statuts et sont soumis à l'agrément du comité central. Les comités locaux
n'/fi VI. — PRÉOCCUPATIONS INTELLECTUELLES, ETC.
veillent aux détails de l'organisation matérielle des cours. Ceux-ci se donnent, autant que possible, dans des locaux scolaires. Ils ont lieu, soit en semaine, le soir; suit le dimanche. Ils se composent, en général, de six leçons. Un syilabus, résumé de l'enseignement du professeur, est distribué à tous les élèves. La leçon dure une heure ; elle peut être suivie d'une classe ou répétition. Une rétribution modique est réclamée des auditeurs ou fournie par les comités locaux pour parer aux frais ; ceux-ci sont peu élevés, étant donné le désintéressement des professeurs, auxquels est allouée seulement une indemnité de dix francs par leçon.
Les matières enseignées sont très diverses (on pourra d'ailleurs s'en procurer le programme au secrétariat, 28, rue de Ruysbroi^xk, à Bruxelles) ; parmi les professeurs nous relevons les noms de La Fontaine et Ed. Picard, sénateurs socialistes ; Houzeau, sénateur radical ; de G. Demblon, Delbastée, van Kol, Toelstra, Jules Destrée, Emile Vandervelde, députés socialistes ; de L. de Brouckère, conseiller communal socialiste de Bruxelles, d'Elisée et d'Elie Reclus, de G. de Greef, E. Vinck, L. Hennebicq, etc.
Le beau mouvement qui a créé à Paris les Universites populaires n'a point eu, en Belgique, à cause de l'existence du Cercle d'Etudes et des Comités d'Extension, de retentissement notable. Il faut citer toutefois l'intéressante tentative, très réussie, d'uhe Université Populaire à Mons (1), en 1901 et 1902, ainsi que l'Université populaire, insiituée au Temple de la Science, à Charleroi, qui n'a point jusqu'ici réalisé compl'^tement l'espoir de son titre, mais a organisé une série de conférences intéressantes.
1.1) V. François André. L'Université Populaire, brochure éditée par Vidée Libre^ rue des Minimes, 26, Bruxelles.
Plus récemment, d'autres U. P. ont été créées à Bruxelles et dans ragglumération bruxelloise, notamment à la Maison du Peuple de Bruxelles, où les cours organisés par l'U. P. V Emancipation, attirent de nombreux auditeurs.
Le 14 juillet 1902, les U. P. de Paris vinrent en excursion à Bruxelles et ce fut une exellente occasion de rapprochement et d'enseignements mutuels.
§ 5. — Université «ouvëlle (1)
Nous venons de dire (p. 375) dans quelles conditions ce magnifique établissement a été créé. Notre ami Ed. Picard, dans un article de la Société nouvelle (2), expliquait ainsi les intentions de ses promoteurs :
Les promoteurs de l'œuvre pensent que les quatre facultés légales des Universités sont loin d'embrasser l'ensemble des matières que doit comprendre un enseignement vraiment universitaire. Ces facultés, « organisées en vue de préparer à certaines carrières libérales déterminées », ne peuvent, sans perdre entièrement leur délinéature actuelle, faire une place suffisante aux sciences qui, comme la sociologie, la biologie abstraite, les mathématiques supérieures et bien d'autres, ne présentent aucune utilité professionnelle immédiate. Celles-ci doivent cependant occuper une place éminente dans une école supérieure répondant aux exigences de la société moderne. Aujourd'hui le savoir positif tend à exercer une action de
(1) Pour tous reuseiguements, détails d'orf^aulsation, programmes des cours, s'adresser à l'Uuiversilé, 28, rue de Ruysbrneck, Bruxelles.
(2) L'Unirersilé nouvelle (94 95), dans la Société Nouvelle, 1894, n» 113, Bruxelles. Larcier, éditeur. Voyez encore un article d'Ednaond Picard dans VHumanité Nouvelle d'octobre et novembre 1897. .
378 VI. — PRÉOCCUPATIONS iNTELLECTOELLÉSj ETC.
plus en plus considérable sur toutes les branches de l'activité humaine, depuis la production industrielle jusqu'à l'élaboration des lois et à l'organisation politique des sociétés, et les liens qui unissent toutes les sciences particulières apparaissent de plus en plus nettement. Une vue d'ensemble synthétique, à la fois spéculative et pratique, du domaine intellectuel, est donc indispensable à ceux qui veulent exercer une action sociale réfléchie, comme à ceux qui veulent aborder d'une façon pleinement rationnelle l'étude d'une branche particulière des connaissances humaines.
Et plus loin :
Comme on le voit, la partie intellectuelle de l'CEuvre avait été comprise et organisée dans des proportions grandioses. Elle dépassait vaillamment les limites étriquées de l'enseignement usuel, toujours préoccupée de maintenir l'esprit des étudiants dans les liens d'une discipline bourgeoise, destinée à former des esprits circonspects, attentifs à ne rien changer à l'état de choses capitaliste et conservateur qui assure aux beati possidentes la jouissance d'un si beau pays de cocagne, et n'ayant d'autre idéal que de prendre leur part dans cette riante et alléchante combinaison de l'égoïsme et du bien-être.
La partie matérielle fut organisée avec promptitude et simplicité. Le hasard, cet éternel railleur, voulut que les promoteurs pussent s'assurer la disposition d'un vaste immeuble dans lequel Théodore Verhaegen, le fondateur de l'ancienne université dévoyée, avait vécu ei était mort. Le rapprochement fit sourire et parut de bon augure. Les superstitieux pouvaient y voir une mystérieuse attraction et une vengeance posthume de celui qui avait rêvé de faire de son université « libre ;> le symbole, en Belgique, d'un enseignement d'avant-garde.
La vieille demeure fut aménagée avec un désir de ne pas la rendre identique aux sanctuaires moroses, dans lesquels les prêtres du professorat initient d'ordinaire les étudiants au culte des sciences asséchées de tout suc révolutionnaire. Il y avait des artistes parmi les fervents de l'Université nouvelle. Ils mirent quelque coquetterie à démontrer que l'auditoire d'un cours ne doit pas avoir nécessairement l'aspect d'une cave ou d'un greffe de prison.
Ils esthétisèrent ces locaux avec une grâce simple. Ils mirent de l'originalité où il semblait qu'elle fût impossible. Ils fournirent à la pédanterie rageuse des cuistres cette occasion de rire et de se moquer de ce qu'ils nommèrent « l'élégance scolaire », « le dandysme académique », donnant ainsi, sans qu'ils s'en doutassent, une nouvelle preuve de leur irrémédiable racornissement.
En dépit des hostilités sourdes ou avouées, des plaisanteries faciles, des prévisions pessimistes, l'Ecole libre d'enseignement supérieur s'installa et fonctionna.
Dans la liste de ses professeurs, nous retrouvons les mêmes noms qUe nous venons de rencontrer à l'Extension universitaire; et, en outre, MM. Jean Chalon, Félix. Thoiné, Charles Dejongh, Des Cressonnières, G. Eekhoud, Feron, Furnemont, Ghysbrecht, Hennebicq, Janson, Kuiïerath, Camille Lemonnier, D'^ Moreau, Eug. Robert, G. Schoenfeld, Vandcvelde, Vinck, Verhaeren, qui se sont tous distingués déjà au barreau, dans la science, la littérature ou la politique, et qui appartiennent au parti socialiste ou au parti radical. En outre, l'Université nouvelle fît appel à des personnalités marquantes de l'étranger qui vinrent faire à V Institut des Hautes Etudes des cours temporaires et spéciaux très suivis (1).
Alors que les autres Universités ne songeaient guère à sortir du cadre officiel de l'enseignement et se bornaient h fabriquer méthodiquement un certain nombre de candidats aux professions libérales : avocats, médecins, ingénieurs, etc., l'Université nouvelle se signala comme ardente de bon vouloir scientifique et d'audaces innovatrices. C'est ainsi qu'autour du noyau central sont venus successivement s'organiser et se
(1) V. l'article (I'Edmond Picard dans L'Humanité Nouvelle, livraisons d'octobre et Dovembre 189Î.
grouper une série d'Instituts extrênaement intéressants. A V Institut des Hautes Etudes, dont nous avons déjà parlé, s'ajoutci l'Institut des fermentations dirigé par M. Jean Effront.
Un autre Institut, appelé au plus grand dévelopement, s'est constitué : VInstitut d'Histoire naturelle générale des sciences, des arts et des métiers qui se propose de rechercher les conditions de la production intellectuelle dans l'humanité, sous l'une quelconque de ses trois principales faces, soit dans l'activité purement scientifique, soit dans l'activité esthétique, soit dans l'activité industrielle qui se trouve souvent si étroitement liée aux deux autres. Il a fait appel à tous les savants pour qu'ils contribuent, en transmettant les remarques qu'ils auraient l'occasion de faire au cours de leurs travaux, à constituer ainsi en un endroit donné des archives scientifiques d'une incroyable richesse et utilité, qui pourront devenir pour tout le monde savant une mine de documents et de renseignements précis. L'Institut réalise ainsi une œuvre dont M. Théodore Wechniakofi^ avait déjà^ en 1865, conçu le projet dans un mémoire adressé à l'Académie royale de Belgique, et auquel il s'intéresse encore aujourd'hui en acceptant la Présidence de lluslitut en question.
Grâce à la générosité de l'un de ses professeurs, le docteur Bonmariage, l'Université a reçu le don d'un Institut d'hygiène admirablement aménagé.
Mentionnons, parmi ces collaborations précieuses qui affirment le caractère international de l'œuvre, celles de MM. D' Solher, D' G. Treille, Hamon, Tarbouriech, A. Métin, Frey, Ghio, Gh. Morice, P. Quillard (France) ; D'' Mayer, D' Joseph (Allemagne); D' Forel (Suisse); Enrico Ferri, Et. Lorini, Pasq. Fiore, Alex. Padoa,Scipio Sighele, Fred. Enriquez (Italie) ; Maxime Kovalesky,
Eiig. Anilchkof, P. de Mitrofanoff, D"" N. Bajenow, Winavert, W. M. Koz!owski, Isaïeff, Iv. Stchoukine, E. «le Roberty. (Russie).
Certaines municipalités, sur l'initiative des socialistes, comprirent la portée de la tentative et votèrent des subsides à l'œuvre ainsi organisée : Saint-Gilles, Ixelles, Molembeek, Saint-Jean, qui comptent parmi les importants faubourgs de la capitale, et dans le Hainaut : Pâturages, Frameries, Familleureux et d'autres petites communes socialistes. Mais dans cette province, ces subsides n'ont pas été ratifiés par la doctrinaire députation permanente du conseil provincial.
Les conservateurs de toute opinion se liguèrent d'ailleurs contre l'œuvre et le gouvernement catholique ne se montra pas moins obtus et réactionnaire.
En l89y, l'Université nouvelle était parvenue, au prix d'un effort énorme, à installer les quatre facultés : philosophie, droit, science et médecine qui, selon la législation, constituaient l'essence d'un établissement d'instruction supérieure. Elle réclama vainement d'être mise, au point de vue des jurys et de la délivrance des diplômes, sur le même pied que les autres universités. Malgré une éloquente et péremptoire interpellation d'Edmond Picard au Sénat (1), la mauvaise volonté du gouvernement clérical fut invincible et, dans ces conditions, l'Université nouvelle fut forcée de se limiter à ses Instituts. Ses ennemis avaient cru la voir périr dans celte redoutable crise : il n'en fut rien. Peut-être, à certain point de vue, l'épreuve fut salutaire, en écartant définitivement toute conception utilitaire pour ne
(1) Annales Parlementaires. Sénat. Séance du 24 février 1899. On trouvera dans le discours de Edmond Picard les détails les plus conaplets sur les intentions, les débuts et le développement de l'Université nouvelle.
lui laisser que des préoccupations purement scientifiques. A l'heure actuelle (11)02), l'Université nouvelle se compose de l'Inslilut des Hautes Etudes (ou Faculté de sciences sociales) (1), d'une Faculté de Droit, de l'Institut industriel placé sous le patronage du parti ouvrier, de rinslitut de Géographie, dirigé par L. Reclus, de l'Institut d'Hygiène, de l'Institut des Fermentations, et de l'Institut d'Histoire Naturelle des Sciences, Arts et Métiers. Elle est dans sa huitième année et, dans ces conditions, son existence paraît assurée.
Chaque année, l'Université nouvelle organise une séance de rentrée solennelle et publique, où elle expose les méthodes et les objets de son enseignement. MM. Camille Lemonnier, Edmond Picard, Eug. Robert, De Greef, P. Janson, de Brouckère, Royer, Jdes Cressonnières, P. Spaak,Bonmariage,J.Destrée, parmi les Belges, MM. Enrico Ferri, D.R(jberty, D'' P. Solier, Kovalesky, Mélin, parmi les étrangers eurent ainsi l'honneur de parler en son nom , sur des sujets variés de philosophie, de science ou de droit, La plupart de ces études ont été publiées.
§ 6. — acadbmik libre de belgique (fondation Ed. Picard)
Ce serait, certes, diminuer cette fondation que de prétendre vouloir la revendiquer comme une œuvre
(1) Ne pas cou fondre avec cette Faculté V Institut des sciences sociales, créé en 1894 par M. Solvay, séaateur libéral de Bruxelles, avec la collaboration des citoyens G. De Greef, H. Denis et Emile Vandervelde. Cetinstitut s'occupa surtout, conforméuaent aux vues de sou fondateur, du problème de la monnaie et des banques, uolaiumeut du système dit comptabiiisle. Do 1894 à 1900, ses Annales publièrent divers travaux intéressants qu'on pourra se procurer hôtel Raveustein, à Bruxelles. Eu 1901, M. Solvay crut devoir se séparer de ses premiers collaborateurs et sa fondation perdit tout contact avec le socialisme.
du {larti socialiste. Mais elle nous paraît une continuation si logique du mouvement intellectuel qui créa rUniversilé nouvelle que nous croyons devoir la mentionner ici.
En décembre 1901, diverses personnalités du monde judiciaire, littéraire, artisUque et politique se réunirent pour honorer, par une manifestation solennelle, la belle vie qu'avait vécue Edmond Picard. Ce fut une ct^rémonie pathétique et touchante dont le souvenir restera vivace(l).
Au lieu du portrait ou du bronze dont on gratifie inexorablement le jubilaire en pareilles occasions, une somme de plus de 25.000 francs fut recueillie pour servir à la fondation d'un prix qui, selon le désir d'Edmond Picard, devra être décerné, d'année en année, à l'œuvre d'un jeune compatriote qui dans le Droi!, la Littérature, la Sociologie ou les Beaux Arts, se sera distingué par des tendances originales et novatrices.
Le jury, chargé d'administrer cette fondation, fut désigné dans cet e?prit, et baptisé du titre: Académie libre, par Edmond Picard, qui lui confia la mission de contribuer m à l'infusion, dans la mentalité générale du pays, de l'invigorante dose de neuf sans laquelle on risque de s'ankyloser dans la sénilité ou de déchoir dans la stagnation ». Nous retrouvons, parmi ses membres, la plupart des écrivains, avocats, artistes, hommes politiques qui collaborèrent à l'Université nouvelle.
(i) V. Compte-rendu dans le Journal des Tribunaux du 29 décembre 1901. Pour tous rensieigoements sur la londation, s'adresser à M. J. des Cressonnières, avocat et professeur à l'Université nouvelle, rue de l'Union, à Bruxelles.
384 vi. — préoccupations intellectuelles, etc.
§ 7. — Institut industriel
L'Inslitut industriel fait partie de l'Université nouvelle. Mais nous lui devons un intérêt spécial parce qu'il s'est fondé sous le patronage direct du Parti ouvrier. Nous extrayons de sa brochure-programme les passages suivants qui en caractérisent les intentions et l'organisation.
Au fur et à mesure que notre organisation grandit et se complique, le besoin d'hommes se tait sentir plus vivement. L'action politique exige que la classe ouvrière fournisse des députés, des conseillers municipaux convenablement préparés à cette tâche délicate ; il faut des conseillers prud'hommes, des inspecteurs ouvriers du travail, des élus plus nombreux au fur et à mesure que le prolétariat s'empare davantage de tous les organes de la société bourgeoise ; il faut plus impérieusement encore des hommes pour remplir les diverses fonctions de l'organisation ouvrière elle même, secrétaires de syndicats et de mutualités, administrateurs de coopératives, dont la besogne devient chaque jour plus compliquée et plus difficile. Il faut aussi des propagandistes de tout genre ; orateurs, journalistes, brochuriers.
On les a trouvés jusqu'ici : nombreux sont chez nous les self-made men, ceux qui sont arrivés tout seuls à l'instruction nécessaire. Mais leur nombre n'est pas indéfini, et plus nos progrès sont rapides, plus la demande grandit, plus il est aussi à craindre que nous nous trouvions, à l'avenir, devant une disette d'hommes.
Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement de former une élite de militants. C'est la masse entière du prolétariat qu'il faut élever à un niveau supérieur pour la mettre à même de sentir et de comprendre pleinement le socialisme, sous peine de voir ses progrès forcément entravés. L'instinct de classe a suffi pour grouper les travailleurs et pour les élever aux préoccupations sociales ; un cerveau
bien développé et bien meublé est indispensable pour les mener plus avant.
Cette nécessité s'impose de plus en plus à l'attention des pariis ouvriers, et le Congrès international de Londres s'en faisait l'éclio, quand il proclamait la nécessité de rendre accessible à tous l'enseignement supérieur et qu'il instituait une commission internationale permanente pour l'étude des questions d'enseignement.
L'une des préoccupations de Lavenir sera la conquête des Universités par le peuple.
Sans doute, le moment n'est pas encore venu pour le socialisme de tenter la réalisation intégrale de ses idées en matière d'enseignement. Trop d'obstacles s'y opposent et, par-dessus tout, l'organisation même de notre société.
Mais il ne peut être question de nous croiser tranquillement les bras en attendant la venue de temps meilleurs et, de même que nos coopératives annoncent et préparent, au sein même de la société capitaliste, le régime collectiviste de demain, tout en adoucissant la misère présente, de même il faut que des tentatives d'enseignement rationnel annoncent et préparent la renaissance spirituelle qui marquera l'ère nouvelle, tout en nous fournissant, dès aujourd'hui, l'appoint d'intelligences et de caractères qui nous est indispensable.
C'est à ce point de vue que se recommande Vlnstitut industriel., créé l'année dernière, sous le patronage du Parti ouvrier.
Le but de l'Institut est de former, parmi lesjeunes gens de la classe ouvrière, des hommes instruits, capables da franchir les premiers échelons de la hiérarchie industrielle, de devenir contre-maîtres, conducteurs de travaux, dessinateurs, employés techniques de toute espèce, et même de s'élever, plus tard, en passant par les cadres, aux fonctitas d'ingénieur. Il se propose aussi, il se propose surtout de fournir aux diverses organisations ouvrières les administrateurs et les hommes développés dont elles ont besoin.
Si l'on veut que l'école soit la préparation à la vie, il faut que Tessentiel de la vie soit aussi l'essentiel de l'école, que sou enseignement soit un enseignement d'action. Non pas l'action par le développement exclusif des
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muscles, le sport des f^rands collèges anglais, qui ne forme guère que des aristocrates stériles, mais l'action productive, féconde : le métier.
Les humanités, à l'Institut industriel, sont donc, si l'on peut se servir de cette expression hardie, mais qui répond bien à la réalité des choses, des humanités techniques.
Il prend les enfants à 14 ans, au sortir des éludes primaires, et les tient quatre années. Chaque jour, quatre heures sont consacrées à l'apprentissage général des métiers de bois et de fer dans les ateliers de l'établisserr.ent, à l'exécution de dessins, à des travaux de mécanique, de physique et de chimie, présentant, autant que possilde, un caractère industriel. Durant les trois premières années, l'apprentissage demeure strictement commun, sans aucune spécialisation, pour que l'étudiant acquière une vue d'ensemble de l'activité industrielle. La quatrième année, on spécialise les élèves vers une profession déterminée. Ils deviennent qui chimiste, qui menuisier, qui électricien, qui dessinateur, qui conducteur de travaux. Pendant toutes les éludes, on évite les exercices « à blanc » : tout objet, toute opération doit être effectivement utilisée, soit pour l'établissement, soit pour la vente au dehors. Dès que le travail des étudiants représente un.^ valeur, ils reçoivent un salaire.
La vie de l'Institut dont l'enseignement e>t gratuit est assurée par une Société Coopérative constituée le 3U août 1899, par actions de 25 francs.
L'institut s'est ouvert en octobre 1899, avec deux ai-nées d'études seulement. Dès aujourd'hui, il possède son organisation complète, installée dans de vastes locaux, rue de Ruysbroeck, 28. Son matériel scientilique et technique, perfectionné peu à peu, est déjà très considérable,
U compte actuellement une cinquantaine d'élèves et une vingtaine de professeurs, tous épris du but à atteindre et dirigés par notre ami De Brouckère.
Le Parti ouvrier, au Congrès de Louvain de 1901, a
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manifeslé sa grande sympathie pour l'œuvre entreprise ; différentes coopératives la subsidient et les Conseils m'inicipaux. où nos amis possèdent le pouvoir, commencent à s'y intéresser très vivement, pour augmenter ses ressources, mais aussi et surtout pour développer l'organisation technique nécessaire aux éludes. L'Institut devient de plus en plus pour les coopératives, les particuliers, les municipalités, un centre de renseignements et de recherches : il élabore les avant-projets de distribution d'électricité, d'eau, de gaz et d'autres travaux qui lui sont demandés; il possède un laboratoire d'analyses très bien outillé, etc.
§ 8. — Ecole normale Froebel de Charlbroi
Aux termes de l'art. 2 de la loi du 20 septembre 1884 sur l'enseignement primaire, tout ce qui concerne l'établissement et l'organisation des écoles gardiennes est réglé par le Conseil communal. L'Etat favorise cet enseignement par l'allocation de subsides qui sont un peu plus élevés si l'institutrice est diplômée. Un arrêté royal du 7 juin 4898 institue un certificat de capacité d'institutrices gardiennes, mais l'Etat n'a créé jusqu'ici aucun établissement destiné à délivrer semblable certificat. Ce sont donc des écoles privées établies et dirigées par des cléricaux qui fournissaient seules le personnel de l'enseignement Froebel.
Les conseillers communaux socialistes se trouvaient ainsi obligés de désigner comme institutrices gardiennes des élèves des congrégations. Ceux du pays de Charleroi décidèrent, en 1900, de profiter à leur tour de la , liberté d'enseignement pour créer, à
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l'exemple du parti catholique, des instituts normaux Froebel. El, en 1901, une école normale fut fondée à Charleroi, compta bientôt 25 élèves et se développa avec un tel succès que l'on a mis à l'étude la création d'une Ecole normale primaire et d'une Ecole normale ménagère.
§ 9. — Cours d'adultes et écoles industrielles
Après ces méritoires efforts de l'initiative privée, pour la diffusion parmi les humbles du trésor des connaissances supérieures, il convient de citer ceux que firent diverses communes démocrates pour organiser ou réorganiser les cours d'adultes.
On appelle ainsi des cours d'instruction, primaire ou moyenne, donnés le soir aux ouvriers des régions industrielles. Ceux que la nécessité d'accroître les ressources familiales enleva trop tôt à l'école peuvent ainsi rafraîchir, compléter les souvenirs de l'enseignement primaire et apprendre les notions les plus utiles à leur vie sociale et à l'exercice de leur métier.
Le compagnon P. Pastur, leader de la minorité socialiste au Conseil provincial du Hainaut, a publié (1), en 1896, une intéressante notice sur ce qu'il a ftit dans cet ordre d'iJées, comme échevin de l'instruction publique à Marcinelle. Depuis, les cours d'adultes ont été réorganisés ou créés dans toutes les communes où il y a des socialistes dans l'administration. Rien que dans
(1) Béorgatiisaiion des cours d'aîultes à Marcinelle, par P.Pas- TUB, échevin de l'instruction publique, Ciiarleroi, imprimerie Reytter, 1896.
l'arrondissement de Gharleroi, on en a instauré plus de 200.
Un enseignement du même genre, et destiné surtout à la classe ouvrière, mais plus développé et plus spécialisé, se donne dans les Ecoles Industrielles. Ces Ecoles ont préoccupé vivement les mandataires du parti socialiste. Depuis 18t)6, à leur instigation, on en a créé un grand nombre, et plus de dix dans la seule région de Charleroi.
Il s'explique ainsi que celte ville ait été choisie par le Conseil provincial du Hainaut pour le siège d'une Ecole Industrielle supérieure et d'un Musée Industriel professionnel, institutions décidées en 1901 sur la proposition du citoyen Pastur.