X AVANT-PROPOS
un jour, an cœur même de la démocratie anglaise ; mais ce parti se cherche encore lui-même et, bien qu'agissant, n'a pas encore trouvé sa formule d'action. Il est, d'ailleurs, jusqu'à présent, conditionné par l'évolution de l'Angleterre plus qu'il ne la détermine. Séparé nettement de l'ancien parti libéral, champion des libertés négatives, par la hardiesse de son programme social, il apparaîtrait plutôt, à l'heure actuelle, comme le continuateur du torysme (lequel n'a transmis que ses tendances conservatrices à l'étrange amalgame qu'est le parti Unioniste), s'il ne représentait des intérêts tout à fait opposés et si, surtout, l'on ne percevait, à travers ses actes, le germe d'une volonté organisatrice que l'on ne saurait confondre avec l'humanitarisme instinctif des interventionnistes de la première moitié du dix-neuvième siècle. Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que le Néo- Libéralisme n'est pas encore assez intimement associé à la vie de la nation pour que l'on puisse le considérer comme l'un des grands courants qui traversent l'Angleterre d'aujourd'hui : si, politiquement, il tend à s'imposer depuis quelques années, c'est moins en raison de sa valeur intrinsèque que des espérances qu'il fait naître. Assez habile pour ne point résister aux impulsions de la démocratie, il se laisse porter par elle plus qu'il ne la conduit, et c'est peut-être du pacte tacite qu'il a formé avec "cette dernière que découle son pouvoir.
Il faut, du reste, reconnaître que la classihcation nouvelle des partis et l'opposition qu'a rencontrée jusqu'ici de la part des Unionistes et d'une Seconde Chambre qui leur est entièrement dévouée toute véritable tentative de réforme où s'affirme sa volonté, ont obligé le Libéralisme à porter surtout la lutte sur le terrain politique : mais il s'est trouvé que les institutions auxquelles il s'attaquait s'harmonisaient si bien avec les sentiments d'une partie de la nation, que pour les battre en brèche il n'avait pas, à lui seul, l'autorité qui découle d'une véritable tradition, et qu'à deux reprises il lui a fallu, par une sorte d'appel au peuple, montrer à ses adversaires qu'il avait derrière lui la majorité du pays.
Si donc, dans des circonstances encore présentes à la mémoire de tous, le parti Libéral a permis à la démocratie de se réaliser plus complètement, il n'en faut point déduire que l'ère des difficultés soit close pour lui. On a beaucoup parlé l'an dernier de " Crise Anglaise " et des écrivains avertis ont voulu désigner par ce vocable le conflit constitutionnel qui divisait les Lords et les Communes. Certes, on ne saurait nier que ce conflit ait eu un caractère