‹ Le socialisme et l'évolution de l'Angleterre contemporaine, 1880-1911Chapitre 4 sur 43 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

dramatique, mais il y aurait quelque naïveté à croire que la véritable crise ait pu se confondre avec le duel de deux assemblées et que le vote du Veto Bill l'ait définitivement résolue. En effet, si la démocratie, qui est maintenant capable de faire entendre sa voix, veut, par l'intermédiaire d'un organe représentatif, faire prévaloir sa volonté ou plutôt obliger le Pouvoir à tenir compte de ses impulsions, il est incontestable que cet organe doit être à la fois souple et complexe, c'est-à-dire en état de s'adapter rigoureusement aux conditions présentes de la vie anglaise. Or, c'est là que gît la difficulté pour le parti Libéral et nous n'avons pas encore la certitude qu'il saura se plier à cette nécessité ; c'est qu'en effet l'évolution économique et l'évolution des idées semblent avoir devancé considérablement celle des institutions, et quiconque chercherait à se représenter l'Angleterre contemporaine d'après l'état de sa législation risquerait de s'égarer. Il faudra donc au parti Libéral, s'il veut être autre chose que la façade derrière laquelle se jouent les destinées du pays, prendre contact avec les hommes et les choses, renoncer à la conception empirique de l'action parlementaire, ne point considérer uniquement l'interventionnisme comme le remède des abus les plus criants, organiser souvent, comprendre toujours. Il a devant lui un labeur inmiense ; s'il s'engage dans la voie que nous venons d'indiquer, il aura inauguré une nouvelle méthode de gouvernement, et les dernières années auront vraiment marqué le point de départ d'une révolution ; si, au contraire, il pense que son existence est suffisamment justifiée par la victoire politique qu'il vient de remporter, il aura sans doute relâché les derniers liens qui enserraient la démocratie, mais son œuvre n'aura pas dépassé celle des réformateurs de 1832, et l'action parlementaire n'aura plus dans l'évolution du pays qu'une valeur d'enregistrement, homologuant les décisions des groupes sociaux, mais ne réagissant pas sur eux.

Il y a là un problème qu'un prochain avenir se chargera de résoudre : c'est alors, seulement, que l'on pourra porter sur le parti Libéral un jugement motivé. Pour l'instant, on perçoit chez lui, nous l'avons déjà dit, quelques symptômes qui permettent de croire que l'on se trouve au seuil d'une ère nouvelle. Mais ce que nous cherchons dans ce livre, c'est à mettre en lumière les différents moyens d'expression de la vie économique et sociale des trente dernières années ; or, sur aucun d'eux, le Néo-Libéralisme n'a encore imprimé son sceau. Si donc nous devons le faire rentrer dans le cadre de cette étude, il ne saurait en être le pivot.

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