L'ACTION DES CONSOMMATEURS CHAPITRE IV
LES COOPKR.ATIVES P:T L.A NOTION DE PROFIT
I. — La position du consommateur isolé dans le monde économique. Sa souveraineté n'est qu'illusoire. Supériorité stratégique de l'entrepreneur sur le salarié. Il est forcé d'en tirer parti, car il subit la pression du marchand en gros, lequel à son tour subit celle du commerçant de détail. En dernier lieu, le détaillant et le consommateur sont face à face. Le consommateur, qui n'a pour guide que le bon marché, pèse donc sur les salaires. Théoriquement, son action tend aussi à la suppression du profit. Mais, en pratique, il est incapable de juger de l'équivalence du prix et de la valeur réelle du produit. La rente différentielle
se crée à son insu au bénéftce de chaque catégorie d'intermédiaires. La concurrence joue bien moins chez les intermédiaires que chez les producteurs. Le remède est de mettre le consommateur en contact avec le producteur. Seule l'association peut faire du consommateur autre chose qu'un agent économique ignorant et irresponsable. Le consommateur associé devient l'arbitre idéal dans
les conflits du capital et du travail 203
IL — Esquisse du régime coopératif anglais à l'heure présente. Le rôle du capital dans les Sociétés de Consommation. Il ne participe pas aux chances de l'entreprise. Les Coopératives réalisent-elles un profit ? Intérêt pratique de la discussion. Les Coopératives et l'Income Tax. La légitimité de la participation aux bénéfices. L'action du Coopérateur a sa fin en elle-même. Donc pas de véritable profit commercial. La Coopération accroît la rente du consommateur associé par rapport au consommateur isolé. Il y a non restitution, mais action organique de l'ensemble. Preuve : les bonis ne sont pas répartis au prorata des bénéfices réalisés sur chaque article 214
III. — Quel usage les Coopérateurs feront-ils de la rente économique des intermédiaires et des producteurs absorbée par eux ? Les consommateurs se trouvent à leur tour soumis aux exigences du monde des salariés. Le conflit n'est que déplacé. Deux politiques possibles au sujet des salariés. Les salariés non représentés dans les conseils des Coopérateurs. Le Trade Unionisme contrepoids nécessaire et complément indiqué de la Coopération, laquelle donne à l'ouvrier en tant que consommateur la rente à laquelle il ne peut prétendre en tant que syndiqué 224
IV. — Les limites de la Coopération. Nombre des Coopérateurs en 1908. La Coopération exige de ses adeptes un effort d'organisation dont seule l'aristocratie ouvrière est capable. Les classes fortunées, d'une part, les salariés dont l'emploi est précaire et intermittent, de l'autre, restent en dehors de son champ. Le nombre des articles vendus ou fabriqués est limité. Les Coopératives ne peuvent être maîtresses des entreprises d'intérêt général. Enfin le commerce d'exportation leur échappe 230
V. — Conclusion. La Coopération en Angleterre est un triomphe des tendances instinctives de la race. Son point de départ est individualiste, son point d'arrivée socialiste. Le capital est privé de la direction des entreprises et la rente économique est répartie sur une fraction étendue de la Collectivité. La Coopération en régime socialiste 234